Le 29 août 2025, alors que le monde détourne souvent le regard, Kim Jong-un, dirigeant nord-coréen incontesté, s’est affiché à nouveau sous un jour paradoxal : celui de l’homme d’État impitoyable, mais aussi celui du chef qui console, réconforte, promet et s’engage au nom de soldats tombés loin de leur terre natale, aux côtés de la Russie dans la guerre contre l’Ukraine. Cette rencontre avec les familles des soldats morts révèle des tensions puissantes entre discours politique, sacrifices humains et stratégies géopolitiques, au moment où la guerre obscure s’enlise et que les alliances se renforcent dans l’ombre.
Je ne peux m’empêcher d’être bouleversé par cette scène où le pouvoir exhibe sa force et sa compassion, un spectacle mêlant douleur, manipulation et promesses d’un avenir radieux dans un pays invisible du conflit mondial. Kim Jong-un ne se contente pas d’être un allié distant : il s’approprie le poids de ces pertes, se présentant en chef sacrificiel, en garant d’une mémoire revendiquée et héroïsée. Une posture lourde et inquiétante que je ressens comme une escalade dans le jeu géopolitique, mais aussi une tragédie humaine qui impose à nos consciences de ne pas oublier.
Les soldats nord-coréens : un engagement mortel pour la Russie

Une présence confirmée tardivement
Officiellement reconnue en avril 2025, la participation directe des soldats nord-coréens au conflit en Ukraine reste enveloppée d’un voile de secret épais et paranoïaque. Ce que l’on sait doit se déchiffrer entre les lignes des communiqués d’État : entre 11 000 à 30 000 militaires nord-coréens engagés, surtout dans la région de Kursk, un théâtre d’opérations clé pour Moscou. Cette guerre étrangère à leur sol est devenue une étape mortelle pour beaucoup d’entre eux.
Les pertes humaines : un bilan secret, mais lourd
Si Pyongyang garde un silence coupable sur le nombre exact des morts, les estimations de la Corée du Sud évoquent près de 600 soldats tués, avec probablement des milliers de blessés ou disparus. Des chiffres glaçants à comparer au discours de bravoure héroïque et sacrifice glorieux que le régime brandit avec ferveur, preuve d’une gestion militaire et politique faite d’opacité et d’ambiguïté.
Un travail de terrain et des combats musclés
Au-delà du simple rôle de soutien, des informations ukrainiennes rapportent désormais l’envoi de chars Cheonma-2 et de véhicules blindés BTR-80 pilotés par des Nord-Coréens, ouvrant la piste d’une implication de plus en plus directe dans les combats. Ce sont des vies sacrifiées au-delà d’un idéal patriotique, engagées dans une stratégie où chaque vie est une pièce de la géopolitique déchaînée.
Kim Jong-un face aux familles endeuillées : un leader en scène

Des visites répétées au cœur du deuil
Retour en août 2025, Kim Jong-un multiplie les rencontres avec les proches des “héros martyrs”. À Pyongyang, les cérémonies se succèdent, intimistes et lourdes d’émotion forcée. Il offre des portraits des défunts, drapés du drapeau nord-coréen, dans un rituel où la politique se mêle à la douleur personnelle.
Discours et promesses : entre consolation et mise en scène
L’homme fort de Pyongyang ne s’arrête pas à de simples condoléances : il promet un avenir “beau”, un avenir pour les enfants laissés orphelins, jurant que l’État prendra soin d’eux et qu’ils deviendront des “combattants courageux” comme leurs pères. On sent poindre la volonté de transformer ces familles en symboles sacrés d’un devoir patriotique, une manipulation sourde de la souffrance.
Monuments et rues : sanctuarisation d’un sacrifice
En plus du verbal, des actions concrètes sont annoncées : l’édification prochaine d’un monument à la mémoire des soldats et le baptême d’une nouvelle rue en leur honneur à Pyongyang. Ces gestes inscrivent dans la pierre un message politique puissant : leur sacrifice n’a pas été vain, leur mémoire sera instrumentalisée au service du régime.
Un contexte militaire et diplomatique brûlant

Une alliance militaire renforcée avec la Russie
Depuis 2024, les liens entre Moscou et Pyongyang se sont densifiés, jusqu’à un accord officiel de soutien mutuel en cas d’attaque. La coopération dépasse le simple canal diplomatique et s’incarne désormais sur le terrain, plaçant la Corée du Nord dans une posture d’allié déterminé, prêt à sacrifier des vies dans une guerre où elle n’a que peu à gagner directement.
La prochaine parade militaire en Chine, une démonstration de force
Le 3 septembre 2025, sur la place Tiananmen, Kim Jong-un défilera aux côtés de Vladimir Poutine et de plusieurs dirigeants mondiaux pour commémorer la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette parade, hors norme par son ampleur et ses implications, marque une sortie internationale rare pour le chef nord-coréen et symbolise un positionnement politique et militaire clair dans le cadre d’une nouvelle alliance autoritaire.
Le paradoxe d’un régime isolé, mais influent
Kim s’affiche pourtant comme un acteur incontournable, malgré les sanctions et l’isolement, exposant la Corée du Nord comme un partenaire précieux de Moscou et Pékin. Cette posture intrigante révèle les fractures géopolitiques actuelles et le basculement progressif vers un autre ordre mondial, où la loi du plus fort s’impose avec brutalité.
Les effets sur la société nord-coréenne

Les familles endeuillées, un poids sociétal
Les visites de Kim Jong-un expriment une compassion officielle, mais elles masquent surtout la réalité d’une société où la perte de dizaines de milliers d’hommes jeunes résonne comme une fracture silencieuse et un fardeau collectif. Ces morts marquent aussi un tournant dans l’histoire récente du pays, rarement exposée et presque taboue, où se mêlent fierté nationale et deuil poignant.
Le rôle des incitations politiques
Selon des témoignages d’anciens officiers, le gouvernement a promu cette guerre comme une “guerre sainte”, incitant soldats et familles par des promesses multiples : accès au parti, avenir meilleur, récompenses politiques. Une machinerie de propagande implacable qui transforme la souffrance en arme politique.
Une jeunesse prise en otage
Jeunes soldats envoyés loin, enfants abandonnés par la guerre, ces destins brisés révèlent la face cachée d’un pays où l’État exerce son pouvoir jusqu’au sacrifice ultime, imposant son agenda au prix d’une humanité bafouée, d’une société qui souffre en silence mais sur laquelle on couche une narration triomphante.
La guerre oubliée, mais meurtrière

Un conflit sous-estimé, pourtant sanglant
La guerre en Ukraine, qui a débuté bien avant 2025, s’est transformée en un affrontement éreintant où s’enchevêtrent grands enjeux géopolitiques et luttes d’influence. Pourtant, la participation nord-coréenne à ce conflit, longtemps niée, révèle à quel point la bataille s’est mondialisée, emportant dans son tourbillon des soldats venus loin de leur sol. Derrière les chiffres et les communiqués officiels, ce sont des vies brisées et des familles dévastées que l’on découvre, dans une guerre dont la cruauté ne faiblit pas.
Une présence militaire stratégique loin des projecteurs
Au-delà des opération de soutien, les troupes nord-coréennes sont désormais engagées dans une guerre d’usure, participant dans des zones sensibles. Leur rôle est devenu incontournable pour Moscou, qui s’appuie sur eux pour compenser ses propres pertes. Cette implication témoigne d’un pragmatisme brutal, où chaque soldat est une monnaie d’échange dans un jeu de pouvoir d’État à grande échelle.
Des pertes humaines invisibilisées
Les autorités nord-coréennes, tout en pleurant officiellement leurs martyrs, maintiennent une volonté ferme de contrôle de l’information. Le bilan humain, estimé à plusieurs centaines de morts, est minimisé ou camouflé, contribuant à un discours officiel qui glorifie plutôt qu’il ne critique. Cette dichotomie entre vérité et propagande nourrit un climat d’ambiguïté où l’émotion se mêle au cynisme politique.
La méthode Kim Jong-un : entre contrôle et spectacle

Une communication soigneusement calibrée
Kim Jong-un orchestre ses interventions avec une précision chirurgicale. En s’adressant directement aux familles, il cherche à canaliser la douleur collective, à la transformer en un levier de renforcement politique. Chaque parole, chaque geste se veut une démonstration de puissance humanisée, un équilibre subtil entre brutalité et compassion de façade.
Symboles et rituels : l’armature du pouvoir
L’édification de monuments, le baptême de rues, la remise de portraits, tout concourt à créer un récit héroïque national. Ces actes se chargent d’une symbolique lourde, affirmant la pérennité du régime et la profondeur de son engagement pour l’honneur des soldats, même à des milliers de kilomètres de chez eux.
Une instrumentalisation émotionnelle
À travers les promesses faites aux enfants des martyrs, Kim Jong-un déploie une stratégie de fidélisation générationnelle, structurant une loyauté future autour du sacrifice passé. C’est une manipulation affective puissante, qui lie famille et État dans une alliance presque viscérale, nourrissant un cycle de dévotion fondé sur la perte et la nostalgie.
Une escalade militaire à l’ombre des grandes puissances

Renforcement des liens avec Moscou et Pékin
La participation militaire nord-coréenne dans la guerre illustre une convergence stratégique avec la Russie et, par extension, la Chine. Le prochain défilé militaire à Pékin, réunissant Kim Jong-un et Vladimir Poutine, est une démonstration ostentatoire de ces alliances obscures, un signal adressé à l’Occident et au monde entier d’une nouvelle configuration du pouvoir mondial.
Une implication militaire directe accrue
Au-delà des missions de soutien, Pyongyang déploie désormais chars et blindés sur le terrain, reflétant une montée en puissance de son engagement combatif. Cette évolution est symptomatique d’une volonté partagée des alliés, d’exercer une pression maximale sur le front ukrainien, redéfinissant la nature même du conflit.
Les retombées géopolitiques
Cette coalition croissante alimente une tension internationale toujours plus vive. Tandis que l’Occident s’interroge sur l’implication croissante de régimes isolés, la Russie et la Corée du Nord affichent leurs ambitions de remodeler l’ordre mondial au détriment des alliances traditionnelles. Ce ballet opaque alimente inquiétudes et escalades potentielles.