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Une carrière exemplaire brutalement interrompue

Alvin Holsey n’est pas n’importe qui dans la hiérarchie militaire américaine. Originaire de Fort Valley, une petite ville rurale de Géorgie, il incarne le rêve américain version forces armées. Son père et plusieurs de ses oncles ont servi au Vietnam. Lui a choisi la Marine. 37 années de service impeccable. Une ascension régulière, méritée, jusqu’aux plus hautes sphères du commandement. Pilote de chasse, il a accumulé l’expérience du combat en Afghanistan et en Irak. Des théâtres d’opération où il a appris ce que signifie vraiment la guerre, avec ses horreurs et ses dilemmes moraux. En 2024, il prend la tête du Commandement Sud des États-Unis, basé près de Miami. Une position stratégique cruciale qui couvre toute l’Amérique latine et les Caraïbes. Un territoire immense, complexe, où se mêlent enjeux sécuritaires, trafics en tous genres, instabilité politique et rivalités géopolitiques. Holsey connaît la région. Il en comprend les subtilités, les équilibres fragiles, les partenariats nécessaires avec les pays alliés. Il sait qu’on ne peut pas tout résoudre par la force brute, que la diplomatie et le respect mutuel sont essentiels pour maintenir l’influence américaine dans cette partie du monde.

Mais voilà que l’administration Trump décide de changer radicalement de stratégie. Fini le temps des arrestations en mer par les garde-côtes, suivies de procès aux États-Unis. Fini le temps où les suspects de trafic de drogue bénéficiaient d’un semblant de procédure judiciaire. Place à l’action directe, brutale, définitive. Les bateaux suspects ne sont plus interceptés. Ils sont coulés. Leurs occupants ne sont plus arrêtés. Ils sont tués. Et Holsey se retrouve en première ligne de cette nouvelle doctrine. C’est lui qui doit superviser ces opérations. C’est sous son commandement que les hélicoptères d’attaque décollent, que les missiles sont tirés, que les hommes meurent. L’annonce de sa retraite en octobre tombe comme un coup de tonnerre. Un an seulement après sa prise de fonction. Officiellement, le Pentagone parle d’une décision personnelle. Officieusement, tout le monde comprend qu’il y a un problème. Un gros problème. Les rumeurs circulent dans les couloirs du pouvoir. Holsey aurait exprimé des réserves sur la légalité de ces frappes. Il aurait questionné la proportionnalité de la force employée. Il aurait peut-être même refusé d’exécuter certains ordres. Impossible de le vérifier, bien sûr. Le Pentagone ne communique pas sur ces sujets sensibles. Mais le timing parle de lui-même.

Holsey part, et je ne peux m’empêcher de penser à tous ces militaires de carrière qui se retrouvent pris entre leur conscience et leur devoir d’obéissance. Que fait-on quand l’ordre qu’on reçoit heurte profondément nos valeurs ? Quand on sait, au plus profond de soi, que ce qu’on nous demande de faire est moralement indéfensible, peut-être même illégal ? Holsey a choisi de partir. D’autres avant lui ont fait le même choix. Combien faudra-t-il encore de départs, de démissions, de retraites anticipées, avant que quelqu’un au sommet de l’État ne se pose les bonnes questions ?

Un successeur dans l’incertitude

Le général de l’Air Force Evan Pettus hérite d’un poste empoisonné. Cet homme de l’Arkansas, pilote de chasse chevronné avec une expérience du combat en Afghanistan et en Irak, se retrouve propulsé à la tête du Commandement Sud dans des circonstances pour le moins inhabituelles. Il était le numéro deux de Holsey depuis fin 2024. Il connaît donc le dossier. Il sait dans quoi il met les pieds. Mais sa nomination n’est que temporaire. Trump n’a toujours pas désigné de remplaçant officiel à Holsey. Et toute nomination définitive devra être confirmée par le Sénat. Ce qui, vu le climat politique actuel et les controverses entourant les frappes navales, risque de prendre du temps. Beaucoup de temps. Pettus se retrouve donc dans une position délicate. Il doit assurer l’intérim, maintenir les opérations en cours, gérer les relations avec les pays partenaires de la région, tout en sachant qu’il n’est peut-être pas là pour longtemps. Et surtout, il doit composer avec la pression croissante du Congrès, les questions des médias, les critiques des organisations de défense des droits humains.

Dans son discours de passation, le général Caine a décrit Holsey comme un leader « stoïque » et un « professionnel discret » qui dirige toujours avec son cœur et sa tête. Des mots choisis avec soin. Presque trop choisis. « Ça n’a jamais été à propos de vous, ça a toujours été à propos des gens, des autres », a déclaré Caine. « Vous n’avez jamais dit ‘je’ dans toutes les conversations que nous avons eues. Vous avez toujours dit ‘nous’. L’impact que vous avez eu durera longtemps. » Un éloge funèbre plus qu’un discours de départ à la retraite. Comme si Caine savait que Holsey emportait avec lui quelque chose d’important, quelque chose qui risque de manquer cruellement dans les mois à venir. Pendant ce temps, la cérémonie se déroule dans une atmosphère étrange. Pas de grandes célébrations. Pas de remise de médailles spectaculaire. Juste l’essentiel. Une petite foule composée principalement du personnel du Commandement Sud. L’absence de Hegseth est remarquée. Commentée. Analysée. Certains y voient un désaveu. D’autres une simple question d’agenda. Mais dans le contexte actuel, rien n’est anodin. Chaque geste, chaque absence, chaque silence prend une signification particulière.

Pettus hérite d’un fardeau terrible. Il va devoir choisir. Suivre les ordres sans broncher, quitte à sacrifier sa propre conscience ? Ou suivre l’exemple de Holsey et partir avant que les choses n’empirent encore ? Car elles vont empirer, n’en doutons pas. Cette campagne de frappes navales n’est que le début. Trump a montré qu’il était prêt à tout pour imposer sa vision de la lutte contre le narcotrafic. Et ceux qui se mettront en travers de sa route, même des amiraux avec 37 ans de service, seront balayés sans ménagement.

Sources primaires

Military.com – Admiral Hands Over Leadership of Command Overseeing the Trump Administration’s Boat Strikes, 12 décembre 2025. Associated Press – Leadership of US command in Latin America changes hands amid criticism of boat strikes, 12 décembre 2025. Reuters – US admiral leading US troops in Latin America steps down, 12 décembre 2025. U.S. Southern Command – SOUTHCOM to host relinquishment-of-command Dec. 12, communiqué officiel, décembre 2025. The New York Times – Hegseth Ordered Lethal Boat Strike but Not the Killing of Survivors, 1er décembre 2025.

Sources secondaires

Mediapart – Contre le narcotrafic, les États-Unis s’abîment dans les exécutions extrajudiciaires, 8 décembre 2025. CNN Politics – What Trump’s latest dramatic Venezuela move means, 10 décembre 2025. BBC News – Congress ups pressure over boat strike video with threat, décembre 2025. The Guardian – Killing of survivors sparks outrage, 4 décembre 2025. NPR – Defense Department is reviewing boat strike video, 7 décembre 2025. Politico – Remember the Torture Memos? The Boat Strike Memos May Be Worse, 11 décembre 2025. Rolling Stone – What to Know About Trump’s Boat Strikes, décembre 2025. Le Monde – Nouvelle frappe américaine contre un navire de narcotrafiquants présumés, 5 décembre 2025.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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