Le contexte géopolitique de 1823 et les intentions initiales
La doctrine Monroe est née dans un contexte géopolitique particulièrement tendu de l’après-guerres napoléoniennes, où les puissances européennes, notamment la Sainte-Alliance formée par la Russie, la Prusse et l’Autriche, cherchaient à restaurer les monarchies absolutistes sur le continent américain qui venait de connaître une vague d’indépendances. James Monroe, alors président des États-Unis depuis 1817, et son secrétaire d’État John Quincy Adams ont conçu cette doctrine comme une mesure défensive visant à protéger les jeunes républiques latino-américaines contre toute tentative de reconquête coloniale européenne. Le célèbre passage du message de Monroe stipulant que le continent américain, par la condition libre et indépendante qu’il a acquise et conservée, ne peut plus être considéré désormais comme sujet à une future colonisation par aucune puissance européenne était fondamentalement une déclaration d’auto-détermination collective, bien qu’elle reflétait également la volonté croissante des États-Unis d’exercer une hégémonie régionale. À l’époque, les États-Unis n’avaient ni la puissance militaire ni l’influence économique nécessaires pour faire respecter cette doctrine par la force, ce qui explique pourquoi elle est restée largement symbolique pendant plusieurs décennies.
Il est crucial de comprendre que la doctrine Monroe originale n’était pas une invitation à l’interventionnisme américain mais plutôt une affirmation de l’intégrité territoriale des nations du continent américain face à l’impérialisme européen. Monroe lui-même était un ancien combattant de la guerre d’indépendance américaine qui croyait sincèrement aux principes républicains et à l’autodétermination des peuples, bien que sa vision soit inévitablement limitée par les préjugés et les intérêts de son époque. La doctrine a été formulée à une époque où les États-Unis étaient encore une puissance naissante, cherchant à se protéger des rivalités européennes tout en affirmant progressivement leur propre sphère d’influence. Les historiens s’accordent généralement sur le fait que Monroe n’aurait jamais envisagé que sa doctrine servirait un jour à justifier des interventions militaires américaines directes contre des gouvernements souverains latino-américains, comme c’est le cas aujourd’hui avec la doctrine Donroe. L’intention originale était de protéger la région de l’ingérence étrangère, pas de servir de justification à une ingérence américaine encore plus directe et plus agressive.
Lorsqu’on relit les textes originaux de la doctrine Monroe de 1823, on est frappé par la différence radicale entre le ton modéré et défensif de James Monroe et l’agressivité conquérante de Donald Trump. Monroe écrivait dans un langage diplomatique soigné, prenant soin de ne pas provoquer inutilement les puissances européennes tout en affirmant fermement les principes américains. Trump, quant à lui, semble prendre un malin plaisir à créer des tensions, à provoquer ses adversaires et à transformer chaque discours en un défi direct. Ce qui me désespère, c’est de voir comment des concepts historiques complexes et nuancés peuvent être détournés et simplifiés pour servir des agendas politiques contemporains totalement étrangers à leur contexte original. La doctrine Monroe était le produit d’une époque où les États-Unis se positionnaient comme une puissance anti-impérialiste face à l’Europe. Aujourd’hui, sous la forme de la doctrine Donroe, elle est devenue l’outil d’un nouveau type d’impérialisme américain qui ne dit pas son nom. Comment pouvons-nous accepter que l’histoire soit ainsi réécrite et instrumentalisée sans le moindre respect pour la vérité historique?
L’évolution de la doctrine du XIXe au XXe siècle
La transformation de la doctrine Monroe d’un principe défensif en un outil interventionniste s’est produite progressivement tout au long du XIXe siècle, à mesure que la puissance américaine s’étendait économiquement et militairement. Dès les années 1840, sous la présidence de James K. Polk, la doctrine a été invoquée pour justifier l’expansion territoriale des États-Unis vers l’ouest et le sud, notamment lors de l’annexion du Texas et de la guerre américano-mexicaine qui a conduit à l’acquisition de vastes territoires comprenant la Californie, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, le Nevada et l’Utah. Cette première phase d’expansion a établi un précédent selon lequel les intérêts américains pouvaient primer sur la souveraineté des nations voisines, un précédent qui serait amplifié au fil du temps. La construction du canal de Panama dans les premières années du XXe siècle a marqué une autre étape cruciale dans l’évolution de la doctrine, illustrant comment les États-Unis pouvaient utiliser leur puissance économique et militaire pour contrôler des infrastructures stratégiques en Amérique latine.
Cependant, c’est véritablement avec le corollaire Roosevelt de 1904 que la doctrine Monroe est devenue un instrument explicite d’interventionnisme américain. Theodore Roosevelt, président de 1901 à 1909, a déclaré que chronic wrongdoing, or an impotence which results in a general loosening of the ties of civilized society, may in America, as elsewhere, ultimately require intervention by some civilized nation, and in the Western Hemisphere the adherence of the United States to the Monroe Doctrine may force the United States, however reluctantly, in flagrant cases of such wrongdoing or impotence, to the exercise of an international police power. Ce corollaire fournissait une justification morale pour les interventions américaines, présentées comme des missions civilisatrices plutôt que comme des actes d’impérialisme. Entre 1904 et 1934, les États-Unis ont effectivement exercé ce rôle de police internationale, intervenant militairement dans plusieurs pays latino-américains pour protéger les intérêts économiques américains, réprimer les mouvements révolutionnaires ou assurer le remboursement de dettes. Cette période, connue sous le nom de dollar diplomacy, a profondément marqué les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine, créant un héritage de méfiance et de ressentiment qui persiste jusqu’à aujourd’hui.
Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre le corollaire Roosevelt de 1904 et la doctrine Donroe de 2026. Dans les deux cas, on utilise un langage moralisateur pour justifier ce qui est fondamentalement une projection de puissance brute. Roosevelt parlait de civiliser les sociétés défaillantes, Trump parle de restaurer la démocratie et la justice. Mais au fond, quel est le véritable objectif? Dans les deux cas, il s’agit de contrôler les ressources, les marchés et les routes stratégiques de l’hémisphère occidental. Ce qui me terrifie, c’est que Trump n’a même pas la finesse intellectuelle de Roosevelt pour tenter de justifier ses actions avec un semblant de théorie morale. Il dit simplement: nous allons le faire parce que nous le pouvons, parce que nous sommes les plus forts, et que ça va rapporter gros aux entreprises américaines. Il y a une brutalité dans cette honnêteté qui me laisse sans voix. Au moins Roosevelt avait le tact de prétendre qu’il s’agissait d’une charge morale pesante assumée à contrecoeur. Trump assume l’interventionnisme avec une franchise effrayante, comme s’il n’existait aucune contrainte morale, légale ou politique qui puisse limiter l’action américaine.
Section 3: la doctrine Monroe dans l'ère moderne
La critique académique et politique de la doctrine
Au cours des décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, la doctrine Monroe a fait l’objet de critiques croissantes de la part de chercheurs, de diplomates et de dirigeants politiques du monde entier. Les critiques universitaires ont souligné comment la doctrine avait été utilisée pour justifier des interventions qui ont contribué à l’instabilité politique, économique et sociale dans de nombreux pays latino-américains. Des chercheurs en relations internationales ont démontré comment la doctrine reflétait et renforçait une vision paternaliste de l’Amérique latine, considérée comme une chasse gardée américaine plutôt que comme une communauté de nations souveraines égales. Les organisations de défense des droits de l’homme ont documenté les conséquences humaines dévastatrices de nombreuses interventions justifiées par la doctrine Monroe, notamment les coups d’État militaires soutenus par la CIA au Guatemala en 1954, au Chili en 1973 et en Argentine en 1976, qui ont conduit à des décennies de dictatures brutales et de violations massives des droits humains.
Sur le plan diplomatique, la critique de la doctrine Monroe s’est intensifiée à mesure que les nations latino-américaines ont affirmé leur souveraineté et développé des relations avec d’autres puissances mondiales. En 2013, le secrétaire d’État américain John Kerry a officiellement annoncé la fin de l’ère Monroe lors d’un discours à l’Organisation des États américains, déclarant que the relationship that we seek and that we have worked hard to foster is not about the United States declaring what is right or wrong for others to do. It’s about the United States working with our partners as equals to pursue common interests. Cette déclaration représentait une reconnaissance formelle que la doctrine Monroe était devenue un obstacle aux relations modernes entre les Amériques, et que les États-Unis devaient abandonner leur approche paternaliste au profit de partenariats basés sur le respect mutuel et l’égalité souveraine. Kerry a insisté sur le fait que l’ère Monroe était révolue et que les États-Unis cherchaient à construire des relations fondées sur le respect des principes démocratiques, des droits de l’homme et de la primauté du droit dans l’hémisphère occidental.
Lorsque John Kerry a annoncé la fin de l’ère Monroe en 2013, j’avais ressenti un véritable espoir. Enfin, me disais-je, les États-Unis reconnaissaient que leur approche historique envers l’Amérique latine était fondamentalement viciée et qu’il était temps de construire des relations basées sur le respect mutuel plutôt que sur la domination. Cette déclaration semblait marquer la fin d’un long chapitre d’interventionnisme et de manipulation qui avait causé tant de souffrances dans la région. J’avais naïvement pensé que cette reconnaissance historique marquerait un tournant durable dans les relations interaméricaines. Comment pouvais-je savoir que moins de quinze ans plus tard, Trump ressusciterait la pire version de cette doctrine sous une forme encore plus agressive et narcissique? Ce qui me désespère le plus, c’est la facilité avec laquelle l’administration Trump a pu effacer des décennies de progressisme diplomatique en quelques mois à peine. Kerry s’était excusé au nom de l’histoire américaine, Trump renouvelle cette histoire sans la moindre hésitation, comme si les leçons du passé n’avaient aucune importance.
Les tentatives de dépassement de la doctrine
La période comprise entre la fin de la guerre froide et l’arrivée au pouvoir de Trump en 2025 a été caractérisée par des efforts concertés pour dépasser l’héritage de la doctrine Monroe et construire une nouvelle architecture de relations interaméricaines basée sur le multilatéralisme et la coopération. L’administration Obama, en particulier, a cherché à réinitialiser les relations avec Cuba, normalisant les relations diplomatiques après plus de cinq décennies d’hostilité, et s’est engagée dans des négociations sérieuses avec le Venezuela pour tenter de résoudre la crise politique et économique dans ce pays. L’initiative Alliance for Progress lancée par John F. Kennedy dans les années 1960, bien que critiquée pour ses limitations, représentait une tentative de promouvoir le développement économique et social en Amérique latine plutôt que de simplement maintenir l’hégémonie américaine. Ces initiatives reflétaient une reconnaissance progressive que les défis de l’hémisphère occidental ne pouvaient être résolus par la domination unilatérale mais exigeaient une véritable collaboration régionale.
Les organisations régionales comme l’Organisation des États américains, la Communauté des États latino-américains et caraïbes et l’Union des nations sud-américaines ont toutes travaillé à développer des cadres de coopération qui permettaient aux pays de la région de s’engager avec les États-Unis et d’autres puissances mondiales sur un pied d’égalité. Ces efforts ont produit des résultats tangibles, notamment la création de mécanismes de résolution des conflits, la promotion des échanges commerciaux équitables et le développement de programmes de coopération en matière de sécurité, de développement durable et de droits humains. L’approche multilatérale semblait progressivement remplacer l’unilatéralisme caractéristique de l’ère Monroe, ouvrant la voie à un avenir où les nations des Amériques pourraient déterminer leur propre destin sans ingérence extérieure excessive. Le consensus émergent parmi les experts et les diplomates était que la doctrine Monroe, en tant que cadre conceptuel pour les relations interaméricaines, était définitivement dépassée et appartenait à un autre siècle.
Il y a quelque chose de particulièrement déprimant à voir comment des décennies de progrès diplomatique peuvent être anéanties en quelques mois par un seul leader décidé à déconstruire systématiquement l’ordre international existant. J’avais suivi avec attention les efforts de l’administration Obama pour réinitialiser les relations avec Cuba et engager un dialogue constructif avec le Venezuela. Bien sûr, ces initiatives n’étaient pas parfaites et n’ont pas résolu tous les problèmes, mais elles représentaient un changement significatif de paradigme. Elles reconnaissaient que les États-Unis ne pouvaient plus imposer leur volonté par la force ou la menace, mais devaient engager un dialogue respectueux avec des nations souveraines. Trump a jeté tout cela par la fenêtre sans même y réfléchir deux fois. Il a choisi de revenir à la pire époque de l’interventionnisme américain, comme si les leçons des cinquante dernières années n’avaient jamais existé. Ce qui me terrifie, c’est de penser combien de temps il faudra pour reconstruire ce qui a été détruit en si peu de temps, et si cela sera même possible après les dégâts causés par cette doctrine Donroe.
Section 4: le Venezuela comme premier terrain d'application de la doctrine Donroe
La prétendue justification légale de l’intervention
L’administration Trump a présenté l’intervention au Venezuela comme une opération d’application de la loi légitime visant à capturer un dirigeant accusé de crimes graves contre les États-Unis. Le procureur général américain Pam Bondi a annoncé que Maduro avait été inculpé pour conspiration en vue de commettre des actes de narco-terrorisme, complot en vue d’importer de la cocaïne, possession de mitraillettes et d’engins destructeurs, et conspiration pour posséder des mitraillettes et d’engins destructeurs contre les États-Unis. Ces accusations, fondées sur des enquêtes du FBI et de la DEA qui auraient établi des liens entre le gouvernement Maduro et des cartels de la drogue colombiands et mexicains, sont présentées comme une justification juridique internationale pour l’intervention militaire. L’administration a insisté sur le fait que l’opération n’était pas une guerre mais une action de police internationale, bien que la capture d’un chef d’État en exercice dans son propre pays par des forces militaires étrangères soit sans précédent dans l’histoire moderne et soulève de sérieuses questions juridiques.
Cependant, de nombreux experts juridiques internationaux ont contesté la validité de cette justification, soulignant que le droit international interdit clairement l’usage de la force contre la souveraineté territoriale et l’intégrité politique des États, à l’exception de cas de légitime défense ou lorsqu’ils sont autorisés par une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies. La Charte des Nations Unies, dont les États-Unis sont signataires, stipule explicitement que les membres doivent s’abstenir de la menace ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État. L’administration Trump n’a obtenu aucune autorisation du Conseil de sécurité, la Russie et la Chine ayant indiqué qu’elles opposeraient leur veto à toute résolution justifiant l’intervention. Par conséquent, l’opération militaire au Venezuela constitue une violation manifeste du droit international, même si elle est présentée comme une action d’application de la loi. Les critiques ont souligné que si chaque pays pouvait intervenir militairement dans un autre pour capturer des dirigeants accusés de crimes, le monde serait plongé dans un chaos total de guerres incessantes.
Quand j’entends les arguments juridiques avancés par l’administration Trump pour justifier cette intervention, je ressens ce mélange de colère et de disbelief que l’on ressent face à un mensonge éhonté présenté comme vérité absolue. Oui, Maduro est accusé de crimes graves, et oui, il est probable qu’il y ait une part de vérité dans ces accusations. Mais depuis quand les accusations suffisent-elles pour justifier une invasion militaire d’un pays souverain? Les États-Unis n’ont-ils pas eux-mêmes des dirigeants qui ont été accusés de crimes internationaux? Les dirigeants chinois, russes ou saoudiens n’ont-ils pas eux aussi des casiers judiciaires internationaux controversés? Si nous appliquions la logique de Trump de manière cohérente, nous aurions des guerres partout dans le monde en permanence. Ce qui me révulse, c’est l’hypocrisie crasse de cette approche sélective. Trump prétend défendre la loi internationale tout en la violant de la manière la plus flagrante qui soit. Il utilise le langage de la justice pour justifier ce qui est fondamentalement un acte d’impérialisme pur et simple. Et le pire, c’est qu’il y a une partie de la population américaine qui croit sincèrement à cette fiction, qui applaudit cette « opération de police » comme s’il s’agissait d’un épisode de la série policière préférée de la nation.
Les réactions internationales divisées
La réaction internationale à la capture de Maduro et à l’annonce de la doctrine Donroe a été profondément divisée, reflétant les fractures géopolitiques mondiales actuelles. D’un côté, certains gouvernements de droite en Amérique latine, comme l’Argentine du président Javier Milei et l’Équateur du président Daniel Noboa, ont salué l’intervention comme une victoire pour la liberté et la démocratie. Milei a déclaré que c’était l’excellent nouvelle pour le monde libre, tandis que Noboa a appelé les dirigeants de l’opposition vénézuélienne à reprendre votre pays. Ces réactions positives reflètent l’hostilité de longue date de ces gouvernements envers le régime Maduro, qu’ils considèrent comme une dictature corrompue ayant volé les élections de 2024. Pour ces gouvernements, l’intervention américaine représente une opportunité de changer le régime à Caracas sans avoir à engager eux-mêmes des ressources ou à risquer des réactions intérieures négatives.
À l’opposé, la majorité des gouvernements latino-américains, y compris les puissances régionales comme le Brésil, la Colombie, le Mexique et le Chili, ont fermement condamné l’intervention comme une violation inacceptable du droit international. Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva a déclaré que les États-Unis avaient franchi une ligne inacceptable, rappelant les pires moments d’ingérence dans la politique latino-américaine. Le président colombien Gustavo Petro a dénoncé l’agression contre la souveraineté du Venezuela et de l’Amérique latine, tandis que la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a condamné l’intervention militaire en citant explicitement la Charte des Nations Unies. La Chine et la Russie, deux puissances mondiales qui ont des liens économiques importants avec le Venezuela, ont également condamné vigoureusement l’intervention, Pékin qualifiant le comportement américain de hégémonique et Moscou parlant d’acte d’agression armée. L’Union européenne, quant à elle, a adopté une position plus nuancée, appelant au respect du droit international tout en soulignant que Maduro manquait de légitimité.
Ce qui me frappe le plus dans les réactions internationales, c’est la clarté avec laquelle elles révèlent les divisions géopolitiques du monde contemporain. D’un côté, il y a les gouvernements qui voient les États-Unis comme un protecteur bienveillant prêt à intervenir pour défendre la démocratie, même si cela signifie violer la souveraineté nationale. De l’autre, il y a ceux qui voient cette intervention comme la manifestation d’un nouvel impérialisme américain qui ne respecte aucune règle internationale. Ce qui me désespère, c’est que cette division ne fera que s’aggraver avec le temps, transformant l’Amérique latine en un nouveau champ de bataille de la guerre froide entre les États-Unis et leurs adversaires. Je pense aux civils vénézuéliens qui sont pris au milieu de ce conflit géopolitique, à ceux qui ont souffert sous le régime Maduro et qui espéraient peut-être un changement, mais pas de cette manière. L’intervention américaine ne va pas résoudre les problèmes fondamentaux du Venezuela, elle va simplement les exacerber en ajoutant une nouvelle couche de complexité et d’instabilité. Et quand les États-Unis finiront par se retirer, comme ils le feront inévitablement, ils laisseront derrière eux un pays encore plus brisé qu’avant.
Section 5: les implications économiques de l'intervention
Les réserves pétrolières vénézuéliennes comme enjeu central
Le Venezuela possède les plus importantes réserves pétrolières prouvées au monde, estimées à plus de 300 milliards de barils, ce qui en fait une prize géopolitique majeure dans un monde toujours dépendant des combustibles fossiles. Cependant, des décennies de mauvaise gestion, de sous-investissement et de sanctions internationales ont réduit la production pétrolière vénézuélienne de plus de 3 millions de barils par jour dans les années 1990 à moins de 500000 barils par jour en 2025, transformant ce qui était autrefois une puissance énergétique régionale en une économie en ruine. L’infrastructure pétrolière du Venezuela, autrefois fierté nationale, est dans un état de dégradation avancé, nécessitant des investissements massifs et prolongés pour être restaurée à sa capacité précédente. C’est dans ce contexte que Trump a annoncé que des entreprises pétrolières américaines majeures interviendraient pour réhabiliter l’infrastructure et exploiter les réserves, avec l’implication explicite que les revenus générés serviraient à financer l’occupation américaine.
Les experts de l’industrie pétrolière avertissent que la restauration de la production vénézuélienne prendra des années, voire des décennies, et nécessitera des investissements de dizaines, voire de centaines de milliards de dollars. Les champs pétrolifères de la ceinture de l’Orénoque, où se trouve l’essentiel des réserves vénézuéliennes, présentent des défis techniques et environnementaux importants, le pétrole étant extra-lourd et nécessitant des technologies avancées pour être extrait et raffiné. De plus, la situation politique instable et la résistance potentielle de la population locale pourraient créer un environnement d’investissement risqué pour les entreprises américaines. Les critiques ont souligné les parallèles avec l’invasion de l’Irak en 2003, lorsque l’administration Bush avait promis que les revenus pétroliers irakiens finançaient la reconstruction, alors que la réalité a été des coûts massifs pour le contribuable américain et des années d’instabilité. Trump a insisté sur le fait que l’occupation du Venezuela ne nous coûtera pas un centime car elle serait financée par l’argent qui sort du sol, une déclaration qui rappelle les promesses non tenues de l’administration Bush.
Il y a une ironie amère dans la manière dont Trump présente l’intervention au Venezuela comme une entreprise qui ne coûtera rien au contribuable américain. Le pétrole vénézuélien est présenté comme un trésor qui paiera pour tout, comme si les ressources naturelles d’un pays pouvaient être simplement saisies sans conséquences humaines ou morales. Je pense aux ouvriers pétroliers vénézuéliens qui ont vu leur industrie détruite par des années de corruption et d’incompétence, qui espéraient peut-être que leur pays pourrait un jour retrouver sa prospérité. Au lieu de cela, ils voient leur patrimoine national être offert à des entreprises étrangères comme une récompense pour une invasion militaire. Ce qui me révulse, c’est cette vision purement transactionnelle des ressources naturelles, comme si le pétrole n’avait aucune valeur en dehors de ce qu’il peut générer en profits pour les entreprises américaines. Trump parle du pétrole comme s’il s’agissait d’un simple bien de consommation, oubliant que cette ressource appartient au peuple vénézuélien et devrait être utilisée pour son bénéfice, pas pour financer une occupation militaire étrangère.
Les conséquences pour les marchés mondiaux de l’énergie
L’intervention américaine au Venezuela et l’annonce que des entreprises pétrolières américaines prendraient le contrôle de l’industrie pétrolière nationale ont des implications potentiellement majeures pour les marchés mondiaux de l’énergie. Les États-Unis sont déjà devenus le premier producteur mondial de pétrole grâce à la révolution du pétrole de schiste, et l’ajout des réserves vénézuéliennes à leur sphère d’influence consoliderait davantage leur domination sur le marché énergétique mondial. Les analystes du secteur pétrolier prévoient que si la production vénézuélienne était restaurée à ses niveaux historiques de 3 millions de barils par jour, cela pourrait exercer une pression à la baisse sur les prix mondiaux du pétrole, avec des implications pour les budgets des autres producteurs comme l’Arabie saoudite, la Russie et le Nigeria. Cette perspective inquiète particulièrement les membres de l’OPEP, qui ont longtemps vu le Venezuela comme un allié potentiel dans leur effort pour stabiliser les prix mondiaux.
Cependant, les effets à court terme de l’intervention sont susceptibles d’être l’augmentation de la volatilité sur les marchés pétroliers mondiaux, car les investisseurs réagissent à l’incertitude politique et géopolitique créée par l’opération militaire. Les prix du pétrole ont d’ailleurs bondi de plus de 15% dans les jours suivant l’annonce de la capture de Maduro, reflétant les inquiétudes concernant la stabilité des approvisionnements énergétiques mondiaux. Les pays dépendants des importations pétrolières, notamment en Asie et en Europe, craignent que l’intervention américaine ne signale un retour à une politique énergétique plus agressive qui pourrait affecter leurs propres approvisionnements. La Chine, en particulier, le plus grand importateur mondial de pétrole, a exprimé de sérieuses préoccupations concernant la sécurité de ses approvisionnements énergétiques et a appelé à la stabilité des marchés mondiaux de l’énergie. Les experts préviennent que si l’intervention américaine au Venezuela devait conduire à une réorientation significative des flux commerciaux pétroliers, cela pourrait avoir des implications à long terme pour l’architecture des marchés énergétiques mondiaux.
Je regarde les graphiques des prix du pétrole avec une sensation de vertige, me demandant combien de vies humaines seront affectées par ces fluctuations de quelques pourcents sur les marchés internationaux. Pour Trump et ses alliés dans l’industrie pétrolière, le Venezuela n’est qu’un jeu stratégique, un territoire à conquérir dans la grande échiquier du pouvoir énergétique mondial. Mais pour les millions de gens qui dépendent des importations pétrolières dans les pays en développement, ces changements de prix peuvent signifier la différence entre manger et ne pas manger, entre avoir accès aux soins de santé ou en être privé. Ce qui me désespère, c’est la déconnexion totale entre les décisions prises par les dirigeants politiques et leurs conséquences réelles sur les vies des gens ordinaires. Trump parle de domination énergétique comme s’il s’agissait d’un jeu vidéo où il suffit d’appuyer sur un bouton pour contrôler une nouvelle ressource. Il semble complètement aveugle aux chaînes d’interdépendance complexes qui relient les économies mondiales, aux dommages collatéraux inévitables de cette approche impérialiste. Et quand tout ira mal, comme inévitablement, ce seront les populations les plus vulnérables qui en paieront le prix.
Section 6: la menace pour la paix mondiale
Le risque d’escalade avec la Chine et la Russie
L’intervention américaine au Venezuela représente un défi direct aux intérêts de la Chine et de la Russie, deux puissances mondiales qui ont développé des relations économiques et politiques significatives avec le gouvernement Maduro au cours des années précédentes. La Chine est devenue le principal acheteur du pétrole vénézuélien et a accordé des prêts massifs au gouvernement de Caracas en échange d’accès aux ressources naturelles du pays, estimés à plus de 60 milliards de dollars. La Russie, pour sa part, a fourni un soutien militaire et politique au régime Maduro, notamment par le biais de la compagnie pétrolière Rosneft qui a investi massivement dans le secteur pétrolier vénézuélien. Moscou a également envoyé des conseillers militaires et du matériel au Venezuela, bien que la nature exacte et l’ampleur de ce soutien fassent l’objet de débats parmi les experts. Pour Pékin et Moscou, l’intervention américaine représente non seulement une menace directe à leurs investissements économiques, mais aussi un précédent dangereux selon lequel les États-Unis peuvent intervenir militairement dans des pays où la Chine et la Russie ont des intérêts stratégiques.
Les analystes géopolitiques avertissent que l’intervention américaine au Venezuela pourrait inciter la Chine et la Russie à adopter des attitudes similaires dans leurs propres sphères d’influence, notamment envers Taïwan pour la Chine et l’Ukraine pour la Russie. La Chine considère Taïwan comme une province rebelle et n’a jamais exclu l’utilisation de la force pour la réintégrer, tandis que la Russie a déjà annexé la Crimée en 2014 et soutient des séparatistes dans l’est de l’Ukraine. Si les États-Unis peuvent intervenir militairement au Venezuela pour protéger leurs intérêts stratégiques, la Chine et la Russie pourraient invoquer une logique similaire pour justifier des interventions à Taïwan ou en Ukraine. Cette perspective inquiète particulièrement les diplomates européens et asiatiques qui craignent une multiplication des conflits régionaux et une fragmentation de l’ordre international. Le document de la nouvelle stratégie de sécurité nationale de l’administration Trump affirme explicitement que les États-Unis refuseront aux concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques dans la région, une déclaration qui est directement interprétée comme un avertissement à la Chine et la Russie.
Quand j’entends Trump parler de la Chine et la Russie comme des concurrents non hémisphériques qu’il faut empêcher de positionner des forces dans la région, je frissonne en pensant aux implications de cette logique. Il semble que nous soyons en train de revenir à une ère de sphères d’influence clairement délimitées, où chaque grande puissance revendique le droit exclusif de contrôler son propre arrière-cour. Ce qui me terrifie, c’est la facilité avec laquelle cette logique peut mener à des conflits directs entre les grandes puissances. La Chine pourrait-elle décider que les États-Unis sont devenus trop présents en Asie orientale et qu’elle doit intervenir pour protéger ses intérêts? La Russie pourrait-elle considérer l’expansion de l’OTAN comme une menace directe justifiant une intervention militaire préventive? Trump semble jouer un jeu extrêmement dangereux avec la paix mondiale, comme s’il croyait que les États-Unis pouvaient imposer leur volonté partout dans le monde sans conséquences. J’ai ce pressentiment sinistre que nous sommes en train de marcher vers une nouvelle guerre froide, ou pire, vers un conflit direct entre les grandes puissances dont les conséquences seraient catastrophiques pour l’humanité entière.
La menace pour l’ordre international fondé sur des règles
L’intervention américaine au Venezuela sans l’autorisation du Conseil de sécurité des Nations Unies représente un défi direct à l’ordre international fondé sur des règles qui s’est développé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cet ordre, bien que loin d’être parfait, a fourni un cadre pour résoudre les conflits internationaux, promouvoir la coopération et limiter l’utilisation de la force dans les relations entre États. La Charte des Nations Unies, signée en 1945, représente la pierre angulaire de cet ordre, établissant le principe fondamental selon lequel les États doivent s’abstenir de la menace ou de l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État. En intervenant militairement au Venezuela sans l’autorisation du Conseil de sécurité, les États-Unis ont violé ce principe fondamental, créant un précédent dangereux selon lequel la force militaire peut être utilisée unilatéralement pour atteindre des objectifs politiques.
Les diplomates et experts en relations internationales avertissent que ce précédent pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour la stabilité internationale, encourageant d’autres puissances à recourir à la force pour résoudre leurs différends avec leurs voisins. L’ambassadrice de l’Union européenne aux Nations Unies a déclaré que l’intervention sape les principes fondamentaux du droit international et envoie un message inquiétant aux plus petits États du monde. Des pays comme l’Indonésie, l’Afrique du Sud et le Mexique ont tous émis des déclarations exprimant leur profonde inquiétude concernant la violation de la souveraineté vénézuélienne et appelant au respect du droit international. Le secrétaire général des Nations Unies a appelé à la retenue et a souligné que le recours à la force ne peut être justifié que dans le cadre strict du droit international, une déclaration clairement dirigée contre l’action américaine. Les experts craignent que l’intervention au Venezuela ne marque le début d’une ère de déstabilisation internationale où chaque grande puissance s’estime libre d’intervenir militairement partout où ses intérêts sont menacés.
Je pense à toutes les petites nations du monde qui observent ce qui se passe au Venezuela avec terreur. Pendant des décennies, elles ont cru que l’ordre international fondé sur des règles les protégerait contre l’arbitraire des grandes puissances. Aujourd’hui, elles voient la plus grande puissance du monde violer ouvertement ces règles sans aucune conséquence apparente. Quel message cela envoie-t-il aux petits États vulnérables? Que la souveraineté nationale ne vaut que si vous êtes assez fort pour la défendre? Que les grandes puissances peuvent faire ce qu’elles veulent pendant que les autres doivent obéir aux règles? Ce qui me désespère, c’est la perte de confiance dans les institutions internationales qui a résulté de cette intervention. Les Nations Unies étaient censées être l’arbitre impartial des conflits internationaux, mais elles se sont révélées impuissantes face à l’action unilatérale des États-Unis. Comment pouvons-nous espérer résoudre les défis mondiaux complexes comme le changement climatique, les pandémies ou la prolifération nucléaire si les plus grandes puissances ne respectent pas les règles fondamentales du droit international?
Section 7: la question de la légitimité démocratique
La controversée élection de 2024 au Venezuela
Les élections présidentielles vénézuéliennes de 2024 ont été l’objet de controverses intenses, tant au niveau national qu’international, avec des allégations de fraude massive de la part de l’opposition et de nombreux gouvernements étrangers. Le gouvernement officiel a déclaré Nicolás Maduro vainqueur avec 52% des voix, tandis que l’opposition dirigée par María Corina Machado a affirmé que son candidat Edmundo González Urrutia avait obtenu environ 70% des suffrages. Des organisations internationales d’observation électorale comme l’Union européenne et l’Organisation des États américains ont déclaré que les élections n’avaient pas satisfait aux normes internationales de liberté et d’équité, citant des irrégularités dans le processus de vote, la suppression de candidats d’opposition et le contrôle médiatique exercé par le gouvernement. L’administration Trump a utilisé ces allégations de fraude électorale comme une justification supplémentaire pour l’intervention, affirmant que Maduro n’avait pas de légitimité démocratique et que les États-Unis avaient le devoir de soutenir la volonté du peuple vénézuélien.
Cependant, de nombreux experts en politique électorale ont souligné que les élections vénézuéliennes de 2024, bien que imparfaites, n’étaient pas fondamentalement différentes de nombreuses élections dans d’autres pays du monde, y compris certains alliés des États-Unis. Les allégations de fraude n’ont jamais été indépendamment vérifiées par des tiers crédibles, et les rapports contradictoires des différentes organisations d’observation ont créé une confusion considérable quant à ce qui s’est réellement passé pendant le scrutin. L’opposition vénézuélienne elle-même a été divisée sur la question de la participation aux élections, certains groupes appelant au boycott et d’autres contestant les résultats a posteriori. Les critiques de l’intervention américaine ont souligné que même si les élections n’étaient pas parfaitement libres et équitables, cela ne donnait pas aux États-Unis le droit d’intervenir militairement pour changer le régime, une violation fondamentale du principe d’autodétermination des peuples inscrit dans la Charte des Nations Unies.
Je suis profondément ambiguë face à la question de la légitimité démocratique de Maduro. D’une part, il est évident que son gouvernement a commis de graves violations des droits humains et a sapé les institutions démocratiques vénézuéliennes. Les accusations de fraude électorale sont plausibles compte tenu de l’histoire de son régime. Mais d’autre part, suis-je vraiment prête à accepter que les États-Unis deviennent l’arbitre mondial de la démocratie, décidant quels gouvernements sont légitimes et lesquels ne le sont pas? Qui a donné à Washington le droit de jouer le rôle de juge et jury dans les affaires intérieures d’autres nations? Et si un gouvernement futur des États-Unis lui-même est accusé de fraude électorale, comme cela s’est produit en 2020, est-ce que la Chine ou la Russie auraient le droit d’intervenir pour restaurer la démocratie? Cette logique mène à un monde où la notion même de souveraineté nationale perd tout sens. Les Vénézuéliens devraient être ceux qui décident de leur avenir politique, même si cela signifie choisir des leaders dont nous désapprouvons les méthodes ou les politiques.
L’alternative démocratique au sein du Venezuela
Malgré la répression gouvernementale et les divisions internes, l’opposition vénézuélienne a maintenu une présence politique significative et a continué à organiser des manifestations et des activités de résistance contre le régime Maduro. María Corina Machado, leader de l’opposition et lauréate du prix Nobel de la paix en 2025 pour ses efforts non-violents en faveur de la démocratie, est devenue une figure emblématique de la résistance vénézuélienne. Cependant, Trump a publiquement rejeté l’idée de travailler avec Machado, déclarant qu’elle n’a pas le soutien au sein du pays ou le respect nécessaire pour diriger le Venezuela. Cette déclaration a surpris de nombreux observateurs internationaux qui considéraient Machado comme la principale alternative démocratique crédible à Maduro et comme le choix probable d’une majorité de Vénézuéliens si des élections libres et équitables avaient lieu.
Le refus de Trump de soutenir Machado soulève de sérieuses questions sur les véritables intentions de l’intervention américaine et sur l’avenir politique du Venezuela. Si les États-Unis ne comptent pas soutenir l’opposition démocratique existante, qui envisagent-ils de mettre en place à la place de Maduro? Certains analystes ont suggéré que l’administration Trump pourrait chercher à installer un gouvernement fantoche pro-américain composé de technocrates favorables aux entreprises, plutôt que de permettre un processus démocratique authentique. D’autres ont émis l’hypothèse que les États-Unis pourraient chercher à diviser le Venezuela, peut-être en encourageant des mouvements séparatistes dans des régions riches en ressources comme l’État de Zulia ou la péninsule de Paraguaná. Les leaders de l’opposition vénézuélienne ont exprimé leur inquiétude concernant ces scénarios, insistant sur le fait que tout processus de transition doit être mené par les Vénézuéliens eux-mêmes et refléter la volonté authentique du peuple vénézuélien.
Quand Trump a rejeté María Corina Machado comme n’ayant pas le soutien nécessaire pour diriger le Venezuela, j’ai ressenti une vague de consternation. Machado a risqué sa vie pour défendre la démocratie dans son pays, elle a survécu à des tentatives d’assassinat, elle a été emprisonnée et torturée, et elle a reçu le prix Nobel de la paix pour son courage. Pour Trump, cet héroïsme ne compte pas, seule compte sa propre évaluation subjective du soutien dont elle jouit. Ce qui me révulse, c’est l’arrogance d’un leader américain qui croit pouvoir juger quels Vénézuéliens sont légitimes et lesquels ne le sont pas, sans même avoir vécu une seule journée de la réalité de ce peuple. Trump prétend vouloir restaurer la démocratie au Venezuela, mais il rejette la principale figure démocratique du pays. Est-ce vraiment de la démocratie dont il s’agit, ou simplement de la recherche d’un gouvernement compliant qui servira les intérêts américains? Je crains terriblement que ce soit la seconde option, et que le peuple vénézuélien passe d’une dictature à une autre, cette fois sous la domination américaine.
Section 8: les leçons historiques de l'interventionnisme
Les précédents historiques: Panama, Irak, Afghanistan
L’intervention américaine au Venezuela doit être analysée à la lumière des précédents historiques d’interventions militaires étrangères, notamment l’invasion de Panama en 1989 pour déposer le général Manuel Noriega, l’invasion de l’Irak en 2003 pour renverser Saddam Hussein, et l’invasion de l’Afghanistan en 2001 après les attentats du 11 septembre. Chacune de ces interventions a été justifiée à l’époque par des arguments moraux et juridiques spécifiques, mais chacune a également conduit à des conséquences imprévues et souvent dévastatrices. L’invasion de Panama, bien qu’ayant réussi à capturer Noriega et à le traduire en justice aux États-Unis, a causé des milliers de morts civils et a laissé le Panama profondément traumatisé. L’invasion de l’Irak, basée sur des allégations fausses ou exagérées d’armes de destruction massive, a conduit à des années d’instabilité, à la montée de l’État islamique et à la mort de centaines de milliers de civils irakiens.
L’invasion de l’Afghanistan, bien que justifiée par la nécessité de démanteler Al-Qaïda après les attentats du 11 septembre, s’est transformée en une occupation de vingt ans qui a coûté la vie à plus de 2400 soldats américains et à des dizaines de milliers d’Afghans, pour un résultat final incertain après le retrait chaotique des troupes américaines en 2021. Dans chacun de ces cas, les États-Unis ont entré dans ces pays avec des plans optimistes pour établir des gouvernements pro-américains stables, mais ont sous-estimé la complexité des sociétés locales et la résistance à l’occupation étrangère. Le cas du Panama est particulièrement pertinent pour le Venezuela car il s’agissait également d’une intervention pour capturer un chef d’État accusé de trafic de drogue. Cependant, contrairement à Panama, où Noriega était relativement isolé et détesté par la population, Maduro dispose encore d’un certain soutien au sein des forces armées et de segments de la population, ce qui pourrait rendre l’occupation américaine beaucoup plus difficile et prolongée.
Je pense aux leçons que nous aurions dû tirer de ces interventions passées, mais que nous semblons condamnés à réapprendre à chaque nouvelle génération. Panama, l’Irak, l’Afghanistan: dans chaque cas, les États-Unis sont entrés avec confiance, convaincus qu’ils pouvaient remodeler une société étrangère selon leur propre image. Dans chaque cas, ils ont sous-estimé la résistance locale, la complexité culturelle et les conséquences imprévues de leurs actions. Et dans chaque cas, le résultat final a été loin des objectifs initiaux. Pourquoi devrions-nous penser que le Venezuela sera différent? Trump semble croire qu’il peut éviter les erreurs du passé simplement parce qu’il est, selon lui, plus intelligent et plus capable que ses prédécesseurs. Cette arrogance est terrifiante. L’histoire ne pardonne pas ceux qui refusent de la lire, et les leçons de l’interventionnisme américain sont claires et douloureuses. Chaque intervention crée de nouveaux problèmes tout en résolvant rarement ceux qu’elle prétendait résoudre. Le Venezuela ne fera pas exception.
Les coûts humains et économiques de l’occupation
Les occupations militaires américaines historiques ont entraîné des coûts humains et économiques massifs, tant pour les pays occupés que pour les États-Unis eux-mêmes. En Irak, les coûts directs de la guerre et de l’occupation ont dépassé les 2 billions de dollars selon certaines estimations, sans compter les coûts indirects comme les soins aux vétérans et les intérêts sur la dette de guerre. En Afghanistan, les États-Unis ont dépensé environ 825 milliards de dollars sur vingt ans d’occupation, sans parvenir à établir un gouvernement stable capable de survivre au retrait américain. Sur le plan humain, ces occupations ont causé des centaines de milliers de morts civils, des millions de déplacés et des traumatismes intergénérationnels qui continuent d’affecter ces sociétés des années après la fin des combats. Les vétérans américains de ces guerres continuent de souffrir de taux élevés de traumatismes liés au stress post-traumatique, de homelessness et de suicides.
Les experts avertissent que l’occupation du Venezuela pourrait être encore plus coûteuse et compliquée que les précédentes interventions, étant donné la taille du pays, sa population de plus de 28 millions d’habitants, sa géographie difficile et l’existence de groupes armés tant loyalistes que d’opposition. Les coûts directs d’une occupation prolongée pourraient facilement atteindre des centaines de milliards de dollars, même si Trump a insisté sur le fait que l’occupation ne coûtera pas un centime car elle serait financée par les ressources pétrolières vénézuéliennes. Les coûts humains pourraient être encore plus dévastateurs, avec des pertes civiles potentielles dues aux combats, à la pénurie de nourriture et de médicaments causée par les bouleversements économiques, et aux représailles politiques. Les organisations humanitaires internationales ont déjà exprimé leur inquiétude concernant la situation des civils vénézuéliens, estimant que des millions de personnes pourraient être déplacées par les combats et que le système de santé déjà défaillant du Venezuela pourrait s’effondrer complètement sous la pression de l’occupation.
Quand j’entends Trump dire que l’occupation du Venezuela ne coûtera rien aux contribuables américains, je ressens cette colère froide qui monte en moi. Rien? Rien du tout? Et les milliers de Vénézuéliens qui mourront à cause des bombardements, des combats, de la faim et des maladies? Leur vie ne compte-t-elle pas dans cette équation? Et les milliers de soldats américains qui reviendront avec des corps brisés et des esprits détruits? Leur souffrance ne compte-elle pas non plus? Trump semble voir les occupations militaires comme des transactions financières simples, où les entrées et les sorties peuvent être facilement calculées et où les profits l’emportent toujours sur les pertes. Mais la réalité des occupations militaires est beaucoup plus sombre et plus complexe. Elles détruisent des vies, des familles, des communautés entières. Elles laissent des cicatrices qui persistent pendant des générations. Et contrairement à ce que Trump prétend, les coûts finissent toujours par être payés, soit par les contribuables américains, soit par les populations locales, soit par les deux.
Section 9: la résistance vénézuélienne et la perspective future
La réaction du gouvernement et des forces armées vénézuéliennes
La capture de Maduro a plongé le gouvernement vénézuélien dans une crise institutionnelle majeure, mais les structures de l’État et les forces armées n’ont pas disparu pour autant. La vice-présidente Delcy Rodríguez, nommée présidente par intérim par la Cour suprême vénézuélienne, a immédiatement condamné ce qu’elle a qualifié de kidnapping et a affirmé que Maduro restait le seul président du Venezuela. Les forces armées vénézuéliennes, qui ont longtemps été un pilier du régime Maduro, semblent divisées dans leur loyauté. Certains éléments, particulièrement dans l’armée de l’air et la marine, pourraient être favorables à une transition politique, tandis que d’autres, notamment dans la garde nationale et les forces spéciales, restent fidèles au régime. L’administration Trump a affirmé que les forces armées vénézuéliennes avaient été neutralisées lors de l’opération, mais les rapports contradictoires suggèrent que la situation militaire reste fluide et potentiellement instable.
Les groupes paramilitaires loyalistes, souvent appelés colectivos, qui ont servi de force de répression pour le régime Maduro, pourraient constituer une menace significative pour les forces d’occupation américaines. Ces groupes, armés et financés par le gouvernement, ont une longue expérience de la guérilla urbaine et pourraient mener des campagnes d’insurrection contre les forces américaines, transformant l’occupation du Venezuela en une guerre prolongée et sanglante. De plus, il existe un risque de fragmentation ethnique et régionale, certains groupes pouvant profiter du chaos pour revendiquer une autonomie accrue. Les États fédéraux comme Zulia, Táchira et Amazonas, qui ont des identités régionales distinctes et des ressources importantes, pourraient chercher à exploiter la situation pour obtenir plus d’autonomie ou même l’indépendance, ce qui pourrait entraîner une guerre civile à grande échelle. Les diplomates régionaux craignent que l’instabilité vénézuélienne ne se propage aux pays voisins, notamment la Colombie, le Brésil et les Caraïbes, créant une crise régionale majeure.
Je pense aux soldats et aux policiers vénézuéliens qui se trouvent désormais dans une situation impossible. D’un côté, ils ont juré fidélité à la constitution et à l’institution militaire. De l’autre, leur président a été capturé par une puissance étrangère et leur pays est occupé. Que doivent-ils faire? Obéir aux ordres du gouvernement par intérim qui leur demande de résister à l’occupation? Ou se rendre aux forces américaines et risquer d’être accusés de trahison? Et les colectivos, ces groupes paramilitaires qui ont terrorisé les quartiers populaires pendant des années, vont-ils maintenant devenir des héros de la résistance nationale aux yeux de certains? La situation est tellement complexe et chargée de pièges moraux qu’il est difficile de savoir quel serait le bon chemin à suivre. Ce qui me désespère, c’est que quel que soit le choix que font les Vénézuéliens, ils seront ceux qui en paieront le prix. Les décideurs politiques à Washington, à Caracas, à Moscou et à Pékin peuvent continuer à jouer leur grand jeu géopolitique, mais ce sont les gens ordinaires sur le terrain qui en subiront les conséquences.
La perspective de la population civile vénézuélienne
La population civile vénézuélienne, qui a déjà souffert immensément pendant des années de crise économique, d’hyperinflation et de pénuries, se trouve désormais confrontée à une nouvelle épreuve dévastatrice: l’occupation militaire de son pays par une puissance étrangère. Les réactions des Vénézuéliens à l’intervention américaine sont profondément divisées, reflétant les fractures politiques et sociales déjà existantes dans la société. Certains, particulièrement parmi l’opposition politique et les classes moyennes urbaines, ont accueilli la nouvelle avec soulagement et espoir, voyant dans la capture de Maduro une opportunité de mettre fin à la dictature et de restaurer la démocratie. Des célébrations ont éclaté dans certains quartiers de Caracas et d’autres villes, où des gens ont descendu dans la rue pour exprimer leur joie face à la chute du dirigeant qu’ils blâment pour leurs souffrances.
Cependant, d’autres segments de la population, particulièrement parmi les classes populaires et les chavistes loyaux, ont réagi avec colère et défiance, considérant l’intervention américaine comme une agression impérialiste et une violation de la souveraineté nationale. Pour ces Vénézuéliens, même s’ils peuvent critiquer certains aspects du régime Maduro, la capture du président élu par une puissance étrangère est inacceptable et rappelle les sombres chapitres de l’histoire latino-américaine où les États-Unis ont soutenu des dictatures militaires. Les organisations de défense des droits humains ont exprimé leur profonde inquiétude concernant la sécurité des civils vénézuéliens, craignant que les combats entre les forces américaines et les résistants loyalistes ne causent des pertes civiles massives. De plus, la situation humanitaire déjà critique au Venezuela pourrait s’aggraver considérablement avec les perturbations des chaînes d’approvisionnement causées par l’occupation, exacerbant les pénuries de nourriture, de médicaments et d’autres produits essentiels.
Quand je vois les images des Vénézuéliens célébrant dans les rues, je ressens ce mélange complexe de compréhension et d’incompréhension. Je comprends leur soulagement après des années de souffrance sous un régime brutal et incompétent. Je comprends leur espoir que cette intervention puisse apporter un changement positif. Mais je ne peux m’empêcher de me demander s’ils comprennent vraiment ce qu’ils célèbrent. Croient-ils sincèrement que les États-Unis sont venus pour libérer leur pays? Ont-ils oublié l’histoire de l’interventionnisme américain en Amérique latine? Et quand les Américains partiront, comme ils le feront inévitablement, que restera-t-il du Venezuela? Un pays en ruines, divisé, traumatisé, encore plus dépendant de l’étranger qu’avant. Ce qui me brise le cœur, c’est de penser que les espoirs sincères de ces gens vont probablement être trahis une fois de plus, comme ils l’ont été si souvent dans l’histoire tragique de cette région magnifiquement belle mais constamment bouleversée.
Section 10: les implications pour les relations américano-latino-américaines
Le retour du spectre de l’interventionnisme américain
L’intervention au Venezuela marque le retour explicite de l’interventionnisme américain en Amérique latine après plusieurs décennies de relative modération. Depuis la fin des guerres de la drogue en Amérique centrale dans les années 1980 et 1990, les États-Unis avaient largement évité les interventions militaires directes dans la région, se contentant généralement d’appliquer des pressions économiques et diplomatiques plutôt que la force militaire. L’invasion de Panama en 1989 pour déposer Manuel Noriega représentait le dernier exemple majeur d’intervention militaire américaine directe en Amérique latine. L’annonce de la doctrine Donroe et l’occupation du Venezuela représentent donc un changement radical dans l’approche américaine, signalant un retour à une politique plus agressive de domination régionale par la force militaire.
Ce retour de l’interventionnisme américain a provoqué une onde de choc diplomatique à travers l’Amérique latine, où les gouvernements de toutes orientations politiques ont réagi avec une profonde inquiétude. Même les gouvernements traditionnellement pro-américains comme la Colombie et le Mexique ont condamné l’intervention, craignant qu’elle ne crée un précédent dangereux pour la souveraineté de tous les pays de la région. Les organisations régionales comme l’Organisation des États américains et la Communauté des États latino-américains et caraïbes ont convoqué des sessions d’urgence pour discuter de la crise, mais se sont révélées divisées sur la réponse appropriée. Cette division reflète les tensions profondes qui existent au sein de l’Amérique latine concernant la relation avec les États-Unis, entre ceux qui voient Washington comme un partenaire potentiel pour résoudre les problèmes régionaux et ceux qui le considèrent comme une menace persistante à la souveraineté et à l’autonomie régionales.
Il y a une tristesse profonde dans la manière dont l’Amérique latine semble condamnée à revivre les mêmes traumatismes encore et encore. Les années 1970 et 1980 ont vu des dictatures militaires soutenues par les États-Unis terroriser des populations entières. Les années 1990 ont vu des politiques néolibérales imposées par Washington détruire les économies de la région. Et maintenant, au lieu de progresser vers une relation de partenariat et de respect mutuel, nous revenons à l’interventionnisme militaire direct. Ce qui me désespère, c’est que chaque génération latino-américaine semble devoir apprendre à ses dépends que les États-Unis ne sont pas un ami bienveillant mais une puissance qui défend avant tout ses propres intérêts. J’ai vécu cela à travers les yeux de ma mère, qui a vu ses amis disparaître sous les dictatures soutenues par les États-Unis. Et aujourd’hui, je vois la même peur dans les yeux de ma propre génération. Quand cesserons-nous d’être des pions sur l’échiquier des grandes puissances?
La polarisation régionale et les nouveaux alignements géopolitiques
L’intervention américaine au Venezuela est en train de provoquer une polarisation majeure au sein de l’Amérique latine, avec des pays qui prennent position clairement pour ou contre l’action américaine. D’un côté, il y a les gouvernements de droite qui ont salué l’intervention, comme l’Argentine de Javier Milei, l’Équateur de Daniel Noboa et le Panama de José Raul Mulino. Ces gouvernements voient les États-Unis comme un allié naturel dans leur lutte contre ce qu’ils considèrent comme les régimes autoritaires de gauche qui ont dominé la politique régionale au cours des deux dernières décennies. De l’autre côté, il y a les gouvernements de gauche et progressistes comme le Brésil de Lula, la Colombie de Gustavo Petro, le Mexique de Claudia Sheinbaum et le Chili de Gabriel Boric, qui ont fermement condamné l’intervention comme une violation du droit international et une menace pour la souveraineté régionale.
Cette polarisation régionale pourrait avoir des conséquences à long terme pour l’intégration latino-américaine et pour les organisations régionales comme le MERCOSUR et l’Alliance du Pacifique. Les divisions entre les pays pro-américains et anti-américains pourraient rendre difficile la coopération sur des questions importantes comme le commerce, la sécurité et le développement durable. De plus, certains pays pourraient chercher à renforcer leurs liens avec d’autres puissances mondiales comme la Chine et la Russie en réponse à ce qu’ils perçoivent comme une menace américaine. La Chine a déjà signé des accords commerciaux importants avec plusieurs pays latino-américains et a investi massivement dans les infrastructures de la région dans le cadre de son initiative Belt and Road. Si l’intervention américaine au Venezuela conduit à une intensification de la compétition géopolitique en Amérique latine, cela pourrait transformer la région en un nouveau champ de bataille de la guerre froide moderne, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour la stabilité régionale.
Je regarde la carte de l’Amérique latine se diviser en deux camps, et je sens ce vertige que l’on éprouve devant l’histoire qui se répète. D’un côté, les gouvernements qui croient que les États-Unis peuvent être des partenaires dans la construction d’un avenir meilleur. De l’autre, ceux qui voient Washington comme la menace existentielle ultime contre leur souveraineté et leur dignité. Cette division n’est pas nouvelle, elle a caractérisé les relations entre l’Amérique latine et les États-Unis depuis plus de deux siècles. Mais ce qui me frappe aujourd’hui, c’est l’intensité de cette polarisation, la manière dont elle semble s’intensifier plutôt que de s’atténuer avec le temps. Je pense aux jeunes générations latino-américaines qui grandissent dans ce monde divisé, qui apprennent à voir leurs voisins non comme des partenaires mais comme des ennemis potentiels en fonction de leur position dans ce grand alignement géopolitique. Comment pouvons-nous construire un avenir de prospérité et de paix régionale quand nous sommes si profondément divisés sur notre relation avec la puissance qui domine notre continent?
Section 11: les implications pour la politique intérieure américaine
Les divisions politiques sur l’intervention
L’intervention au Venezuela a provoqué des divisions significatives au sein de la politique américaine, reflétant les tensions existantes entre les différentes factions du Parti républicain et les divergences avec les démocrates. Au sein du Parti républicain, certains conservateurs traditionnels ont exprimé leur inquiétude concernant l’intervention, y compris la représentante Marjorie Taylor Greene qui a déclaré sur les réseaux sociaux que c’est ce que beaucoup dans MAGA pensaient avoir voté pour terminer. Avions-nous tort. Cette réaction reflète la tension entre l’aile isolationniste du mouvement MAGA, qui s’oppose aux interventions étrangères coûteuses, et l’aile interventionniste qui soutient une politique étrangère agressive. Les démocrates, pour leur part, ont largement condamné l’intervention comme une violation du droit international et une menace pour la paix mondiale, bien que certains modérés aient exprimé leur soulagement face à la chute de Maduro.
Les sénateurs démocrates ont exprimé leur préoccupation concernant le manque de consultation du Congrès avant l’intervention, soulignant que la Constitution américaine accorde au Congrès le pouvoir de déclarer la guerre. Le sénateur Chris Murphy a déclaré que le président ne peut pas simplement bombarder un pays souverain et kidnapper son chef d’État sans l’autorisation du Congrès, tandis que la sénatrice Elizabeth Warren a souligné que l’intervention crée un précédent dangereux qui pourrait être utilisé contre les États-Unis à l’avenir. Les sondages d’opinion publique montrent que les Américains sont profondément divisés sur l’intervention au Venezuela, avec une légère majorité exprimant son soutien à l’action mais avec des inquiétudes généralisées concernant les coûts et les conséquences potentielles. Cette division politique rend difficile la formation d’un consensus national sur l’avenir de l’occupation et pourrait compliquer les efforts pour obtenir un financement à long terme pour les opérations militaires et la reconstruction du Venezuela.
Je regarde les débats politiques aux États-Unis avec cette distance mélancolique de quelqu’un qui observe une famille se déchirer. Les républicains se disputent entre eux sur la question de savoir si l’intervention au Venezuela correspond ou non à leurs principes, comme si les principes pouvaient être adaptés à volonté pour justifier n’importe quelle action. Les démocrates critiquent l’action de Trump mais semblent incapables de proposer une alternative cohérente. Et le grand public américain, comme d’habitude, est largement indifférent aux implications géopolitiques de ce qui se passe, tant que ça ne l’affecte pas directement dans son quotidien. Ce qui me désespère, c’est de voir à quel point le processus politique américain est devenu déconnecté de la réalité du reste du monde. Les décisions prises à Washington ont des conséquences dévastatrices sur des millions de gens à des milliers de kilomètres de là, mais ces conséquences semblent n’avoir aucun poids dans les calculs politiques des dirigeants américains. Comment pouvons-nous espérer un ordre international juste quand la superpuissance dominante est elle-même si profondément divisée et si aveugle aux effets de ses actions?
Les implications pour les élections de mi-mandat de 2026
L’intervention au Venezuela est susceptible de devenir un enjeu majeur dans les élections de mi-mandat américaines de novembre 2026, où le contrôle des deux chambres du Congrès sera en jeu. Les démocrates espèrent utiliser la controverse autour de l’intervention pour mobiliser leur base électorale, critique de l’approche étrangère agressive de Trump et de son mépris pour le droit international. Ils pourraient également essayer de lier l’intervention aux préoccupations économiques des électeurs, en soulignant les coûts potentiels de l’occupation et en remettant en question l’affirmation de Trump selon laquelle l’occupation ne coûtera pas un centime. Les républicains, pour leur part, feront probablement campagne en faveur de l’intervention, la présentant comme une action nécessaire et réussie pour protéger les intérêts américains et promouvoir la démocratie dans l’hémisphère occidental.
Cependant, les sondages suggèrent que les préoccupations économiques domestiques comme l’inflation et le coût de la vie restent les priorités principales des électeurs, ce qui pourrait limiter l’impact électoral de la politique étrangère. Trump a historiquement utilisé les crises internationales pour renforcer son image de leader fort et décisif, et l’intervention au Venezuela pourrait jouer un rôle similaire dans les élections de 2026. Cependant, si l’occupation se prolonge et si les coûts humains et financiers augmentent de manière significative, cela pourrait devenir un fardeau politique pour les républicains. Les défaites électorales passées liées aux interventions militaires prolongées, notamment lors des élections de 2006 au milieu de la guerre en Irak, servent d’avertissement sur les risques politiques d’une occupation mal gérée. L’issue des élections de 2026 pourrait donc dépendre en grande partie de l’évolution de la situation au Venezuela et de la perception publique du succès ou de l’échec de l’intervention.
Quand je pense aux élections américaines de 2026, je ressens cette fatigue profonde face à la manière dont la politique américaine transforme tout, même les guerres et les souffrances humaines, en des jeux de pouvoir abstraits. L’intervention au Venezuela, qui a déjà causé tant de morts et de destructions, deviendra probablement un argument de campagne dans des pubs télévisés et des débats politiques, des images de destruction ou de victoire utilisées pour vendre des candidats. Ce qui me révulse, c’est cette déshumanisation systématique du politique, où les vies des gens ordinaires ne comptent que comme des points dans des sondages d’opinion ou comme des statistiques dans des rapports de campagne. Les électeurs américains voteront en fonction de leurs sentiments sur l’intervention sans jamais avoir vu une seule image des corps déchiquetés par les bombes, sans jamais avoir entendu les cris des mères qui ont perdu leurs enfants, sans jamais avoir senti la faim et la terreur des gens vivant sous occupation. Cette distance entre ceux qui prennent les décisions et ceux qui en subissent les conséquences est la caractéristique fondamentale de notre système politique actuel, et je ne vois pas comment elle pourrait être surmontée.
Conclusion: les leçons d'un tournant historique
L’urgence d’un retour au multilatéralisme
L’intervention américaine au Venezuela et l’annonce de la doctrine Donroe représentent un tournant historique dans les relations internationales, marquant un retour à l’unilatéralisme et à l’impérialisme que beaucoup croyaient relégués au passé. Dans ce contexte, il est urgent de réaffirmer les principes du multilatéralisme et de l’ordre international fondé sur des règles qui ont émergé après la Seconde Guerre mondiale. Les Nations Unies, malgré leurs limitations actuelles, restent le cadre le plus légitime pour résoudre les conflits internationaux et promouvoir la coopération entre nations. La communauté internationale doit travailler ensemble pour condamner clairement les violations du droit international et pour élaborer des mécanismes plus efficaces de prévention des conflits et de résolution pacifique des différends. Les organisations régionales comme l’Organisation des États américains doivent également être renforcées pour jouer un rôle plus actif dans la promotion du dialogue et de la coopération dans l’hémisphère occidental.
Les défis mondiaux actuels, du changement climatique aux pandémies en passant par la prolifération nucléaire et les inégalités économiques, exigent une coopération internationale étroite plutôt qu’une compétition entre grandes puissances. L’intervention américaine au Venezuela risque de détourner l’attention et les ressources de ces défis globaux urgentis, transformant l’Amérique latine en un nouveau champ de bataille de la guerre froide moderne. Les diplomaties européenne, asiatique et africaine doivent travailler avec leurs homologues latino-américaines pour promouvoir une approche multilatérale de la crise vénézuélienne, basée sur le dialogue, la négociation et le respect de la souveraineté nationale. Seuls des efforts collectifs et coordonnés pourront éviter que l’intervention au Venezuela ne devienne le prélude à une nouvelle ère d’instabilité et de conflits internationaux.
Quand je regarde le monde actuel, avec ses divisions profondes et ses défis existentiels, je suis hantée par cette question: allons-nous apprendre de l’histoire ou sommes-nous condamnés à répéter les mêmes erreurs encore et encore? L’intervention au Venezuela et la doctrine Donroe sont le produit de cette même arrogance qui a mené aux catastrophes du passé, la conviction qu’une puissance peut imposer sa volonté par la force sans conséquences durables. Mais l’histoire nous enseigne une leçon différente: la force brute crée toujours plus de problèmes qu’elle n’en résout, elle engendre la résistance, le ressentiment et finalement le rejet. Les empires qui ont cru pouvoir dominer le monde par la force se sont tous effondrés, et l’empire américain ne fera pas exception s’il continue sur cette voie. Ce qui me donne un espoir fragile, c’est la résilience des peuples, leur capacité à survivre et à résister même dans les circonstances les plus sombres. Les Vénézuéliens traversent une épreuve terrifiante, mais ils ne sont pas seuls. Des millions de gens à travers le monde sont solidaires avec eux, et cette solidarité est la véritable force qui peut finalement vaincre l’impérialisme. Nous devons continuer à croire qu’un autre monde est possible, un monde fondé sur le respect mutuel, la coopération et la justice, pas sur la domination et la force brute.
La responsabilité collective face à l’avenir
La crise au Venezuela et l’émergence de la doctrine Donroe nous confrontent à des questions fondamentales sur notre responsabilité collective en tant que citoyens du monde. Nous ne pouvons pas simplement regarder passivement alors que les principes fondamentaux du droit international sont violés et que les vies des gens ordinaires sont détruites par des décisions prises loin d’eux. Chacun de nous a une responsabilité, petite mais significative, de contribuer à la construction d’un monde plus juste et plus pacifique. Cela peut signifier s’informer sur les enjeux internationaux, exprimer nos préoccupations à nos représentants politiques, soutenir les organisations humanitaires qui travaillent sur le terrain, ou simplement refuser d’accepter les narratifs simplistes qui justifient la violence et l’interventionnisme. La révolution de l’information et la connectivité mondiale nous donnent des outils que les générations précédentes n’avaient pas pour organiser la résistance et promouvoir des alternatives.
Le Venezuela ne sera pas le dernier test de notre engagement envers un ordre international juste. D’autres crises viendront, d’autres interventions seront proposées, d’autres doctrines seront formulées pour justifier l’usage de la force. La question qui nous est posée aujourd’hui, collectivement et individuellement, est de quel côté de l’histoire nous voulons être. Allons-nous accepter le retour à un monde de sphères d’influence et de domination impériale, ou allons-nous nous battre pour un monde de nations souveraines égales coopérant pacifiquement? La réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir du Venezuela, mais l’avenir de l’humanité entière. Le moment est venu de choisir, et ce choix aura des conséquences qui se répercuteront pendant des générations.
Je termine cet article avec ce sentiment accablant mais nécessaire que nous vivons un moment charnière de l’histoire, un moment où les choix que nous ferons aujourd’hui détermineront le monde dans lequel vivront nos enfants et nos petits-enfants. La doctrine Donroe n’est pas simplement une politique étrangère, c’est une déclaration sur ce que les États-Unis croient être leur place dans le monde et sur la manière dont ils comptent traiter les autres nations. Mais elle est aussi un test pour le reste d’entre nous: allons-nous accepter cette vision du monde ou allons-nous nous y opposer? J’ai choisi mon camp, celui de la résistance à l’impérialisme sous toutes ses formes, celui de la solidarité avec les peuples opprimés, celui de la foi en un avenir où la force ne fera plus loi. Je sais que ce chemin sera difficile, qu’il y aura des revers et des désillusions, mais je sais aussi qu’il n’y a pas d’autre chemin digne d’être emprunté. L’histoire ne se répétera pas si nous refusons de la laisser faire.
Sources
Sources primaires
Bfmtv.com – Capture de Nicolás Maduro: qu’est-ce que la doctrine Donroe, avec laquelle Donald Trump assume une posture agressive face à ses adversaires? – Publié le 4 janvier 2026
Usatoday.com – Trump calls Monroe Doctrine the ‘Donroe Doctrine’ after Venezuela raid – Publié le 3 janvier 2026
Reuters.com – Trump says U.S. will run Venezuela after U.S. captures Maduro – Publié le 4 janvier 2026
Aljazeera.com – World reacts to US bombing of Venezuela, ‘capture’ of Maduro – Publié le 3 janvier 2026
Sources secondaires
History.state.gov – Monroe Doctrine, 1823 – U.S. Office of the Historian
Archives.gov – Monroe Doctrine (1823) – National Archives
Archives.gov – Roosevelt Corollary to the Monroe Doctrine, 1904 – National Archives
Warontherocks.com – The Many Faces of the Monroe Doctrine – Publié en décembre 2023
Foreignpolicy.com – Let the Monroe Doctrine Die – Publié en mai 2019
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