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Le contexte géopolitique de 1823 et les intentions initiales

La doctrine Monroe est née dans un contexte géopolitique particulièrement tendu de l’après-guerres napoléoniennes, où les puissances européennes, notamment la Sainte-Alliance formée par la Russie, la Prusse et l’Autriche, cherchaient à restaurer les monarchies absolutistes sur le continent américain qui venait de connaître une vague d’indépendances. James Monroe, alors président des États-Unis depuis 1817, et son secrétaire d’État John Quincy Adams ont conçu cette doctrine comme une mesure défensive visant à protéger les jeunes républiques latino-américaines contre toute tentative de reconquête coloniale européenne. Le célèbre passage du message de Monroe stipulant que le continent américain, par la condition libre et indépendante qu’il a acquise et conservée, ne peut plus être considéré désormais comme sujet à une future colonisation par aucune puissance européenne était fondamentalement une déclaration d’auto-détermination collective, bien qu’elle reflétait également la volonté croissante des États-Unis d’exercer une hégémonie régionale. À l’époque, les États-Unis n’avaient ni la puissance militaire ni l’influence économique nécessaires pour faire respecter cette doctrine par la force, ce qui explique pourquoi elle est restée largement symbolique pendant plusieurs décennies.

Il est crucial de comprendre que la doctrine Monroe originale n’était pas une invitation à l’interventionnisme américain mais plutôt une affirmation de l’intégrité territoriale des nations du continent américain face à l’impérialisme européen. Monroe lui-même était un ancien combattant de la guerre d’indépendance américaine qui croyait sincèrement aux principes républicains et à l’autodétermination des peuples, bien que sa vision soit inévitablement limitée par les préjugés et les intérêts de son époque. La doctrine a été formulée à une époque où les États-Unis étaient encore une puissance naissante, cherchant à se protéger des rivalités européennes tout en affirmant progressivement leur propre sphère d’influence. Les historiens s’accordent généralement sur le fait que Monroe n’aurait jamais envisagé que sa doctrine servirait un jour à justifier des interventions militaires américaines directes contre des gouvernements souverains latino-américains, comme c’est le cas aujourd’hui avec la doctrine Donroe. L’intention originale était de protéger la région de l’ingérence étrangère, pas de servir de justification à une ingérence américaine encore plus directe et plus agressive.

Lorsqu’on relit les textes originaux de la doctrine Monroe de 1823, on est frappé par la différence radicale entre le ton modéré et défensif de James Monroe et l’agressivité conquérante de Donald Trump. Monroe écrivait dans un langage diplomatique soigné, prenant soin de ne pas provoquer inutilement les puissances européennes tout en affirmant fermement les principes américains. Trump, quant à lui, semble prendre un malin plaisir à créer des tensions, à provoquer ses adversaires et à transformer chaque discours en un défi direct. Ce qui me désespère, c’est de voir comment des concepts historiques complexes et nuancés peuvent être détournés et simplifiés pour servir des agendas politiques contemporains totalement étrangers à leur contexte original. La doctrine Monroe était le produit d’une époque où les États-Unis se positionnaient comme une puissance anti-impérialiste face à l’Europe. Aujourd’hui, sous la forme de la doctrine Donroe, elle est devenue l’outil d’un nouveau type d’impérialisme américain qui ne dit pas son nom. Comment pouvons-nous accepter que l’histoire soit ainsi réécrite et instrumentalisée sans le moindre respect pour la vérité historique?

L’évolution de la doctrine du XIXe au XXe siècle

La transformation de la doctrine Monroe d’un principe défensif en un outil interventionniste s’est produite progressivement tout au long du XIXe siècle, à mesure que la puissance américaine s’étendait économiquement et militairement. Dès les années 1840, sous la présidence de James K. Polk, la doctrine a été invoquée pour justifier l’expansion territoriale des États-Unis vers l’ouest et le sud, notamment lors de l’annexion du Texas et de la guerre américano-mexicaine qui a conduit à l’acquisition de vastes territoires comprenant la Californie, le Nouveau-Mexique, l’Arizona, le Nevada et l’Utah. Cette première phase d’expansion a établi un précédent selon lequel les intérêts américains pouvaient primer sur la souveraineté des nations voisines, un précédent qui serait amplifié au fil du temps. La construction du canal de Panama dans les premières années du XXe siècle a marqué une autre étape cruciale dans l’évolution de la doctrine, illustrant comment les États-Unis pouvaient utiliser leur puissance économique et militaire pour contrôler des infrastructures stratégiques en Amérique latine.

Cependant, c’est véritablement avec le corollaire Roosevelt de 1904 que la doctrine Monroe est devenue un instrument explicite d’interventionnisme américain. Theodore Roosevelt, président de 1901 à 1909, a déclaré que chronic wrongdoing, or an impotence which results in a general loosening of the ties of civilized society, may in America, as elsewhere, ultimately require intervention by some civilized nation, and in the Western Hemisphere the adherence of the United States to the Monroe Doctrine may force the United States, however reluctantly, in flagrant cases of such wrongdoing or impotence, to the exercise of an international police power. Ce corollaire fournissait une justification morale pour les interventions américaines, présentées comme des missions civilisatrices plutôt que comme des actes d’impérialisme. Entre 1904 et 1934, les États-Unis ont effectivement exercé ce rôle de police internationale, intervenant militairement dans plusieurs pays latino-américains pour protéger les intérêts économiques américains, réprimer les mouvements révolutionnaires ou assurer le remboursement de dettes. Cette période, connue sous le nom de dollar diplomacy, a profondément marqué les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine, créant un héritage de méfiance et de ressentiment qui persiste jusqu’à aujourd’hui.

Je ne peux m’empêcher de faire le parallèle entre le corollaire Roosevelt de 1904 et la doctrine Donroe de 2026. Dans les deux cas, on utilise un langage moralisateur pour justifier ce qui est fondamentalement une projection de puissance brute. Roosevelt parlait de civiliser les sociétés défaillantes, Trump parle de restaurer la démocratie et la justice. Mais au fond, quel est le véritable objectif? Dans les deux cas, il s’agit de contrôler les ressources, les marchés et les routes stratégiques de l’hémisphère occidental. Ce qui me terrifie, c’est que Trump n’a même pas la finesse intellectuelle de Roosevelt pour tenter de justifier ses actions avec un semblant de théorie morale. Il dit simplement: nous allons le faire parce que nous le pouvons, parce que nous sommes les plus forts, et que ça va rapporter gros aux entreprises américaines. Il y a une brutalité dans cette honnêteté qui me laisse sans voix. Au moins Roosevelt avait le tact de prétendre qu’il s’agissait d’une charge morale pesante assumée à contrecoeur. Trump assume l’interventionnisme avec une franchise effrayante, comme s’il n’existait aucune contrainte morale, légale ou politique qui puisse limiter l’action américaine.

Sources

Sources primaires

Bfmtv.com – Capture de Nicolás Maduro: qu’est-ce que la doctrine Donroe, avec laquelle Donald Trump assume une posture agressive face à ses adversaires? – Publié le 4 janvier 2026

Usatoday.com – Trump calls Monroe Doctrine the ‘Donroe Doctrine’ after Venezuela raid – Publié le 3 janvier 2026

Reuters.com – Trump says U.S. will run Venezuela after U.S. captures Maduro – Publié le 4 janvier 2026

Aljazeera.com – World reacts to US bombing of Venezuela, ‘capture’ of Maduro – Publié le 3 janvier 2026

Sources secondaires

History.state.gov – Monroe Doctrine, 1823 – U.S. Office of the Historian

Archives.gov – Monroe Doctrine (1823) – National Archives

Archives.gov – Roosevelt Corollary to the Monroe Doctrine, 1904 – National Archives

Warontherocks.com – The Many Faces of the Monroe Doctrine – Publié en décembre 2023

Foreignpolicy.com – Let the Monroe Doctrine Die – Publié en mai 2019

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