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Les cinq vaccins relégués au statut de décision partagée

La réforme du calendrier vaccinal américain cible spécifiquement cinq vaccins autrefois universellement recommandés : le vaccin contre le rotavirus, qui protège contre une gastro-entérite sévère chez les nourrissons ; le vaccin contre l’hépatite A, une infection virale du foie ; le vaccin contre l’hépatite B, transmis par contact avec des fluides corporels ; le vaccin contre la méningococcie, une infection bactérienne potentiellement mortelle ; et le vaccin contre la grippe saisonnière, recommandé chaque année pour tous les enfants. Ces vaccinations ne sont désormais plus prescrites systématiquement à tous les enfants américains, mais relèvent de ce que le CDC appelle une « décision clinique partagée », un statut qui implique une discussion approfondie entre le professionnel de santé et les parents avant de déterminer si la vaccination est appropriée pour l’enfant. Ce changement de statut représente un déclassement significatif de l’importance accordée à ces vaccins dans la prévention des maladies infantiles.

Le vaccin contre la grippe illustre particulièrement bien les implications potentielles de ce changement. Selon le CDC, nourrissons américains sont déjà morts de la grippe au cours de la saison hivernale 2025-2026, un chiffre qui pourrait augmenter si les taux de vaccination chutent suite à cette décision. Le CDC a lui-même souligné que la grippe avait déjà causé la mort de neuf enfants aux États-Unis cet hiver, une statistique qui prend une résonance particulière alors même que l’agence retire sa recommandation universelle pour le vaccin antigrippal. De même, le vaccin contre le rotavirus a longtemps été considéré comme un outil crucial dans la prévention des hospitalisations pédiatriques pour déshydratation sévère, particulièrement dans les pays où l’accès aux soins médicaux d’urgence peut être limité pour certaines populations. La méningococcie, bien que rare, progresse rapidement et peut être fatale en quelques heures, ce qui explique pourquoi de nombreux pays développés maintiennent une vaccination systématique contre cette maladie malgré son faible incidence.

Ce qui me frappe le plus dans cette décision, c’est la violence symbolique du geste. On ne parle pas ici de quelques ajustements techniques, mais de vaccins que des générations de pédiatres ont recommandés en toute conscience. Des vaccins que des milliers de scientifiques ont étudiés, validés, défendus. Et aujourd’hui, d’un coup de baguette magique administrative, ils sont relégués au second plan. Je ne peux m’empêcher de penser aux médecins qui vont devoir expliquer à des parents angoissés pourquoi le vaccin qu’ils recommandaient l’année dernière n’est plus une priorité. Quelle confusion terrible. Quelle responsabilité écrasante placée sur les épaules des cliniciens de terrain, désormais sommés de prendre des décisions qui étaient auparavant dictées par les plus hautes autorités sanitaires. C’est comme si on disait aux pilotes d’avion : « Vous savez, ces procédures de sécurité que nous vous avons enseignées pendant des années, en fait, vous pouvez les adapter au cas par cas selon votre jugement ». Effrayant.

Le contexte international : une comparaison complexe

La justification principale avancée par les autorités américaines pour cette réforme repose sur la comparaison avec d’autres pays développés, notamment le Danemark, la Norvège, la Finlande et l’Allemagne, qui recommandent systématiquement moins de vaccins pour les enfants. L’évaluation scientifique commandée par le HHS a examiné les politiques de 20 pays développés et a conclu que les États-Unis étaient l’exception en recommandant la vaccination contre 18 maladies différentes, contre seulement 10 pour le Danemark, qui sert de modèle principal pour la nouvelle politique américaine. Les officiels américains soulignent que malgré un calendrier plus restreint, ces pays affichent des taux de vaccination élevés et de bons résultats en matière de santé infantile, suggérant que le nombre de vaccins recommandés n’est pas nécessairement corrélé avec la protection de la santé publique.

Cependant, cette comparaison soulève de nombreuses questions et critiques de la part d’experts en santé publique internationaux. Anders Hviid, qui dirige la recherche sur la sécurité et l’efficacité des vaccins à l’Institut national de santé danois, a souligné les différences fondamentales entre les systèmes de santé américains et danois. « Au Danemark, tout le monde a accès à des soins prénatals et infantiles excellents. Comme je le comprends, ce n’est pas le cas pour tout le monde aux États-Unis. Les vaccins préviennent les infections qui peuvent avoir de mauvais résultats pour les enfants qui n’ont pas accès à de bons soins de santé », a-t-il déclaré à CNN. Cette perspective met en lumière le fait que les recommandations vaccinales dans chaque pays reflètent non seulement les preuves scientifiques mais aussi le contexte du système de santé, la prévalence des maladies et les réalités socio-économiques de la population. L’accès aux soins aux États-Unis étant nettement plus inégal qu’au Danemark ou dans d’autres pays européens avec un système de santé universel, retirer la recommandation universelle pour certains vaccins pourrait avoir des conséquences disproportionnées sur les populations les plus vulnérables.

Le Danemark comme modèle. C’est ironique quand on y pense. Pendant des années, les États-Unis ont été le modèle que le monde entier voulait suivre en matière de politique de santé. Les lignes directrices du CDC étaient considérées comme l’étalon-or, traduites dans des dizaines de langues, adaptées par des pays du monde entier. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Les États-Unis regardent vers l’Europe, et plus particulièrement vers la Scandinavie, pour définir leur politique. Je ne sais pas si c’est de l’humilité ou de l’imprudence. Ce que je sais, c’est que comparer les systèmes de santé comme s’ils étaient interchangeables est une simplification dangereuse. La santé n’est pas une équation mathématique. Ce qui fonctionne à Copenhague, avec son filet de sécurité sociale complet, son système de santé universel, sa population relativement homogène, ne peut pas être simplement transposé tel quel à la diversité et aux inégalités du système américain. C’est comme essayer de faire pousser des orchidées tropicales dans le désert : on peut bien copier la méthode, mais l’environnement fera la différence.

Sources

Sources primaires

Centers for Disease Control and Prevention, Health officials slash the number of vaccines recommended for all kids, NPR, 5 janvier 2026. U.S. Department of Health and Human Services, CDC Acts on Presidential Memorandum to Update Childhood Immunization Schedule, communiqué de presse, 5 janvier 2026. U.S. Department of Health and Human Services, Fact Sheet: CDC Childhood Immunization Recommendations, 5 janvier 2026.

Sources secondaires

Politico, HHS dramatically overhauls childhood vaccine schedule, downgrading advice for flu, meningitis, other shots, Lauren Gardner, 5 janvier 2026. CNN, US will overhaul childhood vaccine schedule to recommend fewer shots, Sarah Owermohle, 5 janvier 2026. NBC News, CDC overhauls childhood vaccine schedule to resemble Denmark, 5 janvier 2026. CIDRAP University of Minnesota, Viewpoint: The myth of an over-vaccinated America: The US DOES follow global consensus, Michael Osterholm, 5 janvier 2026.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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