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De l’ombre de Deng Xiaoping aux podiums mondiaux

Victor Zhikai Gao, né en 1962 à Suzhou dans la province du Jiangsu, incarne comme peu d’autres la transformation radicale de la Chine sur les quatre dernières décennies. Son parcours personnel est étroitement lié aux grandes étapes de l’ouverture de la Chine au monde, ce qui lui confère une crédibilité et une perspective unique pour analyser les relations sino-américaines contemporaines. Diplômé de l’Université de Soochow avec un baccalauréat ès arts en langue et littérature anglaise en 1981, Gao a ensuite obtenu une maîtrise en anglais à l’Université des études étrangères de Pékin en 1983, année où il a commencé sa carrière au ministère chinois des Affaires étrangères alors qu’il n’avait que 21 ans. Cette précocité témoigne déjà des capacités exceptionnelles d’un homme qui allait rapidement devenir l’un des interprètes les plus sollicités pour les plus hautes autorités chinoises. Mais c’est son rôle de traducteur pour Deng Xiaoping, le leader qui a lancé les réformes qui ont transformé la Chine, qui a véritablement forgé sa vision du monde et sa compréhension profonde des dynamiques internationales. Plus de 20 réunions avec le leader suprême dans les années 1980 lui ont permis d’observer à très courte distance la pensée stratégique de Deng, d’écouter ses réflexions sur l’avenir de la Chine et du monde, et de comprendre dès cette époque les contours de ce qui allait devenir la montée en puissance chinoise que nous observons aujourd’hui.

Après avoir quitté le ministère des Affaires étrangères en 1988, Gao a été recommandé par Henry Kissinger lui-même pour poursuivre ses études aux États-Unis, où il a obtenu une maîtrise en science politique en 1990 puis un doctorat en droit de la Yale Law School en 1993. Cette expérience académique américaine lui a donné une compréhension intime de la pensée et de la société américaines, complétant parfaitement sa connaissance approfondie de la Chine. Par la suite, Gao a travaillé comme banquier d’investissement pour Morgan Stanley et comme conseiller politique pour la Commission des valeurs mobilières et des contrats à terme de Hong Kong de 1999 à 2000, accumulant ainsi une expérience du monde des affaires et de la finance qui renforce encore sa crédibilité lorsqu’il analyse les enjeux économiques des relations sino-américaines. Aujourd’hui vice-président du Center for China and Globalization, un think tank basé à Pékin, et professeur titulaire à l’Université de Soochow, Gao s’est imposé comme l’un des analystes politiques les plus écoutés sur la scène internationale, intervenant régulièrement dans les grands médias occidentaux pour expliquer la position chinoise sur les questions géopolitiques majeures. Son profil unique, combinant une expérience directe au plus haut niveau de la direction chinoise, une formation académique américaine de premier plan et une expertise en finance internationale, lui permet de naviguer avec aisance entre les deux mondes et de servir d’interprète non seulement des mots mais aussi des cultures et des perspectives stratégiques qui les sous-tendent.

Ce qui me frappe le plus dans le parcours de Victor Gao, c’est cette capacité exceptionnelle à servir de pont entre deux mondes qui souvent se comprennent si mal. Il n’est pas simplement un observateur de la montée en puissance de la Chine, il en est un acteur qui a participé activement à la construction de cette nouvelle réalité, d’abord comme traducteur de Deng Xiaoping, puis comme analyste influent, et maintenant comme interprète auprès des publics occidentaux. Il y a dans son parcours une forme de poésie : l’interprète devenu analyste, celui qui traduisait les mots devenu celui qui explique les stratégies et les visions. Cette position privilégiée lui donne une perspective qui échappe à la plupart des observateurs, une capacité à voir non seulement les tensions apparentes mais aussi les continuités profondes, les logiques structurelles qui sous-tendent l’évolution des relations sino-américaines. Ce n’est pas pour rien qu’il est devenu une figure incontournable dans les débats sur l’avenir des relations internationales : il incarne cette nouvelle génération de Chinois qui maîtrisent parfaitement les codes occidentaux tout en restant profondément attachés à leur propre culture et à leur propre vision du monde. Cette combinaison rare lui donne une crédibilité unique, une autorité morale qui fait que ses analyses sont écoutées avec respect même par ceux qui ne partagent pas nécessairement toutes ses positions. C’est cette qualité qui rend ses déclarations sur la reconnaissance par les États-Unis de la puissance chinoise particulièrement pertinentes et dignes d’intérêt.

La vision stratégique héritée de Deng Xiaoping

L’analyse que Victor Gao fait de la montée en puissance de la Chine est profondément marquée par la vision stratégique de Deng Xiaoping, dont il a été l’un des plus proches collaborateurs. Dans son interview au podcast Endgame en octobre 2025, Gao a longuement évoqué l’influence décisive que Deng a exercée sur sa propre compréhension des relations internationales et du développement économique. Deng, qu’il décrit comme le transformateur de la Chine et du monde, avait une vision remarquablement claire de l’avenir, projetant le développement de la Chine sur des horizons temporels de 25, 50 voire 75 ans. Cette capacité à penser sur le long terme, à anticiper les transformations structurelles de l’économie mondiale et à positionner la Chine dans ce contexte évolutif, est selon Gao la clé du succès de la montée en puissance chinoise. Deng comprenait que la Chine ne pourrait atteindre la modernisation par la force ou la conquête, mais uniquement par l’intégration pacifique dans le système économique mondial et par le développement interne fondé sur le travail acharné et la discipline. C’est cette vision qui a guidé les réformes lancées en 1978 et qui continue d’inspirer la stratégie chinoise aujourd’hui, malgré les changements de leadership et l’évolution du contexte international.

Un des aspects les plus fascinants de la vision de Deng Xiaoping, tel que Gao le décrit, est son insistance sur l’égalité entre les nations et son rejet de toute forme d’hégémonie. Dès 1974, alors qu’il était vice-premier ministre de Chine, Deng a déclaré devant l’Assemblée générale des Nations Unies que la Chine ne chercherait jamais à exercer une hégémonie, allant même jusqu’à dire que si un futur gouvernement chinois tentait de le faire, les autres nations devraient s’unir au peuple chinois pour renverser ce gouvernement. Cette déclaration, que Gao qualifie de plus claire qu’il est possible d’imaginer, illustre la profondeur de l’engagement chinois en faveur d’un ordre international multipolaire où aucune nation n’exercerait une domination sur les autres. Cette vision continue d’orienter la politique étrangère chinoise aujourd’hui, comme le souligne Gao dans ses nombreuses interventions publiques. La Chine ne cherche pas à remplacer l’hégémonie américaine par sa propre domination, mais à construire un monde plus équilibré où différentes civilisations et différentes nations puissent coexister et se développer dans le respect mutuel. C’est cette philosophie qui sous-tend des initiatives comme les Nouvelles Routes de la soie et qui explique la diplomatie chinoise fondée sur le respect de la souveraineté nationale et la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États.

Lorsque j’écoute Victor Gao évoquer l’héritage de Deng Xiaoping, je suis frappé par la profondeur temporelle de cette vision stratégique chinoise, cette capacité à penser sur le long terme qui contraste si fortement avec la myopie qui caractérise souvent la politique occidentale, notamment américaine. Deng Xiaoping, dès les années 1970, envisageait déjà la Chine du milieu du 21e siècle, cette Chine qui s’impose aujourd’hui comme une puissance mondiale incontournable. Il y a dans cette capacité de projection dans le temps une forme de sagesse qui mérite notre admiration, une capacité à comprendre que les transformations profondes ne se produisent pas du jour au lendemain mais résultent d’une vision claire, d’une détermination inébranlable et d’une patience stratégique que nous avons trop tendance à sous-estimer en Occident. Ce qui me touche particulièrement dans cette vision dengxiaoïenne, c’est cette insistance sur l’égalité entre les nations, ce rejet de toute forme de domination qui résonne si profondément avec nos propres valeurs démocratiques. Il y a là une ironie historique : alors que les États-Unis ont longtemps présenté leur hégémonie comme nécessaire à la préservation d’un ordre international libéral, la Chine émerge comme le champion d’un ordre multipolaire fondé sur l’égalité souveraine des nations. C’est ce paradoxe que nous devons méditer si nous voulons comprendre la nouvelle réalité des relations internationales qui se dessine sous nos yeux.

Section 3 : la résilience économique chinoise face à la guerre commerciale américaine

Une guerre commerciale sans précédent aux effets paradoxaux

L’année 2025 a été marquée par une intensification sans précédent de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, avec des droits de douane américains atteignant des niveaux historiques de 145 % sur certains produits chinois et des représailles chinoises allant jusqu’à 125 % sur les produits américains. Cette escalade tarifaire, dont l’apogée a été atteinte en avril 2025, devait selon les architectes de la politique américaine affaiblir l’économie chinoise et contraindre Pékin à accepter les conditions posées par Washington. Or, comme le souligne Victor Gao dans ses analyses, les résultats ont été à l’opposé de ce qui était attendu. Plutôt que de s’effondrer sous le poids des sanctions commerciales, l’économie chinoise a démontré une résilience remarquable, continuant à croître et à diversifier ses marchés malgré la pression américaine. Les chiffres du commerce chinois pour 2025 sont éloquents : les exportations ont augmenté de 5,4 % sur un an pour atteindre 3,4 billions de dollars au cours des 11 premiers mois de l’année, tandis que les importations ne reculaient que de 0,6 % à 2,3 billions de dollars, permettant à la Chine d’atteindre un excédent commercial record de 1,08 billion de dollars. Cette performance contraste singulièrement avec le récit du déclin économique chinois promu par certains cercles à Washington et révèle une économie plus robuste et plus adaptable que ne le suggéraient les analyses superficielles.

Cette résilience économique chinoise s’explique par plusieurs facteurs structurels que Victor Gao souligne régulièrement dans ses interventions. Tout d’abord, la Chine a réussi à diversifier considérablement ses marchés d’exportation, réduisant sa dépendance vis-à-vis du marché américain qui représentait 3,5 % de son PIB en 2018 et seulement 2,8 % en 2024, une tendance qui s’est encore accentuée en 2025. Cette diversification a permis à la Chine de compenser la baisse des exportations vers les États-Unis par une augmentation des ventes vers d’autres régions, notamment l’Asie du Sud-Est, l’Europe et l’Afrique. Ensuite, la Chine a investi massivement dans le développement de capacités de production alternatives et dans le renforcement de ses chaînes d’approvisionnement internes, réduisant sa vulnérabilité aux perturbations extérieures. Enfin, et peut-être le plus important, la Chine a continué à investir massivement dans l’innovation technologique et dans l’amélioration de la productivité de son industrie, ce qui lui a permis de maintenir sa compétitivité sur les marchés internationaux malgré les droits de douane. Ces éléments combinés ont créé une économie chinoise plus résiliente et plus autonome, capable de résister à des pressions commerciales qui auraient effondré d’autres économies moins bien préparées.

Ce qui me frappe dans cette résilience économique chinoise, c’est la manière dont elle contredit radicalement les prévisions pessimistes qui ont longtemps dominé le discours occidental sur la Chine. Pendant des années, nous avons entendu dire que l’économie chinoise était un château de cartes, une bulle imminente prête à éclater au moindre choc. Pourtant, face à la guerre commerciale la plus intense de l’histoire moderne, cette économie a démontré une solidité et une capacité d’adaptation qui forcent le respect. Il y a là une leçon d’humilité que nous devons méditer : nos modèles économiques occidentaux, si confiants dans leur universalité, ont manifestement sous-estimé la complexité et la robustesse du modèle de développement chinois. Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont cette résilience a été construite : non pas par l’isolement ou le rejet du commerce international, mais par une intégration plus profonde et plus diversifiée dans l’économie mondiale. La Chine n’a pas réagi à la guerre commerciale américaine en se repliant sur elle-même, mais en élargissant ses horizons, en cherchant de nouveaux partenaires et en renforçant ses capacités internes. C’est cette réponse constructive qui me semble particulièrement digne d’intérêt, car elle suggère une approche de la compétition internationale fondée non sur la destruction mais sur l’amélioration continue et l’adaptation créative.

La baisse d’efficacité des pressions économiques américaines

Un des aspects les plus significatifs de l’évolution récente des relations sino-américaines est la baisse d’efficacité des pressions économiques américaines contre la Chine. Comme le souligne l’analyse de The Diplomat publiée en décembre 2025, les années de pressions économiques, technologiques et sur les chaînes d’approvisionnement exercées par les États-Unis ont produit des rendements décroissants. Plutôt que d’induire une instabilité systémique comme certains l’espéraient à Washington, ces pressions ont été largement absorbées par l’économie chinoise, révélant une capacité d’ajustement croissante du côté chinois. La levier économique coercitif est devenu de moins en moins efficace, un constat qui commence à être reconnu même au sein des cercles politiques américains. Cette réalité a contribué à un changement progressif dans la perception de la Chine aux États-Unis, avec un déplacement graduel de la vision de la Chine comme adversaire principal vers celle d’un concurrent à long terme qu’il faut gérer plutôt qu’éliminer.

Cette baisse d’efficacité des pressions économiques américaines s’explique par plusieurs facteurs structurels. Tout d’abord, la Chine a développé une économie suffisamment vaste et diversifiée pour résister aux chocs externes, avec un marché intérieur de plus d’un milliard de consommateurs et des capacités de production dans pratiquement tous les secteurs industriels. Ensuite, la Chine a investi massivement dans le développement de technologies alternatives et dans la création de chaînes d’approvisionnement indépendantes, réduisant sa dépendance vis-à-vis des technologies et des fournisseurs américains. Enfin, et peut-être le plus important, la Chine a su diversifier ses partenariats économiques et géopolitiques, construisant des alliances alternatives avec d’autres puissances régionales et émergentes, notamment à travers les initiatives des Nouvelles Routes de la soie et le renforcement des relations avec l’ASEAN, l’Afrique et l’Amérique latine. Cette diversification a réduit la capacité des États-Unis à isoler la Chine sur la scène internationale et a donné à Pékin des alternatives économiques et politiques que Washington ne peut ignorer.

Ce qui me préoccupe dans cette baisse d’efficacité des pressions économiques américaines, c’est la tentation qu’elle pourrait créer chez certains décideurs américains de recourir à des mesures encore plus agressives, voire militaires, pour contrer la montée en puissance chinoise. Il y a là un risque réel d’escalade qui pourrait avoir des conséquences catastrophiques pour l’ensemble du monde. Ce que nous devons comprendre, c’est que la Chine n’est pas l’Union soviétique, que la compétition sino-américaine ne peut pas se gagner par l’isolement ou l’affaiblissement économique de l’autre partie. La Chine est trop intégrée, trop essentielle au fonctionnement de l’économie mondiale pour pouvoir être exclue sans causer des dommages considérables à tous, y compris aux États-Unis. C’est cette interdépendance fondamentale que nous devons reconnaître et accepter si nous voulons éviter une nouvelle guerre froide qui pourrait cette fois dégénérer en conflit ouvert. La leçon que nous devons tirer de l’échec relatif des pressions économiques américaines n’est pas qu’il faut être plus agressif, mais qu’il faut être plus intelligent, plus créatif dans notre approche de la compétition sino-américaine. Plutôt que de chercher à affaiblir la Chine, nous devrions chercher à renforcer notre propre compétitivité, à investir dans l’éducation, la recherche et l’innovation, à construire des alliances plus solides avec nos partenaires traditionnels, et à développer une compréhension plus nuancée des aspirations chinoises.

Section 4 : le changement de perception américain face à la puissance chinoise

De l’ennemi au concurrent : une évolution significative

Un des développements les plus intéressants de l’année 2025 a été l’évolution perceptible de la perception de la Chine dans l’opinion publique américaine et dans les cercles politiques à Washington. Selon une enquête menée par Pew Research Center en avril 2025, 56 % des Américains décrivent désormais la Chine comme un concurrent, contre seulement 33 % qui la considèrent comme un ennemi, une proportion qui a diminué de manière marquée depuis 2024 dans les deux partis politiques. Même parmi les Républicains, la proportion de ceux qui qualifient la Chine d’ennemi a diminué de façon significative, réduisant l’écart entre les visions concurrentielles et celles axées sur l’hostilité. Ce changement de perception, bien que graduel, reflète une prise de conscience croissante aux États-Unis que la Chine est là pour rester en tant que puissance mondiale et que la stratégie de containment par la pression maximale a atteint ses limites. Les Américains commencent à comprendre que la Chine ne peut pas être simplement isolée ou affaiblie, qu’elle doit être gérée comme un concurrent à long terme dans un système international de plus en plus multipolaire.

Ce changement de perception se reflète également dans l’évolution du discours politique américain. La dernière Stratégie de sécurité nationale publiée par l’administration Trump en décembre 2025 marque un net départ par rapport aux cadres précédents qui présentaient la Chine comme une puissance révisionnaire posant un défi idéologique systémique. Dans ce document, la concurrence géopolitique n’est plus traitée comme le principe organisateur de la stratégie américaine. Au contraire, la concurrence économique est élevée au rang d’enjeu central, la Chine étant présentée principalement comme une rivale économique plutôt que comme l’architecte d’un ordre mondial incompatible. Ce changement de ton, bien que subtil, est significatif car il suggère une reconnaissance implicite que la stratégie de confrontation idéologique et géopolitique n’a pas produit les résultats escomptés et que Washington doit désormais adopter une approche plus pragmatique et transactionnelle dans ses relations avec Pékin. Les références renouvelées de Trump à un cadre G-2, quelles que soient leurs limites pratiques, soulignent également ce tournant vers un engagement par questions et transactionnel plutôt qu’une confrontation idéologique pure et dure.

Ce qui me fascine dans cette évolution de la perception américaine de la Chine, c’est la manière dont elle reflète une maturation progressive, un passage de la réaction émotionnelle à une analyse plus rationnelle des réalités géopolitiques. Pendant des années, le discours américain sur la Chine a été dominé par la peur, la suspicion et le sentiment de menace, émotions compréhensibles mais peu propices à une politique étrangère équilibrée et efficace. Ce qui semble émerger aujourd’hui, c’est une reconnaissance plus lucide que la Chine est une réalité complexe qui ne peut être réduite à une caricature d’ennemi maléfique. Les Américains commencent à comprendre que la Chine a ses propres intérêts légitimes, sa propre vision du monde, et que ces différences ne doivent pas nécessairement mener à un affrontement inévitable. Il y a là un espoir réel de dépassionner le débat sino-américain, de le transformer d’un conflit existentiel en une compétition gérable qui pourrait, si elle est bien conduite, mener à une forme de coexistence constructive. Ce qui me touche particulièrement dans cette évolution, c’est la manière dont elle témoigne de la capacité de la démocratie américaine à s’auto-corriger, à réviser ses perceptions en fonction des nouvelles réalités et des preuves empiriques. C’est cette capacité d’apprentissage collectif qui pourrait, à terme, permettre aux deux nations de trouver une voie vers une relation plus stable et plus productive.

Les implications de ce changement de perception pour les relations futures

Cette évolution de la perception américaine de la Chine a des implications profondes pour l’avenir des relations sino-américaines. Si les États-Unis commencent réellement à considérer la Chine comme un concurrent à long terme plutôt que comme un ennemi existentiel, cela ouvre la possibilité d’une relation plus stable et plus prévisible, fondée sur la gestion de la compétition plutôt que sur la tentative d’élimination de l’adversaire. Cette approche permettrait aux deux nations de définir des règles claires pour leur compétition, d’établir des garde-fous pour éviter l’escalade, et de maintenir des canaux de communication ouverts pour gérer les crises potentielles. C’est dans cette perspective que s’inscrivent les récentes réunions de haut niveau entre dirigeants américains et chinois, notamment le sommet des dirigeants à Busan en octobre 2025 et la prolongation ultérieure de la trêve commerciale après plusieurs cycles de négociations. Ces interactions servent une fonction centrale : définir des limites, établir des règles de base pour la compétition et prévenir les malentendus qui pourraient dégénérer en conflit ouvert.

Cependant, comme le souligne Victor Gao dans ses analyses, cette stabilité relative ne doit pas être confondue avec une détente. La compétition stratégique restera la caractéristique définissante des relations sino-américaines pour le futur prévisible, englobant la technologie, l’industrie, la finance et la sécurité. Du côté chinois, cette posture compétitive se reflète dans une insistance soutenue sur l’autonomie technologique et scientifique, l’approfondissement du lien entre l’innovation civile et la capacité militaire, et des initiatives politiques récentes telles que l’introduction d’un visa K conçu pour attirer des jeunes talents scientifiques et technologiques de l’étranger. Ces efforts coïncident avec des pressions croissantes sur la mobilité aux États-Unis : une enquête menée par Nature auprès de plus de 1 600 scientifiques basés aux États-Unis a révélé qu’environ 75 % d’entre eux envisagent de quitter le pays, principalement pour le Canada ou l’Europe, mais potentiellement aussi pour la Chine. Ces priorités ont été renforcées lors du dernier plénum du Parti communiste, où le président Xi Jinping a souligné l’importance de sécuriser l’initiative stratégique au milieu d’une féroce compétition internationale en octobre 2025.

Ce qui me préoccupe dans cette évolution vers une compétition plus gérée, c’est le risque qu’elle masque des tensions profondes qui continuent de s’accumuler sous la surface. Si nous réussissons à gérer les conflits manifestes, pourrons-nous éviter les divergences structurelles qui poussent les deux nations vers des trajectoires de plus en plus conflictuelles ? La Chine cherche de plus en plus à réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis, tandis que Washington tente de contenir l’ascension technologique chinoise. Ces dynamiques, bien que moins visibles que les conflits commerciaux, sont potentiellement plus dangereuses car elles touchent aux fondations mêmes de la puissance nationale dans le 21e siècle. Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont ces compétitions technologiques reflètent des visions différentes de l’avenir : une vision américaine fondée sur la préservation de l’hégémonie technologique occidentale, une vision chinoise fondée sur la nécessité d’une autonomie technologique pour garantir son développement et sa sécurité. Il n’est pas certain que ces visions soient compatibles, et il est encore moins certain que nous puissions gérer leurs inévitables frictions sans recourir à des mesures de plus en plus agressives. C’est cette incertitude qui me pousse à rester prudent, à voir dans cette stabilisation apparente non pas une fin mais peut-être une pause avant une nouvelle phase de compétition plus intense.

Section 5 : la supériorité technologique chinoise comme facteur de reconnaissance

Le rétrécissement de l’écart technologique entre les deux puissances

Un des facteurs les plus importants de la reconnaissance par les États-Unis de la puissance chinoise est le rétrécissement spectaculaire de l’écart technologique entre les deux nations. Comme l’a souligné Melanie Hart, directrice principale du Global China Hub de l’Atlantic Council, après son voyage à Pékin, deux points clés ont émergé : premièrement, la nouvelle génération de technologie chinoise est au moins aussi bonne, sinon meilleure dans certains secteurs, que ce que les entreprises américaines produisent. Deuxièmement, la Chine déploie l’intelligence artificielle plus rapidement que les États-Unis, et cette tendance est sur le point de devenir mondiale. Cette évaluation, venant d’une experte qui a longtemps travaillé sur la politique technologique américaine, témoigne d’une prise de conscience brutale à Washington que la supériorité technologique américaine, longtemps considérée comme acquise, est désormais sérieusement contestée. Dans des domaines aussi critiques que les télécommunications, les énergies renouvelables, les véhicules électriques, et maintenant l’intelligence artificielle, la Chine a non seulement rattrapé les États-Unis mais les a même dépassés dans certains segments.

Cette supériorité technologique chinoise ne s’est pas développée par hasard. Elle résulte d’un investissement massif et systématique dans la recherche et le développement, d’une politique éducative qui privilégie les disciplines scientifiques et techniques, et d’une stratégie industrielle qui vise explicitement à acquérir une autonomie technologique dans les secteurs clés. Selon les données collectées par divers instituts de recherche, la Chine consacre désormais un pourcentage plus élevé de son PIB à la recherche et au développement que les États-Unis, et forme plus de diplômés en sciences et en ingénierie chaque année que l’ensemble des pays occidentaux réunis. Cet investissement massif commence à porter ses fruits, avec des entreprises chinoises qui dominent désormais des segments entiers de l’économie technologique mondiale, des télécommunications à la production de batteries, en passant par les véhicules électriques et les panneaux solaires. Cette domination technologique confère à la Chine une influence économique et politique qui dépasse largement son poids purement économique, lui donnant la capacité de définir les standards technologiques mondiaux et de façonner l’évolution de l’économie numérique du 21e siècle.

Ce qui me frappe dans cette ascension technologique chinoise, c’est la rapidité avec laquelle elle s’est produite. Il n’y a que quelques décennies, la Chine était considérée comme une nation en développement, largement dépendante de la technologie occidentale pour sa modernisation. Aujourd’hui, elle est devenue l’un des leaders technologiques mondiaux, capable de rivaliser avec les États-Unis dans pratiquement tous les domaines de haute technologie. Il y a dans cette transformation une leçon sur la puissance de la volonté politique et de la planification stratégique. Ce que la Chine a accompli en quelques décennies, d’autres nations ont mis des siècles à réaliser. Cette rapidité témoigne non seulement des capacités chinoises mais aussi des limites du modèle occidental, qui a peut-être trop longtemps reposé sur l’hypothèse que la supériorité technologique occidentale était permanente et incontestable. Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont cette ascension technologique chinoise inspire une nouvelle génération de scientifiques et d’ingénieurs chinois qui voient désormais dans leur pays non pas un suiveur mais un leader technologique mondial. Cette transformation des mentalités, cette fierté retrouvée dans les capacités scientifiques et technologiques chinoises, aura des conséquences profondes qui dépasseront largement les seules relations sino-américaines.

L’autonomie technologique comme objectif stratégique chinois

L’acquisition de l’autonomie technologique constitue l’un des objectifs stratégiques majeurs de la Chine dans sa montée en puissance, comme l’a souligné Victor Gao dans de nombreuses interventions. Dans une économie mondialisée où la technologie est devenue la principale source de puissance et de richesse, la dépendance technologique est perçue à Pékin comme une vulnérabilité stratégique majeure qui pourrait être exploitée par des adversaires potentiels, notamment les États-Unis. C’est pourquoi la Chine a investi massivement dans le développement de technologies indigènes dans des domaines critiques comme les semi-conducteurs, l’intelligence artificielle, les télécommunications de cinquième génération, les technologies quantiques, et les énergies renouvelables. Ces investissements ont permis à la Chine de réduire progressivement sa dépendance vis-à-vis des technologies occidentales et de développer des capacités indigènes de plus en plus sophistiquées. Dans certains domaines, comme les télécommunications avec Huawei et les véhicules électriques avec BYD et d’autres marques, les entreprises chinoises sont même devenues leaders mondiaux, dépassant leurs concurrents occidentaux en termes de parts de marché et d’innovation.

Cette quête d’autonomie technologique s’inscrit dans une stratégie plus large de réduction de la vulnérabilité chinoise aux pressions externes. Comme l’a souligné Gao dans son analyse de la guerre commerciale sino-américaine, l’une des leçons que la Chine a tirées de ce conflit est l’importance de réduire sa dépendance vis-à-vis des technologies et des fournisseurs américains. Cette prise de conscience a conduit à une accélération des efforts pour développer des alternatives indigènes dans tous les secteurs critiques, des composants électroniques aux logiciels, en passant par les équipements industriels. Ces efforts ont été soutenus par des politiques gouvernementales massives, incluant des subventions directes à la recherche et au développement, des programmes de formation de talents technologiques, et des mesures réglementaires visant à promouvoir l’adoption de technologies chinoises sur le marché intérieur. Le résultat est une économie chinoise de plus en plus autonome sur le plan technologique, capable de résister aux pressions externes et de maintenir sa trajectoire de développement même face à des tentatives d’isolement ou de containment.

Ce qui me préoccupe dans cette quête chinoise d’autonomie technologique, c’est la manière dont elle contribue à la fragmentation du système technologique mondial. Pendant des décennies, nous avons construit un système technologique global fondé sur l’interdépendance, la collaboration et le partage des connaissances. Ce système, bien qu’imparfait, a permis des avancées technologiques spectaculaires qui ont bénéficié à l’humanité entière. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est l’émergence de deux écosystèmes technologiques parallèles, l’un centré sur les États-Unis et leurs alliés, l’autre sur la Chine et ses partenaires. Cette fragmentation menace de ralentir le rythme de l’innovation, d’augmenter les coûts de développement et de créer des incompatibilités techniques qui pourraient entraver la coopération internationale. Ce qui me touche particulièrement, c’est la tragédie de cette situation : une coopération sino-américaine en matière de technologie pourrait résoudre certains des défis les plus pressants de l’humanité, du changement climatique aux maladies émergentes, en passant par la sécurité alimentaire. Au lieu de cela, nous sommes en train de diviser le monde technologique en deux blocs concurrents, gaspillant des ressources précieuses dans une compétition qui, au bout du compte, ne profite à personne. Il y a là une ironie amère : les technologies qui devraient nous unir deviennent des sources de division.

Section 6 : les terres rares comme levier stratégique chinois

La domination chinoise sur les métaux critiques

Un des aspects les moins compris mais potentiellement les plus significatifs de la puissance chinoise est sa domination sur les terres rares et autres métaux critiques essentiels aux technologies de pointe. Victor Gao a souligné à plusieurs reprises que la Chine contrôle environ 85 % de la capacité mondiale de traitement des terres rares, lui donnant un levier stratégique majeur dans les relations internationales. Les terres rares ne sont pas si rares que leur nom le suggère, mais leur extraction et leur traitement sont complexes, coûteux et environnementalement dommageables, ce qui a conduit de nombreux pays à délocaliser ces activités vers la Chine au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, cette dépendance créée par des décisions économiques passées est devenue une vulnérabilité stratégique majeure pour les États-Unis et leurs alliés, particulièrement dans les secteurs de la défense, des énergies renouvelables et des technologies de l’information. Les avions militaires américains, les véhicules électriques, les éoliennes et les batteries ne peuvent être produits sans les terres rares que la Chine fournit en quantité massive.

Cette domination chinoise sur les terres rares ne s’est pas développée par hasard mais résulte d’une stratégie industrielle systématique et de long terme. Consciente dès les années 1980 et 1990 de l’importance stratégique de ces métaux critiques pour les technologies de l’avenir, la Chine a investi massivement dans leur extraction et leur traitement, tout en développant une expertise technologique qui lui a permis de devenir le leader mondial incontesté dans ce domaine. Cette stratégie a été complétée par des politiques visant à restreindre les exportations de terres rares non traitées, encourageant ainsi les entreprises à s’installer en Chine pour bénéficier d’un accès à ces ressources essentielles. Le résultat est une chaîne d’approvisionnement mondiale dominée par la Chine, avec des conséquences stratégiques que Washington ne commence que maintenant à comprendre pleinement. Comme l’a souligné Gao, les États-Unis n’ont pas fait leur devoir dans ce domaine, tardant à développer des capacités alternatives et maintenant une dépendance qui pourrait être exploitée en cas de conflit majeur.

Ce qui me frappe dans la domination chinoise des terres rares, c’est la manière dont elle illustre une forme de myopie stratégique américaine qui a duré des décennies. Pendant des années, les décideurs américains ont privilégié les considérations de coût et de profit immédiat sur les impératifs de sécurité à long terme, permettant à la Chine de prendre le contrôle d’une ressource critique pour les technologies de l’avenir. Il y a là une leçon douloureuse que nous aurions dû apprendre plus tôt : la sécurité économique et la sécurité nationale sont indissociables dans un monde globalisé. Ce qui me touche particulièrement, c’est l’ironie de la situation : les États-Unis, qui se sont présentés comme le champion du libre-échange, ont permis par leur inaction la création d’un monopole chinois sur une ressource stratégique. Aujourd’hui, Washington cherche désespérément à développer des alternatives, mais cette transition prendra des années, voire des décennies, et ne résoudra que partiellement le problème de dépendance. Dans l’intervalle, la Chine dispose d’un levier stratégique qu’elle pourrait utiliser si les relations sino-américaines se détérioraient davantage, une perspective qui devrait préoccuper tous ceux qui sont attachés à la stabilité internationale.

Les implications stratégiques de cette dépendance

Les implications de la dépendance américaine vis-à-vis des terres rares chinoises sont vastes et profondes, touchant pratiquement tous les aspects de la puissance nationale américaine. Dans le secteur de la défense, les avions militaires américains, les systèmes de missiles et les équipements de communication avancés dépendent tous des terres rares pour leur fabrication. Si la Chine décidait de restreindre ses exportations de terres rares, les États-Unis se trouveraient rapidement incapables de produire ces systèmes essentiels, compromettant gravement leur sécurité nationale. Cette vulnérabilité est particulièrement préoccupante dans un contexte de tensions croissantes entre les deux nations, où les États-Unis cherchent à contenir l’ascension militaire chinoise dans la région indo-pacifique. Comme l’a souligné Victor Gao, une telle décision de la Chine décimerait l’industrie de la défense américaine, rendant Washington incapable de produire les avions militaires, les navires et les véhicules sophistiqués nécessaires pour maintenir sa supériorité militaire.

Cette dépendance affecte également la transition énergétique américaine et la lutte contre le changement climatique. Les éoliennes, les véhicules électriques et les batteries de stockage d’énergie, tous essentiels pour réduire les émissions de carbone et lutter contre le réchauffement climatique, dépendent massivement des terres rares. Si les États-Unis veulent atteindre leurs objectifs climatiques, ils auront besoin d’un accès stable et fiable à ces métaux critiques, un accès qui dépend largement de la Chine. Cette situation crée un dilemme stratégique majeur pour Washington : comment concilier la nécessité de contenir l’ascension chinoise avec celle de collaborer avec Pékin pour assurer la transition énergétique et lutter contre le changement climatique ? Ce dilemme illustre la complexité des relations sino-américaines contemporaines, où la compétition et la coopération coexistent dans une tension permanente, rendant toute politique unilatérale contre-productive et contre-intuitive.

Ce qui me touche profondément dans cette dépendance américaine aux terres rares chinoises, c’est la manière dont elle révèle les contradictions fondamentales de la politique étrangère américaine contemporaine. Washington veut simultanément contenir la Chine et collaborer avec elle sur les grands défis mondiaux, deux objectifs qui sont souvent incompatibles. Il y a là une forme de schizophrénie politique qui mine la crédibilité américaine et réduit son efficacité sur la scène internationale. Ce que nous devons comprendre, c’est que nous ne pouvons pas avoir le beurre et l’argent du beurre : soit nous acceptons la Chine comme un partenaire nécessaire pour résoudre les défis globaux, soit nous l’acceptons comme un concurrent à contenir, mais nous ne pouvons pas faire les deux simultanément sans payer un prix élevé en crédibilité et en efficacité. Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est la tentation de résoudre cette contradiction par des solutions techniques ou technologiques qui n’existent pas encore. Nous rêvons de substitutions magiques, de sources alternatives qui surgiraient spontanément pour nous libérer de cette dépendance. Mais la réalité est plus prosaïque : ces solutions prendront des années à développer, et dans l’intervalle, nous restons dépendants de la Chine. Cette constatation devrait nous pousser à une approche plus pragmatique et plus réaliste de nos relations avec Pékin.

Section 7 : l’industrialisation chinoise comme modèle inégalé

Leçons d’un succès industriel sans précédent

L’industrialisation chinoise depuis 1978 représente sans doute l’un des succès économiques les plus spectaculaires de l’histoire humaine, un modèle que Victor Gao évoque régulièrement dans ses analyses comme un exemple que le reste du monde devrait étudier attentivement. En quelques décennies, la Chine est passée d’une économie agricole largement sous-développée à la première puissance industrielle mondiale, capable de produire plus de 200 catégories de produits différents reconnus par le système des Nations Unies, avec une production qui représente normalement plus de 50 % de la production mondiale dans ces catégories. Cette transformation n’a pas seulement changé la Chine, elle a transformé le monde, créant une nouvelle division internationale du travail et redéfinissant les termes de la compétition économique globale. Comme le souligne Gao, cette réussite a été accomplie sans tirer un seul coup de fusil contre un autre pays, sans coloniser aucune nation, et sans s’engager dans l’esclavage ou l’exploitation, mais simplement en suivant le principe du libre-échange et en travaillant de manière très disciplinée.

Le modèle d’industrialisation chinois se distingue par plusieurs caractéristiques clés qui expliquent son succès. Tout d’abord, la Chine a adopté une approche progressive, commençant par les secteurs à faible intensité technologique avant de se déplacer progressivement vers des secteurs de plus en plus sophistiqués. Cette approche a permis à la Chine d’accumuler progressivement les compétences, le savoir-faire et les capacités technologiques nécessaires pour passer à des étapes supérieures de la chaîne de valeur. Ensuite, la Chine a investi massivement dans les infrastructures, créant un réseau de transport, de communication et d’énergie qui a réduit considérablement les coûts de production et facilité la circulation des biens et des personnes. Enfin, la Chine a développé un système éducatif capable de fournir en permanence une main-d’œuvre de plus en plus qualifiée, passant progressivement de la production à faible valeur ajoutée à la production à haute valeur ajoutée. Ces éléments combinés ont créé un écosystème industriel extrêmement compétitif qui a permis à la Chine de dominer de nombreux secteurs industriels mondiaux.

Ce qui me fascine dans cette industrialisation chinoise, c’est la manière dont elle contredit tant de prévisions occidentales pessimistes. Pendant des années, nous avons entendu dire que la Chine ne pourrait jamais développer une base industrielle sophistiquée, qu’elle resterait confinée à la production à faible valeur ajoutée. Pourtant, face à toutes ces prédictions, la Chine a continué à grimper les échelons de la chaîne de valeur, devenant aujourd’hui le leader dans des secteurs aussi divers que les télécommunications, les énergies renouvelables, les véhicules électriques et les équipements de transport. Il y a là une leçon d’humilité que nous devons méditer : nos modèles économiques occidentaux, si confiants dans leur universalité, ont manifestement sous-estimé la capacité de la Chine à apprendre, à s’adapter et à innover. Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont cette industrialisation a transformé la vie de centaines de millions de Chinois, leur offrant des opportunités et des niveaux de vie que leurs parents n’auraient même pas osés imaginer. Cette transformation humaine, cette élévation massive de la dignité et des possibilités, représente sans doute l’accomplissement le plus significatif du modèle de développement chinois.

Les critiques et les limites du modèle chinois

Malgré son succès indéniable, le modèle d’industrialisation chinois a également fait l’objet de nombreuses critiques, notamment de la part d’économistes et de politiques occidentaux. Certaines de ces critiques concernent les méthodes employées pour atteindre cette réussite, incluant les subventions massives à l’industrie, les transferts forcés de technologie, le non-respect des droits de propriété intellectuelle, et l’absence de protections environnementales et sociales adéquates. D’autres critiques portent sur les conséquences de cette industrialisation, notamment les déséquilibres régionaux créés par la concentration de l’activité économique dans les zones côtières, la dégradation environnementale provoquée par l’industrialisation rapide, et la dette accumulée pour financer les investissements en infrastructures. Ces critiques soulèvent des questions importantes sur la durabilité du modèle chinois et sur sa capacité à continuer à soutenir la croissance économique dans les décennies à venir.

Cependant, comme le souligne Victor Gao dans ses analyses, ces critiques doivent être nuancées et contextualisées. La Chine a fait face à des défis immenses en 1978, avec une population de plus de 900 millions de personnes, une économie essentiellement agraire, et des infrastructures très limitées. Dans ce contexte, les méthodes employées pour stimuler l’industrialisation rapide étaient souvent nécessaires pour créer des emplois et réduire la pauvreté à une échelle sans précédent dans l’histoire. De plus, la Chine a commencé à prendre des mesures pour adresser certaines de ces préoccupations, notamment en renforçant les protections environnementales, en améliorant les standards sociaux, et en s’engageant à respecter davantage la propriété intellectuelle. Ces évolutions suggèrent que le modèle chinois n’est pas figé mais continue à s’adapter et à se réformer en réponse aux défis émergents.

Ce qui me préoccupe dans les critiques occidentales du modèle chinois, c’est la tendance à l’hypocrisie et à la mémoire sélective. Nous critiquons la Chine pour les méthodes qu’elle a employées pour son industrialisation, alors que les pays occidentaux ont employé des méthodes tout aussi controversées lors de leurs propres phases d’industrialisation, souvent avec des conséquences humaines et environnementales bien plus graves. Il y a là une certaine arrogance post-coloniale qui consiste à juger un pays en développement avec des standards que nous n’appliquions pas à nous-mêmes à un stade comparable de développement. Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont ces critiques ignorent souvent la dimension humaine de la réussite chinoise, le fait que des centaines de millions de personnes ont été sorties de la pauvreté grâce à cette industrialisation. Cette réalisation humanitaire colossale devrait être célébrée plutôt que critiquée. Cela ne veut pas dire que tout est parfait, loin de là, mais nous devrions reconnaître les accomplissements tout en étant constructifs dans nos critiques. C’est cette approche équilibrée et nuancée qui manque trop souvent dans le débat public occidental sur la Chine.

Section 8 : la diplomatie chinoise comme instrument de puissance douce

L’art de l’influence par la coopération

La diplomatie chinoise s’est imposée comme un instrument de puissance douce particulièrement efficace dans la stratégie de montée en puissance de la Chine, un aspect que Victor Gao souligne régulièrement dans ses analyses sur les relations internationales. Contrairement à la puissance dure, fondée sur la force militaire et économique, la puissance douce repose sur l’attraction, la persuasion et la capacité à façonner les préférences des autres nations par des moyens non coercitifs. Dans ce domaine, la Chine a développé des compétences impressionnantes au cours des dernières décennies, utilisant une combinaison d’aide au développement, d’investissements économiques, d’échanges culturels et de diplomacy narratives pour étendre son influence à travers le monde. Les initiatives des Nouvelles Routes de la soie, lancées par le président Xi Jinping en 2013, en sont l’exemple le plus spectaculaire, proposant une vision de la connectivité et du développement qui a séduit de nombreux pays en développement en Asie, en Afrique et en Amérique latine.

Cette diplomatie de la coopération se distingue par plusieurs caractéristiques clés. Tout d’abord, elle se présente explicitement comme une alternative au modèle occidental de relations internationales, fondé sur la conditionnalité politique de l’aide et les interventions militaires pour imposer des changements de régime. La Chine propose plutôt une approche fondée sur le respect de la souveraineté nationale, la non-ingérence dans les affaires intérieures, et le principe du bénéfice mutuel. Cette approche a trouvé un écho particulièrement favorable dans les pays en développement qui se sentaient souvent marginalisés ou traités de manière paternaliste par les pays occidentaux. Ensuite, la diplomatie chinoise s’appuie sur des instruments économiques concrets, notamment les investissements massifs dans les infrastructures à travers les initiatives des Nouvelles Routes de la soie, qui offrent des bénéfices tangibles aux pays partenaires. Enfin, la Chine a développé une narration efficace sur le partage des valeurs asiatiques et sur le rééquilibrage des relations internationales vers un monde multipolaire, une narration qui résonne particulièrement dans les pays du Sud global.

Ce qui me fascine dans la diplomatie chinoise, c’est la manière dont elle a su développer une alternative séduisante au modèle occidental de relations internationales. Pendant des décennies, les pays occidentaux ont dominé le système international, dictant les règles et les normes de la coopération internationale. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est l’émergence d’un contre-modèle qui propose une vision différente des relations internationales, fondée non sur l’universalisme libéral occidental mais sur le respect de la diversité des systèmes politiques et des trajectoires de développement. Il y a là une remise en question profonde de l’hégémonie idéologique occidentale qui devrait nous inciter à réfléchir sur nos propres modèles et nos propres pratiques. Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont cette diplomatie chinoise parle aux aspirations des pays en développement, leur offrant un partenaire qui semble respecter leur souveraineté et leur agentivité. Là où l’Occident a souvent perçu ces pays comme des objets de transformation, la Chine les traite comme des partenaires égaux. Cette différence de perception, cette reconnaissance de la dignité des nations, peut paraître subtile mais elle est réelle et elle explique en grande partie le succès de la diplomatie chinoise.

Les limites et les défis de la diplomatie chinoise

Malgré son succès indéniable, la diplomatie chinoise de la coopération fait également face à des limites et des défis importants qui méritent d’être examinés. Certaines critiques occidentales soulignent les risques de dépendance économique créés par les investissements massifs chinois, particulièrement dans les pays les plus pauvres qui pourraient se retrouver piégés dans des dettes insoutenables. D’autres critiques mettent en avant l’absence de conditionnalités politiques, sociales et environnementales dans les projets chinois, qui pourrait perpétuer des pratiques douteuses dans les pays partenaires. Enfin, certains observateurs questionnent la durabilité de ce modèle de diplomatie, suggérant que les pays partenaires pourraient devenir de plus en plus exigeants en termes de transparence et de réciprocité, réduisant l’attrait du modèle chinois à long terme.

Cependant, comme le souligne Victor Gao, ces critiques doivent être mises en perspective et nuancées. En ce qui concerne la dette, les données suggèrent que les pays partenaires ont généralement réussi à gérer leurs engagements financiers avec la Chine, et que les accusations de piège de la dette sont souvent exagérées pour des raisons politiques. En ce qui concerne l’absence de conditionnalités, cette approche est précisément ce qui distingue la diplomatie chinoise de son homologue occidentale et explique son succès auprès des pays qui rejettent l’ingérence politique dans leurs affaires intérieures. Quant à la durabilité, la Chine a montré une capacité remarquable à adapter sa diplomatie en réponse aux préoccupations émergentes, notamment en introduisant plus de transparence et de transparence dans ses projets et en cherchant à impliquer davantage les entreprises et les gouvernements locaux dans les initiatives de développement.

Ce qui me préoccupe dans les critiques occidentales de la diplomatie chinoise, c’est la manière dont elles reflètent souvent une vision paternaliste des relations internationales qui semble ancrée dans une mentalité coloniale passée. Nous avons du mal à accepter que les pays en développement puissent choisir leurs partenaires sans notre approbation ou notre supervision. Il y a là une forme d’arrogance qui consiste à penser que nous savons mieux qu’eux quels sont leurs intérêts et quelles sont les meilleures voies pour les servir. Ce qui me touche particulièrement, c’est l’hypocrisie de certaines critiques qui accusent la Chine de piège de la dette tout en continuant à imposer des politiques d’ajustement structurel qui ont appauvri des millions de personnes dans le monde en développement. Si nous voulons vraiment être crédibles dans nos critiques, nous devons d’abord examiner nos propres pratiques et nos propres erreurs. C’est cette capacité à l’introspection et à l’auto-critique qui manque trop souvent dans le discours occidental sur la Chine, ce qui réduit notre crédibilité et notre légitimité dans le débat international.

Section 9 : les valeurs asiatiques comme contre-modèle au libéralisme occidental

Une vision alternative des relations humaines et politiques

Les valeurs asiatiques constituent un élément central de la vision du monde que Victor Gao défend dans ses analyses sur les relations internationales et la montée en puissance de la Chine. Cette vision, qui trouve ses racines dans les traditions philosophiques et culturelles asiatiques, notamment le confucianisme, propose une alternative séduisante au libéralisme occidental dominant. Les valeurs asiatiques mettent l’accent sur la communauté plutôt que sur l’individu, sur l’harmonie sociale plutôt que sur la confrontation, sur la responsabilité collective plutôt que sur les droits individuels, et sur le respect de l’autorité légitime plutôt que sur la liberté absolue. Cette vision s’est manifestée dans le modèle de développement chinois qui privilégie la stabilité sociale, la croissance économique et le bien-être collectif plutôt que la démocratie libérale et les droits de l’homme tels que définis par l’Occident. Pour Gao, ces valeurs ne sont pas inférieures ou supérieures aux valeurs occidentales, simplement différentes et adaptées au contexte asiatique.

Cette vision des valeurs asiatiques s’est exprimée de manière particulièrement claire dans la réponse chinoise à la pandémie de COVID-19, où la Chine a privilégié la protection collective sur les libertés individuelles, imposant des mesures de confinement strictes qui ont été critiquées par de nombreux observateurs occidentales mais qui se sont révélées efficaces pour contenir la propagation du virus. Elle se manifeste également dans l’approche chinoise de la gouvernance, qui privilégie la compétence technocratique et la performance économique sur la compétition électorale et les débats idéologiques. Pour beaucoup de pays en développement, cette approche offre un modèle alternatif séduisant qui permet d’atteindre des taux de croissance économique élevés tout en maintenant la stabilité sociale et politique, une combinaison que la démocratie libérale a parfois du mal à réaliser.

Ce qui me touche profondément dans cette promotion des valeurs asiatiques, c’est la manière dont elle remet en question l’universalisme prétentieux du libéralisme occidental. Pendant des siècles, nous avons cru que nos valeurs étaient universelles, qu’elles représentaient le point culminant de l’évolution humaine et que tout le monde devait les adopter pour progresser. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est la remise en question de cette vision par des pays qui ont réussi à prospérer avec des valeurs différentes, des valeurs qui ne sont pas inférieures ou supérieures mais simplement adaptées à leur propre histoire et à leur propre culture. Il y a là une leçon d’humilité que nous devons méditer : notre modèle n’est pas la seule voie vers la modernité et la prospérité. Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est la tendance occidentale à interpréter cette diversité des valeurs comme une menace, comme une remise en question de notre propre identité. Nous devrions plutôt voir dans cette diversité une richesse, une occasion de dialoguer et d’apprendre les uns des autres. C’est cette ouverture d’esprit, cette curiosité intellectuelle qui nous manque trop souvent dans notre approche des cultures différentes.

Les implications pour les relations sino-américaines

La divergence des valeurs entre la Chine et les États-Unis constitue l’un des défis les plus profonds et les plus difficiles à surmonter dans les relations sino-américaines contemporaines. Cette divergence n’est pas simplement idéologique mais repose sur des conceptions fondamentalement différentes de la politique, de la société et de la place de l’individu dans la communauté. Les États-Unis, fondés sur les principes de la démocratie libérale et des droits de l’homme, ont du mal à accepter le modèle chinois qui privilégie la stabilité sociale et le développement économique sur la démocratie formelle. De manière réciproque, la Chine perçoit souvent les tentatives américaines de promouvoir la démocratie et les droits de l’homme comme des formes d’ingérence politique inacceptables, des tentatives de remettre en cause son système politique et sa souveraineté. Cette divergence des valeurs crée des malentendus profonds et des soupçons mutuels qui compliquent toute tentative de coopération.

Cependant, comme le souligne Victor Gao, cette divergence des valeurs ne devrait pas nécessairement empêcher la coopération sur des domaines d’intérêt commun. La Chine et les États-Unis ont des intérêts convergents dans de nombreux domaines, notamment la lutte contre le changement climatique, la prévention des pandémies, la lutte contre le terrorisme, et la promotion de la croissance économique mondiale. Ces domaines de coopération potentielle nécessitent de dépasser les divergences idéologiques et de se concentrer sur les intérêts pragmatiques partagés. Comme l’a suggéré Gao dans ses analyses, il est possible de reconnaître les différences de valeurs tout en travaillant ensemble sur des problèmes concrets qui affectent l’ensemble de l’humanité. Cette approche pragmatique, fondée sur la recherche de compromis et le respect mutuel, est peut-être la meilleure voie vers une relation sino-américaine plus stable et plus productive.

Ce qui me préoccupe dans cette divergence des valeurs sino-américaines, c’est la tentation de chaque côté de réduire l’autre à une caricature simpliste. Les Américains voient souvent la Chine comme un régime autoritaire dépourvu de valeurs, alors que les Chinois perçoivent les États-Unis comme une société en déclin en proie aux contradictions idéologiques et aux divisions sociales. Ces caricatures nous empêchent de comprendre la complexité et la richesse des deux sociétés, nous réduisant à des stéréotypes qui alimentent les soupçons et les hostilités. Ce qui me touche particulièrement, c’est la tragédie de cette situation : la Chine et les États-Unis ont tous les deux des valeurs profondes et nobles, des valeurs qui méritent d’être respectées et comprises. Pourtant, au lieu de chercher à comprendre ces valeurs et à voir comment elles pourraient s’enrichir mutuellement, nous nous enfermons dans une logique de confrontation qui ne peut mener qu’à des résultats négatifs pour tous. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un dialogue interculturel véritable, d’un effort pour comprendre non seulement ce que l’autre pense mais aussi pourquoi il pense ainsi. C’est cette effort d’humilité et d’ouverture qui pourrait nous permettre de dépasser nos divergences et de construire une relation fondée non sur l’hostilité mais sur la compréhension mutuelle.

Section 10 : la voie chinoise vers la multipolarité mondiale

La critique de l’hégémonie américaine

La critique de l’hégémonie américaine constitue un thème central dans les analyses de Victor Gao sur les relations internationales et la montée en puissance de la Chine. Pour Gao, l’ordre international américain, avec ses institutions dominées par les États-Unis et ses normes inspirées du libéralisme occidental, n’est ni universel ni éternel. Il est le produit de circonstances historiques spécifiques, notamment l’effondrement de l’Union soviétique et l’ascension américaine comme seule superpuissance mondiale dans les années 1990, et il évoluera inévitablement avec l’émergence de nouvelles puissances comme la Chine. Dans cette perspective, la Chine ne cherche pas à remplacer l’hégémonie américaine par sa propre domination mais à contribuer à la construction d’un monde multipolaire où plusieurs grandes puissances coexistent et coopèrent dans le respect mutuel. Cette vision s’exprime dans le concept chinois de communauté de destin partagé pour l’humanité, qui propose une nouvelle vision des relations internationales fondée sur la coopération plutôt que sur la domination.

Cette critique de l’hégémonie américaine s’appuie sur plusieurs arguments qui méritent d’être examinés. Tout d’abord, Gao souligne que l’hégémonie américaine a souvent servi les intérêts américains plutôt que les intérêts de la communauté internationale, comme l’ont montré les interventions militaires en Irak et en Afghanistan ou les politiques économiques unilatérales de l’administration Trump. Ensuite, il soutient que l’hégémonie américaine a échoué à résoudre les défis globaux majeurs, du changement climatique à la pauvreté, en raison de son incapacité à obtenir le soutien international nécessaire pour des actions collectives efficaces. Enfin, il argue que l’hégémonie américaine a généré des résistances croissantes, non seulement de la part de la Chine mais aussi de la part de nombreuses autres nations qui rejettent la domination américaine et cherchent à construire un ordre international plus équilibré et plus représentatif.

Ce qui me touche dans cette critique de l’hégémonie américaine, c’est la manière dont elle révèle les contradictions de la politique étrangère américaine contemporaine. Les États-Unis se présentent comme les champions de la liberté et de la démocratie, mais leur politique étrangère a souvent soutenu des régimes autoritaires et mené des interventions militaires qui ont sapé ces mêmes valeurs. Il y a là une dissonance entre les idéaux proclamés et les pratiques réelles qui mine la crédibilité américaine et alimente les critiques de son hégémonie. Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est la difficulté des États-Unis à accepter leur déclin relatif, à reconnaître que le monde a changé et que d’autres puissances ont le droit de participer à la définition des normes et des règles internationales. Cette difficulté d’acceptation, cette nostalgie d’une hégémonie passée, pourrait conduire à des politiques dangereuses visant à maintenir une domination qui ne peut plus être maintenue. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une nouvelle vision de la place des États-Unis dans le monde, une vision qui accepte la multipolarité comme une réalité et qui cherche à travailler avec d’autres puissances plutôt que contre elles.

L’alternatif proposé par la Chine

L’alternative que la Chine propose à l’hégémonie américaine ne constitue pas un nouveau système hégémonique mais plutôt une vision multipolaire du monde qui respecte la diversité des civilisations et des modèles de développement. Cette vision, exprimée dans le concept de communauté de destin partagé pour l’humanité promu par le président Xi Jinping, repose sur plusieurs principes clés. Tout d’abord, elle privilégie la coopération sur la confrontation, cherchant à construire des partenariats plutôt que des alliances antagonistes. Ensuite, elle insiste sur le respect de la souveraineté nationale et la non-ingérence dans les affaires intérieures, des principes qui sont chers aux pays en développement qui ont souvent souffert de l’ingérence occidentale. Enfin, elle promeut un ordre international plus inclusif et plus représentatif, où les nations de toutes tailles et de toutes régions peuvent participer à la définition des normes et des règles internationales.

Cette vision multipolaire se manifeste concrètement dans plusieurs initiatives chinoises. Les Nouvelles Routes de la soie, par exemple, proposent une vision de la connectivité et du développement qui inclut de nombreux pays qui se sentaient marginalisés par l’ordre international existant. Les initiatives de développement chinois en Afrique et en Amérique latine offrent une alternative au modèle occidental de développement fondé sur la conditionnalité politique. Les institutions financières alternatives comme la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures et la Nouvelle banque de développement des BRICS proposent des alternatives aux institutions financières dominées par l’Occident comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ces initiatives ne cherchent pas à remplacer les institutions existantes mais à compléter et diversifier l’architecture financière internationale, offrant davantage de choix aux pays en développement.

Ce qui me fascine dans cette vision multipolaire chinoise, c’est la manière dont elle répond aux aspirations de nombreux pays qui se sentaient exclus ou marginalisés par l’ordre international existant. Pendant des décennies, les pays occidentaux ont dominé les institutions internationales, dictant les règles et les normes de la coopération internationale. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est l’émergence d’un contre-modèle qui propose une vision plus inclusive et plus représentative du système international. Il y a là une démocratisation des relations internationales qui devrait être célébrée plutôt que crainte. Ce qui me touche particulièrement, c’est la manière dont cette vision chinoise parle aux aspirations du Sud global, à ces pays qui ont trop souvent été traités comme des objets plutôt que comme des sujets dans le système international. Là où l’Occident a perçu ces pays comme des réceptacles passifs de son aide et de son expertise, la Chine les traite comme des partenaires actifs dans le développement. Cette différence de perception, cette reconnaissance de l’agentivité des nations en développement, peut paraître subtile mais elle est réelle et elle explique en grande partie l’attrait du modèle chinois.

Section 11 : l’avenir des relations sino-américaines

Les scénarios possibles

L’avenir des relations sino-américaines est incertain mais les analyses de Victor Gao et d’autres experts suggèrent plusieurs scénarios possibles qui méritent d’être examinés. Le premier scénario, le plus pessimiste, est celui d’une escalade militaire dans la région indo-pacifique, potentiellement autour de Taiwan, qui pourrait dégénérer en conflit ouvert entre les deux puissances nucléaires. Ce scénario, bien que peu probable selon la plupart des experts, ne peut pas être complètement exclu compte tenu de la profondeur des divergences et de l’intensité de la compétition. Le deuxième scénario, légèrement plus optimiste, est celui d’une nouvelle guerre froide, caractérisée par une compétition intense mais gérée, avec des garde-fous pour éviter l’escalade militaire et des domaines limités de coopération. Ce scénario semble être le plus probable à moyen terme, reflétant la dynamique actuelle des relations sino-américaines. Le troisième scénario, le plus optimiste, est celui d’une transition vers une relation plus stable et plus constructive, fondée sur la reconnaissance mutuelle des intérêts légitimes de chaque partie et la coopération sur des domaines d’intérêt commun.

Les facteurs qui influenceront le scénario qui finira par se matérialiser sont nombreux et complexes. Les décisions politiques internes aux États-Unis et en Chine joueront un rôle crucial, particulièrement les élections américaines qui pourraient ramener au pouvoir des administrations plus ou moins conciliantes. L’évolution des équilibres de puissance en Asie, notamment les positions du Japon, de la Corée du Sud et de l’Inde, affectera également les calculs stratégiques des deux nations. Les développements technologiques, particulièrement dans les domaines de l’intelligence artificielle, des technologies quantiques et des systèmes d’armements, pourraient soit accroître soit réduire les risques de conflit. Enfin, les événements imprévus, qu’ils soient économiques, politiques ou environnementaux, pourraient changer radicalement la trajectoire des relations sino-américaines dans des directions qui sont difficiles à anticiper aujourd’hui.

Ce qui me préoccupe profondément dans ces différents scénarios pour l’avenir des relations sino-américaines, c’est l’absence de véritable dialogue stratégique entre les deux nations sur la vision qu’elles ont de l’ordre international et de leur place respective. Nous nous concentrons sur la gestion des crises et la compétition dans des domaines spécifiques, mais nous évitons les questions fondamentales qui divisent nos deux nations : quel type d’ordre international voulons-nous construire, comment pouvons-nous coexister pacifiquement alors que nos visions du monde divergent, quelles sont les limites acceptables de notre compétition ? Ce silence sur les questions fondamentales, cette incapacité à engager un dialogue stratégique véritable, me semble particulièrement dangereux. Il permet aux soupçons et aux hostilités de s’accumuler sans mécanismes clairs pour les adresser. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un courage politique pour engager ce dialogue difficile, pour confronter nos divergences de front plutôt que de les laisser s’accumuler dans l’ombre. C’est cette capacité à affronter les différences fondamentales qui pourrait nous permettre de construire une relation sino-américaine plus stable et plus prévisible.

Les recommandations de Victor Gao pour une relation plus stable

Dans ses nombreuses analyses sur les relations sino-américaines, Victor Gao a formulé plusieurs recommandations qui pourraient contribuer à stabiliser cette relation cruciale. Tout d’abord, il insiste sur l’importance de reconnaître la réalité de la montée en puissance de la Chine et d’abandonner l’idée que les États-Unis peuvent ou doivent empêcher cette ascension. Cette reconnaissance n’implique pas l’acceptation de toutes les politiques chinoises mais elle constitue un prérequis pour une relation fondée sur le réalisme plutôt que sur le déni. Ensuite, Gao recommande de définir clairement les règles de la compétition sino-américaine, en établissant des garde-fous pour éviter l’escalade et en identifiant les domaines où la coopération reste possible malgré la compétition. Ces règles devraient être mutuellement acceptées et inclure des mécanismes de résolution des conflits pour gérer les inévitables désaccords.

En troisième lieu, Gao suggère de maintenir des canaux de communication ouverts à tous les niveaux, du sommet aux gouvernements techniques, pour assurer que les messages soient clairement transmis et compris. Cette communication est particulièrement importante en période de tension, où les malentendus peuvent rapidement dégénérer en crises. Enfin, Gao recommande une approche pragmatique fondée sur les intérêts plutôt que sur les idéologies, reconnaissant que les États-Unis et la Chine ont des intérêts divergents mais aussi des intérêts convergents qui peuvent servir de base à une coopération sélective. Cette approche pragmatique nécessite de dépasser la rhétorique de confrontation et de se concentrer sur les résultats concrets qui peuvent améliorer la situation des deux peuples et du monde entier.

Ce qui me touche dans les recommandations de Victor Gao, c’est la combinaison de réalisme et de pragmatisme qui les caractérise. Il ne propose pas une utopie de réconciliation sino-américaine mais une approche réaliste de gestion d’une relation complexe et difficile. Il reconnaît les divergences profondes qui existent entre les deux nations mais il refuse de céder à la fatalité d’un conflit inévitable. Il y a là une forme de sagesse politique qui me semble particulièrement nécessaire dans ce moment de tension et d’incertitude. Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est la difficulté des dirigeants politiques à adopter cette approche pragmatique, confrontés qu’ils sont à des pressions électorales et médiatiques qui favorisent la rhétorique de confrontation plutôt que le dialogue nuancé. Nous avons besoin de dirigeants qui aient le courage de dire des vérités difficiles, de reconnaître que la Chine a des intérêts légitimes que nous devons respecter, que la coopération est possible malgré la compétition, que l’alternative à une relation gérée est le conflit. Ce courage politique est rare mais il est essentiel si nous voulons éviter une nouvelle guerre froide qui pourrait cette fois dégénérer en conflit ouvert.

Section 12 : leçons pour le reste du monde

L’impact de la montée chinoise sur les puissances intermédiaires

La montée en puissance de la Chine a des implications profondes pour les puissances intermédiaires, ces pays qui ne sont ni des superpuissances comme les États-Unis ou la Chine, ni de petits pays marginaux, mais qui disposent d’une influence significative dans leurs régions respectives. Ces pays, incluant le Japon, l’Allemagne, l’Inde, le Brésil, l’Australie et d’autres, se retrouvent face à des choix stratégiques difficiles dans ce nouveau contexte multipolaire. Doivent-ils s’aligner sur les États-Unis et contenir l’ascension chinoise ? Doivent-ils se rapprocher de la Chine et profiter des opportunités économiques qu’elle offre ? Ou peuvent-ils maintenir une position de neutralité et travailler avec les deux grandes puissances ? Ces choix ne sont pas abstraits mais ont des implications concrètes pour leur sécurité, leur prospérité et leur identité.

Dans cette nouvelle configuration, certaines puissances intermédiaires ont choisi de se rapprocher des États-Unis, comme le Japon et l’Australie qui ont renforcé leurs alliances militaires et économiques avec Washington. D’autres, comme l’Allemagne et la France, ont cherché à maintenir une position plus équilibrée, collaborant avec les deux puissances tout en préservant leur autonomie stratégique. D’autres encore, comme l’Inde et le Brésil, ont adopté des positions encore plus nuancées, profitant des opportunités chinoises en matière de développement tout en maintenant des liens étroits avec les États-Unis et d’autres puissances occidentales. Ces choix reflètent des contextes géographiques, historiques et économiques spécifiques qui varient d’un pays à l’autre, mais ils illustrent tous la complexité de la navigation dans un monde multipolaire où aucune puissance ne domine complètement.

Ce qui me touche profondément dans la situation des puissances intermédiaires, c’est la manière dont elles incarnent l’ambiguïté du nouveau monde multipolaire qui émerge. Elles ne sont ni complètement autonomes ni complètement dépendantes, ni complètement alignées ni complètement neutres, naviguant dans un espace intermédiaire qui offre à la fois des opportunités et des dangers. Il y a là une forme de liberté mais aussi de vulnérabilité que je trouve fascinante. Ces pays doivent faire des choix difficiles sans garanties claires de succès, pesant les avantages et les inconvénients de différentes options dans un contexte incertain. Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est la tentation de ces puissances intermédiaires de rechercher la sécurité dans des alliances rigides qui pourraient les enfermer dans des confrontations qui ne servent pas leurs intérêts fondamentaux. Là où la Chine et les États-Unis ont des intérêts mondiaux qui justifient une compétition stratégique, les puissances intermédiaires ont des intérêts plus régionaux qui pourraient être mieux servis par une approche plus flexible et plus nuancée. C’est cette capacité à naviguer entre les grandes puissances tout en préservant leur agentivité qui me semble essentielle pour l’avenir de l’ordre international.

Les opportunités pour les pays en développement

La montée en puissance de la Chine offre des opportunités significatives pour les pays en développement qui étaient souvent marginalisés dans l’ordre international dominé par les États-Unis et l’Occident. Tout d’abord, la Chine propose un modèle alternatif de développement qui diffère du modèle occidental fondé sur la conditionnalité politique, la libéralisation économique radicale et l’aide au développement liée à des réformes politiques spécifiques. Ce modèle chinois privilégie le respect de la souveraineté nationale, la non-ingérence dans les affaires intérieures, et le soutien au développement des infrastructures et de l’industrie manufacturière. Pour de nombreux pays en développement, ce modèle offre une alternative séduisante qui leur permet de poursuivre leur propre trajectoire de développement sans pression politique externe.

Ensuite, la Chine a massivement investi dans le développement des infrastructures dans les pays en développement à travers les initiatives des Nouvelles Routes de la soie. Ces investissements ont permis la construction de routes, de ports, de chemins de fer, de centrales électriques et d’autres infrastructures essentielles qui étaient gravement déficientes dans de nombreux pays. Ces infrastructures, bien que parfois critiquées pour leur coût ou leur qualité, ont néanmoins créé les conditions matérielles pour le développement économique et l’intégration régionale. Enfin, la Chine a élargi l’accès au commerce pour les pays en développement, en important massivement leurs produits de base et en fournissant des marchés pour leurs exportations. Cette ouverture commerciale a permis à de nombreux pays de diversifier leurs économies et de réduire leur dépendance vis-à-vis des marchés occidentaux traditionnels.

Ce qui me touche profondément dans cette opportunité offerte par la Chine aux pays en développement, c’est la manière dont elle représente une forme de justice historique. Pendant des siècles, ces pays ont été marginalisés dans le système international, exploités par les puissances coloniales puis ignorés par les puissances occidentales qui dominaient l’ordre international de l’après-guerre froide. Ce que nous observons aujourd’hui, c’est l’émergence d’un partenaire qui semble sincèrement vouloir aider ces pays à développer leur potentiel, à construire les infrastructures dont ils ont besoin, à diversifier leurs économies et à réduire leur dépendance. Il y a là une redistribution des opportunités qui me semble fondamentalement juste. Ce qui me préoccupe particulièrement, c’est la tentation occidentale de critiquer ce partenariat chinois sans offrir d’alternative crédible, de dénoncer les défauts réels ou imaginaires de l’approche chinoise sans proposer un modèle d’engagement qui respecte davantage les aspirations des pays en développement. Si nous voulons influencer la manière dont la Chine interagit avec ces pays, nous devons d’abord offrir un modèle d’engagement qui soit attrayant et qui respecte leur souveraineté et leur agentivité. C’est cette capacité à l’auto-critique et à l’innovation qui manque trop souvent dans l’approche occidentale du développement international.

Conclusion : vers une nouvelle ère de relations internationales

La reconnaissance inévitable de la puissance chinoise

La conclusion qui s’impose après avoir examiné les analyses de Victor Gao et les données récentes sur les relations sino-américaines est que la reconnaissance de la puissance chinoise par les États-Unis n’est plus une question de choix mais une question de temps. Les faits sont là, indiscutables : la Chine est devenue une puissance économique, technologique, diplomatique et militaire majeure, capable de résister aux pressions américaines et de maintenir sa trajectoire de croissance malgré les tentatives de containment. Cette montée en puissance n’est pas un phénomène temporaire ou une anomalie mais le résultat d’un processus de développement de plusieurs décennies, guidé par une vision stratégique claire et une capacité d’exécution impressionnante. Comme l’a souligné Victor Gao dans de nombreuses interventions, cette puissance chinoise n’est pas une menace mais une réalité que la communauté internationale doit apprendre à intégrer dans un nouvel ordre multipolaire.

Cette reconnaissance de la puissance chinoise aura des implications profondes pour l’ensemble du système international. Les États-Unis devront apprendre à partager la responsabilité de la gouvernance mondiale avec la Chine et d’autres puissances émergentes, abandonnant l’hégémonie unipolaire qui a caractérisé les décennies suivant la fin de la guerre froide. Les institutions internationales devront être réformées pour refléter cette nouvelle réalité, donnant aux puissances émergentes une voix et une influence correspondant à leur poids économique et politique. Les pays intermédiaires devront naviguer dans ce monde multipolaire en développant des approches qui préservent leur autonomie tout en tirant parti des opportunités offertes par plusieurs centres de pouvoir. Enfin, les pays en développement auront accès à un éventail plus large de partenariats et de modèles de développement, leur permettant de choisir les approches qui correspondent le mieux à leurs besoins et à leurs aspirations.

Ce qui me touche profondément dans cette conclusion, c’est le sentiment que nous vivons un moment historique de transition, le passage d’un monde à un autre, d’un ordre international à un autre. Comme toutes les grandes transitions historiques, ce moment est caractérisé par l’incertitude, l’anxiété et parfois la peur. Mais il est aussi caractérisé par l’opportunité, la possibilité de construire un monde plus juste, plus équilibré, plus représentatif de la diversité des nations et des civilisations. Ce que je ressens face à cette transition, c’est une forme d’espoir mêlé d’inquiétude. Espoir pour un monde où aucune nation ne domine, où la coopération l’emporte sur la confrontation, où la diversité est respectée plutôt que rejetée. Inquiétude pour les risques d’escalade, pour les résistances au changement, pour la difficulté de construire ce nouveau monde sans violence ni conflit majeur. Ce qui me touche le plus, c’est la responsabilité qui incombe à notre génération de gérer cette transition avec sagesse et prudence, de construire des ponts plutôt que des murs, de chercher la compréhension plutôt que la confrontation. Si nous réussissons, nous pourrions laisser à nos enfants un monde meilleur que celui que nous avons hérité. Si nous échouons, nous risquons de leur laisser un monde divisé, conflictuel et dangereux. Cette responsabilité, cette possibilité de contribuer à construire un meilleur ordre international, me semble à la fois un fardeau et un privilège.

Sources

Sources primaires

Article de thegeoeconomics.com, Victor Gao on China’s Perspective on US, Development, and Worldview, publié le 28 novembre 2025, disponible sur https://thegeoeconomics.com/3964-2/, consulté le 4 janvier 2026.

Transcription du podcast Endgame avec Gita Wirjawan, Victor Gao on How the US Misunderstands China – Endgame Podcast #236, diffusé le 8 octobre 2025, transcription disponible sur https://singjupost.com/transcript-victor-gao-on-how-the-us-misunderstands-china-endgame-podcast-236/, consultée le 4 janvier 2026.

Page Wikipédia Victor Gao, mise à jour en 2025, disponible sur https://en.wikipedia.org/wiki/Victor_Gao, consultée le 4 janvier 2026.

Sources secondaires

Article de The Diplomat, What Will 2026 Bring for China-US Relations?, publié le 31 décembre 2025, disponible sur https://thediplomat.com/2025/12/what-will-2026-bring-for-china-us-relations/, consulté le 4 janvier 2026.

Article de Bloomberg, US and China Head Into 2026 With a Fragile Trade Truce, publié le 29 décembre 2025, disponible sur https://www.bloomberg.com/news/newsletters/2025-12-29/us-china-trade-truce, consulté le 4 janvier 2026.

Article de China-US Focus, China-U.S. Trade: Lessons for 2026, publié en décembre 2025, disponible sur https://www.chinausfocus.com/finance-economy/china-us-trade-lessons-for-2026, consulté le 4 janvier 2026.

 

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