Skip to content

Une convoitise qui ne date pas d’hier

L’intérêt des États-Unis pour le Groenland ne constitue pas une nouveauté de l’ère Trump. Dès 1946, le président Harry Truman avait proposé au Danemark l’achat de ce territoire pour la somme de 100 millions de dollars, une offre qui avait été poliment mais fermement rejetée par Copenhague. L’île massive de 2,166 millions de kilomètres carrés, peuplée d’à peine 57 000 habitants, représente un enjeu stratégique majeur pour Washington en raison de sa position géographique privilégiée dans l’Arctique, une région de plus en plus contestée avec la fonte des glaces et l’ouverture de nouvelles routes commerciales. Le Groenland abrite également la base militaire américaine de Thulé, l’une des installations les plus septentrionales de l’OTAN, essentielle pour la détection de missiles et la surveillance de l’espace aérien arctique.

En août 2019, sous le premier mandat de Donald Trump, la question avait déjà provoqué une crise diplomatique majeure lorsque le président américain avait confirmé avoir discuté à plusieurs reprises de la possibilité d’acheter le Groenland au Danemark. Trump avait qualifié ce projet de grande transaction immobilière stratégique, justifiant son intérêt par la localisation de l’île dans l’Arctique, les routes émergentes et la compétition avec la Russie et la Chine. Le refus catégorique du Danemark, qui avait qualifié l’idée d’absurde, avait conduit Trump à annuler une visite officielle programmée à Copenhague, un geste sans précédent dans les relations entre les deux alliés historiques de l’OTAN. Le président américain n’avait d’ailleurs pas exclu l’option militaire, déclarant lors d’une interview en mai 2025 : Je ne l’exclus pas. Je ne dis pas que je le ferai, mais je n’exclus rien. Non, pas dans ce cas. Nous avons désespérément besoin du Groenland.

Ce qui me fascine dans cette histoire, c’est cette permanence de l’impérialisme américain sous différentes formes. Au XIXe siècle, on parlait de « Destinée manifeste » pour justifier l’expansion vers l’ouest. Aujourd’hui, on utilise le langage de la « sécurité nationale » et de la « stratégie géopolitique », mais le fond reste le même : la conviction que les États-Unis ont le droit naturel d’accéder à tout territoire qui servirait leurs intérêts. Le Groenland n’est pas considéré comme une nation avec son peuple, son histoire et ses aspirations, mais comme un atout stratégique qu’il faudrait « acquérir » comme on achèterait une entreprise ou un bien immobilier. Cette vision mercantile de la géopolitique, où les territoires se vendent et s’achètent, me semble profondément anachronique et révoltante au XXIe siècle.

Les ressources naturelles et l’enjeu climatique

Beyond sa position géographique stratégique, le Groenland recèle des ressources naturelles considérables qui expliquent en grande partie l’intérêt sustained des puissances mondiales. L’île possède d’importants gisements de terres rares, de minéraux stratégiques, de zinc, de cuivre, de fer, d’uranium et potentiellement de pétrole et de gaz offshore. Avec le réchauffement climatique qui provoque la fonte de la calotte glaciaire, ces ressources deviennent progressivement plus accessibles, transformant le Groenland en un nouvel eldorado pour les compagnies minières et les États soucieux de sécuriser leurs approvisionnements en matières premières critiques. Les terres rares, en particulier, sont essentielles pour la fabrication d’équipements high-tech, de véhicules électriques et d’armements, rendant leur contrôle enjeu majeur de la compétition géopolitique entre les États-Unis, la Chine et la Russie.

La fonte des glaces arctiques modifie également la géographie maritime, ouvrant de nouvelles routes commerciales entre l’Asie, l’Europe et l’Amérique du Nord. La route maritime du Nord, le long des côtes russes, et la route du Passage du Nord-Ouest, le long du Canada et du Groenland, pourraient considérablement raccourcir les temps de transport maritime et modifier les équilibres commerciaux mondiaux. Dans ce contexte, le contrôle du Groenland et des eaux environnantes devient crucial pour garantir la liberté de navigation et la présence militaire dans une région qui devrait connaître une augmentation significative du trafic maritime dans les décennies à venir. Les États-Unis considèrent l’Arctique comme un théâtre d’opérations potentiel et cherchent à y maintenir leur supériorité militaire face à la Russie, qui y a développé d’importantes capacités militaires, et à la Chine, qui a investi massivement dans les infrastructures arctiques et s’est proclamée « État quasi-arctique ».

Sources

Sources primaires

Le Monde, « Le Groenland appelle au ‘respect’ de son intégrité après un tweet de l’épouse d’un conseiller de Donald Trump », 4 janvier 2026, AFP. La Presse, « Le Danemark s’élève contre les nouvelles menaces américaines », 4 janvier 2026, Etienne Fontaine, Agence France-Presse. Il Sole 24 Ore, « ‘Soon Greenland!’: Katie Miller’s post reignites tensions between the US and Denmark », 4 janvier 2026, Angelica Migliorisi. Déclarations de Mette Frederiksen, première ministre danoise, communiqué officiel, 4 janvier 2026. Déclarations de Jens-Frederik Nielsen, premier ministre du Groenland, Facebook, 4 janvier 2026. Réponse de Jesper Møller Sørensen, ambassadeur du Danemark aux États-Unis, X (anciennement Twitter), 4 janvier 2026.

Sources secondaires

The Atlantic, entretien avec Donald Trump sur le Venezuela et le Groenland, janvier 2026. Sermitsiaq, sondage sur l’opinion groenlandaise concernant une appartenance aux États-Unis, janvier 2025. Encyclopædia Britannica, biographie de Stephen Miller, mise à jour 2025. Rapports du Conseil de l’Arctique sur la coopération régionale et les défis environnementaux, 2025. Études géologiques sur les ressources naturelles du Groenland, Geological Survey of Denmark and Greenland, 2025. Analyses sur la militarisation de l’Arctique, Stockholm International Peace Research Institute, 2025.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!

Commentaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest
0 Commentaires
Newest
Oldest Most Voted
Inline Feedbacks
View all comments
Plus de contenu