Le Venezuela, pilier latino-américain de Moscou
Pour comprendre l’ampleur du désastre géopolitique que représente la chute de Maduro pour la Russie, il faut remonter aux origines de cette alliance stratégique entre Moscou et Caracas. Depuis l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez en mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf, le Venezuela est devenu le fer de lance de la présence russe en Amérique latine. Cette relation s’est considérablement renforcée sous Nicolas Maduro, successeur de Chávez, qui a multiplié les accords militaires et économiques avec le Kremlin. Des systèmes de défense antiaérienne russes S-300 ont été déployés sur le sol vénézuélien, des avions de combat Sukhoi ont été livrés à l’armée de l’air locale, des conseillers militaires russes ont formé les troupes vénézuéliennes. Le Venezuela était censé être une vitrine de la coopération russo-latino-américaine, un symbole de la capacité de Moscou à projeter son influence bien au-delà de son voisinage immédiat.
Mais cette alliance n’a jamais été aussi solide qu’elle n’y paraissait. Le Venezuela était avant tout un partenaire économique précaire, miné par une crise économique dévastatrice, une hyperinflation galopante et une production pétrolière en chute libre. Les investissements russes dans le secteur énergétique vénézuélien, notamment par le géant Rosneft, se sont révélés largement improductifs. Moscou a prêté des milliards de dollars à Caracas, mais le remboursement de ces dettes est resté hypothétique. Sur le plan militaire également, la coopération était plus symbolique que substantielle. Les systèmes d’armes russes vendus au Venezuela étaient souvent de génération ancienne, et leur maintenance laissait à désirer. Lorsque les États-Unis ont frappé le trois janvier, ces défenses se sont effondrées en quelques heures, démontrant leur inefficacité face à une puissance militaire moderne et bien équipée. La Russie avait vendu au Venezuela l’illusion de la protection, mais quand l’heure de vérité est arrivée, cette protection s’est évaporée comme une brume matinale.
Les demandes ignorées de Maduro
L’automne deux mille vingt-cinq a marqué un tournant dans les relations russo-vénézuéliennes. Alors que la pression américaine sur le Venezuela s’intensifiait de manière inquiétante, avec un déploiement naval massif dans les Caraïbes et des déclarations de plus en plus menaçantes de Donald Trump, Nicolas Maduro s’est tourné vers Moscou pour obtenir un soutien concret. Selon le Washington Post, le dirigeant vénézuélien a adressé en octobre une lettre personnelle à Vladimir Poutine dans laquelle il demandait l’envoi urgent de drones militaires, de missiles et de radars pour renforcer les défenses de son pays. Cette requête n’était pas anodine. Maduro sentait le danger se rapprocher et il espérait que son allié russe viendrait à son secours comme il l’avait fait pour d’autres régimes menacés par l’Occident. Mais la réponse de Moscou a été un silence éloquent. Aucun drone n’a été livré. Aucun missile n’est arrivé. Aucun radar supplémentaire n’a été déployé.
Ce refus tacite de la Russie d’aider le Venezuela dans un moment critique en dit long sur les priorités et les capacités réelles de Moscou. La guerre en Ukraine a épuisé les ressources militaires russes à un point tel que le Kremlin ne peut plus se permettre de disperser ses forces. Chaque drone, chaque missile, chaque système de défense est désormais précieux et nécessaire pour l’effort de guerre contre Kiev. Poutine ne pouvait tout simplement pas se permettre de dégarnir ses stocks pour sauver Maduro. Mais au-delà des contraintes matérielles, il y avait aussi un calcul politique. Moscou savait que tout soutien militaire substantiel au Venezuela risquait de provoquer une confrontation directe avec les États-Unis, une confrontation que la Russie n’était pas en mesure de gagner. Alors Poutine a fait le choix pragmatique mais humiliant de laisser tomber son allié. Maduro a été abandonné à son sort, et le trois janvier, ce sort s’est matérialisé sous la forme de commandos américains débarquant dans son palais.
Imaginez la scène. Maduro écrivant cette lettre désespérée à Poutine, implorant son aide, lui rappelant toutes ces années d’alliance, tous ces discours sur la solidarité anti-impérialiste. Et Poutine qui lit cette lettre et qui décide… de ne rien faire. De laisser tomber. C’est froid. C’est calculateur. Et c’est exactement ce que font les grandes puissances quand leurs intérêts ne sont plus alignés. Mais pour tous les autres alliés de la Russie qui observent cette scène, le message est clair : quand les choses se gâtent vraiment, ne comptez pas sur Moscou.
Section 3 : l'effondrement de la défense vénézuélienne
Des systèmes russes inefficaces
L’opération Absolute Resolve a révélé de manière brutale l’inefficacité des systèmes de défense fournis par la Russie au Venezuela. Les batteries antiaériennes S-300, censées protéger l’espace aérien vénézuélien contre toute intrusion, n’ont pas réussi à intercepter les missiles de croisière et les drones américains qui ont frappé les installations militaires clés autour de Caracas. Les radars de surveillance, également d’origine russe, ont été neutralisés dès les premières minutes de l’attaque par des missiles anti-radiation tirés depuis des navires de guerre américains positionnés dans les Caraïbes. Les avions de combat Sukhoi de l’armée de l’air vénézuélienne n’ont même pas eu le temps de décoller avant que leurs bases ne soient pilonnées. En quelques heures, toute la défense aérienne du pays s’est effondrée comme un château de cartes, laissant le ciel ouvert aux hélicoptères de combat américains qui ont pu opérer en toute impunité.
Cet échec militaire pose des questions embarrassantes sur la qualité réelle des armements russes et sur la capacité de Moscou à équiper efficacement ses alliés. Les systèmes S-300, bien que considérés comme performants dans les années deux mille, sont aujourd’hui dépassés face aux technologies américaines de dernière génération. Les États-Unis ont développé des tactiques spécifiques pour neutraliser ces systèmes, et l’opération au Venezuela a démontré leur efficacité. Mais au-delà des aspects purement techniques, c’est toute la crédibilité de la Russie comme fournisseur d’armes qui est remise en question. Si les défenses russes ne peuvent pas protéger un allié contre une attaque américaine, à quoi servent-elles ? Cette question doit hanter les dirigeants de tous les pays qui ont investi massivement dans du matériel militaire russe, de l’Iran à la Syrie en passant par plusieurs nations africaines. La chute du Venezuela a été une démonstration grandeur nature de l’obsolescence relative des capacités militaires russes face à la puissance de feu américaine.
L’absence de réaction militaire russe
Ce qui est peut-être encore plus révélateur que l’échec des systèmes d’armes russes, c’est l’absence totale de réaction militaire de la part de Moscou pendant et après l’opération américaine. La Russie ne disposait d’aucun moyen de projeter sa puissance militaire au Venezuela pour contrer l’attaque. Contrairement aux États-Unis qui maintiennent des bases militaires et des groupes aéronavals dans le monde entier, la Russie n’a qu’une présence militaire limitée en Amérique latine. Quelques conseillers militaires à Caracas, des visites occasionnelles de navires de guerre russes dans les ports vénézuéliens, mais rien qui puisse constituer une force de dissuasion crédible face à une intervention américaine. Lorsque les hélicoptères américains ont survolé le palais présidentiel, il n’y avait aucun avion russe dans le ciel pour les intercepter. Lorsque les missiles ont frappé, il n’y avait aucune riposte russe. Moscou était tout simplement absente du théâtre des opérations.
Cette impuissance militaire s’explique par plusieurs facteurs structurels qui limitent sévèrement la capacité de projection de force de la Russie. Premièrement, la marine russe ne dispose pas d’une flotte de porte-avions opérationnels capables de mener des opérations à longue distance. Le seul porte-avions russe, l’Admiral Kuznetsov, est en réparation depuis des années et n’est pas opérationnel. Deuxièmement, les forces aériennes russes n’ont pas la capacité de ravitaillement en vol nécessaire pour déployer des avions de combat à des milliers de kilomètres de leurs bases. Troisièmement, et c’est peut-être le plus important, la guerre en Ukraine a mobilisé l’essentiel des ressources militaires russes. Chaque soldat, chaque char, chaque missile est nécessaire sur le front ukrainien. Poutine ne peut tout simplement pas se permettre de détourner des forces vers l’Amérique latine, même pour sauver un allié de longue date. Le Venezuela a été sacrifié sur l’autel des priorités stratégiques russes.
C’est là que ça devient vraiment intéressant. La Russie se présente comme une alternative à l’hégémonie américaine, comme un protecteur des nations qui veulent résister à l’Occident. Mais quand vient le moment de protéger réellement ces nations, Moscou est aux abonnés absents. Les systèmes d’armes qu’elle vend ne fonctionnent pas. Les garanties de sécurité qu’elle offre sont creuses. Et ses alliés se retrouvent seuls face à la puissance américaine. C’est une leçon brutale pour tous ceux qui ont cru aux promesses russes.
Section 4 : le calcul politique de Poutine
Préserver la relation avec Trump
Le silence de Vladimir Poutine face à la capture de Maduro n’est pas seulement le résultat de contraintes militaires. C’est aussi et surtout le fruit d’un calcul politique délibéré. Le président russe est engagé depuis des mois dans une négociation complexe avec Donald Trump pour tenter de mettre fin à la guerre en Ukraine dans des conditions acceptables pour Moscou. Trump a clairement indiqué qu’il exercerait une pression maximale sur la partie qui refuserait de négocier sérieusement. Jusqu’à présent, la Russie a rejeté toutes les propositions américaines de cessez-le-feu, espérant obtenir de meilleures conditions. Mais Poutine sait que cette stratégie a ses limites. S’il provoque Trump en réagissant de manière agressive à l’opération au Venezuela, il risque de voir les États-Unis augmenter massivement leur soutien militaire à l’Ukraine, fournissant à Kiev des armes encore plus sophistiquées qui pourraient changer le cours de la guerre. Poutine ne peut pas se permettre ce risque.
Lors de sa conférence de presse sur l’opération vénézuélienne, Trump a été interrogé sur Poutine et il a exprimé son mécontentement face aux tueries continues en Ukraine. Ce message était clair : le président américain garde toutes les options sur la table, y compris celle d’une escalade du soutien à Kiev si Moscou ne coopère pas. Poutine a parfaitement compris ce signal. En choisissant de ne pas réagir de manière virulente à la capture de Maduro, en se contentant d’une protestation diplomatique formelle, le dirigeant russe a envoyé son propre message : il ne veut pas d’une confrontation directe avec les États-Unis, il est prêt à sacrifier des intérêts secondaires comme le Venezuela pour préserver ce qui compte vraiment pour lui, c’est-à-dire ses gains territoriaux en Ukraine et la survie de son régime. C’est un calcul cynique mais rationnel. Maduro n’était qu’un pion sur l’échiquier géopolitique, et Poutine a décidé de le sacrifier pour protéger sa position dans une partie bien plus importante.
L’Ukraine avant tout
La guerre en Ukraine est devenue l’obsession centrale de Vladimir Poutine et elle absorbe toutes les ressources et toute l’attention du Kremlin. Depuis le lancement de l’invasion en février deux mille vingt-deux, la Russie a mobilisé des centaines de milliers de soldats, dépensé des dizaines de milliards de dollars, et subi des pertes humaines et matérielles considérables. L’économie russe a été réorientée vers l’effort de guerre, avec une part croissante du budget national consacrée à la défense et à la production d’armements. Les sanctions occidentales ont frappé durement, limitant l’accès de Moscou aux technologies avancées et aux marchés financiers internationaux. Dans ce contexte, chaque ressource compte. Chaque missile, chaque drone, chaque obus d’artillerie est précieux pour maintenir la pression sur les forces ukrainiennes. Poutine ne peut tout simplement pas se permettre de disperser ses forces en ouvrant de nouveaux fronts ou en soutenant des alliés lointains comme le Venezuela.
Cette concentration exclusive sur l’Ukraine a des conséquences directes sur la capacité de la Russie à maintenir son influence dans d’autres régions du monde. En Syrie, Moscou a dû réduire sa présence militaire et a été incapable d’empêcher la chute du régime d’Assad face aux rebelles islamistes en décembre deux mille vingt-quatre. En Afrique, les mercenaires du groupe Wagner ont été progressivement retirés ou redéployés vers le front ukrainien, laissant un vide que d’autres puissances s’empressent de combler. Et maintenant au Venezuela, la Russie a démontré son incapacité à protéger un allié de premier plan. Ce rétrécissement de l’influence russe est la conséquence directe de l’enlisement en Ukraine. Poutine a parié toute sa crédibilité internationale sur cette guerre, et il est en train de perdre sur tous les autres tableaux. Le Venezuela n’est que le dernier exemple en date de cette érosion de la puissance russe, mais il est particulièrement symbolique car il se déroule dans une région que Moscou considérait comme faisant partie de sa sphère d’influence.
Poutine a fait un choix. Un choix brutal mais logique dans sa perspective. Il a décidé que l’Ukraine valait plus que le Venezuela, que ses ambitions territoriales en Europe de l’Est étaient plus importantes que ses alliances en Amérique latine. On peut comprendre cette logique, mais on ne peut pas ignorer ce qu’elle révèle : la Russie n’a plus les moyens de ses ambitions. Elle ne peut plus jouer sur tous les tableaux simultanément. Elle doit choisir, et ces choix la rendent prévisible, vulnérable.
Section 5 : les conséquences économiques pour Moscou
La menace sur les revenus pétroliers
Au-delà des implications géopolitiques, la perte du Venezuela représente une menace économique sérieuse pour la Russie. Donald Trump a clairement annoncé son intention de remettre le pétrole vénézuélien sur le marché international, levant les sanctions qui ont paralysé l’industrie pétrolière du pays depuis des années. Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, dépassant même celles de l’Arabie saoudite. Si ces réserves sont exploitées efficacement avec l’aide de compagnies américaines comme ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips, elles pourraient inonder le marché mondial de pétrole brut et faire chuter les prix. Pour la Russie, dont l’économie dépend massivement des exportations d’hydrocarbures, cette perspective est cauchemardesque. Des prix du pétrole plus bas signifient des revenus budgétaires réduits, une capacité diminuée à financer l’effort de guerre en Ukraine, et une pression accrue sur une économie déjà fragilisée.
L’économie russe est déjà sous tension extrême. L’inflation atteint des niveaux inquiétants, le rouble s’est déprécié de manière significative, et les sanctions occidentales continuent de mordre. Les revenus pétroliers et gaziers représentent environ quarante pour cent du budget fédéral russe. Toute baisse substantielle de ces revenus aurait des conséquences dramatiques sur la capacité de Moscou à maintenir ses dépenses militaires et sociales. Trump le sait parfaitement, et c’est précisément pour cette raison qu’il a fait du pétrole vénézuélien une priorité. En ramenant le Venezuela dans le giron américain et en relançant sa production pétrolière, Washington peut atteindre deux objectifs simultanément : faire baisser les prix de l’essence pour les consommateurs américains, et affaiblir économiquement la Russie sans tirer un seul coup de feu. C’est une stratégie élégante qui utilise les mécanismes du marché comme arme géopolitique.
Les investissements perdus
La Russie a investi des milliards de dollars au Venezuela au cours des deux dernières décennies, principalement dans le secteur énergétique. Le géant pétrolier russe Rosneft a été particulièrement actif, prenant des participations dans plusieurs projets d’exploration et de production, et accordant des prêts massifs au gouvernement vénézuélien en échange de livraisons de pétrole. Ces investissements étaient censés donner à Moscou un accès privilégié aux immenses réserves pétrolières vénézuéliennes et renforcer sa présence économique en Amérique latine. Mais avec la chute de Maduro et l’arrivée probable d’un gouvernement pro-américain à Caracas, tous ces investissements sont menacés. Les nouveaux dirigeants vénézuéliens pourraient décider de nationaliser les actifs russes, de rompre les contrats existants, ou simplement de refuser de rembourser les dettes contractées par le régime précédent. La Russie risque de perdre des milliards sans aucun recours légal efficace.
Cette perte financière s’ajoute à une série de revers économiques que la Russie a subis ces dernières années. En Syrie, les contrats de reconstruction promis après la victoire du régime d’Assad ne se sont jamais matérialisés, et maintenant que le régime est tombé, ces perspectives ont complètement disparu. En Afrique, plusieurs pays ont commencé à remettre en question leur coopération avec Moscou, préférant se tourner vers d’autres partenaires. Les sanctions occidentales ont également coupé la Russie de nombreux marchés lucratifs et sources de technologie. Dans ce contexte, la perte du Venezuela est un coup dur supplémentaire pour une économie déjà chancelante. Le Kremlin avait misé sur le Venezuela comme un pilier de sa stratégie économique en Amérique latine, et ce pilier vient de s’effondrer. Les conséquences se feront sentir pendant des années, affaiblissant encore davantage la position économique de la Russie sur la scène internationale.
L’argent, toujours l’argent. C’est ce qui fait tourner le monde, et c’est ce qui va finir par avoir raison de Poutine. Pas les discours moraux sur la démocratie, pas les résolutions de l’ONU, mais les réalités économiques brutales. La Russie perd de l’argent au Venezuela, elle perd de l’argent en Syrie, elle perd de l’argent à cause des sanctions. Et pendant ce temps, la guerre en Ukraine continue de dévorer son budget. Combien de temps peut-on tenir comme ça ? Pas éternellement.
Section 6 : le message aux autres alliés russes
L’Iran observe et s’inquiète
La capture de Maduro et l’impuissance de la Russie à réagir envoient un message glaçant à tous les alliés de Moscou à travers le monde. L’Iran, en particulier, doit observer ces événements avec une inquiétude croissante. Téhéran a développé une relation étroite avec la Russie ces dernières années, fournissant des drones pour la guerre en Ukraine et recevant en échange un soutien diplomatique et militaire. Mais l’Iran fait également face à une pression américaine intense, notamment après les frappes massives que les États-Unis ont menées contre son programme nucléaire en juin deux mille vingt-cinq. Si Washington décidait de lancer une opération similaire contre le régime iranien, est-ce que Moscou viendrait à son secours ? L’exemple vénézuélien suggère que non. La Russie n’a ni les moyens ni la volonté de protéger ses alliés contre une intervention américaine déterminée. Cette réalisation doit provoquer des discussions anxieuses dans les couloirs du pouvoir à Téhéran.
Les dirigeants iraniens ont longtemps cru que leur alliance avec la Russie leur offrait une certaine protection contre les États-Unis. Ils ont investi dans des systèmes d’armes russes, développé des liens militaires étroits avec Moscou, et coordonné leurs politiques au Moyen-Orient. Mais si ces systèmes d’armes se révèlent aussi inefficaces que ceux du Venezuela, et si la Russie se montre aussi impuissante à intervenir, alors à quoi sert cette alliance ? L’Iran pourrait se retrouver dans la même situation que Maduro : abandonné par son allié russe au moment critique, face à la puissance militaire américaine sans aucun soutien extérieur. Cette perspective doit terrifier le régime de Téhéran, qui a déjà subi des coups sévères avec la destruction d’une partie de son infrastructure nucléaire. La chute du Venezuela démontre que les garanties de sécurité russes ne valent pas grand-chose quand les États-Unis décident vraiment d’agir.
La Syrie, un précédent inquiétant
Le cas de la Syrie offre un autre exemple troublant de l’incapacité de la Russie à protéger ses alliés. En décembre deux mille vingt-quatre, le régime de Bachar al-Assad, soutenu par Moscou depuis des années, s’est effondré face à une offensive des rebelles islamistes. La Russie, qui avait investi massivement en Syrie depuis deux mille quinze avec des frappes aériennes, des conseillers militaires et une base navale à Tartous, n’a pas pu empêcher cette débâcle. Les forces russes ont été contraintes de se retirer précipitamment, abandonnant leurs positions et laissant Assad à son sort. Ce précédent syrien, combiné maintenant avec la chute du Venezuela, dessine un schéma inquiétant : la Russie ne peut plus maintenir son influence dans des théâtres d’opération éloignés, elle ne peut plus protéger efficacement ses alliés, et elle est forcée de se replier sur ses intérêts les plus vitaux, essentiellement concentrés autour de l’Ukraine et de son voisinage immédiat.
Pour les autres alliés de la Russie, de la Biélorussie à l’Arménie en passant par plusieurs pays d’Afrique et d’Asie centrale, ces événements doivent susciter une réévaluation sérieuse de leurs relations avec Moscou. Si la Russie ne peut pas protéger le Venezuela, un allié de longue date avec lequel elle avait des liens économiques et militaires substantiels, comment pourrait-elle les protéger eux ? Cette question doit hanter les dirigeants de ces pays. Certains commencent déjà à diversifier leurs partenariats, cherchant des relations plus équilibrées avec d’autres puissances comme la Chine, la Turquie ou même les pays occidentaux. La crédibilité de la Russie comme protecteur et partenaire fiable est sérieusement écornée. Le Venezuela n’est pas seulement une défaite géopolitique pour Moscou, c’est aussi un signal d’alarme pour tous ceux qui comptaient sur le soutien russe. Ce soutien s’avère être une illusion quand il est vraiment mis à l’épreuve.
Si j’étais un dirigeant allié de la Russie en ce moment, je dormirais très mal. Parce que ce qui vient de se passer au Venezuela, ça pourrait m’arriver demain. Poutine ne viendra pas me sauver. Il ne peut pas. Il est trop occupé avec sa guerre en Ukraine, trop affaibli économiquement, trop limité militairement. L’alliance avec Moscou, c’était censé être une assurance. Mais cette assurance vient de montrer qu’elle ne couvre rien du tout quand les choses deviennent vraiment sérieuses.
Section 7 : la réaction internationale
L’Europe entre soulagement et malaise
La réaction de l’Europe face à l’opération américaine au Venezuela a été marquée par une ambivalence révélatrice. D’un côté, de nombreux dirigeants européens ont exprimé leur satisfaction de voir Maduro, qu’ils considèrent comme un dictateur, être traduit en justice. L’Union européenne n’a jamais reconnu la légitimité du régime vénézuélien après les élections contestées de deux mille dix-huit, et elle a soutenu l’opposition démocratique menée par des figures comme Maria Corina Machado. De ce point de vue, la chute de Maduro est une victoire pour la démocratie et les droits humains. Mais d’un autre côté, la manière dont cette chute s’est produite suscite un malaise profond. Une intervention militaire unilatérale des États-Unis, sans mandat de l’ONU, sans consultation avec les alliés, et aboutissant à la capture d’un chef d’État en exercice, cela pose des questions troublantes sur le respect du droit international et de la souveraineté nationale.
Ce malaise est particulièrement aigu pour les pays européens qui soutiennent l’Ukraine dans sa lutte contre l’agression russe. Comment peuvent-ils condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie au nom du respect de la souveraineté et du droit international, tout en acceptant ou en applaudissant une intervention militaire américaine au Venezuela qui viole ces mêmes principes ? Cette contradiction n’a pas échappé à Moscou, qui s’empresse de la souligner dans sa propagande. Le Kremlin accuse l’Occident d’hypocrisie, affirmant que les règles internationales ne sont appliquées que de manière sélective, selon les intérêts des puissances occidentales. Cette accusation trouve un écho dans de nombreux pays du Sud global qui observent avec scepticisme le deux poids deux mesures apparent de l’Occident. L’opération au Venezuela, aussi justifiée qu’elle puisse paraître d’un point de vue moral contre un régime autoritaire, complique considérablement la position de l’Europe et affaiblit son discours sur l’ordre international fondé sur des règles.
La Chine reste silencieuse
La Chine, autre grand partenaire du Venezuela et rival stratégique des États-Unis, a adopté une posture de silence prudent face à la capture de Maduro. Pékin a investi massivement au Venezuela au cours des deux dernières décennies, prêtant des dizaines de milliards de dollars au régime en échange de livraisons de pétrole. La Chine avait des intérêts économiques substantiels dans la stabilité du régime vénézuélien. Pourtant, contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, Pékin n’a pas réagi de manière virulente à l’opération américaine. Les déclarations officielles chinoises ont été mesurées, appelant au respect du droit international mais sans condamnation explicite des États-Unis. Ce silence relatif est révélateur de plusieurs choses. Premièrement, la Chine, comme la Russie, n’a aucun moyen militaire de projeter sa puissance en Amérique latine pour contrer une action américaine. Deuxièmement, Pékin est engagé dans une relation complexe avec Washington et ne souhaite pas aggraver les tensions pour un allié secondaire comme le Venezuela.
La retenue chinoise contraste avec la rhétorique habituelle de Pékin sur la défense de la souveraineté nationale et le respect du droit international. Mais elle reflète aussi un calcul pragmatique. La Chine sait que le Venezuela est dans l’arrière-cour américaine et que toute tentative d’y exercer une influence significative se heurterait à une opposition féroce de Washington. Pékin préfère concentrer ses efforts sur des régions où elle peut exercer une influence plus directe, comme l’Asie du Sud-Est, l’Afrique ou le Pacifique. Le Venezuela n’est tout simplement pas une priorité suffisante pour risquer une confrontation avec les États-Unis. Cette attitude pragmatique de la Chine renforce encore davantage l’isolement du régime vénézuélien déchu et souligne l’absence de soutien international significatif. Ni la Russie ni la Chine, les deux principales puissances rivales des États-Unis, n’ont été capables ou désireuses de défendre leur allié vénézuélien. Cette réalité géopolitique brutale démontre les limites de ce qu’on appelle parfois l’axe anti-occidental.
Le silence de la Chine est presque aussi éloquent que celui de la Russie. Pékin parle beaucoup de multipolarité, de respect de la souveraineté, de résistance à l’hégémonie américaine. Mais quand les États-Unis agissent vraiment, quand ils capturent un chef d’État allié de la Chine, Pékin se tait. Parce qu’au fond, la Chine sait ce que la Russie sait aussi : ils ne peuvent pas gagner une confrontation directe avec Washington. Alors ils laissent tomber leurs alliés et ils espèrent que personne ne remarquera leur faiblesse. Mais tout le monde remarque.
Section 8 : les implications pour l'Ukraine
Un précédent dangereux
L’opération américaine au Venezuela crée un précédent troublant qui pourrait avoir des répercussions sur le conflit en Ukraine. Volodymyr Zelensky n’a pas caché son enthousiasme face à la capture de Maduro, suggérant ouvertement que les États-Unis pourraient appliquer la même méthode à Vladimir Poutine. Après tout, le président russe fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre, tout comme Maduro était recherché par la justice américaine pour narco-terrorisme. Si Washington peut envoyer des forces spéciales capturer un chef d’État en exercice au Venezuela, pourquoi ne pourrait-il pas faire de même en Russie ? Cette question, aussi provocatrice soit-elle, soulève des enjeux fondamentaux sur les limites de l’action militaire et le respect de la souveraineté nationale. Pour l’Ukraine, qui lutte désespérément contre l’agression russe, l’idée d’une intervention américaine directe contre Poutine est évidemment séduisante. Mais elle ouvre également une boîte de Pandore dangereuse.
Le problème est que la Russie n’est pas le Venezuela. C’est une puissance nucléaire dotée de milliers d’ogives atomiques et de systèmes de lancement sophistiqués. Toute tentative d’intervention militaire directe sur le sol russe pour capturer Poutine risquerait de déclencher une escalade nucléaire catastrophique. Les États-Unis le savent parfaitement, et c’est précisément pour cette raison qu’ils n’ont jamais envisagé sérieusement une telle opération. Le Venezuela ne disposait d’aucune capacité de dissuasion crédible, ce qui a permis à Washington d’agir avec une relative impunité. Mais la Russie, malgré toutes ses faiblesses conventionnelles, conserve cette capacité de destruction mutuelle assurée qui rend toute attaque directe impensable. Néanmoins, le précédent vénézuélien affaiblit les normes internationales contre les interventions militaires unilatérales et pourrait encourager d’autres acteurs à tenter des opérations similaires dans des contextes différents. C’est un développement inquiétant pour la stabilité de l’ordre international.
Le renforcement de la position ukrainienne
Paradoxalement, la capture de Maduro et l’impuissance russe qu’elle révèle pourraient renforcer la position de l’Ukraine dans ses négociations avec Moscou. La démonstration de faiblesse de la Russie au Venezuela envoie un message clair : Moscou n’est plus la superpuissance qu’elle prétend être, elle ne peut plus protéger ses alliés, et elle est de plus en plus isolée sur la scène internationale. Cette réalité pourrait inciter certains pays qui hésitaient encore à soutenir l’Ukraine à franchir le pas. Si la Russie ne peut même pas défendre le Venezuela contre une intervention américaine, comment pourrait-elle menacer efficacement l’Europe ou d’autres régions ? Cette perception d’affaiblissement russe pourrait également encourager les alliés occidentaux de l’Ukraine à augmenter leur soutien militaire, estimant que le risque d’escalation avec une Russie affaiblie est plus gérable qu’on ne le pensait.
De plus, les conséquences économiques de la remise sur le marché du pétrole vénézuélien vont directement affaiblir la capacité de la Russie à financer sa guerre en Ukraine. Des prix du pétrole plus bas signifient moins de revenus pour Moscou, ce qui se traduira inévitablement par une réduction de la production d’armements, des difficultés à payer les soldats, et une pression accrue sur l’économie russe déjà chancelante. L’Ukraine pourrait ainsi bénéficier indirectement de l’opération américaine au Venezuela, non pas par une intervention militaire directe, mais par un affaiblissement économique et politique de son adversaire. C’est une forme de guerre économique indirecte qui pourrait s’avérer tout aussi efficace que les livraisons d’armes. Zelensky et son équipe ont parfaitement compris cette dynamique, et ils comptent bien en tirer parti dans les mois à venir pour obtenir de meilleures conditions dans d’éventuelles négociations de paix.
Zelensky a raison de sourire. Pas parce qu’il pense vraiment que les Américains vont capturer Poutine, ça n’arrivera jamais. Mais parce que ce qui s’est passé au Venezuela démontre quelque chose d’essentiel : la Russie est faible. Plus faible qu’on ne le pensait. Et cette faiblesse, c’est une arme pour l’Ukraine. Chaque fois que Poutine montre son impuissance, chaque fois qu’il laisse tomber un allié, chaque fois qu’il recule, ça renforce la position ukrainienne. Parce que ça prouve que la Russie peut être vaincue, qu’elle n’est pas invincible, qu’elle a des limites.
Section 9 : la perte d'influence en Amérique latine
Un bastion qui s’effondre
L’Amérique latine était censée être un pilier de la stratégie russe de projection d’influence mondiale. Depuis l’époque de Hugo Chávez, la Russie avait cultivé des relations étroites avec plusieurs pays de la région, du Venezuela à Cuba en passant par le Nicaragua et la Bolivie. Ces relations étaient présentées par Moscou comme la preuve de sa capacité à défier l’hégémonie américaine dans leur propre arrière-cour. Des exercices militaires conjoints étaient organisés, des contrats d’armement étaient signés, des accords économiques étaient conclus. Le Venezuela en particulier était la vitrine de cette présence russe en Amérique latine, avec des investissements massifs dans le secteur énergétique et une coopération militaire substantielle. Mais avec la chute de Maduro, tout cet édifice s’effondre. Le Venezuela va probablement basculer dans le camp américain, les investissements russes seront perdus, et la présence militaire russe dans le pays sera éliminée.
Cette perte du Venezuela a des répercussions en cascade sur toute la présence russe en Amérique latine. Les autres alliés de Moscou dans la région observent avec inquiétude ce qui vient de se passer et ils tirent leurs propres conclusions. Si la Russie n’a pas pu protéger le Venezuela, comment pourrait-elle les protéger eux ? Cuba, déjà affaibli par des décennies d’embargo américain et par la perte de son principal soutien vénézuélien, se retrouve encore plus isolé. Le Nicaragua de Daniel Ortega doit se demander s’il ne devrait pas reconsidérer ses relations avec Moscou. Même des pays qui avaient maintenu une certaine équidistance entre les États-Unis et la Russie, comme le Brésil ou l’Argentine, vont probablement se rapprocher davantage de Washington maintenant qu’il est clair que Moscou ne peut offrir aucune protection réelle. L’Amérique latine était un des rares endroits où la Russie pouvait encore prétendre exercer une influence significative en dehors de son voisinage immédiat. Cette influence vient de s’évaporer en quelques jours.
Le retour de la doctrine Monroe
L’opération américaine au Venezuela marque également le retour en force de la doctrine Monroe, ce principe de politique étrangère américaine qui considère l’Amérique latine comme une zone d’influence exclusive des États-Unis. Pendant des décennies, cette doctrine avait été mise en sourdine, les États-Unis préférant parler de partenariat et de coopération plutôt que de domination. Mais avec Donald Trump, le langage a changé. Le président américain ne cache pas son intention de reprendre le contrôle de ce qu’il considère comme l’arrière-cour naturelle des États-Unis. L’intervention au Venezuela en est la démonstration la plus spectaculaire. Washington a envoyé un message clair à toutes les puissances extérieures qui tentent d’exercer une influence en Amérique latine : cette région appartient aux États-Unis, et toute tentative d’y établir une présence hostile sera combattue avec tous les moyens nécessaires, y compris la force militaire.
Pour la Russie, ce retour de la doctrine Monroe signifie la fin de ses ambitions en Amérique latine. Moscou n’a ni les moyens militaires ni la volonté politique de défier les États-Unis dans leur propre sphère d’influence. La distance géographique, l’absence de bases militaires dans la région, et la supériorité écrasante de la puissance navale et aérienne américaine rendent toute confrontation directe impossible. La Russie peut bien protester diplomatiquement, elle peut bien dénoncer l’intervention américaine comme une violation du droit international, mais ces protestations sonnent creux face à la réalité du rapport de force. Le Venezuela était le dernier bastion significatif de l’influence russe en Amérique latine, et ce bastion vient de tomber. Moscou devra désormais se contenter de relations commerciales limitées avec quelques pays de la région, sans aucune capacité à projeter une influence politique ou militaire réelle. C’est un recul stratégique majeur qui illustre le déclin général de la puissance russe sur la scène mondiale.
La doctrine Monroe. Je pensais que c’était un vestige du dix-neuvième siècle, un concept dépassé dans notre monde globalisé. Mais non. Trump vient de la ressusciter avec une brutalité qui ne laisse aucune place au doute. L’Amérique latine, c’est le territoire américain. Point final. Et si vous essayez d’y mettre les pieds, que vous soyez la Russie, la Chine ou n’importe qui d’autre, vous allez le regretter. C’est un retour à une vision très crue de la géopolitique, où la puissance prime sur le droit, où la force fait la loi.
Section 10 : les leçons pour l'avenir
La fin du multilatéralisme
L’opération américaine au Venezuela marque peut-être un tournant dans l’évolution de l’ordre international. Pendant des décennies, le monde a fonctionné selon un système multilatéral où les grandes décisions étaient censées être prises collectivement, à travers des institutions comme l’ONU, et où le droit international était supposé s’appliquer à tous de manière égale. Ce système n’a jamais été parfait, loin de là, mais il offrait au moins un cadre de référence commun. Avec la capture de Maduro, les États-Unis ont démontré qu’ils sont prêts à agir unilatéralement, sans mandat international, sans consultation avec leurs alliés, guidés uniquement par leurs propres intérêts et leur propre conception de la justice. C’est un retour à une forme plus brutale de relations internationales où la puissance militaire et économique détermine ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. La Russie, qui a elle-même violé le droit international en envahissant l’Ukraine, ne peut guère se plaindre de cette évolution, mais elle en est néanmoins une victime.
Cette érosion du multilatéralisme a des conséquences profondes pour l’avenir de la gouvernance mondiale. Si les grandes puissances peuvent intervenir militairement où bon leur semble, capturer des chefs d’État, renverser des régimes, sans aucune conséquence légale ou diplomatique significative, alors le concept même de souveraineté nationale perd son sens. Nous entrons dans une ère où seuls les pays suffisamment puissants pour se défendre eux-mêmes peuvent espérer maintenir leur indépendance. Les pays plus faibles devront choisir leur camp et espérer que leur protecteur sera effectivement capable et désireux de les défendre quand le moment viendra. Le cas du Venezuela montre que même des alliances de longue date ne garantissent rien si le protecteur n’a pas les moyens ou la volonté d’intervenir. C’est un monde plus dangereux, plus imprévisible, où les règles comptent moins que la force brute. La Russie a contribué à créer ce monde en envahissant l’Ukraine, et maintenant elle en subit les conséquences au Venezuela.
La nécessité d’une réévaluation stratégique
Pour la Russie, la chute du Venezuela devrait déclencher une réévaluation stratégique fondamentale de sa position dans le monde. Moscou doit accepter une réalité qu’elle a longtemps refusé de voir : elle n’est plus une superpuissance capable de projeter sa puissance à l’échelle mondiale. Elle est une puissance régionale, certes importante, mais avec des capacités limitées en dehors de son voisinage immédiat. Cette reconnaissance ne signifie pas l’abandon de toute ambition internationale, mais elle implique une concentration des ressources sur les priorités essentielles. Pour la Russie, cela signifie se concentrer sur l’Ukraine, sur la stabilisation de sa périphérie immédiate, et sur la préservation de ses intérêts vitaux en Europe de l’Est et en Asie centrale. Les aventures lointaines en Amérique latine, en Afrique ou au Moyen-Orient sont des luxes que Moscou ne peut plus se permettre.
Cette réévaluation stratégique devrait également inclure une réflexion sur la nature des alliances russes. Le Venezuela a démontré que les alliances basées uniquement sur une opposition commune aux États-Unis ne sont pas suffisantes. Il faut des intérêts économiques réels, des liens culturels profonds, et surtout une capacité concrète à se soutenir mutuellement en cas de crise. La Russie doit être plus sélective dans le choix de ses partenaires, privilégiant la qualité à la quantité. Elle doit également être plus réaliste sur ce qu’elle peut offrir à ces partenaires. Promettre une protection qu’on ne peut pas assurer est pire que de ne rien promettre du tout, car cela détruit la crédibilité. Le Kremlin doit apprendre de l’échec vénézuélien et ajuster sa stratégie en conséquence. Cela signifie probablement un repli sur des positions plus défensives, une concentration sur les intérêts vitaux, et une acceptation du fait que la Russie ne peut plus aspirer au statut de superpuissance mondiale qu’elle avait à l’époque soviétique. C’est une pilule amère à avaler pour Vladimir Poutine, mais c’est la réalité.
Il y a quelque chose de tragique dans le déclin de la Russie. Pas tragique au sens où je la plains, mais tragique au sens classique du terme. Une grande puissance qui refuse d’accepter qu’elle n’est plus ce qu’elle était, qui s’accroche désespérément à des symboles de grandeur passée, qui fait des promesses qu’elle ne peut pas tenir. Et qui finit par être humiliée publiquement quand la réalité rattrape les illusions. Le Venezuela, c’est le moment où le rideau tombe et où tout le monde voit que l’empereur est nu.
Section 11 : les répercussions à long terme
Un monde plus dangereux
Les événements au Venezuela et la réaction impuissante de la Russie contribuent à créer un monde plus dangereux et plus instable. Lorsque les grandes puissances démontrent qu’elles peuvent agir avec impunité, renverser des régimes, capturer des chefs d’État, sans faire face à des conséquences significatives, cela encourage d’autres acteurs à tenter des actions similaires. La Chine pourrait se sentir encouragée à agir plus agressivement à Taïwan ou en mer de Chine méridionale. La Turquie pourrait intensifier ses interventions en Syrie ou en Libye. L’Iran pourrait devenir plus audacieux dans ses actions au Moyen-Orient. Chacun de ces acteurs observe ce qui s’est passé au Venezuela et tire ses propres conclusions sur ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. L’absence de réaction russe envoie un message clair : si vous êtes assez fort, vous pouvez faire ce que vous voulez. Si vous êtes faible, vous serez abandonné par vos alliés.
Cette dynamique crée un environnement international où la course aux armements s’accélère, où les alliances deviennent plus fragiles, et où les petits pays se sentent de plus en plus vulnérables. Si même un pays comme le Venezuela, avec ses immenses réserves de pétrole et ses alliances avec la Russie et la Chine, peut être renversé en quelques heures par une intervention américaine, alors quel pays peut se sentir en sécurité ? Cette insécurité généralisée pousse les nations à chercher des garanties de sécurité plus solides, soit en développant leurs propres capacités militaires, soit en se rapprochant de puissances protectrices plus fiables. Mais comme le cas vénézuélien le démontre, même ces garanties peuvent s’avérer illusoires. Le résultat est un monde où la méfiance règne, où les tensions s’accumulent, et où le risque de conflits augmente. La Russie, en se montrant incapable de protéger ses alliés, a contribué à cette instabilité croissante.
L’héritage de Poutine
L’impuissance russe face à la capture de Maduro fera partie de l’héritage de Vladimir Poutine. Le président russe est arrivé au pouvoir en deux mille avec la promesse de restaurer la grandeur de la Russie et de lui redonner son statut de superpuissance. Pendant un temps, il a semblé réussir. L’intervention en Géorgie en deux mille huit, l’annexion de la Crimée en deux mille quatorze, l’intervention en Syrie en deux mille quinze, tous ces événements ont donné l’impression d’une Russie resurgente, capable de défier l’Occident et de façonner les événements mondiaux selon sa volonté. Mais cette impression était trompeuse. La guerre en Ukraine a révélé les faiblesses profondes de l’armée russe. La chute du régime d’Assad en Syrie a montré les limites de l’influence russe au Moyen-Orient. Et maintenant, la perte du Venezuela démontre l’incapacité de Moscou à protéger ses alliés en Amérique latine. L’héritage de Poutine ne sera pas celui d’un restaurateur de la grandeur russe, mais celui d’un dirigeant qui a surestimé les capacités de son pays et qui a conduit la Russie dans une série d’échecs coûteux.
Dans les années à venir, les historiens analyseront cette période et ils identifieront probablement la capture de Maduro comme un moment symbolique du déclin de la puissance russe sous Poutine. Ce n’est pas l’événement le plus important en soi, la guerre en Ukraine aura des conséquences bien plus profondes, mais c’est un moment révélateur qui cristallise une réalité que beaucoup refusaient encore de voir. La Russie de Poutine n’est pas la superpuissance qu’elle prétend être. Elle ne peut pas protéger ses alliés. Elle ne peut pas projeter sa puissance au-delà de son voisinage immédiat. Elle ne peut pas rivaliser avec les États-Unis sur la scène mondiale. Toutes les démonstrations de force, tous les discours enflammés, toute la propagande ne peuvent pas masquer cette réalité fondamentale. Le Venezuela a mis à nu l’impuissance russe, et cette image restera gravée dans les mémoires. Pour Poutine, c’est une humiliation personnelle et politique dont il ne se remettra probablement jamais complètement. Son rêve de restaurer la grandeur russe s’est brisé sur les récifs de la réalité géopolitique.
Poutine voulait être le nouveau Pierre le Grand, celui qui rendrait à la Russie sa place parmi les grandes puissances. Mais il finira dans les livres d’histoire comme celui qui a présidé au déclin russe, celui qui a engagé son pays dans une guerre désastreuse en Ukraine, celui qui a laissé tomber ses alliés, celui qui a démontré au monde entier que la Russie n’était plus qu’une ombre de ce qu’elle avait été. C’est un échec monumental, et le Venezuela en est juste un symbole parmi d’autres.
Conclusion : le crépuscule d'une illusion
La réalité derrière le rideau
La capture de Nicolas Maduro par les États-Unis et le silence assourdissant de la Russie face à cet événement marquent la fin d’une illusion soigneusement entretenue pendant des années. L’illusion d’une Russie resurgente, capable de défier l’Occident, de protéger ses alliés, et de façonner l’ordre mondial selon sa volonté. Cette illusion s’est fracassée contre la réalité brutale du trois janvier deux mille vingt-six. Quand les hélicoptères américains ont survolé Caracas, quand les missiles ont frappé les installations militaires vénézuéliennes, quand les forces spéciales ont extrait Maduro de son palais, Moscou n’a rien pu faire. Rien. Pas une intervention militaire. Pas une menace crédible. Pas même une protestation véhémente de Vladimir Poutine lui-même. Juste un communiqué bureaucratique du ministère des Affaires étrangères et un appel téléphonique de Sergueï Lavrov. C’est tout ce que la Russie a pu offrir à son allié de longue date au moment où il en avait le plus besoin. Cette impuissance révèle une vérité que beaucoup refusaient encore d’accepter : la Russie n’est plus une superpuissance mondiale.
Les raisons de cette faiblesse sont multiples et interconnectées. La guerre en Ukraine a épuisé les ressources militaires et économiques russes, laissant Moscou sans moyens pour intervenir ailleurs dans le monde. Les sanctions occidentales ont frappé durement l’économie russe, limitant sa capacité à financer des opérations militaires coûteuses. L’absence de bases militaires en Amérique latine et la faiblesse de la marine russe rendent toute projection de force dans cette région pratiquement impossible. Mais au-delà de ces contraintes matérielles, il y a aussi un calcul politique. Poutine a choisi de ne pas réagir de manière agressive à la capture de Maduro parce qu’il ne voulait pas provoquer une confrontation avec les États-Unis qui pourrait compromettre ses négociations sur l’Ukraine. Le Venezuela a été sacrifié sur l’autel des priorités stratégiques russes. C’est un choix rationnel d’un certain point de vue, mais c’est aussi un aveu d’impuissance. La Russie ne peut plus jouer sur tous les tableaux simultanément. Elle doit choisir, et ces choix révèlent ses limites.
Un tournant géopolitique majeur
L’opération américaine au Venezuela et la réaction impuissante de la Russie constituent un tournant géopolitique majeur dont les répercussions se feront sentir pendant des années. Pour les alliés de Moscou à travers le monde, de l’Iran à la Syrie en passant par plusieurs pays d’Afrique et d’Asie centrale, le message est clair : ne comptez pas sur la Russie pour vous protéger quand les choses deviennent vraiment difficiles. Cette réalisation va probablement déclencher une vague de réalignements stratégiques, avec des pays qui vont chercher de nouveaux partenaires ou qui vont tenter de se rapprocher de l’Occident. Pour les États-Unis, c’est une victoire stratégique qui démontre leur capacité à agir avec détermination et efficacité. Pour l’Ukraine, c’est un signe encourageant que la Russie est plus faible qu’on ne le pensait et que la victoire est possible. Pour l’ordre international, c’est un pas de plus vers un monde où la force prime sur le droit et où les règles ne s’appliquent que de manière sélective.
Mais c’est surtout pour la Russie elle-même que cet événement est le plus significatif. La chute du Venezuela marque peut-être le début de la fin pour les ambitions mondiales de Vladimir Poutine. Après avoir perdu la Syrie, après s’être enlisé en Ukraine, après avoir vu son influence en Afrique s’éroder, Moscou perd maintenant son principal allié en Amérique latine. La Russie se replie sur elle-même, concentrant ses ressources limitées sur la défense de ses intérêts vitaux les plus immédiats. Ce n’est plus la puissance expansionniste qui rêvait de recréer une sphère d’influence comparable à celle de l’Union soviétique. C’est une puissance régionale affaiblie, aux capacités limitées, qui lutte pour maintenir sa position face à des adversaires plus puissants. Le silence de Poutine face à la capture de Maduro résonne comme un aveu de cette réalité. C’est le crépuscule d’une illusion, le moment où le rideau tombe et où tout le monde peut voir ce qui se cache derrière : une Russie diminuée, vulnérable, et de plus en plus isolée sur la scène internationale.
Je repense à toutes ces années où Poutine paradait sur la scène mondiale, où il se présentait comme l’alternative à l’hégémonie américaine, où il promettait protection et soutien à tous ceux qui voulaient résister à l’Occident. Et je regarde maintenant Maduro en combinaison orange de prisonnier, abandonné par son allié russe, livré à la justice américaine. C’est une image puissante. Une image qui dit tout ce qu’il y a à savoir sur l’état réel de la puissance russe en deux mille vingt-six. Poutine peut continuer à faire des discours, à brandir des menaces, à jouer les durs. Mais quand vient le moment de vérité, quand un allié a vraiment besoin d’aide, Moscou n’est pas là. Et tout le monde le voit maintenant. Le Venezuela n’est pas juste la chute d’un dictateur. C’est la révélation d’une faiblesse que la Russie ne pourra plus jamais cacher complètement.
Sources
Sources primaires
The Atlantic Council, « The US capture of Maduro reveals Russia’s weakness », par John E. Herbst, publié le 5 janvier 2026. Reuters, « Maduro pleads not guilty to drug charges, saying he was ‘kidnapped' », publié le 5 janvier 2026. The Moscow Times, « Russia Demands Release of Maduro After U.S. Military Strikes Venezuela », publié le 3 janvier 2026. Le Monde, « L’opération américaine au Venezuela, un événement à double tranchant pour Vladimir Poutine », par Claire Gatinois et Benjamin Quénelle, publié le 4 janvier 2026.
Sources secondaires
CNN, « January 3, 2026 — Maduro in US custody », couverture en direct du 3 janvier 2026. The Washington Post, rapports sur la demande d’aide militaire de Maduro à Poutine en octobre 2025. BBC News, « Spies, drones and blowtorches: How the US captured Maduro », publié en janvier 2026. The New York Times, « What We Know About Maduro’s Capture and the Fallout », publié le 3 janvier 2026. CNBC, « How the ousting of Russia’s ally Maduro benefits Moscow », publié le 5 janvier 2026.
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.
Je suis d’accord avec votre analyse soulignant l’effondrement de l’influence russe dans le monde. Je trouve cependant que vous n’avez pas assez souligné la façon dont Erdogan a chassé Poutine du Sud Caucase, c’est encore pire que le cas du Venezuela. Même l’Azerbaïdjan d’Aliev se permet aujourd’hui de critiquer la Russie, un comble! La perte du Sud Caucase est pour moi pire que la perte du Venezuela..