L’opération Absolute Resolve : une démonstration de force
L’opération a été baptisée Absolute Resolve. Résolution absolue. Le nom lui-même est un manifeste. Pas de demi-mesure, pas de compromis, pas de retour en arrière possible. Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, à 22h46 heure de Floride, Trump a donné le feu vert. Cent cinquante avions décollaient simultanément de vingt bases militaires réparties dans tout l’hémisphère occidental. Une armada aérienne d’une ampleur rarement vue en temps de paix. Les défenses aériennes vénézuéliennes ont été neutralisées en quelques minutes. Les lumières de Caracas se sont éteintes — Trump a parlé d’une certaine expertise sans préciser, laissant planer le mystère sur les armes utilisées. Cyberattaque ? Frappe électromagnétique ? Peu importe. Le résultat était là : une capitale plongée dans le noir, paralysée, sans défense.
À 2h01 du matin, heure locale, les hélicoptères américains se posaient dans l’enceinte du palais présidentiel. Moins de trente minutes plus tard, Nicolas Maduro et sa femme Cilia Flores étaient en détention, les yeux bandés, direction le porte-avions USS Iwo Jima qui croisait au large. L’image que Trump a publiée sur Truth Social est saisissante. Maduro en survêtement gris, une bouteille d’eau à la main, le regard masqué par un bandeau noir. Un président déchu réduit à l’état de prisonnier de guerre. À 16h30, l’avion atterrissait à la base aérienne Stewart près de New York. Maduro allait être inculpé pour narcoterrorisme et trafic de cocaïne — des accusations que ses propres services de renseignement peinent à étayer. Mais là encore, qu’importe la vérité quand on applique le manuel Yarvin ? La justice n’est qu’un outil au service de la domination.
Les cibles : une décapitation systématique
Les frappes américaines n’ont pas été aléatoires. Elles ont visé avec une précision chirurgicale tous les centres névralgiques du pouvoir vénézuélien. La base aérienne de La Carlota à Caracas, désormais hors service. Le Cuartel de la Montaña, lieu de sépulture d’Hugo Chávez — un symbole détruit. Le Palais législatif fédéral. Le complexe militaire de Fuerte Tiuna, cœur de l’armée vénézuélienne. Le palais présidentiel de Miraflores. La base de F-16 à Barquisimeto. Les aéroports d’El Hatillo et de Charallave, neutralisés. La base d’hélicoptères militaires d’Higuerote, détruite. Une décapitation systématique de toutes les capacités de résistance. Exactement comme Yarvin l’avait écrit : il faut frapper fort, frapper partout, frapper vite, pour que l’ennemi comprenne immédiatement que toute résistance est vaine.
Le général Dan Caine, chef d’état-major des armées américaines, a parlé d’une opération répétée pendant des mois. Les forces spéciales s’étaient entraînées sur une réplique exacte du bâtiment où se trouvait Maduro. Chaque détail avait été anticipé, chaque mouvement chorégraphié. Trump a qualifié l’opération de démonstration la plus stupéfiante, efficace et puissante de la puissance militaire américaine de l’histoire. Une hyperbole trumpienne, certes, mais qui révèle l’intention : il ne s’agissait pas seulement de capturer Maduro. Il s’agissait d’envoyer un message au monde entier. Nous pouvons faire ça n’importe où, n’importe quand, à n’importe qui. Et personne ne peut nous arrêter.
Je repense à cette phrase de Yarvin : « Dans une véritable guerre, l’objectif est la victoire, et la devise est ‘inter arma silent leges’ — les lois se taisent entre les armes. » Les lois se taisent. Le droit international se tait. La Charte de l’ONU se tait. Et nous, nous nous taisons aussi. Par peur ? Par calcul ? Par résignation ? Je ne sais pas. Mais ce silence m’étouffe.
Curtis Yarvin : l'architecte intellectuel de la recolonisation
Un blogueur devenu théoricien du pouvoir
Curtis Yarvin n’est pas un homme politique. Il n’a jamais été élu, n’a jamais occupé de fonction officielle. C’est un ancien programmeur informatique, un blogueur qui écrivait sous le pseudonyme de Mencius Moldbug sur son site Unqualified Reservations. Mais ne vous y trompez pas : cet homme a plus d’influence sur la politique étrangère américaine que la plupart des sénateurs. Ses idées ont irrigué toute la mouvance néoréactionnaire, ce courant de pensée qui rejette en bloc la démocratie, l’égalitarisme, les droits de l’homme — tout l’héritage des Lumières. Pour Yarvin, la démocratie est une religion, une superstition dangereuse qui empêche les sociétés de fonctionner efficacement. Il prône le retour à la monarchie absolue, ou plutôt à ce qu’il appelle le néocaméralisme : des États gérés comme des entreprises, avec un PDG tout-puissant à leur tête.
Son texte de 2008, Comment occuper et gouverner un État étranger, est devenu une référence dans les cercles trumpistes. Yarvin y développe une critique féroce de l’interventionnisme néoconservateur des années 2000. Mais attention : il ne critique pas l’intervention en tant que telle. Il critique son échec. Pour lui, si l’Irak et l’Afghanistan ont tourné au désastre, ce n’est pas parce que l’occupation était une mauvaise idée. C’est parce qu’elle a été mal menée. Trop molle. Trop soucieuse de gagner les cœurs et les esprits de la population locale. Trop obsédée par l’idée de restaurer la démocratie. Yarvin propose l’inverse : une occupation dure, permanente, sans concession. Une occupation qui ne cherche pas à se faire aimer mais à se faire obéir. Une occupation qui transforme le pays conquis en colonie rentable.
La théorie de l’ortie : frapper fort ou ne pas frapper
Au cœur de la pensée de Yarvin se trouve une métaphore empruntée à la tradition coloniale britannique : grasping the nettle, saisir l’ortie. Une vieille comptine anglaise dit : Si tu cueilles l’ortie en tremblant, elle te brûle ; saisis-la d’une main ferme, elle devient soyeuse et nulle. Traduction : dans une occupation, l’hésitation est fatale. Il faut frapper avec une violence telle, une détermination telle, que toute velléité de résistance soit immédiatement brisée. Yarvin rejette totalement la théorie du cœur et de l’esprit qui a guidé les interventions américaines récentes. Pour lui, les insurrections ne naissent pas du mécontentement populaire ou du nationalisme. Elles naissent uniquement de la perception qu’il est possible de gagner. Si vous démontrez dès le premier jour que la victoire est impossible, que toute résistance mènera à la mort ou à l’emprisonnement, alors il n’y aura pas de résistance.
C’est exactement ce que Trump a fait au Venezuela. Une démonstration de force si écrasante, si rapide, si totale, que personne n’ose bouger. Les rues de Caracas sont restées silencieuses le lendemain de l’opération. Pas de soulèvement populaire, pas de manifestations massives. Juste le silence pesant d’une population qui a compris le message. Yarvin recommande aussi la mise en place d’autorités mixtes : des officiers étrangers qui commandent directement des troupes et des fonctionnaires locaux. Pas de conseils, pas d’aide technique, pas de formation. Du commandement direct. De la domination assumée. Et pour contrôler la population, tous les moyens sont bons : recensement complet avec prélèvement d’ADN et scan de l’iris, confiscation de toutes les armes, interdiction des rassemblements publics, couvre-feu strict, bracelets GPS pour suivre les déplacements de toute personne suspecte. Un État de surveillance totale, rendu possible par les technologies du XXIe siècle.
Quand je lis ces passages, je me demande si Yarvin a conscience de ce qu’il propose. Ou plutôt, je me demande s’il s’en soucie. Il écrit avec une froideur clinique, comme si les êtres humains n’étaient que des variables dans une équation. Des pions à déplacer. Des ressources à optimiser. Et le plus terrifiant, c’est que ça marche. Sa théorie fonctionne. Le Venezuela est tombé en quelques heures. Maduro est en prison. Et personne ne bouge.
Le pétrole vénézuélien : le véritable objectif
Trois cent trois milliards de barils : un trésor convoité
Parlons franchement. Parlons de ce dont personne ne veut parler ouvertement mais que tout le monde sait. Cette opération militaire n’a jamais été une question de démocratie, de droits de l’homme ou de lutte contre le narcotrafic. C’est une question de pétrole. Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole brut au monde : 303 milliards de barils selon les estimations de 2023. Plus que l’Arabie saoudite. Plus que le Canada. Plus que la Russie. Un trésor géologique d’une valeur inestimable, enfoui sous un pays en crise, gouverné par un régime affaibli, isolé diplomatiquement. Une proie facile. Une opportunité en or pour un président américain qui ne cache pas son obsession pour les ressources naturelles et qui a fait de l’America First son credo.
Trump l’a dit lui-même, sans détour, sans euphémisme, lors de sa conférence de presse : Nous allons faire entrer nos très grandes compagnies pétrolières américaines qui vont dépenser des milliards de dollars pour réparer l’infrastructure pétrolière gravement endommagée du Venezuela. Réparer ? Ou plutôt s’approprier ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Depuis la nationalisation de l’industrie pétrolière vénézuélienne en 1976, les compagnies américaines ont perdu le contrôle de ces ressources. Hugo Chávez, puis Maduro, ont utilisé le pétrole comme un outil de souveraineté nationale, redistribuant une partie des revenus aux classes populaires, défiant Washington. Les sanctions américaines imposées depuis 2008 ont étranglé l’économie vénézuélienne, réduit ses exportations à une fraction de ce qu’elles étaient. Mais elles n’ont pas permis de reprendre le contrôle du pétrole. Alors Trump a choisi la manière forte.
Stephen Miller et la doctrine du vol légalisé
Le 17 décembre 2025, Stephen Miller, conseiller adjoint à la Maison-Blanche et figure centrale du trumpisme, a franchi une ligne que même les néoconservateurs n’avaient jamais osé franchir. Il a déclaré publiquement que les États-Unis avaient créé l’industrie pétrolière au Venezuela et que, par conséquent, ce pétrole devait leur appartenir. Une affirmation stupéfiante. Historiquement inexacte — ce sont des compagnies privées, pas l’État américain, qui ont développé l’industrie pétrolière vénézuélienne au début du XXe siècle. Juridiquement intenable — le principe de souveraineté permanente sur les ressources naturelles est un pilier du droit international, établi par une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU en 1962. Mais Miller s’en moque. Comme Yarvin, il ne croit pas au droit international. Il croit à la loi du plus fort.
Cette déclaration n’était pas un dérapage. C’était un ballon d’essai. Une manière de tester les réactions, de préparer l’opinion publique à ce qui allait suivre. Et qu’a-t-on entendu ? Quelques protestations timides. Quelques articles dans la presse progressiste. Mais rien qui puisse arrêter la machine. Deux semaines plus tard, les bombes tombaient sur Caracas. Et maintenant, Trump parle ouvertement de faire entrer Chevron, ExxonMobil et les autres géants pétroliers américains au Venezuela. Pas comme partenaires. Comme propriétaires. Yarvin avait théorisé l’État-entreprise. Trump le met en pratique. Le Venezuela ne sera plus un pays souverain. Ce sera une filiale des compagnies pétrolières américaines, administrée par Washington, exploitée pour le profit.
Je me souviens de mes cours d’histoire. Les guerres coloniales du XIXe siècle. La ruée vers l’Afrique. Le partage du Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale. On nous disait : c’est du passé. L’humanité a évolué. Le droit international protège les nations faibles. Plus jamais ça. Et voilà qu’en 2026, nous assistons en direct à une recolonisation assumée. Et nous ne faisons rien. Pire : certains applaudissent.
Les réactions internationales : entre silence et complicité
L’Amérique latine divisée selon des lignes idéologiques
L’Amérique latine s’est fracturée en deux blocs distincts face à l’opération américaine au Venezuela. D’un côté, les gouvernements de gauche ont condamné avec véhémence ce qu’ils considèrent comme une agression impérialiste. Le président colombien Gustavo Petro a dénoncé une atteinte à la souveraineté du Venezuela et de toute l’Amérique latine, exigeant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU. Le Brésil de Lula da Silva, ancien syndicaliste comme Maduro, a publié un communiqué cinglant : Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président franchissent une ligne inacceptable. Le président chilien sortant Gabriel Boric a également condamné l’attaque, tout en sachant que son successeur d’extrême droite, José Antonio Kast, pense exactement l’inverse.
Car de l’autre côté, les gouvernements de droite ont célébré la chute de Maduro comme une libération. Kast a tweeté : Maintenant commence une tâche plus grande. Les gouvernements d’Amérique latine doivent s’assurer que tout l’appareil du régime abandonne le pouvoir et rende des comptes. Le président argentin Javier Milei, ultra-libéral et proche allié de Trump, a exprimé son approbation via des vidéos sur X. L’Équatorien Daniel Noboa a écrit : Tous les narco-chavistes criminels auront leur moment. Leur structure finira par s’effondrer sur tout le continent. Cette division n’est pas nouvelle. Elle reflète les clivages profonds qui traversent l’Amérique latine depuis l’arrivée au pouvoir de Chávez en 1999. Mais jamais ces clivages n’avaient été aussi brutalement exposés. Jamais la question de la souveraineté nationale n’avait été posée de manière aussi crue.
L’Europe : des condamnations sans conséquences
Et l’Europe ? L’Europe a fait ce qu’elle fait toujours : elle a exprimé sa préoccupation. Le ministre français de la Défense, Sébastien Lecornu, a qualifié l’opération américaine d’illégale. L’Union européenne a appelé à la désescalade. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré que les actions américaines créaient un précédent dangereux. Des mots. Rien que des mots. Aucune sanction. Aucune mesure concrète. Aucune volonté réelle de s’opposer à Washington. Parce que l’Europe sait qu’elle est impuissante. Parce qu’elle dépend des États-Unis pour sa sécurité. Parce qu’elle a peur. Peur de Trump. Peur de ses menaces sur l’OTAN. Peur de ses tarifs douaniers. Peur de se retrouver seule face à la Russie et à la Chine.
Alors l’Europe condamne mollement, pour la forme, pour sauver les apparences. Mais elle ne fera rien. Elle laissera Trump faire ce qu’il veut au Venezuela. Et demain, quand il s’attaquera au Groenland ou au Panama, elle condamnera encore. Et elle ne fera toujours rien. Yarvin avait prévu cette passivité. Dans son texte, il écrit que les institutions internationales ne sont que des façades, des illusions entretenues par ce qu’il appelle la Cathédrale — le complexe académico-médiatique qui impose la religion démocratique. Une fois qu’on brise cette illusion, une fois qu’on démontre que ces institutions n’ont aucun pouvoir réel, elles s’effondrent. Et c’est exactement ce qui se passe. L’ONU est impuissante. La Cour internationale de justice est ignorée. Le droit international est bafoué. Et personne ne peut rien y faire.
Je regarde les déclarations de nos dirigeants européens et je ressens une honte profonde. Une honte mêlée de colère. Nous savons ce qui se passe. Nous savons que c’est mal. Nous savons que demain, ce pourrait être nous. Mais nous ne faisons rien. Nous sommes comme des spectateurs dans un théâtre, assistant à une tragédie dont nous connaissons déjà la fin. Et nous restons assis, silencieux, impuissants.
L'héritage colonial réinventé pour le XXIe siècle
Lord Cromer et Roger Trinquier : les modèles de Yarvin
Pour comprendre la théorie de Yarvin, il faut connaître ses références. Il ne les cache pas. Au contraire, il les revendique fièrement. Ses héros sont des colonialistes du passé, des hommes qui ont gouverné des territoires étrangers avec une main de fer. Le premier est Evelyn Baring, comte de Cromer, qui a dirigé l’Égypte pendant vingt-cinq ans au nom de l’Empire britannique. Cromer n’était pas un démocrate. Il n’a jamais prétendu apporter la liberté aux Égyptiens. Il a instauré un protectorat autoritaire, efficace, rentable. Sous son règne, l’Égypte est devenue une destination touristique prisée, une sorte de Prague édouardienne comme l’écrit Yarvin. Mais à quel prix ? Au prix de la souveraineté égyptienne. Au prix de la démocratie. Au prix de la dignité d’un peuple réduit au statut de sujets coloniaux.
Le second modèle de Yarvin est encore plus inquiétant. Roger Trinquier, officier français qui a combattu en Indochine et en Algérie, théoricien de la guerre contre-insurrectionnelle. Trinquier a écrit un manuel, La Guerre moderne, dans lequel il justifie l’usage de la torture, les déplacements de population, la répression massive. Pour lui, dans une guerre asymétrique contre des insurgés, il n’y a pas de place pour les scrupules moraux. Il faut infiltrer la population, identifier les réseaux terroristes, les démanteler par tous les moyens nécessaires. Yarvin cite Trinquier avec admiration. Il recommande ses méthodes. Il les adapte au XXIe siècle en y ajoutant la surveillance technologique : GPS, reconnaissance faciale, bases de données biométriques. Un panopticon numérique où chaque citoyen est fiché, tracé, contrôlé en permanence.
Le néocaméralisme : l’État comme entreprise
Yarvin donne un nom à son système : le néocaméralisme. Une référence au caméralisme prussien du XVIIIe siècle, cette doctrine qui considérait l’État comme une entreprise devant maximiser ses revenus. Mais Yarvin va plus loin. Pour lui, un État doit être géré exactement comme une société privée, avec un PDG tout-puissant — le souverain absolu — et des actionnaires — les citoyens qui reçoivent des dividendes mais n’ont aucun pouvoir de décision. Pas de démocratie. Pas d’élections. Pas de partis politiques. Juste une gestion rationnelle visant la rentabilité maximale. Dans ce système, la liberté n’est pas un droit. C’est un produit. On accorde aux citoyens autant de liberté que possible, tant que cela ne nuit pas à la sécurité, au service client et au profit.
Appliqué au Venezuela, cela signifie quoi ? Que le pays sera transformé en une gigantesque zone économique spéciale, gérée par des administrateurs américains avec l’aide de collaborateurs locaux. Que les ressources pétrolières seront exploitées par des compagnies américaines. Que les bénéfices seront partagés selon une formule prédéfinie : 25% pour les forces armées américaines, 15% pour les citoyens britanniques (dans l’exemple fictif de Yarvin), 10% pour le souverain, et le reste pour les Vénézuéliens — sous forme de dividendes, pas de salaires. Les Vénézuéliens ne seront plus des citoyens. Ils seront des actionnaires minoritaires de leur propre pays. Yarvin compare explicitement son modèle à Dubaï et Singapour, ces cités-États autoritaires mais prospères. Il écrit : Si Dubaï est une prison, si Singapour est une prison, alors la Nouvelle Perse sera également une prison. Et je soupçonne que la plupart des citoyens iraniens épris de paix ne verraient pas d’inconvénient à vivre dans une telle prison.
Cette phrase me hante. « Une prison prospère. » C’est ça, le projet ? Échanger la liberté contre la sécurité et le confort matériel ? Renoncer à la souveraineté nationale en échange de quelques miettes de la richesse pétrolière ? Et le plus terrible, c’est que ça pourrait marcher. Que des millions de Vénézuéliens, épuisés par des années de crise, pourraient accepter ce marché faustien. Préférer la cage dorée à la liberté dans la misère.
Les implications pour l'Amérique latine et le monde
Le Groenland, le Panama : les prochaines cibles
Le Venezuela n’est que le début. Trump l’a clairement fait comprendre. Depuis son retour au pouvoir, il multiplie les déclarations agressives sur d’autres territoires qu’il convoite. Le Groenland, d’abord. Cette immense île arctique, territoire autonome du Danemark, riche en ressources minérales et stratégiquement située entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Trump veut l’acheter. Le Danemark refuse. Alors Trump menace. Il parle de fait accompli à la texane, selon les mots de l’analyste Olivier Zajec. Une prise de gage. Une occupation militaire rapide avant que quiconque puisse réagir. Exactement comme au Venezuela. Le canal de Panama, ensuite. Trump affirme que les États-Unis ont construit le canal et qu’ils devraient le contrôler. Il accuse le Panama de laisser la Chine prendre trop d’influence. Il menace de reprendre le canal par la force si nécessaire.
Et pourquoi s’arrêterait-il là ? Si la théorie Yarvin fonctionne au Venezuela, si personne ne s’oppose réellement à cette recolonisation, pourquoi ne pas l’appliquer ailleurs ? À Cuba, peut-être, pour en finir avec le dernier régime communiste de l’hémisphère ? Au Nicaragua, allié du Venezuela ? En Bolivie, riche en lithium ? Les possibilités sont infinies. Et chaque fois, Trump trouvera une justification. La lutte contre le narcotrafic. La défense de la démocratie. La protection des intérêts américains. Des prétextes interchangeables pour masquer la réalité : une expansion impériale assumée, guidée par la volonté de contrôler les ressources naturelles et d’imposer l’hégémonie américaine. Yarvin appelle ça une théorie réactionnaire de la paix. La paix par la domination absolue. La paix par l’écrasement de toute opposition. La paix des cimetières.
La fin de l’ordre international d’après-guerre
Ce qui se joue au Venezuela dépasse largement le sort d’un pays sud-américain. C’est la fin d’un ordre mondial. L’ordre établi après 1945, fondé sur la Charte de l’ONU, sur le principe de souveraineté des États, sur l’interdiction du recours à la force sauf en cas de légitime défense. Cet ordre était déjà fragile. Les États-Unis eux-mêmes l’avaient violé à plusieurs reprises : en Irak en 2003, en Libye en 2011. Mais ils le faisaient en invoquant des résolutions de l’ONU, en formant des coalitions, en cherchant une légitimité internationale. Trump ne prend même plus cette peine. Il agit unilatéralement. Il se moque du droit international. Il assume ouvertement que la force prime le droit. Et en faisant cela, il détruit les fondements mêmes du système international.
Yarvin l’avait prédit. Il écrit que les institutions internationales ne sont que des illusions, des constructions idéologiques sans pouvoir réel. Une fois qu’un acteur majeur décide de les ignorer, elles s’effondrent. Et c’est exactement ce qui se passe. L’ONU convoque une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Et alors ? Les États-Unis y opposeront leur veto. La Cour internationale de justice pourrait condamner l’opération américaine. Et alors ? Washington ignorera le jugement, comme il l’a toujours fait. Le droit international n’existe que si les puissants acceptent de s’y soumettre. Dès qu’ils refusent, il n’est plus qu’un chiffon de papier. Et nous entrons dans un monde où seule la force compte. Un monde où les États faibles n’ont aucune protection. Un monde où le colonialisme redevient possible, acceptable, normal.
Je me demande ce que penseront les historiens dans cinquante ans. Diront-ils que 2026 a marqué le retour du colonialisme ? Que nous avons assisté, impuissants, à la destruction de l’ordre international ? Ou diront-ils que nous étions complices ? Que notre silence équivalait à un consentement ? Je ne sais pas. Mais je sais que je ne veux pas être du côté des silencieux.
Le silence complice des démocraties occidentales
La peur de Trump : un facteur paralysant
Pourquoi les démocraties occidentales ne réagissent-elles pas plus fermement ? La réponse est simple et terrifiante : elles ont peur. Peur de Trump. Peur de ses représailles. Peur de se retrouver dans son collimateur. Le président américain a montré qu’il n’hésitait pas à punir ses alliés. Il a menacé de retirer les États-Unis de l’OTAN si les Européens ne dépensaient pas davantage pour leur défense. Il a imposé des tarifs douaniers punitifs sur l’acier et l’aluminium européens. Il a soutenu le Brexit et encouragé les mouvements eurosceptiques. Il a qualifié l’Union européenne d’ennemi des États-Unis. Et maintenant, sa Stratégie de sécurité nationale, publiée en décembre 2025, affirme explicitement que Washington doit cultiver, au sein des nations européennes, la résistance à la trajectoire actuelle de l’Europe. En clair : soutenir les forces politiques qui veulent détruire l’UE de l’intérieur.
Face à cette hostilité, les dirigeants européens sont tétanisés. Ils savent que s’ils condamnent trop fermement l’opération au Venezuela, Trump pourrait se venger. En coupant l’aide militaire à l’Ukraine, par exemple. En imposant de nouveaux tarifs douaniers. En refusant de partager des renseignements sur les menaces terroristes. Les Européens sont dépendants des États-Unis. Militairement, économiquement, technologiquement. Cette dépendance les rend vulnérables. Elle les oblige à courber l’échine. À accepter l’inacceptable. À fermer les yeux sur les violations du droit international. Yarvin avait anticipé cette dynamique. Il écrit que dans un monde régi par la force, les États faibles n’ont d’autre choix que de s’aligner sur les États forts. Ou de disparaître.
L’opposition interne aux États-Unis : marginalisée et impuissante
Et aux États-Unis mêmes ? Où sont les voix qui s’élèvent contre cette dérive impériale ? Elles existent, mais elles sont marginalisées. Le Parti démocrate, affaibli par sa défaite électorale, peine à formuler une opposition cohérente. Certains sénateurs démocrates ont condamné l’opération au Venezuela, la qualifiant d’illégale et de dangereuse. Mais ils sont minoritaires au Congrès. Ils ne peuvent rien bloquer. Les médias progressistes, le New York Times, le Washington Post, ont publié des éditoriaux critiques. Mais leur influence est limitée. Trump a passé des années à discréditer la presse, à la qualifier de fake news, d’ennemie du peuple. Ses partisans ne lisent plus ces journaux. Ils s’informent sur Fox News, sur Truth Social, sur les réseaux sociaux où circulent les théories complotistes et la propagande trumpiste.
Quant à l’opinion publique américaine, elle est divisée. Un sondage réalisé après l’opération montre que 48% des Américains approuvent la capture de Maduro, 35% la désapprouvent, et 17% sont sans opinion. Une majorité relative, donc, mais pas écrasante. Et cette majorité est concentrée dans l’électorat républicain, qui soutient Trump inconditionnellement. Les Américains qui s’opposent à cette politique se sentent impuissants. Ils manifestent, ils signent des pétitions, ils écrivent à leurs élus. Mais rien ne change. Trump gouverne comme un monarque absolu, entouré de conseillers qui partagent sa vision néoréactionnaire. Stephen Miller, Pete Hegseth, Marco Rubio, Pam Bondi. Tous sont des faucons, des nationalistes, des partisans de la ligne dure. Aucun modéré dans ce gouvernement. Aucune voix pour tempérer les pulsions impériales du président.
Je pense aux Américains qui résistent. À ceux qui manifestent dans les rues, qui dénoncent cette folie. Je pense à eux et je me sens solidaire. Mais je me sens aussi désespéré. Parce que je sais qu’ils ne gagneront pas. Pas maintenant. Pas tant que Trump sera au pouvoir. Et peut-être pas après non plus, si ses successeurs continuent sur cette voie. Le trumpisme n’est pas un accident. C’est un mouvement. Une idéologie. Et elle est là pour durer.
La machine de propagande trumpiste au service de Yarvin
Les médias alternatifs et la normalisation du discours impérial
Comment Trump a-t-il réussi à convaincre une partie de l’opinion publique américaine que l’invasion du Venezuela était légitime ? Grâce à une machine de propagande rodée, qui fonctionne en circuit fermé et amplifie le message néoréactionnaire. Fox News, Newsmax, One America News Network diffusent en boucle les mêmes éléments de langage. Maduro est un narcoterroriste. Le Venezuela est un État failli. L’Amérique doit protéger ses intérêts. Les images de l’opération Absolute Resolve sont présentées comme un triomphe militaire, une démonstration de force qui rend sa grandeur à l’Amérique. Les commentateurs applaudissent. Les invités sur les plateaux rivalisent de ferveur patriotique. Personne ne questionne la légalité de l’opération. Personne ne mentionne le droit international. Personne ne s’interroge sur les véritables motivations.
Sur les réseaux sociaux, l’écosystème trumpiste fonctionne à plein régime. Truth Social, le réseau de Trump, relaie les messages officiels. X, sous la direction d’Elon Musk, amplifie les contenus pro-Trump et étouffe les voix critiques grâce à ses algorithmes. Des influenceurs payés par des think tanks conservateurs produisent du contenu viral : des mèmes glorifiant l’opération militaire, des vidéos montrant Maduro humilié, des infographies sur les réserves pétrolières vénézuéliennes présentées comme un butin légitime. La jeunesse américaine, celle qui s’informe principalement sur TikTok et Instagram, est bombardée de ces contenus. Peu à peu, l’idée s’installe : c’était nécessaire. C’était juste. C’était pour le bien de l’Amérique. Yarvin avait théorisé le besoin de contrôler le discours public. Trump l’a mis en pratique avec une efficacité redoutable.
Le rôle des think tanks néoconservateurs et néoréactionnaires
Derrière cette propagande se cachent des institutions bien financées. Des think tanks qui produisent des rapports justifiant l’intervention au Venezuela. La Heritage Foundation, le American Enterprise Institute, le Hudson Institute publient des études affirmant que Maduro représente une menace pour la sécurité nationale américaine. Ils fournissent des données — souvent biaisées ou sorties de leur contexte — sur le trafic de drogue, sur les liens supposés entre le Venezuela et les groupes terroristes, sur l’influence chinoise et russe dans la région. Ces rapports sont ensuite cités par les médias conservateurs, par les élus républicains, par l’administration Trump elle-même. Un cercle vicieux où la propagande se nourrit d’elle-même, créant une réalité alternative imperméable aux faits.
Mais il y a aussi des think tanks plus discrets, plus radicaux, qui diffusent les idées néoréactionnaires. Le Claremont Institute, par exemple, où enseignent des disciples de Yarvin. Ou encore des groupes financés par Peter Thiel, qui organisent des conférences privées où se rencontrent intellectuels néoréactionnaires, entrepreneurs de la Silicon Valley et responsables politiques trumpistes. C’est dans ces cercles fermés que se forge la doctrine impériale du trumpisme. C’est là que les idées de Yarvin sont discutées, affinées, adaptées à la réalité politique. Et c’est de là qu’elles se diffusent ensuite vers les sphères du pouvoir. Un processus lent, souterrain, mais terriblement efficace. Quand Trump parle de transformer le Venezuela en État-entreprise, ce ne sont pas ses mots. Ce sont ceux de Yarvin, filtrés à travers des dizaines d’intermédiaires, mais reconnaissables pour qui sait les identifier.
Je me souviens d’une phrase d’Hannah Arendt sur le totalitarisme : « Le sujet idéal du régime totalitaire n’est pas le nazi convaincu ou le communiste convaincu, mais les gens pour qui la distinction entre fait et fiction, vrai et faux, n’existe plus. » Nous y sommes. Dans l’Amérique de Trump, dans l’écosystème médiatique qu’il a créé, cette distinction n’existe plus. Et c’est terrifiant.
Vers un nouvel impérialisme technologique et financier
La Silicon Valley et les néoréactionnaires
Yarvin n’est pas seul. Il fait partie d’un réseau d’intellectuels et d’entrepreneurs qui partagent sa vision néoréactionnaire. Un réseau qui a des ramifications dans la Silicon Valley, ce temple du capitalisme technologique. Peter Thiel, cofondateur de PayPal et investisseur milliardaire, est un admirateur déclaré de Yarvin. Il l’a invité à des conférences, a financé certains de ses projets. Thiel lui-même est un critique féroce de la démocratie. Il a écrit : Je ne crois plus que la liberté et la démocratie soient compatibles. Pour lui, comme pour Yarvin, la démocratie est un obstacle à l’efficacité économique. Elle donne trop de pouvoir aux masses ignorantes. Elle empêche les élites compétentes de gouverner rationnellement.
D’autres figures de la tech partagent ces idées. Elon Musk, bien qu’il ne se revendique pas explicitement néoréactionnaire, a exprimé des opinions similaires. Il a critiqué la démocratie représentative, proposé des systèmes de vote pondéré où les citoyens les plus éduqués auraient plus de poids. Il a soutenu Trump financièrement et idéologiquement. Et surtout, il a développé des technologies qui pourraient servir le projet néoréactionnaire : la surveillance par satellite avec Starlink, les interfaces cerveau-machine avec Neuralink, les robots humanoïdes avec Tesla. Des outils de contrôle qui, entre de mauvaises mains, pourraient transformer la société en un panopticon dystopique. Yarvin rêve d’un monde où chaque citoyen porte un bracelet GPS, où chaque mouvement est tracé, où l’intelligence artificielle prédit et prévient les comportements déviants. La Silicon Valley lui fournit les outils pour réaliser ce rêve.
Le modèle chinois : inspiration ou rival ?
Yarvin admire ouvertement le modèle chinois. Il écrit : Aujourd’hui, les Chinois sont les leaders mondiaux des outils orwelliens. Identification, surveillance, renseignement. Mais cette hégémonie reflète surtout un manque de concurrence. Je suis convaincu que l’ingéniosité américaine peut rattraper son retard. La Chine a mis en place un système de crédit social qui note les citoyens en fonction de leur comportement. Ceux qui respectent les règles obtiennent des avantages : accès facilité au crédit, priorité dans les files d’attente, meilleurs emplois. Ceux qui désobéissent sont punis : interdiction de voyager, exclusion de certains services publics, stigmatisation sociale. Un système de contrôle total, rendu possible par la reconnaissance faciale, l’intelligence artificielle, les big data.
Pour Yarvin, c’est un modèle à suivre. Pas pour des raisons idéologiques — il n’est pas communiste. Mais pour des raisons d’efficacité. Un gouvernement qui contrôle totalement sa population peut maintenir l’ordre sans violence excessive. Il peut prévenir les crimes avant qu’ils ne soient commis. Il peut optimiser l’allocation des ressources. Il peut maximiser la productivité économique. C’est le rêve néocaméraliste : un État-entreprise qui gère ses citoyens comme des employés, qui les surveille, les évalue, les récompense ou les sanctionne en fonction de leur performance. Et si cela nécessite de sacrifier la vie privée, la liberté d’expression, la dignité humaine ? Tant pis. Pour Yarvin, ces valeurs sont des superstitions démocratiques. Des obstacles à l’efficacité. Des luxes que les sociétés modernes ne peuvent plus se permettre.
Quand je lis ces passages, je me demande si nous sommes déjà trop tard. Si la technologie n’a pas déjà rendu inévitable cette dystopie. Nos téléphones nous tracent. Nos recherches internet sont enregistrées. Nos visages sont scannés par des caméras de surveillance. Nos données sont vendues à des entreprises qui les utilisent pour nous manipuler. Nous vivons déjà dans un panopticon. La seule différence, c’est qu’il est géré par des corporations privées plutôt que par l’État. Mais qu’est-ce qui empêche ces deux pouvoirs de fusionner ? Qu’est-ce qui empêche l’État-entreprise de Yarvin de devenir réalité ?
Les résistances possibles face à l'empire néoréactionnaire
Les mouvements sociaux en Amérique latine
Tout n’est pas perdu. Face à cette machine impériale, des résistances s’organisent. En Amérique latine, les mouvements sociaux se mobilisent. Au Mexique, en Argentine, au Chili, au Brésil, des manifestations massives dénoncent l’agression américaine contre le Venezuela. Des syndicats appellent à la grève générale. Des organisations indigènes, qui ont une longue mémoire du colonialisme, sonnent l’alarme : ce qui arrive au Venezuela peut arriver à n’importe quel pays de la région. Des intellectuels latino-américains publient des tribunes, organisent des conférences, créent des réseaux de solidarité transnationaux. Ils rappellent l’histoire des interventions américaines dans la région : le Guatemala en 1954, le Chili en 1973, le Nicaragua dans les années 1980, Haïti, la République dominicaine. Une histoire de coups d’État, d’invasions, de dictatures soutenues par Washington.
Ces mouvements ne sont pas naïfs. Ils savent qu’ils ne peuvent pas renverser l’empire américain. Mais ils peuvent rendre son expansion plus coûteuse, plus difficile. Ils peuvent créer des zones de résistance, des espaces où les idées néoréactionnaires ne passent pas. Ils peuvent construire des alternatives : des modèles de développement qui ne dépendent pas du capital américain, des alliances régionales qui contrebalancent l’hégémonie de Washington, des médias indépendants qui racontent une autre histoire que celle de la propagande trumpiste. C’est un combat de David contre Goliath. Mais l’histoire a montré que parfois, David gagne. Pas toujours. Pas souvent. Mais parfois. Et cet espoir, aussi mince soit-il, vaut la peine de se battre.
Le réveil nécessaire de l’Europe
L’Europe doit se réveiller. Elle ne peut plus se contenter de déclarations timides et de condamnations sans conséquences. Elle doit comprendre qu’elle est la prochaine cible. Pas militairement, peut-être. Mais économiquement, politiquement, culturellement. Trump veut détruire l’Union européenne. Il l’a dit. Sa Stratégie de sécurité nationale le dit. Ses conseillers le disent. Yarvin le dit. L’Europe doit donc se préparer. Investir massivement dans sa défense. Développer son autonomie énergétique. Protéger ses industries stratégiques. Réguler les géants de la tech américains qui contrôlent nos données et manipulent nos démocraties. Construire des alliances avec les pays du Sud global qui refusent eux aussi l’hégémonie américaine. Ce ne sera pas facile. Cela demandera des sacrifices. Mais c’est nécessaire.
L’Europe doit aussi mener une bataille idéologique. Défendre les valeurs démocratiques, les droits de l’homme, le droit international — non pas comme des slogans creux, mais comme des principes à faire respecter, y compris par la force si nécessaire. Cela signifie sanctionner les États qui violent ces principes, y compris les États-Unis. Cela signifie refuser de coopérer avec l’administration Trump tant qu’elle continue sa politique impériale. Cela signifie soutenir les opposants américains au trumpisme, les offrir une tribune, les aider financièrement. L’Europe a les moyens de résister. Elle a une économie puissante, une population éduquée, des institutions démocratiques solides. Ce qui lui manque, c’est la volonté politique. Le courage de dire non. Le courage de se tenir debout face à l’empire. Ce courage, nous devons le trouver. Maintenant. Avant qu’il ne soit trop tard.
Je sais que ces mots peuvent sembler naïfs. Idéalistes. Utopiques, même. Mais je refuse le cynisme. Je refuse de croire que nous sommes condamnés à subir. Que l’histoire est écrite d’avance. Que les empires sont invincibles. Ils ne le sont pas. Tous les empires finissent par tomber. La question est de savoir combien de temps cela prendra. Et combien de vies seront détruites entre-temps. Nous pouvons accélérer cette chute. Nous pouvons limiter les dégâts. Mais seulement si nous agissons. Maintenant.
Conclusion : le monde d'après Venezuela
Un précédent qui change tout
Le 3 janvier 2026 restera dans l’histoire comme un point de bascule. Le jour où les États-Unis ont franchi une ligne rouge. Le jour où ils ont démontré qu’ils pouvaient bombarder un pays souverain, kidnapper son président, s’emparer de ses ressources, et s’en tirer sans conséquences réelles. Le secrétaire général de l’ONU a parlé d’un précédent dangereux. C’est un euphémisme. Ce n’est pas un précédent. C’est un modèle. Un modèle que d’autres puissances vont étudier, imiter, adapter. Si les États-Unis peuvent faire ça au Venezuela, pourquoi la Russie ne pourrait-elle pas faire de même en Ukraine ? Pourquoi la Chine ne pourrait-elle pas envahir Taïwan ? Pourquoi la Turquie ne pourrait-elle pas annexer des territoires syriens ? Le droit international est mort. Tué par Trump. Enterré au Venezuela.
Et maintenant ? Maintenant, nous entrons dans un monde où la loi du plus fort règne sans partage. Un monde où les petits pays n’ont aucune protection. Un monde où les ressources naturelles appartiennent à celui qui a la force de les prendre. Un monde où la souveraineté nationale n’est plus un droit mais un privilège réservé aux puissants. Yarvin appelait ça une théorie réactionnaire de la paix. La paix par la domination. La paix par l’écrasement de toute opposition. La paix des empires. Mais est-ce vraiment la paix ? Ou est-ce simplement l’absence de résistance ? Le silence des vaincus ? La résignation des opprimés ? Je ne sais pas. Mais je sais que ce n’est pas le monde dans lequel je veux vivre.
Que pouvons-nous faire ?
Face à cette machine impériale, que peuvent faire les citoyens ordinaires ? Les Européens qui regardent, horrifiés, l’Amérique sombrer dans le néoréactionnisme ? Les Américains qui refusent cette dérive autoritaire ? Les Latino-Américains qui voient leur continent redevenir le terrain de jeu des puissances étrangères ? La réponse n’est pas simple. Nous ne pouvons pas arrêter Trump. Nous ne pouvons pas empêcher l’occupation du Venezuela. Nous ne pouvons pas restaurer l’ordre international à nous seuls. Mais nous pouvons résister. Résister en refusant d’accepter cette normalisation de l’impérialisme. Résister en continuant à dénoncer les violations du droit international. Résister en soutenant les mouvements démocratiques, en Amérique latine et ailleurs. Résister en construisant des alternatives, des solidarités transnationales, des réseaux de résistance.
Nous pouvons aussi nous préparer. Préparer l’Europe à un monde où elle ne pourra plus compter sur les États-Unis. Un monde où elle devra assurer sa propre défense, sa propre sécurité énergétique, sa propre souveraineté technologique. Cela nécessite des investissements massifs. Une autonomie stratégique réelle, pas juste un slogan. Une volonté politique que nous n’avons pas encore. Mais que nous devrons trouver, sous peine de devenir nous aussi des cibles. Car ne nous y trompons pas : si Trump peut faire ça au Venezuela, il peut le faire à nous. Peut-être pas de la même manière. Peut-être pas avec des bombes. Mais avec des sanctions, des tarifs douaniers, des pressions politiques, des ingérences dans nos élections. L’impérialisme a mille visages. Et nous devons apprendre à les reconnaître tous.
Je termine cet article avec un sentiment de vertige. Comme si le sol se dérobait sous mes pieds. Comme si tout ce en quoi je croyais — le droit international, la démocratie, la dignité humaine — n’était qu’une illusion. Yarvin a peut-être raison sur un point : ces valeurs ne tiennent que si nous les défendons. Si nous acceptons de nous battre pour elles. Si nous refusons le cynisme, la résignation, le silence. Alors je refuse. Je refuse d’accepter que le monde de Yarvin soit inévitable. Je refuse de croire que la force prime toujours le droit. Je refuse de me taire. Et j’espère que vous refuserez aussi. Parce que si nous ne le faisons pas, si nous laissons cette machine impériale broyer le Venezuela puis d’autres pays, alors nous serons complices. Et nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.
Sources
Sources primaires
Le Grand Continent, Recolonisation : la méthode Curtis Yarvin pour occuper et gouverner un État étranger, 6 janvier 2026. Al Jazeera, Trump bombs Venezuela, US abducts Maduro: All we know, 3 janvier 2026, mis à jour le 4 janvier 2026. Le Grand Continent, Géopolitique hémisphérique : comprendre la doctrine Trump, 5 janvier 2026. Mediapart, Trump inaugure l’année 2026 en appliquant sa politique d’ingérence brutale, 3 janvier 2026. Le Monde, Pour Donald Trump, l’Amérique d’abord passe par Caracas, 4 janvier 2026.
Sources secondaires
The Conversation, Friday essay: Trump’s reign fits Curtis Yarvin’s blueprint of a CEO-led American monarchy, date non précisée. Vox, Who is Curtis Yarvin, the monarchist, anti-democracy blogger?, date non précisée. The Guardian, He’s anti-democracy and pro-Trump: the obscure ‘dark enlightenment’ blogger, 21 décembre 2024. Politico, Curtis Yarvin’s Ideas Were Fringe. Now They’re Coursing Through the Trump Administration, 30 janvier 2025. The New Yorker, Curtis Yarvin’s Plot Against America, 9 juin 2025. Le Grand Continent, Stratégie de sécurité nationale américaine : le plan de la Maison-Blanche contre l’Europe (texte intégral), 6 décembre 2025.
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