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Une fascination qui remonte au XIXe siècle

L’intérêt des États-Unis pour le Groenland ne date pas de l’ère Trump. Bien au contraire, il s’inscrit dans une stratégie de long terme qui trouve ses racines dans les années 1860. Dès 1867, le secrétaire d’État William H. Seward, celui qui venait de négocier l’achat de l’Alaska à la Russie, considérait déjà l’annexion du Groenland et de l’Islande comme une idée « digne d’être sérieusement prise en considération ». Cette vision expansionniste s’appuyait sur la doctrine Monroe et l’idée que les puissances européennes ne devraient pas avoir de possessions dans l’hémisphère occidental. Un rapport commandé par Seward décrivait déjà à l’époque la « salubrité inhabituelle » du Groenland et ses grandes quantités de ressources naturelles, prédisant que l’annexion encouragerait le Canada à « rejoindre » les États-Unis.

Les tentatives concrètes se succèdent au fil des décennies. En 1910, l’ambassadeur américain au Danemark Maurice Francis Egan discute déjà d’une proposition d’acquisition, suggérant même un échange complexe impliquant Mindanao et Palawan aux Philippines. Pendant la Première Guerre mondiale, en 1916, les États-Unis obtiennent la reconnaissance par le Danemark de sa souveraineté sur l’ensemble du Groenland en contrepartie de l’achat des Antilles danoises (devenues les Îles Vierges américaines). Cette reconnaissance diplomatique constitue un premier pas important dans la stratégie américaine d’établissement dans la région. La Seconde Guerre mondiale marque un tournant décisif lorsque les États-Unis, invoquant la doctrine Monroe, occupent militairement le Groenland en 1941 après l’invasion du Danemark par l’Allemagne nazie, établissant ainsi une présence militaire qui ne s’est jamais véritablement interrompue depuis.

L’offre secrète de 1946 et ses conséquences durables

La proposition la plus sérieuse avant celle de Trump remonte à décembre 1946, lorsque le secrétaire d’État James F. Byrnes fait officiellement offre au Danemark de 100 millions de dollars en lingots d’or (l’équivalent d’environ 1 milliard de dollars actuels) pour l’achat du Groenland. Cette offre fait suite à une évaluation du Comité des chefs d’état-major interarmées qui désigne le Groenland comme l’un des trois sites internationaux essentiels pour l’installation de bases américaines, particulièrement crucial dans le contexte de la guerre froide naissante. Le mémorandum américain décrit le Groenland comme un territoire « complètement sans valeur pour le Danemark » mais vital pour les États-Unis, positionné sur la route polaire la plus courte entre Washington et Moscou.

La réaction danoise est immédiatement négative. Le ministre des Affaires étrangères danois Gustav Rasmussen, visiblement choqué par cette proposition, décline fermement les trois options présentées par les Américains (achat, bail de 99 ans sur les bases, ou prise en charge totale de la défense de l’île). Cette offre reste classée secrète jusqu’aux années 1970 et ne sera révélée au public que bien plus tard. Cet épisode marque durablement les relations dano-américaines et conduit à la signature de l’accord de défense de 1951, qui permet aux États-Unis de conserver leurs bases militaires au Groenland et d’en établir de nouvelles si l’OTAN le juge nécessaire. Cet accord, toujours en vigueur, constitue le fondement juridique de la présence militaire américaine persistante sur l’île et révèle la nature complexe des relations entre les deux pays, mêlant alliance formelle et tensions sous-jacentes concernant la souveraineté territoriale.

Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette obstination américaine à vouloir posséder le Groenland. C’est presque une obsession nationale, une fixation stratégique qui traverse les administrations et les décennies, des Républicains aux Démocrates, de la guerre froide à nos jours. Les Américains voient dans cette île de glace une sorte de Saint-Graal géopolitique, la pièce manquante de leur dispositif de défense continentale. Et ce qui me fascine le plus, c’est cette capacité à justifier cette convoitise par des arguments de sécurité mondiale, tout en appliquant une logique purement impérialiste. C’est le paradoxe américain : une puissance qui se veut leader du monde libre mais qui fonctionne selon des principes qui n’ont rien à envier aux anciens empires coloniaux.

Sources

Sources primaires

Le Monde, « Donald Trump confirme qu’il aimerait acheter le Groenland », 19 août 2019

La Presse, « Trump confirme qu’il aimerait acheter le Groenland », 18 août 2019

Wall Street Journal, rapport sur l’intérêt de Trump pour le Groenland, août 2019

Gouvernement groenlandais, déclaration officielle Twitter, août 2019

Gouvernement danois, déclaration du Premier ministre Mette Frederiksen, août 2019

Département d’État américain, archives sur les propositions d’acquisition du Groenland, 1946-2019

Sources secondaires

Wikipédia, « Propositions d’acquisition du Groenland par les États-Unis », mis à jour 2024

France 24, « Mettre la main sur le Groenland, une idée fixe des États-Unis depuis… », 6 janvier 2026

Radio-Canada, « Donald Trump veut acheter le Groenland, selon la Maison-Blanche », 2019

RTS, « Le Groenland convoité par les USA : enjeux et options d’acquisition », 2026

Toute l’Europe, « Combien pourrait coûter le rachat du Groenland par les États-Unis », 2019

Le Devoir, « L’annexion du Groenland pourrait-elle avoir lieu? », 2019

Universalis, « États-Unis – Danemark. Offre de rachat du Groenland », 2019

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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