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Un homme au-dessus des lois

Lorsque Trump affirme que sa moralité personnelle est la seule limite à son pouvoir, il ne s’agit pas d’une simple formule rhétorique. C’est une déclaration de principe qui révèle sa conception du pouvoir présidentiel. Pour lui, le président des États-Unis n’est pas simplement le chef de l’exécutif d’une démocratie constitutionnelle, soumis aux contre-pouvoirs et aux institutions. Non. Il est l’incarnation de la volonté américaine, libre de ses décisions, guidé uniquement par son propre jugement moral. Cette vision s’inscrit dans une longue tradition d’exceptionnalisme américain, mais Trump la pousse à un degré jamais atteint. Même les présidents les plus interventionnistes de l’histoire américaine, de Theodore Roosevelt à George W. Bush, justifiaient leurs actions par des considérations de sécurité nationale, de défense de la démocratie ou de lutte contre le terrorisme. Trump, lui, ne prend même plus cette peine. Sa moralité suffit. Point final.

Mais quelle est donc cette moralité dont il se réclame ? L’homme qui parle a été condamné au pénal pour avoir dissimulé des paiements à l’actrice Stormy Daniels. Il a fait face à des poursuites fédérales pour tentatives illégales d’inverser les résultats de l’élection de 2020, poursuites abandonnées uniquement en raison de son retour au pouvoir. Il a été mis en accusation deux fois devant le Congrès durant son premier mandat. Son parcours judiciaire est jonché de procès, de scandales, d’accusations. Et c’est cet homme qui prétend que sa moralité personnelle peut servir de garde-fou à l’exercice du pouvoir militaire américain ? L’ironie est cruelle. Mais elle révèle surtout une réalité plus profonde : pour Trump, la moralité n’a rien à voir avec le respect des règles, des lois ou des conventions. Elle est purement subjective, instinctive, liée à ses intérêts immédiats et à sa perception du monde. Une moralité de chef d’entreprise, habituée aux négociations brutales et aux rapports de force, transposée à l’échelle de la politique internationale.

Je me demande ce que ressentent les juristes internationaux en lisant ces mots. Ceux qui ont passé des années à étudier le droit, à comprendre les subtilités des conventions, à défendre l’idée qu’il existe des règles universelles qui s’appliquent à tous, même aux plus puissants. Je les imagine, désemparés, face à cette négation pure et simple de tout leur travail. Parce que Trump ne se contente pas de violer le droit international. Il affirme qu’il n’en a pas besoin. Qu’il peut s’en passer. Que sa propre conscience suffit. C’est un déni absolu de l’idée même de droit. Et ça me révolte profondément.

L’histoire d’un mépris affiché pour les règles internationales

Cette déclaration du 8 janvier 2026 n’est pas une surprise pour ceux qui suivent la trajectoire politique de Trump. Dès son premier mandat (2017-2021), il avait multiplié les décisions unilatérales qui bafouaient les engagements internationaux des États-Unis. Retrait de l’Accord de Paris sur le climat. Sortie de l’accord nucléaire iranien. Abandon de l’UNESCO. Retrait du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Chaque fois, la même logique : les États-Unis ne sont liés par aucun engagement qui ne sert pas directement leurs intérêts immédiats. Les traités ne sont que des bouts de papier que l’on peut déchirer quand ils deviennent gênants. Les alliances ne valent que tant qu’elles sont profitables. Cette vision transactionnelle des relations internationales a profondément ébranlé la confiance des alliés traditionnels des États-Unis, de l’Europe au Japon, en passant par la Corée du Sud.

Mais son second mandat, commencé en janvier 2025, marque une escalade sans précédent. Trump ne se contente plus de se retirer des organisations internationales. Il passe à l’offensive. L’opération au Venezuela en est l’illustration la plus spectaculaire. Capturer un président en exercice d’un pays souverain, le transférer de force aux États-Unis, le faire comparaître devant la justice américaine… C’est du jamais vu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Même durant la Guerre froide, au plus fort des tensions entre les États-Unis et l’Union soviétique, jamais Washington n’avait osé une telle action. Les opérations secrètes de la CIA, les coups d’État orchestrés en Amérique latine, les interventions militaires en Irak ou en Afghanistan… tout cela se faisait au moins avec un vernis de légalité internationale, des résolutions de l’ONU, des coalitions. Trump, lui, agit seul, ouvertement, sans chercher à justifier ses actions autrement que par la nécessité et la force.

Ce qui me frappe, c’est l’absence totale de honte. Trump ne cherche même pas à habiller ses actions d’une quelconque justification morale ou légale. Il assume. Il revendique. Il se vante même de sa capacité à agir sans contrainte. C’est cette impudence qui me choque le plus. Parce qu’elle révèle une rupture complète avec l’idée même de communauté internationale. Pour Trump, il n’y a pas de communauté. Il n’y a que des rapports de force. Des forts et des faibles. Des dominants et des dominés. Et les États-Unis, sous sa direction, sont les plus forts. Donc ils font ce qu’ils veulent. C’est brutal. C’est cynique. Et c’est terrifiant.

Sources

Sources primaires

Le Figaro avec AFP, « Je n’ai pas besoin du droit international : Trump assure que sa moralité est son unique limite pour agir dans le monde », Le Figaro, 8 janvier 2026, https://www.lefigaro.fr/international/je-n-ai-pas-besoin-du-droit-international-trump-assure-que-sa-moralite-est-son-unique-limite-pour-agir-dans-le-monde-20260108

AFP, « Venezuela, Groenland… Trump dit que sa moralité est son unique limite pour agir dans le monde », Journal de Montréal, 8 janvier 2026, https://www.journaldemontreal.com/2026/01/08/venezuela-groenland-trump-dit-que-sa-moralite-est-son-unique-limite-pour-agir-dans-le-monde

Maya Yang, « I don’t need international law: Trump says power constrained only by my own morality », The Guardian, 8 janvier 2026, https://www.theguardian.com/us-news/2026/jan/08/trump-power-international-law

The New York Times, « Trump Addresses Venezuela, Greenland and Presidential Power in Interview », 8 janvier 2026, https://www.nytimes.com/2026/01/08/us/politics/trump-interview-power-morality.html

Sources secondaires

Jean-Baptiste François, « Trump et les violations du droit international : l’Europe est-elle condamnée à rester spectatrice ? », La Croix, 7 janvier 2026, https://www.la-croix.com/international/trump-et-les-violations-du-droit-international-l-europe-est-elle-condamnee-a-rester-spectatrice-20260107

Le Monde, « Donald Trump ordonne le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales », 8 janvier 2026, https://www.lemonde.fr/international/article/2026/01/08/donald-trump-ordonne-le-retrait-des-etats-unis-de-66-organisations-internationales66609443210.html

House of Commons Library, « The US capture of Nicolás Maduro », Research Briefings, janvier 2026, https://commonslibrary.parliament.uk/research-briefings/cbp-10452/

Le Grand Continent, « Géopolitique hémisphérique : comprendre la doctrine Trump », 5 janvier 2026, https://legrandcontinent.eu/fr/2026/01/05/geopolitique-hemispherique-comprendre-la-doctrine-trump/

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