« Zéro pétrole, zéro argent » : l’ultimatum américain
Donald Trump n’a jamais été connu pour sa diplomatie subtile. Le 11 janvier 2026, il a une fois de plus démontré sa préférence pour la confrontation directe. Sur sa plateforme Truth Social, il a publié un message sans ambiguïté : « Cuba a vécu pendant de nombreuses années grâce à d’importantes quantités de pétrole et d’argent provenant du Venezuela. En retour, Cuba a fourni des services de sécurité aux deux derniers dictateurs vénézuéliens, mais ce n’est plus le cas ! » Cette déclaration marque un tournant dans la stratégie américaine envers Cuba. Trump ne se contente plus de maintenir l’embargo existant. Il veut couper toutes les lignes de vie de l’île, en commençant par le pétrole vénézuélien. Cette ressource est vitale pour Cuba, qui ne dispose pas de réserves pétrolières significatives et dépend presque entièrement des importations pour faire fonctionner ses centrales électriques, ses transports et son économie. Sans ce pétrole, les pannes d’électricité déjà fréquentes pourraient devenir permanentes. Les hôpitaux, les écoles, les usines pourraient s’arrêter. La vie quotidienne deviendrait encore plus difficile pour les onze millions de Cubains.
Mais Trump ne s’arrête pas là. Il ajoute : « Beaucoup de Cubains sont morts à la suite de l’attaque américaine de la semaine dernière, et le Venezuela n’a plus besoin de protection contre les voyous et les extorqueurs qui les ont pris en otages pendant tant d’années. » Cette phrase est révélatrice. Elle montre que l’administration Trump considère l’intervention au Venezuela non pas comme une agression, mais comme une libération. Et elle suggère que Cuba pourrait subir le même sort si elle ne se plie pas aux exigences américaines. Le message est clair : coopérez ou préparez-vous aux conséquences. Cette rhétorique de « pression maximale » n’est pas nouvelle. Trump l’avait déjà utilisée lors de son premier mandat contre l’Iran, la Corée du Nord et, dans une moindre mesure, contre Cuba. Mais cette fois, le contexte est différent. Avec la capture de Maduro et l’intervention militaire au Venezuela, Trump a franchi une ligne rouge. Il a montré qu’il était prêt à utiliser la force pour imposer sa volonté dans l’hémisphère occidental. Et Cuba, isolée et affaiblie, semble être la prochaine cible sur sa liste.
Marco Rubio, le faucon anti-castriste au cœur de la stratégie
Si Trump est le visage de cette offensive contre Cuba, Marco Rubio en est l’architecte idéologique. Nommé secrétaire d’État dans la nouvelle administration Trump, Rubio est un fervent opposant au régime cubain. Fils d’exilés cubains ayant fui la révolution castriste, il a fait de la lutte contre le communisme caribéen l’un des piliers de sa carrière politique. Pour Rubio, Cuba n’est pas seulement un adversaire géopolitique. C’est un ennemi personnel, un symbole de tout ce qu’il déteste : l’autoritarisme, la répression, l’échec économique du socialisme. Depuis des années, il plaide pour un durcissement des sanctions contre La Havane et pour un soutien accru à l’opposition cubaine. Aujourd’hui, avec Trump à la Maison-Blanche, il a enfin les moyens de mettre en œuvre sa vision. Et cette vision est radicale : renverser le régime cubain et installer un gouvernement pro-américain à La Havane. Le message republié par Trump sur Truth Social, suggérant que Rubio pourrait devenir « président de Cuba », n’était pas une plaisanterie. C’était un signal. Un avertissement. Une promesse, peut-être.
Rubio n’est pas seul dans cette croisade. Il est entouré d’une équipe de faucons anti-castristes qui partagent sa vision. Parmi eux, Mauricio Claver-Carone, ancien président de la Banque interaméricaine de développement et conseiller de Trump sur les affaires latino-américaines. Ensemble, ils forment un bloc idéologique puissant, déterminé à en finir avec le régime cubain. Leur stratégie repose sur trois piliers : isoler Cuba diplomatiquement, l’étrangler économiquement et soutenir l’opposition interne. Pour cela, ils comptent sur l’effondrement du Venezuela, qui prive Cuba de son principal soutien financier. Ils comptent aussi sur la lassitude du peuple cubain, épuisé par des décennies de privations. Et ils comptent sur la faiblesse du régime, miné par les crises internes et l’exode massif de sa population. Mais ils sous-estiment peut-être la résilience de La Havane. Car si Cuba a survécu à l’effondrement de l’Union soviétique, aux ouragans dévastateurs et à six décennies d’embargo, elle pourrait bien survivre à Trump et Rubio.
Rubio incarne une génération d’exilés cubains qui n’ont jamais pardonné à Castro d’avoir confisqué leurs biens et chassé leurs familles. Je comprends cette colère. Je comprends cette soif de justice. Mais je m’interroge sur les moyens. Peut-on vraiment libérer un peuple en l’affamant ? Peut-on vraiment promouvoir la démocratie en menaçant d’intervention militaire ? L’histoire nous a montré que les changements de régime imposés de l’extérieur se terminent rarement bien. L’Irak, la Libye, l’Afghanistan en sont des exemples tragiques. Alors pourquoi Cuba serait-elle différente ? Pourquoi cette fois-ci, ça marcherait ? Je n’ai pas la réponse. Mais j’ai des doutes. Beaucoup de doutes.
La réponse cubaine : fierté, défiance et préparation
« Personne ne nous dicte quoi faire » : le cri de ralliement de Díaz-Canel
Face aux menaces de Trump, Miguel Díaz-Canel n’a pas tremblé. Au contraire, il a répondu avec une fermeté qui a surpris même ses détracteurs. Sur X, il a écrit : « Cuba est une nation libre, indépendante. Personne ne nous dicte quoi faire. » Ces mots, simples mais puissants, résument la position cubaine. Malgré les difficultés économiques, malgré l’isolement international, malgré la pression américaine, La Havane refuse de céder. Pour Díaz-Canel, il ne s’agit pas seulement de politique. Il s’agit de souveraineté nationale, de dignité, de survie même. Accepter les conditions de Trump reviendrait à capituler, à renoncer à tout ce pour quoi la révolution cubaine a combattu pendant plus de six décennies. Et cela, le président cubain ne peut pas le faire. Pas sans risquer de perdre le soutien de sa base, pas sans trahir l’héritage de Fidel et Raúl Castro, pas sans se renier lui-même. Alors il choisit la confrontation. Il choisit la résistance. Il choisit de préparer son pays à défendre « la Patrie jusqu’à la dernière goutte de sang ».
Cette rhétorique martiale n’est pas nouvelle à Cuba. Depuis la révolution, le régime a toujours présenté les États-Unis comme un ennemi existentiel, une menace permanente contre laquelle il faut se mobiliser. Cette narrative a permis de justifier les restrictions des libertés, la militarisation de la société et le maintien d’un système politique autoritaire. Mais aujourd’hui, cette rhétorique prend une dimension nouvelle. Car la menace n’est plus seulement théorique. Elle est réelle. Avec l’intervention au Venezuela et les déclarations de Trump, Cuba fait face à un danger concret. Et Díaz-Canel le sait. C’est pourquoi il multiplie les appels à la mobilisation, les discours patriotiques, les références à la résistance historique. Il cherche à galvaniser son peuple, à le préparer psychologiquement à des temps encore plus difficiles. Mais cette stratégie a ses limites. Car le peuple cubain est fatigué. Fatigué des privations, fatigué des promesses non tenues, fatigué de survivre au jour le jour. Et face à un ennemi aussi puissant que les États-Unis, beaucoup se demandent si la résistance a encore un sens.
Le ministre des Affaires étrangères dénonce un « criminel hégémonique »
Si Díaz-Canel a choisi un ton ferme mais mesuré, son ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, n’a pas mâché ses mots. Sur X, il a qualifié les États-Unis de « criminel hégémonique et incontrôlable qui menace la paix et la sécurité, non seulement à Cuba et dans cet hémisphère mais aussi dans le monde entier ». Cette déclaration, d’une violence verbale rare dans la diplomatie moderne, reflète la colère et la frustration de La Havane. Pour Rodríguez, l’intervention au Venezuela n’est pas un acte isolé. C’est le symptôme d’une politique américaine agressive et unilatérale qui bafoue le droit international et met en danger la stabilité mondiale. Il accuse Washington de se comporter comme un empire, imposant sa volonté par la force et ignorant les règles qu’il prétend défendre. Cette critique n’est pas sans fondement. L’intervention au Venezuela, menée sans mandat de l’ONU et sans consultation des alliés traditionnels des États-Unis, a suscité des inquiétudes dans de nombreuses capitales. Même des pays généralement proches de Washington, comme le Brésil ou le Mexique, ont exprimé leur malaise face à cette démonstration de force.
Mais au-delà de la rhétorique, la déclaration de Rodríguez révèle une stratégie diplomatique. En internationalisant le conflit, en présentant les États-Unis comme une menace pour la paix mondiale, Cuba cherche à mobiliser le soutien international. Elle espère que d’autres pays, inquiets de l’unilatéralisme américain, prendront sa défense. Cette stratégie a déjà porté ses fruits par le passé. Chaque année, l’Assemblée générale des Nations unies vote massivement en faveur d’une résolution condamnant l’embargo américain contre Cuba. En 2025, seuls les États-Unis et Israël ont voté contre cette résolution, tandis que 187 pays l’ont soutenue. Ce soutien symbolique ne change rien à la réalité de l’embargo, mais il montre que Cuba n’est pas complètement isolée. Elle peut compter sur la sympathie de nombreux pays du Sud global, qui voient en elle un symbole de résistance à l’hégémonie américaine. Mais cette sympathie suffira-t-elle à protéger Cuba face à la détermination de Trump ? C’est la question qui hante aujourd’hui les dirigeants cubains.
Rodríguez a raison sur un point : l’intervention au Venezuela pose des questions troublantes sur le respect du droit international. Peut-on vraiment justifier une opération militaire unilatérale, même contre un régime autoritaire ? Où s’arrête le droit d’ingérence ? Où commence l’impérialisme ? Ces questions ne sont pas nouvelles, mais elles prennent une acuité particulière dans le contexte actuel. Car si Trump peut intervenir au Venezuela sans conséquences, qu’est-ce qui l’empêchera de faire de même à Cuba, au Nicaragua ou ailleurs ? Cette logique de la force, cette tentation de l’unilatéralisme, c’est un danger pour l’ordre international. Et c’est précisément ce que dénonce Rodríguez. Mais en même temps, je ne peux m’empêcher de penser à l’hypocrisie de cette position. Car Cuba elle-même n’a jamais été un modèle de respect des droits humains. Alors quand elle dénonce l’impérialisme américain, elle oublie commodément ses propres violations.
Le Venezuela, clé de voûte de la survie cubaine
Une alliance stratégique née de la nécessité
Pour comprendre pourquoi la chute de Maduro est un coup si dur pour Cuba, il faut revenir aux origines de l’alliance entre Caracas et La Havane. Tout commence en 1999, lorsque Hugo Chávez arrive au pouvoir au Venezuela. Admirateur de Fidel Castro et partisan d’un socialisme du XXIe siècle, Chávez voit en Cuba un modèle et un allié naturel. Il décide rapidement de nouer des liens étroits avec l’île, en signant des accords de coopération dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’énergie. Le plus important de ces accords est le programme Petrocaribe, lancé en 2005, qui permet à Cuba d’acheter du pétrole vénézuélien à des conditions extrêmement avantageuses : paiement différé, taux d’intérêt faibles, possibilité de rembourser en services plutôt qu’en argent. Grâce à ce programme, Cuba reçoit jusqu’à 100 000 barils de pétrole par jour, une quantité suffisante pour couvrir la majorité de ses besoins énergétiques. En échange, La Havane envoie des milliers de médecins, d’enseignants et de conseillers au Venezuela. Ces professionnels cubains jouent un rôle crucial dans les programmes sociaux de Chávez, notamment les « missions » destinées à améliorer l’accès aux soins et à l’éducation dans les quartiers pauvres.
Mais cette alliance ne se limite pas à l’économie et au social. Elle a aussi une dimension sécuritaire. Dès le début, Cuba fournit au Venezuela des conseillers en renseignement et en sécurité. Ces experts cubains, formés par les services de renseignement de l’île, aident Chávez à structurer ses forces de sécurité et à contrer les tentatives de déstabilisation. Lorsque Nicolas Maduro succède à Chávez en 2013, cette coopération s’intensifie encore. Face à une opposition de plus en plus virulente et à des manifestations massives, Maduro s’appuie de plus en plus sur les Cubains pour assurer sa protection personnelle et maintenir l’ordre. Selon certaines estimations, jusqu’à 20 000 Cubains travaillaient au Venezuela dans divers domaines, dont une partie significative dans la sécurité. Cette présence massive a suscité des critiques, tant au Venezuela qu’à l’international. Les opposants à Maduro accusent Cuba de soutenir un régime autoritaire et de participer à la répression. Mais pour La Havane, il s’agit d’une question de survie. Sans le pétrole vénézuélien, l’économie cubaine s’effondrerait. Alors elle fait tout pour maintenir Maduro au pouvoir.
La capture de Maduro, un séisme pour La Havane
Le 3 janvier 2026, tout bascule. Dans une opération militaire audacieuse, les forces américaines pénètrent dans le palais présidentiel de Miraflores à Caracas et capturent Nicolas Maduro. L’opération, menée de nuit, est d’une violence inouïe. Des dizaines de membres des forces de sécurité vénézuéliennes et cubaines sont tués dans les combats. Parmi eux, 32 ressortissants cubains, dont plusieurs faisaient partie de la garde rapprochée de Maduro. Pour Cuba, c’est un choc. Non seulement elle perd son principal allié, mais elle voit aussi ses propres citoyens tués par les forces américaines. La Havane dénonce immédiatement une « agression criminelle » et un « acte de guerre ». Mais au-delà de la rhétorique, les dirigeants cubains savent que cette intervention change tout. Sans Maduro, le flux de pétrole vénézuélien vers Cuba est menacé. Et sans ce pétrole, l’île ne pourra pas tenir longtemps. Les conséquences se font déjà sentir. Les pannes d’électricité, déjà fréquentes, s’aggravent. Les files d’attente devant les stations-service s’allongent. Les prix des produits de base explosent. Et la population, déjà exaspérée, commence à perdre patience.
Mais il y a pire. La capture de Maduro envoie un message clair à La Havane : vous êtes les prochains. Trump ne cache pas ses intentions. Il veut en finir avec les régimes « socialistes » de l’hémisphère occidental. Après le Venezuela, Cuba est la cible évidente. Et contrairement au Venezuela, qui dispose de ressources pétrolières considérables et d’une population de 30 millions d’habitants, Cuba est petite, isolée et vulnérable. Elle ne peut compter que sur elle-même. Certes, elle a des alliés : la Chine, la Russie, le Nicaragua. Mais ces alliés sont loin, et leur soutien est limité. La Chine, engagée dans une rivalité stratégique avec les États-Unis, pourrait fournir une aide économique. La Russie, qui dispose d’une base d’écoute à Cuba, pourrait offrir un soutien diplomatique. Mais aucun de ces pays n’est prêt à risquer une confrontation directe avec Washington pour sauver Cuba. Alors La Havane se prépare au pire. Elle mobilise ses forces armées, renforce ses défenses côtières, stocke des vivres et du carburant. Elle se prépare à résister. Mais pour combien de temps ?
La chute de Maduro, c’est comme voir tomber le dernier pilier d’un édifice déjà fragile. Cuba tenait debout grâce au Venezuela. Maintenant, ce soutien s’effondre. Et avec lui, les derniers espoirs de stabilité économique. Je pense aux Cubains ordinaires, ceux qui n’ont rien à voir avec la politique, ceux qui veulent juste vivre dignement. Ils vont payer le prix de cette confrontation. Ils vont souffrir encore plus. Et pour quoi ? Pour la fierté de dirigeants qui refusent de céder ? Pour l’orgueil d’une révolution qui a perdu son sens depuis longtemps ? C’est injuste. C’est cruel. Mais c’est la réalité.
L'économie cubaine au bord du gouffre
Des pannes d’électricité qui plongent l’île dans le noir
Si vous voulez comprendre la gravité de la situation à Cuba, il suffit de regarder les pannes d’électricité. Depuis plusieurs années, elles sont devenues le symbole de l’effondrement économique de l’île. Chaque jour, des quartiers entiers sont plongés dans l’obscurité pendant des heures, parfois même pendant des journées entières. Les hôpitaux fonctionnent avec des générateurs de secours. Les écoles ferment. Les usines s’arrêtent. Et les Cubains, résignés, attendent que le courant revienne. Ces pannes ne sont pas dues à un manque d’infrastructures. Elles sont dues à un manque de carburant. Les centrales électriques cubaines, vieilles et mal entretenues, fonctionnent principalement au fuel lourd importé du Venezuela. Mais avec la crise vénézuélienne, ces importations ont chuté drastiquement. En 2019, Cuba recevait encore 100 000 barils de pétrole par jour. En 2025, ce chiffre est tombé à moins de 30 000 barils. Et avec la capture de Maduro, il pourrait tomber à zéro. Sans carburant, les centrales ne peuvent pas fonctionner. Et sans électricité, c’est toute l’économie qui s’arrête.
Les conséquences sont dramatiques. Les entreprises, déjà fragilisées par l’embargo américain et la mauvaise gestion économique, ne peuvent plus produire. Le chômage explose. Les salaires, déjà dérisoires, perdent encore plus de valeur face à l’inflation galopante. Et les Cubains, épuisés, cherchent des solutions de survie. Certains se tournent vers le marché noir, où les prix sont exorbitants mais où l’on peut trouver des produits introuvables dans les magasins d’État. D’autres tentent de quitter le pays, en prenant des risques insensés pour rejoindre la Floride ou le Mexique. Depuis 2021, plus de 500 000 Cubains ont quitté l’île, soit près de 5 % de la population. C’est l’une des plus grandes vagues d’émigration de l’histoire cubaine, comparable à l’exode de Mariel en 1980. Et ce n’est probablement pas fini. Car avec les menaces de Trump et la perspective d’une aggravation de la crise, de nombreux Cubains se demandent s’ils ont encore un avenir dans leur pays.
Pénuries alimentaires et inflation galopante
Si les pannes d’électricité sont le symptôme le plus visible de la crise, les pénuries alimentaires en sont peut-être le plus douloureux. À Cuba, trouver de la nourriture est devenu un combat quotidien. Les magasins d’État, censés fournir des produits de base à prix subventionnés, sont souvent vides. Les rayons de pain, de riz, de haricots, d’huile sont désespérément vides. Et quand ces produits arrivent, c’est la ruée. Des files d’attente interminables se forment devant les magasins, avec des gens qui attendent pendant des heures, parfois sous un soleil de plomb, pour acheter quelques kilos de riz ou une bouteille d’huile. Cette situation n’est pas nouvelle. Les pénuries ont toujours fait partie de la vie cubaine. Mais elles se sont aggravées ces dernières années, en raison de la crise économique, de la pandémie de Covid-19 et de la réduction de l’aide vénézuélienne. Aujourd’hui, même les produits de base sont devenus des denrées rares. Et pour ceux qui ont de l’argent, il reste le marché noir, où les prix sont dix fois, vingt fois plus élevés qu’en magasin.
L’inflation, elle, est hors de contrôle. Officiellement, le gouvernement cubain ne publie pas de chiffres d’inflation. Mais selon les estimations d’économistes indépendants, elle pourrait atteindre 500 % par an, voire plus. Le peso cubain, la monnaie nationale, s’effondre face au dollar. En 2020, un dollar valait environ 25 pesos sur le marché noir. En 2026, il en vaut plus de 300. Cette dévaluation massive a des conséquences catastrophiques pour les Cubains, dont les salaires sont payés en pesos. Un médecin, par exemple, gagne environ 5 000 pesos par mois, soit l’équivalent de 15 dollars. Avec cette somme, il est impossible de vivre dignement. Alors les Cubains se débrouillent. Ils cumulent plusieurs emplois. Ils vendent des objets personnels. Ils comptent sur l’aide de la famille à l’étranger, qui envoie des remesas, ces transferts d’argent qui sont devenus une bouée de sauvetage pour des millions de Cubains. Mais même ces remesas ne suffisent plus. Car avec l’inflation, l’argent perd sa valeur presque instantanément. Alors les Cubains survivent, jour après jour, dans une économie qui s’effondre sous leurs yeux.
J’ai du mal à imaginer ce que c’est que de vivre dans ces conditions. Se lever chaque matin sans savoir si on aura de l’électricité. Faire la queue pendant des heures pour acheter du pain. Voir ses économies fondre comme neige au soleil à cause de l’inflation. C’est épuisant. C’est déshumanisant. Et pourtant, les Cubains tiennent. Ils s’adaptent. Ils trouvent des solutions. Ils survivent. Cette résilience, c’est à la fois admirable et tragique. Admirable parce qu’elle montre la force de l’esprit humain. Tragique parce qu’elle ne devrait pas être nécessaire. Personne ne devrait avoir à vivre comme ça.
L'exode massif : une hémorragie démographique sans précédent
Plus de 500 000 départs depuis 2021
L’un des signes les plus alarmants de la crise cubaine est l’exode massif de sa population. Depuis 2021, plus de 500 000 Cubains ont quitté l’île, cherchant refuge principalement aux États-Unis, mais aussi en Espagne, au Mexique et dans d’autres pays d’Amérique latine. Ce chiffre, qui représente près de 5 % de la population totale de Cuba, est stupéfiant. Pour mettre les choses en perspective, c’est comme si la France perdait 3 millions d’habitants en cinq ans. Cette vague d’émigration est la plus importante depuis l’exode de Mariel en 1980, lorsque 125 000 Cubains avaient fui l’île en quelques mois. Mais contrairement à Mariel, qui était un événement ponctuel, l’exode actuel est continu et semble s’accélérer. Chaque mois, des milliers de Cubains prennent la décision déchirante de quitter leur pays, leur famille, leurs amis, pour tenter leur chance ailleurs. Certains partent légalement, avec des visas obtenus après des années d’attente. D’autres prennent des routes plus dangereuses, traversant le détroit de Floride sur des embarcations de fortune ou empruntant la route terrestre à travers l’Amérique centrale.
Qui sont ces migrants ? Contrairement aux vagues précédentes, qui concernaient principalement des opposants politiques ou des personnes âgées, l’exode actuel touche toutes les catégories de la population. On y trouve des jeunes diplômés qui ne voient aucun avenir à Cuba. Des médecins et des ingénieurs qui gagnent des salaires de misère. Des familles entières qui fuient la pauvreté. Et même des membres du Parti communiste, désabusés par l’échec du système. Cette diversité montre que la crise n’est pas seulement économique. Elle est aussi existentielle. Les Cubains ne partent pas seulement parce qu’ils ont faim. Ils partent parce qu’ils ont perdu espoir. Ils ne croient plus aux promesses du gouvernement. Ils ne croient plus que les choses vont s’améliorer. Alors ils font leurs valises et ils partent, laissant derrière eux un pays qui se vide de ses forces vives. Pour Cuba, cette hémorragie démographique est une catastrophe. Elle prive l’île de ses talents, de ses compétences, de sa jeunesse. Et elle aggrave encore la crise économique, car chaque départ signifie une personne de moins pour produire, pour consommer, pour contribuer à l’économie.
Les routes périlleuses de l’espoir
Partir de Cuba n’est pas facile. Pour ceux qui n’ont pas de visa, il faut emprunter des routes dangereuses, souvent au péril de sa vie. La plus connue est la traversée du détroit de Floride, cette bande d’eau de 150 kilomètres qui sépare Cuba des États-Unis. Chaque année, des centaines de Cubains tentent cette traversée sur des embarcations de fortune : des radeaux faits de chambres à air et de planches, des bateaux de pêche surchargés, parfois même des planches de surf. Les conditions sont extrêmes. Les courants sont puissants. Les requins rôdent. Et les garde-côtes américains patrouillent, prêts à intercepter les migrants et à les renvoyer à Cuba. Malgré ces dangers, beaucoup tentent leur chance. Car pour eux, le risque de mourir en mer est préférable à la certitude de mourir à petit feu à Cuba. Certains réussissent. Ils atteignent les côtes de Floride, où ils sont accueillis par des organisations d’exilés cubains. D’autres ne réussissent pas. Ils se noient, emportés par les courants. Ou ils sont interceptés et renvoyés à Cuba, où ils risquent la prison pour tentative de départ illégal.
Mais il existe une autre route, moins connue mais tout aussi dangereuse : la route terrestre à travers l’Amérique centrale. Pour l’emprunter, il faut d’abord quitter Cuba légalement, en obtenant un visa pour un pays tiers comme le Nicaragua ou le Mexique. Une fois arrivés, les migrants entament un long périple à travers le Guatemala, le Honduras, le Mexique, dans l’espoir d’atteindre la frontière américaine. Ce voyage peut durer des semaines, voire des mois. Il faut traverser des jungles infestées de serpents et de moustiques. Il faut éviter les gangs qui contrôlent certaines zones et qui n’hésitent pas à kidnapper, violer ou tuer les migrants. Il faut payer des passeurs, des coyotes, qui promettent de vous faire traverser la frontière mais qui parfois vous abandonnent en plein désert. Et même si vous réussissez à atteindre les États-Unis, il faut encore demander l’asile, un processus long et incertain. Malgré tous ces obstacles, des milliers de Cubains empruntent cette route chaque année. Car pour eux, c’est la seule option. La seule chance de construire une vie meilleure.
Chaque fois que j’entends parler de ces traversées, je ressens un mélange de tristesse et d’admiration. Tristesse pour ces vies brisées, pour ces familles séparées, pour ces rêves qui se terminent au fond de l’océan. Admiration pour le courage de ces hommes et de ces femmes qui risquent tout pour un avenir meilleur. Mais je me demande aussi : à qui la faute ? Au régime cubain, qui a créé les conditions de cet exode ? À l’embargo américain, qui a étranglé l’économie de l’île ? Aux deux, probablement. Car cette tragédie est le résultat de décennies de mauvaises décisions, de part et d’autre. Et ce sont les Cubains ordinaires qui en paient le prix.
Les alliés de Cuba : un soutien limité face à la puissance américaine
La Chine, un partenaire économique prudent
Face à l’isolement imposé par les États-Unis, Cuba a cherché à diversifier ses alliances. Parmi ses partenaires les plus importants figure la Chine, qui est devenue au fil des années un soutien économique crucial pour l’île. Depuis les années 2000, Pékin a investi massivement à Cuba, notamment dans les secteurs de l’énergie, des télécommunications et du tourisme. La Chine a financé la construction de centrales solaires, modernisé le réseau de télécommunications cubain et fourni des équipements médicaux. En échange, elle a obtenu des contrats lucratifs et un accès privilégié au marché cubain. Mais au-delà de l’économie, cette relation a aussi une dimension stratégique. Pour la Chine, Cuba représente un point d’ancrage dans l’hémisphère occidental, une manière de contester l’influence américaine dans sa propre arrière-cour. C’est pourquoi Pékin a toujours soutenu La Havane sur la scène internationale, notamment en votant contre l’embargo américain à l’ONU. Mais ce soutien a ses limites. La Chine n’est pas prête à risquer une confrontation directe avec les États-Unis pour sauver Cuba. Elle a ses propres priorités : sa rivalité avec Washington, ses ambitions en Asie-Pacifique, sa stabilité économique.
Aujourd’hui, avec les menaces de Trump et la crise au Venezuela, Cuba espère que la Chine augmentera son aide. Mais Pékin reste prudent. Certes, il a annoncé quelques projets d’investissement, notamment dans le secteur solaire. Mais ces projets sont modestes comparés aux besoins de Cuba. Et surtout, la Chine ne peut pas remplacer le pétrole vénézuélien. Elle peut fournir de l’argent, des équipements, de la technologie. Mais elle ne peut pas fournir les 100 000 barils de pétrole par jour dont Cuba a besoin pour faire fonctionner son économie. Alors La Havane se tourne vers d’autres alliés, en espérant qu’ensemble, ils pourront compenser la perte du soutien vénézuélien. Mais cette stratégie est risquée. Car aucun de ces alliés n’a les moyens ou la volonté de sauver Cuba à lui seul. Et face à la détermination de Trump, leur soutien pourrait s’avérer insuffisant. C’est le dilemme de Cuba : elle a des amis, mais pas de sauveurs.
La Russie, un allié historique aux moyens limités
Si la Chine est un partenaire économique, la Russie est un allié historique. Depuis la révolution cubaine, Moscou a toujours soutenu La Havane, d’abord par idéologie communiste, puis par intérêt stratégique. Pendant la guerre froide, l’Union soviétique a fourni à Cuba une aide massive : pétrole, nourriture, armes, conseillers militaires. Cette aide a permis à l’île de survivre malgré l’embargo américain. Mais après l’effondrement de l’URSS en 1991, le soutien russe a drastiquement diminué. La Russie post-soviétique, en pleine crise économique, n’avait plus les moyens d’aider Cuba. Ce n’est qu’à partir des années 2000, avec l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, que Moscou a recommencé à s’intéresser à l’île. Aujourd’hui, la Russie maintient une présence militaire à Cuba, notamment une base d’écoute électronique à Lourdes, qui lui permet de surveiller les communications américaines. Elle fournit aussi une aide économique modeste, principalement sous forme de prêts et de ventes d’équipements. Mais cette aide est loin d’être suffisante pour sauver l’économie cubaine.
Le problème de la Russie, c’est qu’elle a ses propres difficultés. Engagée dans une guerre coûteuse en Ukraine, soumise à des sanctions occidentales sévères, elle n’a pas les moyens de soutenir massivement Cuba. Certes, Moscou a exprimé son soutien à La Havane face aux menaces américaines. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a dénoncé l’« ingérence » des États-Unis dans les affaires de l’hémisphère occidental. Mais au-delà des déclarations, l’aide russe reste limitée. Moscou peut fournir un soutien diplomatique, en utilisant son siège au Conseil de sécurité de l’ONU pour bloquer d’éventuelles résolutions contre Cuba. Elle peut aussi fournir une aide militaire, en vendant des armes ou en envoyant des conseillers. Mais elle ne peut pas remplacer le pétrole vénézuélien. Et face à la puissance économique et militaire des États-Unis, son soutien pourrait s’avérer insuffisant. Pour Cuba, la Russie est un allié précieux, mais pas un sauveur. C’est un ami qui peut vous aider, mais qui ne peut pas vous porter sur son dos.
Cuba se retrouve dans une situation tragique : elle a des alliés, mais aucun n’est assez fort ou assez engagé pour la sauver. La Chine est prudente. La Russie est affaiblie. Le Venezuela est tombé. Alors Cuba est seule. Seule face à la puissance américaine. Seule face à ses propres démons. Et cette solitude, c’est peut-être le plus grand danger. Car dans l’isolement, les erreurs se multiplient. Les décisions deviennent désespérées. Et les conséquences peuvent être catastrophiques.
L'embargo américain : une arme économique vieille de 64 ans
Un blocus qui dure depuis 1962
Pour comprendre la situation actuelle de Cuba, il faut revenir à l’origine de ses malheurs : l’embargo américain. Instauré en 1962 par le président John F. Kennedy en réponse à la nationalisation des biens américains par le régime castriste, cet embargo est l’un des plus longs et des plus sévères de l’histoire moderne. Il interdit aux entreprises américaines de commercer avec Cuba, aux navires ayant fait escale à Cuba d’accoster dans les ports américains pendant six mois, et aux filiales étrangères d’entreprises américaines de faire des affaires avec l’île. Les sanctions ont été renforcées au fil des années, notamment avec la loi Helms-Burton de 1996, qui permet de poursuivre en justice les entreprises étrangères utilisant des biens confisqués à des citoyens américains. L’objectif affiché de cet embargo est de faire pression sur le régime cubain pour qu’il démocratise et respecte les droits humains. Mais après plus de six décennies, force est de constater que cet objectif n’a pas été atteint. Le régime est toujours en place. Les Castro ont régné pendant près de 60 ans. Et aujourd’hui, c’est Miguel Díaz-Canel qui dirige le pays.
Les conséquences de cet embargo sont dévastatrices pour l’économie cubaine. Privée d’accès au marché américain, qui est pourtant à moins de 150 kilomètres de ses côtes, Cuba doit importer des biens de pays lointains, ce qui augmente considérablement les coûts. Elle ne peut pas non plus accéder aux financements internationaux, car la plupart des banques refusent de traiter avec elle par peur de sanctions américaines. Selon les estimations du gouvernement cubain, l’embargo a coûté à l’île plus de 150 milliards de dollars depuis 1962. Ce chiffre est contesté par certains économistes, qui estiment qu’il est exagéré. Mais même en prenant des estimations plus conservatrices, il est clair que l’embargo a eu un impact économique majeur. Il a privé Cuba de revenus, d’investissements, de technologies. Il a forcé l’île à développer une économie autarcique, inefficace et dépendante de l’aide extérieure. Et il a contribué à la pauvreté et aux privations que subissent les Cubains aujourd’hui.
Un outil politique controversé
L’embargo américain contre Cuba est l’un des sujets les plus controversés de la politique internationale. Ses partisans, principalement aux États-Unis et parmi la diaspora cubaine, estiment qu’il est nécessaire pour faire pression sur un régime autoritaire qui viole les droits humains. Ils arguent que lever l’embargo sans contreparties reviendrait à récompenser le régime et à abandonner les opposants cubains. Ils citent les arrestations arbitraires, la censure, l’absence d’élections libres comme preuves que le régime ne mérite aucune concession. Pour eux, l’embargo est un outil de pression légitime, même s’il n’a pas encore produit les résultats escomptés. Mais les critiques de l’embargo, qui sont majoritaires dans le monde, estiment qu’il est contre-productif et cruel. Ils arguent qu’après 64 ans, il est clair que l’embargo n’a pas fait tomber le régime. Au contraire, il a fourni au gouvernement cubain un bouc émissaire commode pour justifier ses échecs économiques. Il a permis au régime de se présenter comme une victime de l’impérialisme américain, renforçant ainsi sa légitimité interne.
Chaque année, l’Assemblée générale des Nations unies vote sur une résolution condamnant l’embargo. Et chaque année, le résultat est le même : une écrasante majorité de pays votent en faveur de la résolution, tandis que seuls les États-Unis et Israël votent contre. En 2025, 187 pays ont soutenu la résolution, contre seulement 2 opposants. Ce vote symbolique montre l’isolement diplomatique des États-Unis sur cette question. Même des alliés proches de Washington, comme le Canada, l’Union européenne ou le Japon, estiment que l’embargo est injuste et inefficace. Ils plaident pour une levée des sanctions et pour un engagement constructif avec Cuba. Mais à Washington, l’embargo reste populaire, notamment parmi la communauté cubano-américaine de Floride, qui constitue un électorat clé dans cet État pivot. Aucun président américain, qu’il soit démocrate ou républicain, n’a osé lever complètement l’embargo. Barack Obama avait tenté un rapprochement en 2014, rétablissant les relations diplomatiques et assouplissant certaines restrictions. Mais Trump a annulé ces mesures lors de son premier mandat. Et aujourd’hui, il semble déterminé à durcir encore les sanctions.
L’embargo, c’est l’exemple parfait d’une politique qui a échoué mais qui persiste par inertie politique. Après 64 ans, il est évident qu’il n’a pas atteint son objectif. Le régime est toujours là. Alors pourquoi continuer ? Par principe ? Par orgueil ? Par calcul électoral ? Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c’est que ce sont les Cubains ordinaires qui en paient le prix. Pas les dirigeants, qui ont accès à des magasins spéciaux et à des privilèges. Pas les exilés, qui vivent confortablement à Miami. Non, ce sont les gens simples, ceux qui font la queue pour du pain, ceux qui n’ont pas d’électricité, ceux qui voient leurs enfants partir. Eux, ils paient. Et c’est injuste.
Les scénarios possibles : de la négociation à l'intervention
Le scénario de la négociation : un accord sous pression
Face aux menaces de Trump, Cuba a théoriquement plusieurs options. La première, et la plus pacifique, serait de négocier. Accepter de s’asseoir à la table avec Washington et de discuter d’un accord. Mais que pourrait contenir un tel accord ? Du côté américain, les exigences seraient probablement très élevées. Trump et Rubio voudraient sans doute des réformes politiques majeures : libération des prisonniers politiques, autorisation des partis d’opposition, organisation d’élections libres. Ils voudraient aussi des réformes économiques : ouverture aux investissements américains, privatisation des entreprises d’État, abandon du modèle socialiste. En échange, ils pourraient offrir une levée progressive de l’embargo, une aide économique et une normalisation des relations. Pour Cuba, accepter ces conditions reviendrait à capituler. Ce serait la fin du régime tel qu’il existe depuis 1959. Ce serait la fin de la révolution castriste. Et c’est précisément pourquoi Díaz-Canel refuse de négocier. Pour lui, accepter ces conditions serait une trahison de tout ce pour quoi Cuba a combattu pendant plus de six décennies.
Mais il existe peut-être un terrain d’entente. Un accord qui permettrait à Cuba de préserver une partie de sa souveraineté tout en obtenant un allègement des sanctions. Par exemple, La Havane pourrait accepter de libérer certains prisonniers politiques, d’autoriser une plus grande liberté de presse et d’ouvrir son économie aux investissements étrangers. En échange, Washington pourrait lever certaines sanctions, autoriser les exportations alimentaires et médicales vers Cuba et rétablir les vols commerciaux. Ce serait un compromis, un accord imparfait qui ne satisferait pleinement aucune des deux parties. Mais il permettrait d’éviter une escalade dangereuse. Le problème, c’est que ni Trump ni Díaz-Canel ne semblent prêts à faire des compromis. Trump veut un changement de régime. Díaz-Canel veut préserver le système. Et entre ces deux positions, il y a peu de place pour la négociation. Alors le risque d’une escalade reste élevé.
Le scénario de l’intervention : un risque réel ?
Si la négociation échoue, quelle est l’alternative ? L’intervention militaire est-elle une option réaliste ? Après l’opération au Venezuela, cette question n’est plus théorique. Trump a montré qu’il était prêt à utiliser la force pour renverser des régimes qu’il considère comme hostiles. Alors pourquoi pas Cuba ? Techniquement, une intervention serait relativement facile. Cuba est une petite île, à moins de 150 kilomètres des côtes américaines. Ses forces armées, bien que nombreuses, sont mal équipées et vieillissantes. Face à la puissance militaire américaine, elles ne feraient pas le poids. Une opération similaire à celle du Venezuela pourrait être menée en quelques heures : des forces spéciales débarquent à La Havane, capturent Díaz-Canel et les principaux dirigeants, et installent un gouvernement de transition. Mais les conséquences d’une telle intervention seraient imprévisibles. Contrairement au Venezuela, où une partie de la population soutenait l’intervention américaine, à Cuba, le sentiment nationaliste est très fort. Une invasion américaine pourrait déclencher une résistance populaire, transformant l’île en un nouveau bourbier militaire.
Il y a aussi les conséquences internationales. Une intervention à Cuba provoquerait une condamnation quasi-unanime de la communauté internationale. La Chine et la Russie dénonceraient une agression impérialiste. L’Amérique latine, déjà inquiète après le Venezuela, verrait ses pires craintes confirmées. Et même les alliés traditionnels des États-Unis, comme le Canada et l’Union européenne, exprimeraient leur désaccord. Cette isolation diplomatique pourrait avoir des conséquences à long terme pour Washington. Mais Trump se soucie-t-il de l’opinion internationale ? Son premier mandat a montré qu’il privilégie l’unilatéralisme et qu’il n’hésite pas à défier les normes internationales. Alors oui, une intervention à Cuba est possible. Pas certaine, mais possible. Et c’est précisément cette incertitude qui rend la situation si dangereuse. Car dans l’incertitude, les erreurs de calcul se multiplient. Et les erreurs de calcul peuvent mener à la guerre.
L’idée d’une intervention militaire à Cuba me glace le sang. Pas seulement à cause des vies qui seraient perdues, même si c’est déjà suffisant. Mais aussi à cause de ce que cela signifierait pour l’ordre international. Si les États-Unis peuvent envahir un pays souverain sans mandat de l’ONU, sans menace immédiate, juste parce qu’ils n’aiment pas son régime, alors qu’est-ce qui les empêchera de le faire ailleurs ? C’est la loi de la jungle. C’est le retour à un monde où la force prime sur le droit. Et ce monde-là, je ne veux pas y vivre.
Le peuple cubain, otage d'une confrontation géopolitique
Entre résignation et espoir, la vie quotidienne des Cubains
Au milieu de cette tempête géopolitique, il y a les Cubains ordinaires. Ceux qui ne font pas de politique, qui ne rêvent pas de révolution ou de contre-révolution. Ceux qui veulent juste vivre dignement, nourrir leur famille, avoir de l’électricité, envoyer leurs enfants à l’école. Pour eux, les déclarations de Trump et de Díaz-Canel sont lointaines, presque abstraites. Ce qui compte, c’est le quotidien. Trouver du pain. Payer le loyer. Survivre. Et ce quotidien est de plus en plus difficile. Chaque jour apporte son lot de défis. Les pannes d’électricité qui durent des heures. Les files d’attente interminables devant les magasins. Les prix qui augmentent sans cesse. Les salaires qui ne suivent pas. C’est épuisant. C’est désespérant. Mais les Cubains tiennent. Ils s’adaptent. Ils trouvent des solutions. Ils se débrouillent. C’est ce qu’on appelle « resolver » à Cuba : l’art de se débrouiller, de trouver des solutions créatives à des problèmes insolubles. C’est une compétence que tous les Cubains ont développée au fil des décennies.
Mais cette résilience a ses limites. De plus en plus de Cubains se demandent combien de temps encore ils pourront tenir. Combien de temps encore ils pourront accepter cette vie de privations. Combien de temps encore ils pourront croire aux promesses du gouvernement. Car les promesses, il y en a eu beaucoup. Depuis des années, le régime annonce des réformes, des améliorations, un avenir meilleur. Mais rien ne change. Ou plutôt, les choses empirent. Alors la confiance s’érode. L’espoir s’étiole. Et de plus en plus de Cubains font le choix de partir. Pas par rejet idéologique du système. Pas par opposition politique. Mais simplement parce qu’ils ne voient plus d’avenir à Cuba. Ils partent pour leurs enfants, pour leur donner une chance de vivre mieux. Ils partent pour eux-mêmes, pour échapper à cette vie de survie permanente. Et chaque départ est une déchirure. Une famille séparée. Un lien brisé. Un rêve abandonné. C’est la tragédie silencieuse de Cuba : un pays qui se vide de sa substance, une nation qui perd ses enfants.
Les voix de la dissidence, entre courage et répression
Au milieu de cette crise, il y a aussi ceux qui osent élever la voix. Les dissidents, les opposants, les activistes qui réclament des changements. Ils sont peu nombreux, car la répression est sévère. Mais ils existent. Et leur courage est remarquable. Parmi eux, des artistes comme le rappeur Maykel Osorbo, emprisonné pour ses chansons critiques du régime. Des journalistes indépendants qui risquent leur liberté pour informer. Des militants des droits humains qui documentent les abus. Ces voix sont essentielles. Elles rappellent que Cuba n’est pas un monolithe, que tous les Cubains ne soutiennent pas le régime, que la dissidence existe malgré la répression. Mais ces voix sont aussi fragiles. Le régime les surveille, les harcèle, les emprisonne. Les manifestations sont interdites. Les réunions publiques sont contrôlées. Internet est censuré. Et ceux qui osent défier le pouvoir paient un prix élevé : arrestations, procès expéditifs, peines de prison. C’est le paradoxe de Cuba : un pays qui se dit révolutionnaire mais qui réprime toute forme de contestation.
Pourtant, malgré la répression, la dissidence persiste. En juillet 2021, des milliers de Cubains sont descendus dans la rue pour protester contre les pénuries et réclamer des libertés. C’était la plus grande manifestation depuis des décennies. Le régime a répondu par la force : arrestations massives, procès, peines de prison. Mais le message était clair : le peuple cubain n’est pas résigné. Il veut des changements. Il veut une vie meilleure. Et il est prêt à prendre des risques pour l’obtenir. Aujourd’hui, avec la crise qui s’aggrave et les menaces de Trump qui planent, la question est de savoir si ces voix de la dissidence vont se renforcer ou être étouffées. Si le régime tombe, elles pourraient jouer un rôle clé dans la transition. Mais si le régime survit, elles risquent d’être écrasées. C’est l’un des enjeux de cette crise : l’avenir de la liberté d’expression à Cuba. Et cet avenir est incertain.
Les dissidents cubains sont des héros. Ils risquent tout pour défendre leurs convictions. Ils savent qu’ils seront arrêtés, emprisonnés, peut-être torturés. Mais ils continuent. Ils parlent. Ils écrivent. Ils manifestent. Parce qu’ils croient en quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. Ils croient en la liberté. En la dignité. En la justice. Et ce courage, c’est ce qui me donne espoir. Parce que tant qu’il y aura des gens comme eux, Cuba ne sera pas perdue. Elle sera blessée, meurtrie, épuisée. Mais pas perdue.
Conclusion : Un pays au bord du précipice, entre fierté et survie
L’heure des choix impossibles
Nous voici arrivés à un moment charnière de l’histoire cubaine. Un moment où les décisions prises dans les prochaines semaines pourraient déterminer l’avenir de l’île pour les décennies à venir. D’un côté, il y a Donald Trump, déterminé à en finir avec le dernier bastion du communisme dans l’hémisphère occidental. De l’autre, il y a Miguel Díaz-Canel, qui refuse de céder malgré les pressions économiques et les menaces militaires. Entre les deux, il y a onze millions de Cubains qui attendent, qui espèrent, qui souffrent. Ils sont les otages de cette confrontation. Ils sont ceux qui paieront le prix, quel que soit le dénouement. Si Trump intensifie les sanctions, ils souffriront encore plus. Si une intervention militaire a lieu, ils mourront. Si le régime s’effondre, ils devront reconstruire sur des ruines. Et si le statu quo persiste, ils continueront à survivre dans la misère. Ce sont des choix impossibles. Des dilemmes sans solution. Et pourtant, il faudra choisir. Car l’immobilisme n’est plus une option. La situation est trop grave. La crise est trop profonde. Quelque chose doit changer.
Mais quoi ? Et comment ? C’est la question à un million de dollars. Ou plutôt, à 150 milliards de dollars, le coût estimé de l’embargo. La solution idéale serait un dialogue, une négociation de bonne foi entre Washington et La Havane. Un accord qui permettrait à Cuba de préserver sa souveraineté tout en obtenant un allègement des sanctions. Un accord qui ouvrirait la voie à des réformes progressives, à une transition pacifique vers plus de libertés et de prospérité. Mais cette solution idéale semble hors de portée. Car elle nécessiterait de la bonne volonté des deux côtés. Et cette bonne volonté fait cruellement défaut. Trump veut un changement de régime. Díaz-Canel veut préserver le système. Et entre ces deux positions, il n’y a pas de terrain d’entente. Alors on se dirige vers une escalade. Vers plus de sanctions, plus de souffrances, peut-être même vers une intervention militaire. Et cette perspective est terrifiante. Car une intervention à Cuba ne serait pas une opération chirurgicale comme au Venezuela. Ce serait un bourbier, un conflit long et sanglant qui déstabiliserait toute la région.
L’espoir fragile d’un peuple résilient
Malgré tout, il y a de l’espoir. Pas dans les déclarations des dirigeants. Pas dans les menaces et les contre-menaces. Mais dans le peuple cubain lui-même. Dans sa résilience. Dans sa capacité à survivre malgré l’adversité. Dans sa créativité face aux défis. Les Cubains ont survécu à six décennies d’embargo. Ils ont survécu à l’effondrement de l’Union soviétique. Ils ont survécu aux ouragans dévastateurs, aux crises énergétiques, aux pénuries alimentaires. Et ils survivront à cette crise aussi. Peut-être pas tous. Peut-être pas sans souffrances. Mais ils survivront. Parce qu’ils n’ont pas le choix. Parce que c’est ce qu’ils ont toujours fait. Et dans cette survie, il y a une forme de victoire. Une victoire sur la désespérance. Une victoire sur la résignation. Une victoire sur ceux qui voudraient les voir disparaître. Cuba ne disparaîtra pas. Elle changera, peut-être. Elle se transformera, probablement. Mais elle restera. Parce que les Cubains le veulent. Parce qu’ils y croient. Parce que c’est leur pays, leur terre, leur patrie.
En écrivant ces lignes, je ressens un mélange d’émotions contradictoires. De la colère face à l’injustice de cette situation. De la tristesse pour les souffrances du peuple cubain. De l’admiration pour sa résilience. Et de l’inquiétude pour son avenir. Car l’avenir de Cuba est incertain. Il pourrait y avoir une transition pacifique vers la démocratie et la prospérité. Ou il pourrait y avoir une intervention militaire et un bain de sang. Ou il pourrait y avoir un statu quo prolongé et une misère qui s’aggrave. Je ne sais pas ce qui va se passer. Personne ne le sait. Mais ce que je sais, c’est que les Cubains méritent mieux. Ils méritent de vivre dans la dignité. Ils méritent d’avoir de l’électricité, de la nourriture, un avenir. Ils méritent d’être libres. Libres de choisir leur gouvernement. Libres de critiquer. Libres de partir ou de rester. Et j’espère, du fond du cœur, qu’ils obtiendront cette liberté. Pas par la force. Pas par l’intervention étrangère. Mais par leur propre volonté. Par leur propre courage. Par leur propre détermination. C’est mon espoir. C’est mon vœu. Pour Cuba. Pour son peuple. Pour son avenir.
Sources
Sources primaires
Le Monde, « Donald Trump menace Cuba, La Havane dit se préparer, prête à défendre la Patrie », publié le 11 janvier 2026, consulté le 12 janvier 2026. Le Figaro, « Personne ne nous dicte quoi faire : le président de Cuba Miguel Diaz-Canel répond aux menaces proférées par Donald Trump », publié le 11 janvier 2026, consulté le 12 janvier 2026. Déclarations officielles de Miguel Díaz-Canel sur la plateforme X, publiées le 11 janvier 2026. Déclarations officielles de Donald Trump sur Truth Social, publiées le 11 janvier 2026. Déclarations de Bruno Rodríguez, ministre cubain des Affaires étrangères, sur X, publiées le 11 janvier 2026.
Sources secondaires
Reuters, « Cuba defiant after Trump says island to receive no more Venezuelan oil », publié le 11 janvier 2026. BBC News, « Trump tells Cuba to make a deal, before it is too late », publié le 11 janvier 2026. Al Jazeera, « Trump says no more Venezuelan oil or money to go to Cuba and demands deal », publié le 11 janvier 2026. Euronews, « La Havane se dit prête à défendre la Patrie après les menaces de Donald Trump sur Cuba », publié le 11 janvier 2026. France Info, « Cuba prête à défendre la Patrie jusqu’à la dernière goutte de sang répond Miguel Diaz-Canel à Trump », publié le 11 janvier 2026. L’Orient-Le Jour, « Personne ne nous dicte quoi faire, répond le président de Cuba à Trump », publié le 11 janvier 2026.
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