Skip to content

Une institution sacralisée menacée

L’indépendance de la Réserve fédérale a longtemps été considérée comme un pilier fondamental du système économique américain, garantissant que la politique monétaire soit dictée par des considérations économiques objectives plutôt que par des calculs politiques à court terme. Cette autonomie a été soigneusement préservée par des générations de présidents et de législateurs qui comprenaient les dangers inhérents à une politisation excessive des décisions de taux d’intérêt. Jerome Powell, nommé à la tête de la Fed par Trump lui-même en 2018, a tenté jusqu’à récemment de maintenir cette tradition en évitant soigneusement d’entrer dans l’arène politique, malgré les attaques répétées du président et de ses alliés contre la politique monétaire de la banque centrale.

Pourtant, cette semaine de janvier 2026 marque un tournant décisif. Powell, dans une déclaration vidéo inhabituellement combatteuse, a accusé l’administration d’utiliser les procureurs fédéraux pour interférer avec la prise de décision de la Fed concernant les taux d’intérêt. Il a souligné que cette action sans précédent doit être replacée dans le contexte plus large des menaces et pressions constantes de l’administration. Cette sortie remarquée d’un président de Fed habituellement réserve témoigne de la gravité de la situation et du sentiment que l’institution elle-même est en danger. L’indépendance de la Fed n’est pas une abstraction théorique mais une protection concrète contre l’utilisation de la politique monétaire à des fins de manipulation politique, ce qui a conduit dans le passé à des catastrophes économiques dans de nombreux pays.

Il y a quelque chose de profondément dérangeant à voir un homme comme Jerome Powell, qui a passé sa carrière à naviguer dans les eaux troubles de la finance avec une prudence exemplaire, être forcé de sortir de sa réserve pour défendre ce qui devrait être acquis. L’indépendance de la Fed n’est pas un luxe, c’est une nécessité vitale. Je pense aux générations précédentes qui ont construit ce système, qui ont compris que l’argent ne doit pas être soumis aux caprices du pouvoir politique. Et aujourd’hui, cet héritage est en train d’être démantelé sous nos yeux. C’est comme si l’on décidait de retirer les fondations d’une maison parce qu’on trouve la pierre trop lourde. Le résultat prévisible est l’effondrement.

Les conséquences économiques redoutées

Les économistes et les experts financiers sonnent l’alarme sur les conséquences potentiellement désastreuses d’une érosion de l’indépendance de la Fed. Jamie Dimon, le directeur général de JPMorgan Chase, a déclaré publiquement que toute action qui fragilise l’indépendance de la banque centrale n’est pas une bonne idée et aura probablement l’effet inverse de celui recherché : elle augmentera les attentes d’inflation et finira probablement par faire monter les taux à long terme. Cette analyse est partagée par de nombreux professionnels de la finance qui craignent que la politisation de la politique monétaire ne conduise à une spirale inflationniste incontrôlable, forçant la Fed à des corrections brutales et douloureuses par la suite.

Robin Vince, directeur général de BNY Mellon, dont la banque joue un rôle critique dans les marchés de titres de la dette publique américaine qui sous-tendent le système financier mondial, a souligné que l’enquête sur les déclarations de Powell au Congrès risque d’ébranler les fondations du marché obligataire et de compromettre l’agenda d’accessibilité de Trump. Il a noté que cette démarche pourrait potentiellement faire monter les taux d’intérêt, ce qui irait à l’encontre des objectifs affichés de l’administration en matière de coûts pour les consommateurs et les entreprises. Cette analyse lucide illustre le paradoxe fondamental de l’approche trumpienne : tenter de forcer des taux plus bas par des moyens politiques risque en réalité de créer l’instabilité qui fera monter les taux naturellement, en réponse aux craintes des investisseurs sur la crédibilité de la politique monétaire américaine.

C’est ce qu’on appelle une belle ironie tragique. Trump veut des taux bas, et sa méthode pour les obtenir risque précisément de les faire exploser. J’ai vu ce scénario se jouer dans d’autres contextes, d’autres pays où les politiques ont essayé de manipuler les indicateurs économiques par la force. Ça ne finit jamais bien. Ce qui me frappe, c’est l’incapacité à comprendre que l’économie fonctionne comme un organisme vivant, pas comme une machine que l’on peut piloter à volonté. La confiance est le carburant de ce système. Quand on sème le doute sur les institutions qui garantissent cette confiance, on prépare le terrain pour une crise qui fera bien plus mal que les taux élevés que l’on essaie désespérément d’éviter.

Sources

Sources primaires

Rolling Stone France, Trump contre la Fed : le bras de fer fait flamber l’or, 13 janvier 2026

NPR, What to know about Trump’s ugly feud with the Federal Reserve, 13 janvier 2026

CNBC, ‘Sell America’ trade: Dollar drops, gold surges as Trump’s Fed pressure campaign raises fears about U.S. system, 12 janvier 2026

Politico, Dimon, Wall Street heavyweights rally around Powell, 13 janvier 2026

Fortune, Current price of gold as of January 13, 2026, 13 janvier 2026

Sources secondaires

Bloomberg, Gold Steadies After Surging on Worries Over Fed Independence, 12 janvier 2026

France Info, Analyse d’Emmanuel Cugny sur le conflit Trump-Fed, 13 janvier 2026

Yahoo Finance, Gold and Silver Storm to Records as Fed Hit With DOJ Investigation, 12 janvier 2026

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!

Commentaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest
0 Commentaires
Newest
Oldest Most Voted
Inline Feedbacks
View all comments
Plus de contenu