Un cadre de coopération stratégique
Le point d’orgue de cette première journée à Pékin a été la signature d’un accord de coopération économique et commerciale, véritable feuille de route pour booster les échanges après des années de difficultés diplomatiques. Ce document, bien que non contraignant, marque le début de dialogues au niveau ministériel qui n’avaient pas eu lieu depuis près d’une décennie, selon un haut responsable canadien. L’accord énergétique en particulier représente une première étape importante, avec un engagement des deux parties à maintenir des canaux de communication ouverts pour résoudre les problèmes liés au commerce des produits agricoles. C’est un geste concret qui montre que les deux pays sont prêts à dépasser leurs différends.
Dans cette feuille de route, Ottawa a accueilli favorablement les investissements chinois dans l’énergie, l’agriculture et les produits de consommation, tandis que Pékin s’est dit impatient de voir les investissements canadiens dans les services, les nouveaux matériaux, l’aérospatiale et la fabrication avancée, entre autres domaines. C’est une approche équilibrée qui reconnaît les besoins mutuels des deux économies. Le ministre canadien des Ressources naturelles, Tim Hodgson, a déclaré avoir entendu « très clairement » que la Chine cherchait des partenaires commerciaux fiables et aimerait avoir plus de produits énergétiques canadiens. Les Chinois, semble-t-il, sont prêts à faire des affaires — mais à leurs conditions.
Il faut lire entre les lignes de cet accord énergétique. Ce n’est pas un traité contraignant avec des engagements chiffrés et des échéances précises — c’est plus un protocole d’intention, une déclaration philosophique que, oui, on pourrait peut-être faire des affaires ensemble. Et ça, c’est à la fois encourageant et inquiétant. Encourageant parce que le dialogue est enfin rétabli, inquiétant parce que Pékin garde toutes les cartes en main. Ils nous disent : « On veut votre énergie, » mais ils ne signent rien qui les oblige à l’acheter. C’est du marchandage à l’échelle internationale, et il va falloir être très astucieux pour ne pas se faire avoir.
Pétrole, gaz et uranium dans la balance
Le mémorandum d’entente signé par Hodgson et ses homologues chinois s’appuie sur un accord précédent et stipule que les deux pays discuteront du développement des ressources pétrolières et gazières, du gaz naturel liquéfié (GNL) ainsi que du gaz de pétrole liquéfié, et des réductions d’émissions. Mais Pékin ne s’est pas engagé à acheter davantage de pétrole et de GNL canadiens, ce qui représente une déception certaine pour les producteurs de l’ouest canadien qui espéraient des contrats fermes. En matière d’énergie, les deux côtés prévoient d’explorer le développement du pétrole et du gaz, ainsi que la coopération dans le commerce de l’uranium naturel.
Cette dimension nucléaire est particulièrement intéressante. Le Canada possède d’importantes réserves d’uranium et une expertise reconnue dans le secteur nucléaire, tandis que la Chine cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement en combustible nucléaire dans le cadre de sa transition énergétique. Le dialogue énergétique établi par cet accord pourrait ouvrir la voie à des collaborations dans ce secteur stratégique, où les questions de sécurité et de non-prolifération sont évidemment cruciales. Carney a d’ailleurs souligné que ces pactes fournissent « un exemple au monde de coopération » en un temps de division et de désordre globaux.
Section 3 : Le contexte tendu des relations sino-canadiennes
Dix années de turbulences diplomatiques
Les relations entre le Canada et la Chine n’ont pas toujours été aussi fraîches, loin de là. La dernière décennie a été marquée par des périodes de tension qui ont considérablement érodé la confiance entre les deux nations. La visite de Carney est en soi une tentative de recalibrer des liens qui s’étaient sérieusement dégradés sous le gouvernement de Justin Trudeau. Les deux pays ont eu des désaccords majeurs sur des questions allant des droits de la personne à la sécurité nationale, en passant par le commerce et la technologie. Ces tensions ont fini par affecter les échanges économiques, avec des conséquences concrètes pour les entreprises et les travailleurs des deux côtés.
La Chine est le deuxième partenaire commercial du Canada, mais les relations se sont envenimées au fil des années. Ottawa a exprimé à plusieurs reprises ses préoccupations concernant les pratiques commerciales de Pékin, notamment ce qu’elle considère comme des politiques de concurrence déloyale et des subventions étatiques massives qui distordent les marchés mondiaux. De son côté, la Chine a critiqué ce qu’elle perçoit comme l’ingérence du Canada dans ses affaires internes et son alignement trop étroit avec les politiques américaines qui lui sont hostiles. C’est dans ce contexte de méfiance mutuelle que Carney tente aujourd’hui de rétablir un dialogue constructif.
Quand on regarde l’historique des relations sino-canadiennes, on ne peut s’empêcher de penser que c’est un peu comme un couple qui se dispute sans fin. D’un côté, le Canada qui se sent moralement supérieur et qui donne des leçons de démocratie, de l’autre, la Chine qui fait passer ses intérêts économiques avant tout et qui n’apprécie pas qu’on lui dicte sa conduite. Résultat : des années de gâchis diplomatique et des opportunités manquées. Carney essaie maintenant de réparer les pots cassés, mais il ne peut pas effacer dix années de méfiance d’un coup de baguette magique. C’est un travail de longue haleine qui exigera de la patience, du tact, et probablement une bonne dose de réalisme politique.
Les tarifs qui ont tout envenimé
Le point de bascule le plus récent a eu lieu en 2024, lorsque le gouvernement Trudeau a imposé des tarifs sur les véhicules électriques chinois, suivant une initiative similaire des États-Unis. À l’époque, Trudeau avait justifié ces tarifs en affirmant que les subventions de l’État chinois avaient donné aux fabricants chinois un avantage injuste sur le marché mondial, nuisant aux perspectives de l’industrie automobile canadienne. La Chine a riposté le mois de mars dernier avec des tarifs sur plus de 2,6 milliards de dollars de produits agricoles et alimentaires canadiens, tels que l’huile et le tourteau de canola, suivis de tarifs sur les graines de canola en août.
Ces représailles ont eu un impact immédiat et visible : les importations chinoises de biens canadiens ont chuté de 10,4% en 2025. Les producteurs de canola, en particulier dans l’Ouest canadien, ont été durement touchés par cette escalade protectionniste. Le canola est une culture essentielle pour l’agriculture canadienne, et la Chine est traditionnellement l’un de ses plus importants marchés. La perte de cet accès a créé une crise majeure pour les agriculteurs qui dépendent de ces exportations. Carney est désormais sous une pression immense pour obtenir un soulagement pour le secteur agricole canadien, mais jusqu’à présent, les négociations n’ont pas encore abouti à une résolution claire.
Section 4 : L'ombre de Washington et la quête d'indépendance
Trump qui bouscule les alliances
Il est impossible de comprendre la visite de Carney en Chine sans prendre en compte le contexte américain. Le président Donald Trump a bousculé les alliances traditionnelles depuis son retour à la Maison Blanche, imposant des tarifs sur certains biens canadiens l’année dernière et suggérant que le Canada pourrait devenir le 51e État américain. Ces remarques, certes provocatrices, reflètent une réalité plus profonde : les États-Unis ne considèrent plus nécessairement le Canada comme un partenaire respecté, mais plutôt comme une extension de leur marché intérieure qu’ils peuvent traiter à leur guise.
Mardi dernier, Trump a déclaré que l’Accord États-Unis-Mexique-Canada (USMCA), qui doit être révisé cette année, n’était « pas pertinent » pour les États-Unis. Cette déclaration est extrêmement préoccupante pour Ottawa, qui compte sur cet accord pour encadrer ses relations commerciales avec son voisin du sud. Le Canada a historiquement envoyé environ 75% de ses exportations vers les États-Unis, une dépendance économique qui le rend extrêmement vulnérable aux caprices de la politique américaine. La visite de Carney en Chine doit être lue à travers ce prisme : c’est une tentative urgente de diversifier les partenariats commerciaux du Canada pour réduire cette dangereuse dépendance.
Trump, c’est comme ce parent toxique qui ne peut s’empêcher de vous rabaisser quoi que vous fassiez. D’un côté, il vous traite comme sa petite chose, de l’autre, il menace de vous détruire si vous ne vous pliez pas à ses exigences. Et le Canada, ce bon élève docile, a passé des décennies à accepter ce traitement par peur de perdre l’accès au marché américain. Mais là, c’est devenu insupportable. Quand Trump parle de faire du Canada le 51e État, ce n’est pas une blague — c’est une menace. Et Carney, il a compris une chose fondamentale : la seule façon de ne plus être traité comme une province américaine, c’est de prouver qu’on a d’autres options.
La diversification devient urgence
La stratégie de Carney est claire : doubler les exportations non américaines au cours de la prochaine décennie. La Chine, avec son immense marché et sa demande constante en ressources naturelles, représente évidemment une pièce maîtresse de cette stratégie. Le Canada possède d’énormes réserves de pétrole, de gaz, de minerais et de produits agricoles que la Chine, avec sa population de 1,4 milliard d’habitants et son économie en pleine croissance, désespérément besoin. Cette complémentarité économique est évidente, mais il a fallu attendre que les relations avec Washington se détériorent pour qu’Ottawa prenne enfin la diversification au sérieux.
La ministre canadienne de l’Industrie, Mélanie Joly, a déclaré aux journalistes que le Canada et la Chine entrent désormais dans « une nouvelle ère de partenariat ». Ces mots ne sont pas anodins : ils marquent une rupture consciente avec l’approche précédente qui privilégiait les relations avec les États-Unis au détriment d’autres marchés. Bien sûr, personne ne suggère que le Canada puisse ou veuille remplacer complètement son partenariat avec les États-Unis — c’est économiquement impossible — mais diversifier est devenu une question de prudence stratégique. Comme on dit, il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier, et Ottawa a appris cette leçon à ses dépens.
Section 5 : Ce que dit vraiment l'accord
Des engagements non contraignants
Il est important de comprendre la nature précise de l’accord signé ce jeudi à Pékin. Le mémorandum d’entente sur l’énergie est un document non contraignant, ce qui signifie qu’il ne crée pas d’obligations légales pour les deux parties. C’est plutôt une déclaration d’intention qui établit un cadre pour de futures discussions et collaborations. Carney et ses ministres ont présenté cet accord comme une étape importante, mais il ne contient pas de quotas d’exportation, de prix garantis ou d’engagements chiffrés d’aucune sorte. Pour les sceptiques, c’est peu de chose ; pour les optimistes, c’est un début nécessaire.
Le texte du mémorandum stipule que les deux pays s’engageront dans un dialogue au niveau ministériel sur l’énergie — ce qui n’avait pas eu lieu depuis près d’une décennie — et exploreront les opportunités dans les secteurs du pétrole, du gaz, du nucléaire et des technologies propres. Il mentionne également la volonté de collaborer sur la réduction des émissions, ce qui est particulièrement pertinent compte tenu des ambitions climatiques du Canada et des objectifs de neutralité carbone de la Chine d’ici 2060. Mais au-delà de ces déclarations d’intention, l’accord ne contient pas de mécanismes de mise en œuvre ni de calendrier précis.
Je ne vais pas mentir : quand j’ai lu les détails de cet accord, ma première réaction a été « c’est tout ? » Un mémorandum d’entente non contraignant, sans engagements concrets, sans chiffres, sans échéances — c’est ce qu’on appelle du diplomate en jargon politique. Carney peut bien clamer haut et fort que c’est un accord historique, mais pour l’instant, c’est surtout du symbole. Et le symbole, c’est bien, mais ça ne paie pas les factures. Les agriculteurs canadiens qui perdent des millions à cause des tarifs chinois n’ont pas besoin de symboles — ils ont besoin de contrats. Les producteurs de pétrole de l’Alberta ne veulent pas des déclarations d’intention — ils veulent des pipelines et des clients. La vraie question, c’est : est-ce que ce symbole va se transformer en substance ?
La Chine veut mais ne promet pas
Tim Hodgson, le ministre canadien des Ressources naturelles, a été prudent mais optimiste dans ses déclarations aux journalistes. « Ils sont très clairs, ils aimeraient avoir plus de produits canadiens, » a-t-il dit, ajoutant que les responsables chinois recherchent des partenaires fiables et « veulent plus de ce que nous avons. » Mais cette demande exprimée ne s’est pas traduite par des engagements formels dans le mémorandum. Pékin a maintenu une position prudente, reconnaissant l’intérêt pour les ressources énergétiques canadiennes mais sans signer d’accords d’achat à long terme.
Cette approche typiquement chinoise n’est pas surprenante. Pékin préfère généralement garder ses options ouvertes et maximiser sa marge de manœuvre dans les négociations internationales. En exprimant un intérêt pour les produits énergétiques canadiens sans s’engager formellement, la Chine envoie un signal positif à Ottawa tout en se réservant la possibilité de poursuivre d’autres fournisseurs si les conditions ne sont pas à son avantage. Pour le Canada, cela signifie que la concurrence pour accéder au marché chinois restera féroce, et que les concessions sur d’autres dossiers — notamment les tarifs sur les véhicules électriques chinois — pourraient être nécessaires pour obtenir des contrats fermes.
Section 6 : Les rencontres d'affaires qui comptent
CATL, Alibaba et les géants chinois
Pendant son séjour à Pékin, Carney n’a pas seulement rencontré des responsables politiques. Le premier ministre canadien a tenu une série de réunions avec des dirigeants d’entreprises chinoises majeures, reconnaissant que les relations commerciales se construisent autant dans les salles de conseil que dans les palais gouvernementaux. Parmi les entreprises qu’il a visitées figurent Contemporary Amperex Technology (CATL), le géant mondial des batteries pour véhicules électriques, China National Petroleum Corp, ainsi que des responsables du fabricant d’éoliennes intelligentes Envision Energy.
Ces rencontres sont stratégiquement importantes à plusieurs égards. CATL, en particulier, représente une opportunité majeure pour le Canada, qui cherche à développer sa propre chaîne de valeur pour les véhicules électriques. Les batteries sont le composant le plus coûteux des véhicules électriques, et le contrôle de leur production est essentiel pour la compétitivité future de l’industrie automobile canadienne. Établir des partenariats avec CATL pourrait permettre au Canada d’accéder à des technologies de pointe et potentiellement d’attirer des investissements dans la fabrication de batteries sur son territoire. De même, les discussions avec China National Petroleum Corp pourraient ouvrir des opportunités pour les producteurs canadiens de pétrole et de gaz.
Il y a quelque chose d’ironique dans cette image : un premier ministre canadien qui court après les géants chinois de la technologie alors que son propre pays a construit sa prospérité sur des industries traditionnelles. C’est comme si le Canada réalisait soudainement que pour rester pertinent dans l’économie du XXIe siècle, il doit se réinventer. Et cette réinvention passe par Pékin, qu’on le veuille ou non. CATL, Alibaba, Envision Energy — ce sont les acteurs qui façonnent l’économie mondiale d’aujourd’hui, et le Canada veut sa place à cette table. C’est un mélange de réalisme brutal et d’ambition démesurée qui, honnêtement, pourrait bien payer.
Les investissements croisés en perspective
Les discussions ne se limitent pas aux exportations canadiennes vers la Chine. La feuille de route économique signée jeudi mentionne également l’intérêt de Pékin pour les investissements canadiens dans les services, les nouveaux matériaux, l’aérospatiale et la fabrication avancée. Carney a également rencontré des responsables de la Banque industrielle et commerciale de Chine, de la société d’investissement Primavera Capital Group et du titan du commerce électronique Alibaba. Ces conversations suggèrent une vision plus large de la relation économique sino-canadienne, basée sur des flux d’investissements croisés plutôt que sur un simple commerce unidirectionnel.
Pour le Canada, attirer des investissements chinois dans des secteurs comme l’aérospatiale ou les matériaux avancés pourrait apporter des capitaux et des technologies qui accéléreraient sa transition vers une économie plus diversifiée et plus axée sur l’innovation. L’aérospatiale canadienne, avec des entreprises comme Bombardier et CAE, est déjà un acteur mondial, mais pourrait bénéficier de partenariats stratégiques avec des entreprises chinoises cherchant à développer leurs capacités dans ce secteur. De même, les investissements dans les matériaux avancés — notamment pour les batteries et les technologies énergétiques — pourraient positionner le Canada comme un fournisseur critique pour la chaîne d’approvisionnement technologique mondiale.
Section 7 : L'agriculture canadienne reste sous tension
Le dossier canola toujours non résolu
Malgré les déclarations optimistes sur une « nouvelle ère de partenariat, » l’un des dossiers les plus urgents pour le Canada reste non résolu : les tarifs chinois sur les produits agricoles, notamment le canola. La Chine a imposé des droits de douane sur plus de 2,6 milliards de dollars de produits agricoles et alimentaires canadiens en mars dernier, suivis de tarifs sur les graines de canola en août, en représailles aux tarifs canadiens sur les véhicules électriques chinois. Ces mesures ont provoqué une chute de 10,4% des importations chinoises de biens canadiens en 2025.
Les producteurs de canola, particulièrement dans les provinces de l’Ouest comme la Saskatchewan et le Manitoba, subissent de plein fouet ces représailles. Le canola représente une part essentielle des revenus agricoles dans ces régions, et la Chine a traditionnellement été l’un de leurs plus importants marchés. La perte de cet accès a créé une crise économique majeure, avec des agriculteurs qui se retrouvent avec des surplus invendus et des prix effondrés. Le premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, a accompagné Carney à Pékin, soulignant l’importance de ce dossier pour sa province et l’attente d’un accord qui permettrait de lever ces tarifs punitifs.
On peut parler pendant des heures de partenariats stratégiques et d’accords énergétiques, mais pour un agriculteur de la Saskatchewan dont les champs sont remplis de canola qu’il ne peut plus vendre en Chine, tout ça ne veut rien dire. C’est la réalité crue de la géopolitique : les grandes déclarations diplomatiques ne mettent pas du pain sur la table. Et ce qui me frustre le plus, c’est que les agriculteurs canadiens paient le prix pour une guerre commerciale qu’ils n’ont pas choisie. Ils sont pris en otage dans un conflit entre Ottawa et Pékin, et pour l’instant, personne ne semble capable de les sortir de ce pétrin. Carney peut bien rencontrer tous les ministres chinois qu’il veut, mais s’il ne revient pas avec un accord sur le canola, beaucoup d’agriculteurs ne lui pardonneront pas.
Les producteurs attendent des réponses
Jusqu’à présent, les négociations sur les tarifs agricoles n’ont pas abouti à une résolution claire. Mélanie Joly, la ministre canadienne de l’Industrie qui fait partie de la délégation de Carney, a déclaré aux journalistes que « il y a encore des négociations en cours » lorsqu’on lui a demandé si le Canada pourrait réduire de 50% les tarifs sur les véhicules électriques chinois. Les négociations se poursuivront vendredi, a-t-elle précisé. Cette prudence suggère que les deux parties sont encore loin d’un compromis, et que les concessions nécessaires pour lever les tarifs chinois sur l’agriculture canadienne restent à déterminer.
La ministre des Affaires étrangères, Anita Anand, a déclaré mercredi que les discussions étaient « constructives » dans les efforts pour convaincre la Chine d’abaisser ses tarifs sur le secteur agricole. Mais sans détails concrets sur ce que le Canada est prêt à offrir en échange, les producteurs restent dans l’incertitude. Les représentants de l’industrie agricole canadienne exercent une pression intense sur le gouvernement pour qu’il obtienne un soulagement rapide, mais Ottawa doit naviguer entre les impératifs économiques, les considérations politiques et les relations avec Washington, qui surveille attentivement ce rapprochement avec Pékin.
Section 8 : La diplomatie au travail
Zhao Leji et Li Qiang en première ligne
Les rencontres de Carney avec les dirigeants chinois ont été soigneusement orchestrées pour démontrer le sérieux de cet effort de rapprochement. Lors de sa réunion avec Zhao Leji, le président du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire, Carney a réitéré son optimisme sur la progression des relations bilatérales. Zhao, pour sa part, a indiqué par l’intermédiaire d’un interprète que Xi aura une discussion approfondie avec Carney vendredi et que la Chine est prête à avancer sur leur partenariat stratégique. Ces échanges protocolaires sont essentiels pour établir la confiance et réaffirmer l’engagement politique des deux parties au plus haut niveau.
Plus tôt dans la journée, le Premier ministre chinois Li Qiang avait déclaré à la ministre des Affaires étrangères Anita Anand que la visite de Carney représente un tournant dans les relations et que Pékin est disposé à éliminer les obstacles et à améliorer la communication et la confiance. Cette déclaration est significative car elle émane du numéro deux du régime chinois, suggérant que le rapprochement avec le Canada a l’approbation des plus hautes autorités. Li Qiang, proche allié de Xi Jinping, occupe une position clé dans la hiérarchie chinoise, et son soutien explicite à ce rétablissement des relations envoie un signal fort aux différentes agences gouvernementales et entreprises chinoises.
C’est fascinant d’observer cette danse diplomatique en temps réel. Chaque mot est pesé, chaque geste est calculé, chaque rencontre est soigneusement programmée pour transmettre un message précis. Carney fait l’éloge du leadership de Xi, Zhao Leji promet des discussions approfondies, Li Qiang parle de tournant historique — tout cela compose une symphonie de la coopération soigneusement orchestrée. Mais derrière la chorégraphie protocolaire, il y a des intérêts réels et contradictoires qui s’affrontent. La Chine n’est pas une bienfaitrice philanthropique — elle poursuit ses propres intérêts géopolitiques et économiques avec une détermination froide. Carney le sait, et son travail consiste à naviguer dans ces eaux troubles sans se faire noyer.
La rencontre avec Xi Jinping attendue
Le point culminant de cette visite sera la rencontre prévue ce vendredi entre Carney et le président Xi Jinping. Cette rencontre fait suite à leur première rencontre en Corée du Sud en octobre dernier, qui avait déjà marqué un début de réchauffement des relations. Xi Jinping, le dirigeant le plus puissant de Chine depuis des décennies, concentre entre ses mains un contrôle sans précédent sur l’appareil d’État, et son soutien personnel est essentiel pour tout accord significatif. La discussion devrait aborder non seulement les questions commerciales, mais aussi les enjeux géopolitiques plus larges.
Pour Carney, cette rencontre représente à la fois une opportunité et un défi. D’un côté, elle offre la possibilité d’établir une relation personnelle directe avec le dirigeant chinois, ce qui pourrait faciliter la résolution de dossiers bloqués et ouvrir de nouvelles opportunités de coopération. D’un autre côté, elle mettra en évidence les divergences profondes qui existent entre les deux pays sur des questions comme les droits de la personne, la sécurité internationale et la governance mondiale. Carney devra trouver le juste équilibre entre la nécessité de faire avancer les intérêts économiques du Canada et le respect des valeurs fondamentales qu’il représente.
Conclusion : Un nouveau chapitre s'écrit
Vers une ère de partenariat ?
Alors que s’achève cette première journée de pourparlers à Pékin, il est clair que quelque chose a changé dans la relation entre le Canada et la Chine. Après des années de tension et de méfiance mutuelle, les deux pays semblent déterminés à explorer un nouveau chapitre de leur relation. Carney a déclaré que les progrès réalisés ces derniers mois aideront à préparer le Canada et la Chine « pour le nouvel ordre mondial » et qu’en travaillant ensemble, les deux pays pourront créer « une plus grande stabilité, sécurité, durabilité et prospérité pour tous nos peuples. »
Cette vision ambitieuse reflète la reconnaissance par Ottawa que le monde est en pleine mutation et que les alliances traditionnelles ne suffisent plus à garantir la sécurité et la prospérité du Canada. La montée de la Chine comme puissance économique et géopolitique est un fait incontournable, et le Canada a tout intérêt à construire une relation constructive avec ce géant asiatique plutôt que de rester enfermé dans une dépendance exclusive à l’égard des États-Unis. L’accord énergétique signé jeudi, bien que modeste dans son contenu immédiat, représente un premier pas dans cette direction.
Quand on regarde l’ensemble de ce voyage, on ne peut s’empêcher de ressentir un mélange d’espoir et d’appréhension. L’espoir parce que, enfin, le Canada semble prendre son destin en main et ose regarder au-delà de son voisin du sud. L’appréhension parce que Pékin n’est pas un partenaire facile, et que les concessions nécessaires pourraient coûter cher. Mais honnêtement, le statu quo n’était plus tenable. Le Canada ne peut pas continuer à dépendre à 75% des États-Unis dans un monde où Washington devient de plus en plus imprévisible et protectionniste. Carney a pris une décision courageuse en s’engageant avec la Chine, et seulement l’histoire dira si c’était la bonne. Mais une chose est sûre : il a choisi l’action plutôt que l’inaction, et ça, ça mérite respect.
Les défis qui restent à surmonter
Pourtant, les obstacles restent nombreux. Les tarifs sur les produits agricoles canadiens restent en place, et aucun accord ferm n’a été conclu sur l’achat accru de pétrole et de gaz canadiens. Les entreprises chinoises avec lesquelles Carney a rencontré restent prudentes dans leurs engagements, préférant conserver une flexibilité maximale. Et aux États-Unis, l’administration Trump observe ce rapprochement avec une suspicion croissante, ce qui pourrait avoir des conséquences sur les relations commerciales déjà fragiles entre Washington et Ottawa.
La route vers un véritable partenariat stratégique entre le Canada et la Chine sera longue et parsemée d’embûches. Elle exigera de la patience, du tact diplomatique, et probablement des concessions douloureuses des deux côtés. Mais cette visite de Carney marque indéniablement le début d’une nouvelle approche canadienne de ses relations internationales — une approche qui reconnaît que dans un monde multipolaire, le Canada doit diversifier ses alliances et construire des relations avec une variété de partenaires pour garantir sa prospérité et sa sécurité future. Le premier chapitre de cette nouvelle histoire s’écrit cette semaine à Pékin, et les chapitres suivants dépendront de la capacité de Carney à transformer ce début de réconciliation en un partenariat durable et mutuellement bénéfique.
Sources
Sources primaires
Hindustan Times, « Canada’s Mark Carney hails warmer ties with China and signs energy pact, » 15 janvier 2026
Reuters, « Canada’s Carney hails warmer ties with China and signs energy pact, » 15 janvier 2026
CBC News, « Carney’s 1st day in China secures agreement on energy — but no tariff breakthrough yet, » 15 janvier 2026
Bloomberg, « China, Canada Sign Energy Deal to Boost Trade and Investment Ties, » 15 janvier 2026
Sources secondaires
Chatham House, « As Carney visits China to diversify Canada’s trade, the ‘Donroe Doctrine’ further strains US relations, » janvier 2026
New York Times, « Caught Between Superpowers, Canada Seeks a New Path in Beijing, » 14 janvier 2026
BBC News, « Canada’s Carney to visit Xi in China, marking ‘turning point’ in relations, » janvier 2026
North Shore News, « A timeline of a turbulent decade in the Canada-China relationship, » 2025
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