La Pologne, sentinelle de l’alliance en danger
Donald Tusk n’est pas n’importe qui. C’est l’ancien président du Conseil européen, un poids lourd de la politique européenne, un homme qui a navigué dans les eaux troubles de la diplomatie internationale pendant des décennies. Et surtout, c’est le dirigeant d’un pays qui sait ce que signifie être pris en étau entre grandes puissances. La Pologne a été envahie, déchirée, occupée à répétition au cours de son histoire. Pour Varsovie, l’OTAN n’est pas une abstraction diplomatique. C’est une question de survie nationale. Face à une Russie de plus en plus agressive, face à un Kremlin qui n’a jamais caché ses ambitions impériales, l’alliance atlantique est le seul rempart qui tient.
Alors quand Tusk parle, l’Europe écoute. « Je suis très inquiet au sujet du Groenland », a-t-il déclaré dès le 9 janvier. « Et je suis aussi très inquiet des événements aux États-Unis, de tout ce qui crée des tensions idéologiques et politiques au sein de l’OTAN. » Tusk se décrit comme « probablement le politicien le plus pro-américain d’Europe ». Difficile d’imaginer plus pro-américain, dit-il. La Pologne est un allié exceptionnel des États-Unis. Mais justement. Parce qu’elle est dans cette position, parce qu’elle est loyale, Varsovie refuse de se taire. « Quand on est dans une telle position, on ne discute pas à genoux. On dit ce qu’on pense. Entre amis, il faut être honnête sur ce qu’on aime et ce qu’on n’aime pas. »
Un désastre qui détruirait tout
Ce 15 janvier, devant la presse mondiale, Tusk va plus loin. Beaucoup plus loin. « Une tentative de prise de contrôle d’une partie d’un État membre de l’OTAN par un autre État membre de l’OTAN serait un désastre politique. » Il marque une pause. Cherche ses mots. Puis lâche la bombe : « Ce serait la fin du monde tel qu’on le connaît. » Le monde qui garantissait un ordre basé sur la solidarité OTAN. Le monde qui retenait les « forces du mal » — le terrorisme communiste, d’autres formes d’agression. Ce monde-là, construit pierre par pierre depuis 1949, pourrait s’effondrer sur le Groenland.
Tusk ne dramatise pas. Il constate. L’OTAN perdrait son sens, son essence, sa raison d’être si un conflit ou des conflits mutuels éclataient au sein de l’alliance. Comment défendre la solidarité collective quand le plus puissant des membres menace d’envahir l’un des plus petits ? Comment invoquer l’Article 5 contre la Russie ou la Chine si cet article devient une arme retournée contre les alliés eux-mêmes ? Tusk promet de tout faire pour que l’Europe reste unie sur cette question. Le Danemark peut compter sur la « solidarité de toute l’Europe », affirme-t-il. Mais il ajoute, lucide, qu’il faut s’assurer que « les liens transatlantiques, qui sont le fondement de l’OTAN et de notre sécurité, ne souffrent pas dans les jours et les mois à venir ».
Et moi, je me pose la question : est-ce qu’on se rend compte de ce qui se joue ? Tusk ne parle pas d’une crise passagère. Il parle de l’effondrement. De la fin. Pas d’un ajustement, pas d’une réforme. De la destruction pure et simple de l’architecture de sécurité qui a maintenu la paix en Europe depuis 75 ans. Vous imaginez ? 75 ans de paix relative. Deux générations qui n’ont pas connu de guerre majeure sur le sol européen. Et tout ça pourrait exploser sur une île de glace à cause d’un président américain qui veut « posséder » le Groenland parce que, selon ses mots, « psychologiquement, la propriété est importante pour le succès ». Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer.
Section 3 : Les 44 cercueils — la trahison ultime
Le sang versé ensemble
44 soldats danois sont morts en Afghanistan. 44 cercueils sont revenus au Danemark drapés du Dannebrog, le drapeau rouge à croix blanche. Huit autres sont tombés en Irak. Au total, 52 vies sacrifiées dans des guerres menées par les États-Unis, aux côtés des États-Unis, au nom de l’alliance atlantique. Le Danemark, petit pays de six millions d’habitants, a subi l’un des taux de pertes les plus élevés par habitant de toute la coalition en Afghanistan. Ils n’ont pas combattu « avec des réserves », comme le soulignent les observateurs militaires. Ils se sont battus « sans restrictions » — without caveat, dans le jargon de l’OTAN. Ils ont accepté les missions les plus dangereuses. Ils ont opéré dans la province de Helmand, l’une des zones les plus meurtrières du pays.
En 2012, le président Barack Obama remerciait publiquement le Danemark pour ses « contributions extraordinaires » à Helmand. Il saluait des troupes qui avaient « subi des pertes significatives ». Des jeunes hommes, des pères, des fils, des frères — partis servir l’alliance. Certains ne sont jamais revenus. D’autres sont revenus brisés, traumatisés, hantés par ce qu’ils avaient vu dans les montagnes afghanes. Et tout ça pour quoi ? Pour la solidarité atlantique. Pour l’idée que lorsqu’un allié appelle à l’aide, on répond. Toujours. Sans hésiter. Parce que c’est ça, l’OTAN. C’est ça, l’Article 5.
Quand l’allié devient la menace
Et maintenant ? Maintenant, le même pays qui a demandé au Danemark d’envoyer ses soldats mourir dans le désert afghan menace d’envahir militairement le Groenland, territoire danois. Donald Trump l’a dit sans détour : « L’utilisation de l’armée américaine est toujours une option à la disposition du commandant en chef. » Son porte-parole, Karoline Leavitt, l’a confirmé le 6 janvier. Stephen Miller, conseiller de Trump, a été encore plus direct : « Personne ne va combattre les États-Unis militairement pour l’avenir du Groenland. » C’est une provocation. C’est une insulte. C’est un crachat sur les tombes des 44 soldats danois morts pour l’alliance.
Mette Frederiksen, la Première ministre danoise, l’a rappelé avec une dignité douloureuse : « Pendant de nombreuses années, nous avons soutenu les Américains dans des situations très difficiles. » Elle faisait référence à l’Afghanistan et à l’Irak, où des dizaines de Danois ont été tués. Le message est clair : nous avons saigné pour vous. Nous avons enterré nos enfants pour vous. Et vous nous menacez d’invasion ? Le Danemark n’a jamais atteint l’objectif de dépenses de défense de 2 % du PIB fixé par l’OTAN pendant des années. Il tournait autour de 1,3 % dans les années 2010, atteignant 1,65 % en 2023. L’administration Trump utilise cet argument pour remettre en question l’engagement du Danemark envers l’alliance et sa capacité à défendre le Groenland. Trump lui-même a déclaré aux journalistes que « le Danemark ne sera pas capable de » protéger le Groenland contre les menaces extérieures.
Vous voulez savoir ce qui me reste en travers de la gorge ? C’est ça. Les 44 cercueils. Les familles qui ont reçu un coup de fil au milieu de la nuit. « Votre fils… Votre mari… Votre frère… » Les funérailles militaires. Les drapeaux pliés remis aux veuves. Les enfants qui grandissent sans père. Et tout ça pour quoi ? Pour qu’un président américain, des décennies plus tard, menace d’envahir leur pays ? C’est d’une cruauté inimaginable. C’est d’une ingratitude révoltante. Je ne sais même pas comment qualifier ça. Trahison ? Le mot semble encore trop faible.
Section 4 : L'Europe converge vers le Groenland
Les bottes résonnent sur la glace arctique
Dans le froid polaire du Groenland, dans le silence glacé de l’Arctique, quelque chose d’historique se produit. Des soldats de toute l’Europe convergent vers cette île immense et désolée. Ce jeudi 15 janvier, 13 militaires allemands arrivent. Une « équipe de reconnaissance », dit le ministère de la Défense allemand. Ils viennent pour une « mission d’exploration » aux côtés d’autres nations partenaires, à l’invitation du Danemark. La veille, des officiers suédois ont débarqué. Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson l’a annoncé sur X (anciennement Twitter) : « Plusieurs officiers des Forces armées suédoises arrivent au Groenland aujourd’hui. Ils font partie d’un groupe de plusieurs pays alliés. Ensemble, ils prépareront les prochains éléments dans le cadre de l’exercice danois Operation Arctic Endurance. »
Ce n’est pas inhabituel pour des pays de l’OTAN d’envoyer des troupes s’entraîner dans d’autres pays de l’OTAN. Il y a eu une pression de longue date, y compris de la part des États-Unis, pour intensifier les exercices conjoints dans le cercle arctique. Mais le timing et le symbolisme de ces dernières annonces par les nations européennes sont une démonstration significative de solidarité dans un moment de tension sans précédent au sein de l’OTAN. La France, la Norvège, les Pays-Bas — tous confirment des déploiements cette semaine. Le Canada ouvre un consulat à Nuuk. La France fait de même le 6 février, un geste qui était en préparation depuis l’année dernière mais qui prend maintenant une dimension politique explosive.
Un message à Washington
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a été clair sur RTL mercredi, selon Reuters : « Attaquer un autre membre de l’OTAN n’aurait aucun sens, ce serait même contraire aux intérêts des États-Unis… et donc ce chantage doit évidemment cesser. » Chantage. Le mot est lâché. La France ne mâche pas ses mots. L’Allemagne, la Suède, la Norvège, le Canada — tous envoient le même message : le Groenland n’est pas une terre à prendre. Le Danemark n’est pas seul. L’Europe est unie sur ce front.
Le 6 janvier, sept nations européennes — France, Allemagne, Italie, Pologne, Espagne, Royaume-Uni et Danemark — ont publié une déclaration conjointe. Le message : « Le Groenland appartient à son peuple. C’est au Danemark et au Groenland, et à eux seuls, de décider des questions concernant le Danemark et le Groenland. » La déclaration, rejointe plus tard par les Pays-Bas, souligne également la nécessité de « respecter les principes de la Charte des Nations Unies, notamment la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’inviolabilité des frontières », et que la sécurité arctique doit être garantie « collectivement » par les alliés de l’OTAN. Les Pays-Bas, la Suède, la Norvège, le Canada ont tous annoncé des mouvements similaires cette semaine face aux menaces des États-Unis.
Imaginez une seconde la scène. Des soldats allemands, suédois, français, norvégiens qui débarquent au Groenland. Pas pour combattre la Russie. Pas pour faire face à la Chine. Mais pour défendre symboliquement un territoire d’un allié OTAN… contre un autre allié OTAN. C’est du théâtre géopolitique absurde. C’est un cauchemar diplomatique. Et pourtant, c’est réel. Ça se passe maintenant. En ce moment même, pendant que vous lisez ces lignes, des troupes européennes se positionnent dans l’Arctique dans un ballet militaire qui aurait été impensable il y a encore six mois.
Section 5 : La directive de 1952 — tirer d'abord, questions après
Un décret royal qui change tout
Voici un détail qui glace le sang. En 1952, le Royaume du Danemark a émis un décret royal. Une directive militaire claire, nette, sans ambiguïté. Les unités militaires danoises ont le devoir de défendre le territoire danois s’il est soumis à une attaque armée. Et voici le passage crucial : elles doivent prendre « une action défensive immédiate si nécessaire ». Même — et c’est là que ça devient vertigineux — même si les circonstances rendent impossible d’attendre des instructions politiques ou militaires supplémentaires. En d’autres termes : si le Groenland est attaqué, les soldats danois tirent. Immédiatement. Sans attendre l’ordre de Copenhague. Sans attendre l’aval politique. Ils tirent d’abord. Ils posent les questions après.
Tobias Roed Jensen, porte-parole du Commandement de la défense danoise, l’a confirmé à The Intercept : « Les forces danoises peuvent agir pour défendre le Royaume danois dans des situations où le territoire danois ou les unités militaires danoises sont attaqués, même si les circonstances rendent impossible d’attendre des instructions politiques ou militaires supplémentaires. » Ce décret de 1952 s’applique à l’ensemble du Royaume du Danemark, y compris le Groenland. Il garantit que les forces danoises peuvent agir pour défendre le royaume dans des situations où le territoire ou les unités militaires sont attaqués, même si les circonstances empêchent d’attendre des instructions supplémentaires.
Le scénario de cauchemar
Vous voyez où ça nous mène ? Si des troupes américaines tentent de débarquer au Groenland sans autorisation, si elles tentent de prendre le contrôle de l’île par la force, les soldats danois sont tenus — pas autorisés, tenus — de riposter. Immédiatement. C’est inscrit dans leurs ordres permanents depuis 1952. Imaginez la scène. Des Marines américains qui débarquent. Des soldats danois qui pointent leurs armes sur eux. Les uns et les autres, alliés depuis des décennies, qui se retrouvent face à face, doigts sur la gâchette. Un coup de feu. Un seul. Et c’est le déclenchement d’une guerre intra-OTAN. Une guerre qui ferait exploser 75 ans d’alliance. Une guerre qui détruirait l’architecture de sécurité collective qui a préservé l’Europe de l’apocalypse.
Stephen Miller, conseiller de Trump, a proclamé avec arrogance : « Personne ne va combattre les États-Unis militairement pour l’avenir du Groenland. » Il se trompe. Ou plutôt, il bluffe. Parce que le Danemark a déjà dit qu’il riposterait. Mette Frederiksen l’a confirmé. Les analystes de la défense européenne — au Royal Danish Defense College, au European Policy Centre — préviennent que les membres de l’OTAN doivent maintenant envisager en privé des plans de contingence pour des scénarios qu’ils considéraient auparavant comme impensables. Y compris ce que signifierait défendre le Danemark… contre les États-Unis. L’impensable est devenu pensable. Le cauchemar est devenu planifiable.
Ce décret de 1952, je ne peux pas m’empêcher d’y revenir. Il a été écrit dans un autre monde. Un monde où l’ennemi était clair : l’Union soviétique. Le Pacte de Varsovie. Le communisme. Jamais, au grand jamais, les rédacteurs de ce décret n’ont imaginé qu’il pourrait un jour s’appliquer contre les États-Unis. C’est tellement absurde que ça en devient tragique. Des soldats danois et américains qui se tirent dessus au Groenland ? Voilà où on en est. Voilà le niveau de folie qu’on a atteint.
Section 6 : L'Article 5 — l'arme retournée contre son créateur
Le paradoxe juridique ultime
Parlons de l’Article 5. Le cœur battant de l’OTAN. La clause qui a tout changé quand elle a été invoquée pour la première et seule fois de l’histoire — après le 11 septembre 2001. « Une attaque armée contre un ou plusieurs membres constitue une attaque contre tous. » Et les autres membres doivent assister la nation attaquée avec des forces armées, si nécessaire. C’est le pacte sacré. C’est la promesse qui a maintenu la paix. Maintenant, imaginez ce qui se passe si les États-Unis attaquent le Groenland. Le Danemark est attaqué. L’Article 5 devrait théoriquement s’appliquer. Tous les membres de l’OTAN devraient venir défendre le Danemark. Contre qui ? Contre les États-Unis. Contre le membre le plus puissant de l’alliance. Contre celui qui a créé l’OTAN en 1949.
C’est un paradoxe juridique total. Une boucle infinie de contradictions. Mette Frederiksen l’a souligné : « Si les États-Unis choisissent d’attaquer militairement un autre pays de l’OTAN, alors tout s’arrête. » L’Article 5 ferait d’une invasion américaine du Groenland une attaque contre le Danemark lui-même, obligeant théoriquement les autres membres de l’OTAN à défendre le Danemark contre les États-Unis. C’était, jusqu’à récemment, impensable qu’un membre en attaque un autre. Comment invoquer la défense collective quand le plus puissant des membres devient l’agresseur ?
La fin de la crédibilité
Le sénateur Chris Murphy l’a dit clairement : les pays de l’OTAN devraient défendre le Groenland en vertu de l’Article 5 si les États-Unis sous Donald Trump attaquaient. « Nous rions, mais ce n’est pas vraiment quelque chose dont il faut rire maintenant parce que je pense qu’il est de plus en plus sérieux », a déclaré Murphy. Le sénateur Ruben Gallego a même introduit une législation pour interdire l’utilisation de fonds militaires pour toute action contre le Groenland. Mais voilà le problème : même si les autres membres de l’OTAN voulaient défendre le Danemark, le feraient-ils vraiment ?
Les analystes sont sceptiques. Jamie Shea, ancien secrétaire général adjoint de l’OTAT, a dit à CNBC : « Quel commandant militaire européen va ouvrir le feu sur un transport de troupes américaines arrivant au Groenland ? Cela déclencherait une guerre inter-OTAT, potentiellement. Et les États-Unis le savent. » Anthony Arnold, du King’s College, est d’accord : « Ils ne tireraient tout simplement pas sur eux. Donc vous vous retrouvez dans cette position étrange où les États-Unis mettent simplement ces troupes au Groenland et les Européens ne peuvent pas vraiment faire grand-chose à part protester politiquement. » Andreas Samaras, également du King’s College, va plus loin : « Si un membre de l’OTAT menace un autre membre de l’alliance, ce n’est pas qu’une dispute. Cela rend la promesse de défense mutuelle de l’alliance conditionnelle et politique. Cela signifierait la fin de l’OTAT. Je ne pense pas que l’OTAT pourrait continuer. »
Vous comprenez l’absurdité ? L’Article 5, cette clause qui a été le fondement de la sécurité européenne pendant trois quarts de siècle, devient une farce. Une promesse creuse. Si l’OTAT ne peut pas — ou ne veut pas — défendre un membre contre un autre membre, alors à quoi sert l’alliance ? À quoi bon les traités, les sommets, les exercices militaires conjoints, si au final, quand ça compte vraiment, tout le monde regarde ailleurs ? C’est la mort de la crédibilité. C’est l’effondrement de la confiance. Et sans confiance, une alliance n’est qu’un bout de papier.
Section 7 : Le Groenland — 57 000 âmes entre deux géants
Une île, un peuple, une identité
57 000 personnes vivent au Groenland. Principalement des Groenlandais autochtones. Une population inuite qui a habité cette terre de glace et de roc depuis des millénaires. Le Groenland est un territoire autonome au sein du Royaume du Danemark depuis 1979. Il a son propre gouvernement, son propre parlement. Mais la politique étrangère et la défense restent sous l’autorité de Copenhague. Les dirigeants danois et groenlandais ont rejeté à plusieurs reprises toute suggestion de transférer la souveraineté aux États-Unis. « Le Groenland est un territoire autonome au sein du Royaume du Danemark et son avenir doit être décidé par les Groenlandais seuls », a déclaré le gouvernement danois dans un communiqué récent.
Jens-Frederik Nielsen, le Premier ministre du Groenland, a été catégorique lors d’une conférence de presse : « Si nous devons choisir entre les États-Unis et le Danemark ici et maintenant, nous choisissons… » (La phrase est coupée dans les sources, mais le contexte suggère qu’il choisit le Danemark). Il a qualifié la position américaine de « complètement inacceptable » et a exigé le respect du droit international. Un sondage de 2025 a révélé que 85 % des Groenlandais ne veulent pas rejoindre les États-Unis. Seulement 6 % des répondants se sont dits favorables à une prise de contrôle américaine. Les Groenlandais ont le droit de tenir un référendum sur l’indépendance, et les responsables danois affirment que les 57 000 habitants de l’île ont le droit de décider de leur avenir.
Pris en étau dans un jeu de puissances
Mais les voix des Groenlandais sont noyées dans le vacarme géopolitique. Trump n’écoute pas. Il a été clair : il ne s’intéresse pas à élargir l’accès américain via un nouvel accord ou un pacte qui serait inférieur à une prise de contrôle ou une annexion. Trump a dit au New York Times que « la propriété est très importante ». Il a poursuivi : « C’est ce que je ressens comme psychologiquement nécessaire pour le succès. Je pense que la propriété vous donne quelque chose que vous ne pouvez pas obtenir, que vous parliez d’un bail ou d’un traité. » Pour Trump, ce n’est pas une question de sécurité nationale au sens stratégique. C’est une question de possession. De contrôle. De domination.
Le Groenland, la plus grande île du monde, est situé stratégiquement dans l’Arctique entre l’Amérique du Nord et l’Europe. Sa base spatiale de Pituffik (anciennement Thule Air Base), exploitée par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, joue un rôle clé dans la surveillance des missiles. Environ 150 personnels de la Force spatiale américaine y sont actuellement stationnés. Établie en vertu d’un accord de défense de 1951 entre les États-Unis et le Danemark, la base sert de station d’alerte précoce critique pour les missiles balistiques et les opérations de surveillance spatiale. L’accord accorde aux militaires américains des droits permanents pour exploiter l’installation tout en respectant la souveraineté danoise sur le Groenland.
Parlons des Groenlandais une seconde. Parce qu’au milieu de tout ce cirque géopolitique, de toutes ces menaces, de tous ces déploiements militaires, il y a 57 000 êtres humains qui vivent là-bas. Des familles. Des enfants qui vont à l’école. Des pêcheurs qui sortent en mer. Des gens qui ont une culture, une langue, une identité. Et ils regardent tout ça, impuissants. 85 % d’entre eux ne veulent pas devenir américains. Mais qui les écoute ? Trump ? Il s’en fout. Pour lui, le Groenland est un actif immobilier. Une propriété à acquérir. Les humains qui y vivent ? Des détails. Des variables négligeables. Ça me révolte.
Section 8 : Trump — "D'une manière ou d'une autre, on aura le Groenland"
L’obsession du président
Donald Trump n’a jamais caché son obsession pour le Groenland. Dès son premier mandat, en 2019, il avait évoqué l’idée d’acheter l’île. L’idée avait été accueillie avec incrédulité et moquerie. Mette Frederiksen avait qualifié la suggestion d’« absurde » et déclaré que « le Groenland n’est pas à vendre ». Trump avait annulé sa visite d’État prévue au Danemark en réponse, vexé par ce qu’il percevait comme un affront. Mais maintenant, de retour au pouvoir, Trump ne plaisante plus. Il ne suggère plus. Il exige. Il menace. « D’une manière ou d’une autre, on aura le Groenland », a-t-il martelé.
Le mercredi 15 janvier, avant une rencontre avec des responsables danois et groenlandais à la Maison-Blanche, Trump a publié sur Truth Social : « L’OTAT devient bien plus formidable et efficace avec le Groenland aux mains des ÉTATS-UNIS. Tout ce qui est moins que ça est inacceptable. » Il a ajouté, dans un style qui lui est propre : « Sans la vaste puissance des États-Unis, dont une grande partie a été construite lors de mon premier mandat, et que je porte maintenant à un niveau nouveau et encore plus élevé, l’OTAT ne serait pas une force ou un moyen de dissuasion efficace — loin de là ! Ils le savent, et moi aussi. » Le message est clair : sans les États-Unis, l’OTAT n’est rien. Donc, les États-Unis peuvent dicter leurs conditions. Y compris l’annexion d’un territoire d’un allié.
Les options sur la table
Karoline Leavitt, la porte-parole de la Maison-Blanche, a confirmé le 6 janvier que Trump et son équipe envisagent une « gamme d’options » pour prendre le contrôle de l’île. La spéculation va de l’achat, comme confirmé par le secrétaire d’État Marco Rubio, à l’utilisation directe de la force militaire. « L’utilisation de l’armée américaine est toujours une option à la disposition du commandant en chef », a déclaré Leavitt. Après tout, Trump lui-même a publiquement réitéré que les États-Unis « ont besoin du Groenland » pour des raisons de sécurité. Cet objectif, cependant, n’est pas explicitement mentionné dans la Stratégie de sécurité nationale, un document qui, en décembre 2025, a bouleversé la politique étrangère américaine.
Lors d’une conférence de presse avec des dirigeants pétroliers vendredi dernier, Trump a été encore plus direct : « Je vais faire quelque chose concernant le Groenland, qu’ils le veuillent ou non. » Qu’ils le veuillent ou non. Voilà où on en est. Le consentement du Danemark, le consentement des Groenlandais — aucune importance. Trump a même ordonné à l’OTAT de dire au Danemark de retirer les militaires chinois et russes du Groenland, après avoir partagé un article soulignant les préoccupations du renseignement danois concernant leur présence dans l’Arctique. « OTAT : Dites au Danemark de les faire sortir de là, MAINTENANT ! Deux traîneaux à chiens ne suffiront pas ! Seuls les ÉTATS-UNIS peuvent !!! » a écrit Trump sur Truth Social. (Le ministre danois des Affaires étrangères Lars Løkke Rasmussen a repoussé ces affirmations mercredi, affirmant : « Nous n’avons pas eu de navire de guerre chinois au Groenland depuis une décennie environ. »)
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette rhétorique. « Qu’ils le veuillent ou non. » Ce n’est pas de la diplomatie. C’est de l’intimidation. C’est de la domination brute. C’est un président américain qui parle d’un allié comme si c’était un vassal. Comme si le Danemark était un État client qui doit obéir ou subir les conséquences. Et le pire, c’est que Trump semble sincèrement croire que c’est son droit. Que les États-Unis, parce qu’ils sont puissants, parce qu’ils financent une grande partie du budget de l’OTAT, peuvent dicter leurs termes. Y compris l’annexion territoriale. C’est du néo-impérialisme, tout simplement.
Section 9 : L'effondrement de l'ordre d'après-guerre
75 ans de paix en péril
L’OTAT a été créée le 4 avril 1949. Douze nations fondatrices — États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, et d’autres pays d’Europe occidentale. L’objectif : la défense collective contre l’Union soviétique. L’Article 5 du traité de l’Atlantique Nord était le cœur du pacte. 75 ans plus tard, l’alliance compte 32 membres. Elle a survécu à la guerre froide. Elle a survécu à la chute du mur de Berlin. Elle a survécu aux guerres des Balkans, à l’Afghanistan, aux tensions avec la Russie post-soviétique. Mais elle n’a peut-être pas prévu de survivre à Donald Trump.
Ce qui se joue avec le Groenland, c’est bien plus qu’une dispute territoriale. C’est une remise en question de l’ordre international d’après-guerre. Trump invoque la doctrine Monroe — l’idée que l’hémisphère occidental appartient aux États-Unis. Le département d’État a publié sur X lundi : « C’est NOTRE hémisphère. » Le message, présumément, est adressé à la Russie et à la Chine. Mais du point de vue de l’OTAT, où cela laisse-t-il des alliés comme le Canada et le Danemark ? Sont-ils également des cibles de ce message ?
La fracture atlantique
Copenhague le ressent certainement ainsi. Au cours de l’année écoulée, le Danemark a considérablement augmenté son soutien militaire dans l’Arctique. Le ministre de la Défense danois Troels Lund Poulsen a annoncé mardi soir que le Danemark dépenserait 88 milliards de couronnes danoises (13,8 milliards de dollars) pour réarmer le Groenland, compte tenu de la « situation sécuritaire grave dans laquelle nous nous trouvons ». Mercredi, lors d’une conférence de presse, Poulsen a déclaré qu’il est « improbable qu’un pays de l’OTAT attaque un autre pays de l’OTAT », mais il a dû faire cette déclaration. Le fait même qu’un ministre de la Défense d’un pays de l’OTAT doive rassurer le public que son allié principal ne va probablement pas l’envahir — c’est déjà une défaite. C’est déjà la fin de la confiance.
Mark Rutte, le secrétaire général de l’OTAT, s’est abstenu de commenter le dossier du Groenland, se contentant de rencontrer les dirigeants de l’alliance en marge d’un sommet de la Coalition des volontaires à Paris, où la France et le Royaume-Uni ont déclaré leur volonté d’envoyer des troupes en Ukraine une fois la guerre terminée. Pour l’OTAT, l’ambition de Rutte de garder la question hors de la table dans l’alliance devient de plus en plus difficile. Au lieu de cela, il rejoint prudemment les efforts diplomatiques pour empêcher une intervention américaine. Mardi, il a déclaré que l’OTAT « collectivement… doit s’assurer que l’Arctique reste sûr ». Il a ajouté : « Nous sommes tous d’accord pour dire que les Russes et les Chinois sont de plus en plus actifs dans cette zone. »
Quelques jours plus tôt, sur la BBC, Rutte avait affirmé : « Je crois fondamentalement que grâce à Donald J. Trump, l’OTAT est plus forte qu’elle ne l’a jamais été » et que « l’OTAT n’a jamais été aussi forte qu’elle ne l’est maintenant depuis la chute du mur de Berlin ». Un paradoxe émerge, cependant : tandis que des plans sont en cours pour déployer des forces en défense d’un pays qui ne fait pas encore partie de l’Union européenne (l’Ukraine), l’hésitation prévaut face aux menaces contre un territoire qui est déjà européen et contre un allié historique comme le Danemark, qui, au moment où j’écris ces lignes, attend toujours un soutien militaire d’autres puissances européennes. C’est quoi, ce deux poids deux mesures ? On est prêt à défendre l’Ukraine, mais pas le Danemark ? Expliquez-moi la logique.
Conclusion : Les fantômes qui hantent l'alliance
Le retour des 44 cercueils
Revenons aux 44 cercueils. Les 44 soldats danois morts en Afghanistan. Les 8 autres tombés en Irak. 52 vies sacrifiées au nom de la solidarité atlantique. Leurs familles ont reçu des drapeaux pliés. Leurs noms sont gravés sur des monuments. Leurs photos sont accrochées dans des casernes militaires. Et maintenant, le pays pour lequel ils sont morts menace d’envahir leur patrie. Comment expliquer ça aux veuves ? Comment expliquer ça aux enfants qui ont grandi sans père ? « Papa est mort pour l’alliance. Et maintenant, l’alliance nous menace. » C’est une trahison si profonde, si cruelle, qu’elle défie les mots.
Mette Frederiksen l’a rappelé avec une dignité poignante : « Pendant de nombreuses années, nous avons soutenu les Américains dans des situations très difficiles. » Elle ne devrait pas avoir à le dire. Mais elle le dit. Parce que visiblement, à Washington, on a oublié. Ou pire, on s’en fout. Le Danemark a saigné pour l’OTAT. Le Danemark a enterré ses fils pour l’alliance. Et voilà la récompense : des menaces d’invasion. Des ultimatums. Des ordres de retirer des forces qui n’existent même pas. Trump a même déclaré publiquement que le Danemark « ne sera pas capable » de défendre le Groenland. Après tout ce que le Danemark a donné, après tous les sacrifices, voilà le mépris qu’il reçoit en retour.
La fin du monde tel qu’on le connaît
Donald Tusk avait raison. Ce serait « la fin du monde tel qu’on le connaît ». Pas au sens apocalyptique de missiles nucléaires ou de guerre mondiale. Mais au sens de l’effondrement d’un ordre. L’ordre qui a maintenu la paix en Europe depuis 1949. L’ordre qui a garanti que les démocraties occidentales restent unies face aux menaces communes. L’ordre qui reposait sur la confiance — la confiance qu’un allié ne vous poignardera pas dans le dos, qu’une promesse est une promesse, qu’un traité signifie quelque chose.
Si l’OTAT s’effondre sur le Groenland, qu’est-ce qui reste ? L’Europe seule face à une Russie revancharde ? Des nations qui se replient sur elles-mêmes, qui reconstruisent des alliances bilatérales fragiles ? Un monde où la loi du plus fort remplace le droit international ? Trump dit que l’OTAT serait « plus forte » avec le Groenland aux mains des États-Unis. Mais il se trompe. L’OTAT ne serait plus rien. Parce qu’une alliance sans confiance n’est qu’un morceau de papier. Et la confiance, une fois brisée, ne se répare jamais vraiment.
Je pense aux 44 cercueils. Je pense aux familles qui ont tout donné pour l’alliance. Je pense aux 57 000 Groenlandais qui regardent ce cirque, impuissants, pendant que les géants se disputent leur terre, leur avenir, leur identité. Je pense à Donald Tusk, debout devant les caméras, cherchant ses mots pour décrire l’impensable. « La fin du monde tel qu’on le connaît. » Pas une métaphore. Une prédiction. Et peut-être, si on n’y prend garde, une prophétie auto-réalisatrice. Combien de fois peut-on trahir une alliance avant qu’elle ne se brise définitivement ? Combien de fois peut-on ignorer les sacrifices des autres avant qu’ils ne se lassent de saigner pour vous ? Combien de cercueils faut-il encore avant qu’on se réveille et qu’on dise : assez ? Je ne sais pas. Mais je sais une chose : si l’OTAT meurt sur le Groenland, elle ne mourra pas d’une attaque extérieure. Elle mourra d’un suicide. Et les fantômes des 44 soldats danois hanteront cette tombe pour toujours.
Encadré de transparence du chroniqueur
Je ne suis pas journaliste, mais chroniqueur. Je suis analyste, observateur des dynamiques géopolitiques et des tensions qui façonnent notre monde. Mon travail consiste à décortiquer les stratégies politiques, à comprendre les mouvements qui menacent l’ordre international, à anticiper les fractures qui se créent au sein des alliances historiques. Je ne prétends pas à l’objectivité froide du journalisme traditionnel. Je prétends à la lucidité, à l’analyse sincère, à la compréhension profonde des enjeux qui nous concernent tous.
Ce texte respecte la distinction fondamentale entre faits vérifiés et commentaires interprétatifs. Les informations factuelles présentées dans cet article proviennent de sources officielles et vérifiables, notamment les déclarations du Premier ministre polonais Donald Tusk, de la Première ministre danoise Mette Frederiksen, du président américain Donald Trump, des communiqués du ministère de la Défense danois et allemand, des rapports d’agences de presse internationales reconnues telles que Reuters, CNN, Newsweek, The Intercept, Military.com, ainsi que des déclarations conjointes des dirigeants européens.
Les analyses et interprétations présentées représentent une synthèse critique basée sur les informations disponibles. Mon rôle est d’interpréter ces faits, de les contextualiser, de leur donner un sens, et de mettre en lumière les implications potentiellement catastrophiques d’une crise intra-OTAN. Toute évolution ultérieure pourrait modifier les perspectives présentées ici.
Sources
Sources primaires
blank »>Newsweek – Greenland Clash Live: Denmark Deploys Advance Troops as Trump Threatens Takeover (15 janvier 2026)
blank »>CNN – NATO nations sending troops to Greenland as US annexation threats escalate (15 janvier 2026)
blank »>Reuters via Internazionale – Poland will not send soldiers to Greenland, Polish PM says (15 janvier 2026)
blank »>The Intercept – Danish Forces Are Mandated to Fire Back if U.S. Attacks Greenland (14 janvier 2026)
blank »>Military.com – Denmark Bled Alongside American Troops in Iraq and Afghanistan. Now Trump Won’t Rule Out Taking Greenland From Them (10 janvier 2026)
Sources secondaires
blank »>Newsweek – Germany, Other NATO Allies Sending Troops to Greenland Amid Trump Threats (14 janvier 2026)
blank »>CNBC – Trump is desperate to take Greenland. Can NATO defend itself — and is it willing to? (9 janvier 2026)
blank »>Atlantic Council – Trump’s quest for Greenland could be NATO’s darkest hour (8 janvier 2026)
blank »>Notes From Poland – Poland joins UK, France, Germany, Italy and Spain in calling for US to respect Greenland’s sovereignty (6 janvier 2026)
blank »>Euronews – Fact check: Can the EU defend Greenland in a US attack? (14 janvier 2026)
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