Des tensions palpables aux espoirs déçus

On ne va pas se mentir, l’ambiance n’était pas à la fête. Si bon nombre de dirigeants autochtones ne portaient pas François Legault dans leur cœur, c’est qu’il y a un passif, une lourdeur qui s’est installée au fil des années. Récemment, ça a coincé sur des dossiers majeurs : le fameux projet de loi 1 sur la Constitution québécoise présenté cet automne, ou encore la réforme du régime forestier. Sur ces coups-là, les chefs ont vraiment eu l’impression de parler dans le vide, que le gouvernement n’était tout simplement pas à l’écoute. C’est dommage, vraiment, parce que ça n’a pas toujours été comme ça.
Il faut se rappeler des débuts… ça partait plutôt bien, non ? Sébastien Brodeur-Girard, qui est professeur à l’École d’études autochtones de l’UQAT (Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue), nous rafraîchit la mémoire. C’était en octobre 2019, juste après le dépôt du rapport Viens. François Legault avait fait un geste fort : des excuses officielles, solennelles, présentées aux Premières Nations et aux Inuit pour tous les préjudices causés par les lois et les services publics au fil du temps. L’Assemblée nationale avait même adopté une motion pour reconnaître les grands principes de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (la DNUDPA, pour les intimes). On y croyait.
Un surplace qui a duré six ans

Mais voilà, après les beaux discours, qu’est-ce qui s’est passé ? Eh bien… pas grand-chose, malheureusement. Comme le dit si bien M. Brodeur-Girard, « ça s’est arrêté là ». C’est brutal, mais c’est le constat. Six ans plus tard – oui, déjà six ans –, la majorité des appels à l’action de la commission Viens sont restés lettre morte. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le protecteur du citoyen qui le rappelait encore récemment. Et pour la DNUDPA ? Même chose. L’ouverture du début s’est refermée comme une huître. Pourquoi ? Au nom de l’intégrité du territoire québécois, paraît-il. Le gouvernement avait cette peur bleue de donner un droit de veto aux Autochtones sur les projets économiques. On a donc fait du surplace, encore et encore.
Ce sentiment de blocage est partagé par Martin Papillon, professeur titulaire en science politique à l’Université de Montréal. Selon lui, on n’a jamais vraiment senti que la relation avec les peuples autochtones était une priorité pour M. Legault. C’était toujours… comment dire… secondaire ? Ça devenait un sujet seulement quand ça chauffait, quand les Autochtones se mobilisaient ou que ça créait des problèmes politiques. C’est triste à dire, mais c’était de la gestion de crise, pas de la construction. M. Papillon n’y va pas par quatre chemins : alors qu’ailleurs au Canada, au fédéral ou dans d’autres provinces, on voit une réelle prise de conscience juridique, le Québec semble en retard. Il qualifie même l’approche du gouvernement Legault d’un peu « dépassée ». C’est un mot fort, il l’admet, mais il le maintient. Une approche qui date d’une autre époque, peut-être.
Une incompréhension fondamentale

Le fond du problème, c’est peut-être la façon dont François Legault percevait ses interlocuteurs. Les chercheurs notent qu’il avait du mal à voir les Premières Nations et les Inuit comme de véritables partenaires. Pour lui, c’étaient des groupes d’intérêt, des citoyens de la « grande nation québécoise », mais pas des Nations à part entière. M. Papillon remarque que même si le terme « Nation à Nation » était parfois utilisé dans les communications officielles – parce que ça fait bien –, dans la pratique, les gestes ne suivaient pas. C’était de la forme, pas du fond.
Et puis, il y a ce refus… presque obsessionnel, de reconnaître le racisme systémique. On se souvient du drame de Joyce Echaquan. Ian Lafrenière, le ministre responsable, a d’ailleurs fait une apparition discrète au colloque qui lui était consacré à Trois-Rivières en octobre 2025. Malgré tout, le gouvernement s’est entêté à nier la nature structurelle des inégalités et des discriminations ancrées dans l’État québécois. C’est comme si, selon Martin Papillon, on refusait de voir l’évidence, tout simplement.
Attention, tout n’est pas noir non plus. Il faut rendre à César ce qui est à César : il y a eu des réussites, comme l’adoption de la loi 79. C’est une loi importante sur la communication des renseignements personnels aux familles d’enfants autochtones disparus ou décédés après une admission en établissement. M. Brodeur-Girard le souligne, et c’est important.
Conclusion : Un rendez-vous manqué ?

Au final, que retiendra-t-on ? Que le mot « réconciliation » ne faisait pas vraiment partie du vocabulaire quotidien de François Legault. Sébastien Brodeur-Girard est assez catégorique là-dessus. Le premier ministre n’a pas mis en place les appels à l’action de la commission Viens, il n’a pas intégré la DNUDPA dans la loi… mais le pire, c’est qu’il n’a rien proposé d’autre. Il aurait pu dire : « Écoutez, ce que la commission propose, on ne peut pas le faire, mais voici notre plan B, voici ce qu’on offre en échange ». Mais non. Il n’y a rien eu de structuré à proposer en contrepartie. C’est un vide, un silence. Une occasion manquée de bâtir quelque chose de solide, je suppose.
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Legault et les Premières Nations : pourquoi le dialogue s’est-il brisé ?
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