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Quand le traumatisme s’installe dans la durée

credit : saviezvousque.net (image IA)

On entend souvent parler du stress post-traumatique après un événement brutal, comme un accident de voiture ou un attentat. C’est ce qu’on appelle le traumatisme « simple ». Mais, et c’est là que ça se complique, qu’en est-il lorsque la menace ne s’arrête jamais ? Depuis les années 1990, des chercheurs se battent pour faire reconnaître une réalité bien plus sombre et insidieuse : le trouble de stress post-traumatique complexe.

Ce n’est pas juste une question de vocabulaire, croyez-moi. C’est une distinction vitale. Contrairement au stress classique qui survient après un choc unique, ce syndrome complexe naît de la répétition. Je pense ici aux victimes de violences intrafamiliales, aux enfants maltraités ou aux populations en zone de guerre. Les séquelles sont… dévastatrices, surtout chez les plus jeunes. Comme l’explique Cyril Tarquinio, professeur à l’Université de Lorraine, si les symptômes d’un choc unique s’estompent souvent en quelques jours, chez certaines personnes, le retour à la normale ne se fait jamais, basculant vers la pathologie.

Une étude frappante de 2006 a d’ailleurs mis des chiffres sur ce fléau : chez des adolescents ayant vécu des traumatismes répétés, 61 % souffraient de ce traumatisme complexe, contre seulement 16 % pour la forme simple. C’est énorme, non ? Pourtant, ce trouble reste mal diagnostiqué, laissant des milliers de personnes sans la prise en charge adéquate.

Captivité et fragmentation : les pionniers de la recherche

Pour bien comprendre, il faut revenir un peu en arrière. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) classique a été défini dans les années 80 avec ses symptômes bien connus : cauchemars, flashbacks, évitement, culpabilité, hypervigilance… C’est invalidant, certes. Mais dès la décennie suivante, des experts se sont dit : « Attendez, ça ne suffit pas ».

C’est à ce moment-là que sont apparues les recherches sur les « expériences négatives de l’enfance » (Adverse Childhood Experiences). Aux États-Unis, des psychiatres éminents comme Judith Lewis Herman, Leonore Terr et Bessel Van der Kolk ont commencé à tirer la sonnette d’alarme. En 1992, Judith Herman a publié un article fondamental décrivant des symptômes qui vont bien au-delà du stress classique. Elle parlait de changements profonds dans la personnalité : une victime autrefois sociable qui s’isole totalement, qui s’auto-sabote ou qui pense avoir perdu son identité (« je ne suis plus la même personne »).

Herman a introduit une notion clé, celle de la « captivité ». Le traumatisme complexe survient quand la victime ne peut pas fuir son bourreau, que ce soit dans une famille, une secte ou même au travail. C’est un système de contrôle oppressant. Pour classer tout ça, la psychiatre Lenore Terr avait proposé en 1991 une distinction intéressante : le Type I (événement unique) et le Type II (traumatismes répétés, comme des violences conjugales). Mais attendez, il y a pire… Le Type III, conceptualisé par Eldra Solomon et Kathleen Heide. Là, on parle de violences qui commencent dès la petite enfance et durent des années. La différence ? Le Type II frappe une personnalité déjà formée, alors que le Type III empêche l’enfant de se construire un « soi » cohérent. C’est terrifiant quand on y pense : l’enfant se croit « fondamentalement défectueux ».

Un cerveau en mode survie et un diagnostic introuvable

credit : saviezvousque.net (image IA)

L’impact sur le développement est tout simplement tragique. En 2013, les psychologues Christine A. Courtois et Julian D. Ford ont proposé une définition consensuelle soulignant que l’exposition prolongée à un environnement maltraitant crée des symptômes bien plus durables que le TSPT classique. Imaginez un enfant dont le cerveau, au lieu d’apprendre et d’explorer, est bloqué en « mode survie ».

Ford et Courtois expliquent que ces enfants anticipent constamment la menace. Sur le plan neurologique, c’est un désastre pour l’apprentissage. Et si l’auteur des faits est un parent ou un enseignant — une figure de confiance — l’estime de soi est pulvérisée. Le drame, c’est que le TSPT simple, conçu pour des adultes (des vétérans souvent), ne prend pas du tout en compte ces aspects développementaux.

Soigner ces blessures est un défi colossal. La thérapie dure souvent des années. Il y a même un phénomène dont on parle peu : la « traumatisation vicariante », c’est-à-dire l’impact émotionnel violent sur le thérapeute lui-même. C’est lourd, très lourd à porter. Malgré tout cela, le fameux DSM (le manuel de référence des troubles mentaux) fait de la résistance ! Judith Herman a proposé d’y inclure le TSPT complexe. Bessel Van der Kolk a proposé le concept de DESNOS (« état de stress extrême non spécifié »). Résultat ? Rien. Rejeté. Les auteurs du DSM estiment qu’on peut juste « élargir » la définition du TSPT simple. Une aberration pour beaucoup de cliniciens.

Conclusion : Une lueur d’espoir dans la classification ?

credit : saviezvousque.net (image IA)

Alors, est-ce que les choses bougent enfin ? Un peu, je suppose. Bessel Van der Kolk et son équipe, insatisfaits, ont tenté d’introduire le « Developmental Trauma Disorder » (DTD) pour les enfants, sans succès officiel pour l’instant, même si cela fait avancer la recherche.

Il y a quand même une bonne nouvelle : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a intégré le trouble de stress post-traumatique complexe dans sa classification CIM-11 en 2018. C’est une victoire, mais une victoire en demi-teinte. Pourquoi ? Parce que leur définition est un peu… simplifiée. Ils voient ça comme une addition : TSPT classique + problèmes relationnels et image de soi négative. C’est bien, mais ils ont laissé de côté des symptômes cruciaux comme la somatisation (quand le corps parle) et la dissociation. C’est dommage, mais c’est un début. Reconnaître officiellement cette souffrance spécifique est la seule voie pour offrir enfin aux victimes les soins qu’elles méritent vraiment.

Selon la source : science-et-vie.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

Ce stress post-traumatique méconnu qui abîme l’âme bien plus profondément

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