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L’adieu à la tranquillité

credit : saviezvousque.net (image IA)

Pour moi, l’Alaska, ça a toujours été un vague fantasme. Une odeur de feu de camp, une guitare qui gratte et, inévitablement, cette vieille chanson de Beau Dommage qui nous reste dans la tête : « Cré moé, cré moé pas quequ’part en Alaska ». On imagine le phoque qui s’ennuie, le soleil qui descend doucement sur un glacier… c’est romantique, un peu mélancolique. Mais la réalité de Whittier, c’est autre chose. C’est brut.

Imaginez une ville entière, ou du moins ce qu’il en reste — à peine 250 habitants — qui vit entassée dans un seul et unique édifice. Dehors, c’est le silence de la forêt, les glaciers, l’isolement total. C’était leur sanctuaire depuis 55 ans. Je dis « c’était », parce que quelque chose s’est brisé. Depuis des mois, ce ciel immense est strié par le vacarme des avions militaires. Eux qui pensaient avoir trouvé la paix se retrouvent, bien malgré eux, sur une ligne de front invisible entre les jeux de guerre de Trump et de Poutine.

Un tunnel, une lumière violette et des fantômes de guerre

credit : saviezvousque.net (image IA)

Il faut être fait fort pour vivre ici. Jamie Loan, notre guide, nous l’explique avec un sourire qui détonne avec le froid mordant. De septembre à mars, le soleil ? Oubliez ça. Il n’y en a pas. Le matin n’est qu’un long crépuscule blafard, une déchirure blanchâtre au-dessus des montagnes. Mais il y a ces quelques heures, l’après-midi, où le ciel explose en teintes pastel. Ils appellent ça l’« incandescence alpine ». Ça peint les montagnes en violet et en rose, et c’est d’une beauté à couper le souffle.

Jamie, elle, vient de Floride. Elle a 37 ans, un mari, des enfants, et elle a troqué la chaleur pour ce frigo géant. Elle nous parle de l’eau pure, des poissons frais au quai, des baleines qui dansent dans la baie… C’est son petit paradis. Mais pour y accéder, c’est une mission. Whittier est une ancienne base militaire secrète, née de la paranoïa après l’attaque de Pearl Harbor en décembre 1941. Pour entrer ici, il faut emprunter un tunnel étroit de cinq kilomètres creusé sous la montagne. C’est un goulot d’étranglement : il n’ouvre que quelques fois par jour, pour cinq minutes seulement dans chaque direction. La nuit ? Fermé à double tour.

L’histoire militaire transpire partout. Après les Japonais en 42, c’était la menace soviétique. En 1953, l’armée a construit un immense bloc de béton pour les troupes, un truc à l’allure paradoxalement soviétique qui tombe aujourd’hui en ruine. On s’est arrêtés devant avec le photographe Ivanoh Demers. Jamie a posé là, sans manteau, par -32 degrés Celsius. « Je déteste la chaleur, on s’habitue », qu’elle nous a lancé, bravache, pendant que le vent nous fouettait le visage.

La vie verticale dans la Begich Tower

credit : saviezvousque.net (image IA)

Juste à côté de la ruine se dresse la véritable âme de Whittier : la Begich Tower. C’est là que vivent presque tous les habitants. Construit en 1957, cet immeuble est un village à la verticale. Tout y est. Une petite épicerie, une église, la poste… même l’école est reliée par un tunnel pour que les enfants n’aient pas à sortir dans le blizzard. Jamie nous raconte, enchantée, que les gamins prennent un petit-déjeuner gratuit tous les matins. C’est une vie communautaire qu’on ne voit plus ailleurs.

Au départ, c’était pour les civils de l’armée. Quand les soldats sont partis à la fin des années 60, l’endroit s’est peuplé de marginaux, d’artistes, de gens qui voulaient juste… disparaître un peu. Aujourd’hui, dans cette tour, c’est presque une utopie sociale. « Rien n’est parfait, mais on touche presque la perfection », nous dit Jamie. Dans une Amérique déchirée, ici, on n’a pas le choix de s’entendre. Quand on vit tous sous le même toit, on est obligés de résoudre les conflits. C’est une harmonie forcée mais sincère qui émeut souvent les touristes.

On est allés voir Joe Shen. C’est le propriétaire de l’épicerie, du motel et du seul resto ouvert l’hiver. Il est arrivé de Taïwan en 1979 et n’a jamais bougé. À 73 ans, il est fier d’être le résidant le plus ancien. « Tout le monde me connaît et je connais tout le monde », dit-il en riant. Il nous explique sa logique implacable : quand il est arrivé, il a vu que l’eau de la baie ne gelait jamais. Il s’est dit qu’il devait faire moins froid ici qu’ailleurs en Alaska. Il rit encore de sa naïveté pendant que le vent siffle aux fenêtres mal isolées.

Le retour des canons et le destroyer géant

credit : saviezvousque.net (image IA)

Mais l’eau qui ne gèle pas, ce n’est pas qu’un détail météo. C’est stratégique. C’est pour ça que l’armée était là pendant la guerre froide, et c’est pour ça qu’elle revient. Alors qu’on sortait de la tour, un avion de chasse a déchiré le silence. Jamie a levé les yeux, l’air soudainement las. « Les jeux de guerre », a-t-elle soupiré. Ce sont les appareils de l’opération Northern Edge 2025, un exercice massif des États-Unis et du Canada. Whittier, la capitale des guerres oubliées, redevient un avant-poste.

Ce n’est pas de la paranoïa, loin de là. Avec la fonte des glaces, la Russie et la Chine lorgnent sur les nouvelles routes maritimes de l’Arctique. Gregory Guillot, le patron du NORAD, l’a confirmé en janvier : les incursions sont plus fréquentes, plus coordonnées. La bulle de Jamie est en train d’éclater.

Et le coup de grâce arrive en octobre prochain. Jamie nous l’a lâché à la toute fin, comme un poids sur le cœur. L’US Navy va stationner un destroyer lance-missiles flambant neuf directement dans leur baie : le USS Ted Stevens. Ce n’est pas une chaloupe. Le monstre fait 160 mètres de long — imaginez la tour Eiffel couchée — pèse 9500 tonnes et amène avec lui 300 marins. C’est une machine de guerre capable de frappes terrestres et de lutte anti-sous-marine.

Pour les 250 âmes qui s’étaient réfugiées ici pour avoir la sainte paix, le choc va être brutal. Le décor de carte postale va changer, l’ambiance aussi. Jamie avait préféré nous parler de la lumière mauve et de l’entraide, mais la réalité, c’est que le monde extérieur est en train de rattraper Whittier à toute vitesse.

Conclusion : La fin d’un monde ?

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Alors que la lumière mauve vire au bleu nuit sur le glacier, on sent bien que quelque chose se termine. Whittier était une anomalie, une parenthèse enchantée où les divergences politiques s’effaçaient devant la nécessité de vivre ensemble dans un seul bloc de béton. Aujourd’hui, l’ombre du USS Ted Stevens plane déjà sur le fjord. On repart par le tunnel, conscients d’avoir vu les derniers instants d’une époque révolue.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.

Whittier : le silence se brise dans l’immeuble du bout du monde

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