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L’arrivée en Amérique en 1909

L’histoire de la famille Bovino en Amérique commence dans le contexte de la grande vague d’immigration italienne du début du XXe siècle, lorsque des millions d’Italiens du Sud ont fui la pauvreté et le manque d’opportunités de leur région natale. Michele Bovino, un mineur de charbon originaire d’Aprigliano, un petit village de Calabre coincé entre mer et montagnes, a embarqué pour les États-Unis en 1909, laissant derrière lui sa femme Luigia et leurs quatre enfants. À cette époque, il n’existait aucune restriction légale majeure empêchant les Italiens de traverser l’Atlantique, et les Bovino ont profité de cette ouverture relative pour établir les fondations de ce qui deviendrait l’histoire américaine de leur famille. Pendant quinze ans, Michele a travaillé dans les mines de Pennsylvanie, envoyant des économies à sa famille restée en Italie et préparant le terrain pour leur réunion familiale, un processus qui allait bientôt se heurter aux murs grandissants de l’exclusion légale.

Le tournant décisif survint en mai 1924, moment charnière de l’histoire de l’immigration américaine qui allait changer à jamais le destin de la famille Bovino et de millions d’autres familles. Ce mois-là, le Congrès américain adopta la loi Johnson-Reed, également connue sous le nom d’Immigration Act of 1924, qui instaurait des quotas stricts limitant drastiquement l’immigration en provenance de l’Europe du Sud et de l’Est, considérée comme indésirable par les eugénistes et les nativistes de l’époque. Les Italiens, en particulier, furent stigmatisés comme étant moins intelligents et plus enclins à la criminalité que les protestants de l’Europe du Nord et de l’Ouest, des préjugés qui résonnent étrangement avec la rhétorique actuelle à l’encontre des migrants latino-américains. C’est dans ce climat de xénophobie institutionalisée que Michele Bovino, alors âgé de 43 ans, déposa ses documents de naturalisation, utilisant ce statut de citoyen américain fraîchement acquis pour contourner les nouvelles restrictions et faire venir sa famille grâce au système de la citoyenneté dérivée pour les mineurs.

Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette coïncidence historique. Le même mois où les États-Unis dressaient des barrières légales contre les immigrants comme les Bovino, la Patrouille Frontalière était créée, institutionnalisant ce qui allait devenir une machine d’exclusion et de répression. Gregory Bovino, qui sert aujourd’hui dans cette même institution avec un zèle effrayant, semble avoir complètement oublié que sans le hasard du calendrier et les mécanismes juridiques de l’époque, ses propres grands-parents auraient été bloqués comme tant d’autres. Cette amnésie sélective, cette capacité à ignorer les privilèges de sa propre histoire tout en les refusant aux autres, me laisse sans voix. C’est comme si l’histoire n’existait que pour servir les convenances du présent, une vision instrumentale du passé qui m’apparaît moralement inacceptable.

Le parcours vers la naturalisation

Après l’adoption de la loi restrictive de 1924, les Bovino mirent en œuvre une stratégie qui allait permettre à la famille de se réunir malgré les obstacles légaux nouvellement érigés. Luigia Bovino et leurs quatre enfants, dont le jeune Vincenzo de 12 ans qui deviendrait le grand-père de Gregory, traversèrent l’Atlantique à bord du navire à vapeur S.S. Giuseppe Verdi, arrivant aux États-Unis en 1927. Grâce au mécanisme de la citoyenneté dérivée, les enfants mineurs de citoyens naturalisés acquirent automatiquement la nationalité américaine, et Luigia put elle-même obtenir la naturalisation. Ce système de regroupement familial, que l’administration Trump actuelle cherche systématiquement à démanteler en qualifiant les migrants de « mauvais éléments » et en criminalisant les liens familiaux, était précisément ce qui avait permis aux Bovino de construire leur vie américaine. L’histoire de la famille illustre parfaitement comment les politiques d’immigration peuvent faire ou défaire des destinées entières, et comment le statut de migrant peut basculer d’une génération à l’autre selon les vents politiques du moment.

Joseph Sciorra, directeur des programmes académiques à l’Institut Calandra Italian American de l’Université de la Ville de New York, a exprimé son étonnement face à ce qu’il qualifie de « traitement abject et violent » infligé aux migrants contemporains par une personne dont le propre grand-père était immigrant. Dans une déclaration qui résonne comme une condamnation morale, Sciorra s’interroge sur ce qui peut se passer dans la conscience d’un homme avec un tel historique familial pour qu’il puisse se comporter avec une telle cruauté envers les migrants d’aujourd’hui. Cette interrogation fondamentale touche au cœur du paradoxe Bovino : comment un homme peut-il simultanément bénéficier d’un héritage migratoire et en devenir l’un des plus féroces ennemis ? La réponse réside peut-être dans une combinaison complexe de facteurs psychologiques, politiques et personnels qui ont façonné la trajectoire de Gregory Bovino depuis son enfance en Caroline du Nord jusqu’à son ascension dans les rangs de la patrouille frontalière.

Cette histoire de chain migration, terme que les populistes actuels utilisent avec mépris pour décrire le regroupement familial, est précisément celle qui a permis aux Bovino de devenir américains. L’ironie est d’autant plus cruelle que ce système, aujourd’hui décrié comme une faille dans les lois sur l’immigration, était le moteur même de l’ascension sociale de la famille de Bovino. Je pense à Vincenzo, ce jeune garçon de 12 ans qui traversa l’océan avec sa mère et ses frères et sœurs, ignorant que son propre petit-fils deviendrait, près d’un siècle plus tard, l’un des adversaires les plus virulents de ce qui avait rendu sa propre vie possible. Cette négation de l’ascendance, ce refus de reconnaître la dette morale envers les politiques migratoires passées, représente à mes yeux l’une des plus grandes tragédies morales de notre époque.

Sources

Sources primaires

Metro.co.uk – « ICE commander with Italian immigrant grandparents Gregory Bovino made posterboy of raids » – 18 janvier 2026

Chicago Sun-Times – « Greg Bovino’s the star of Trump’s deportation show. We trace his roots. » – 12 décembre 2025

WBEZ – « 10 things to know about Border Patrol boss Gregory Bovino » – 15 décembre 2025

Sources secondaires

Calandra Italian American Institute – Déclaration de Joseph Sciorra sur Gregory Bovino – 2025

Interviews de Lee Stroupe, ancien entraîneur de lutte de Gregory Bovino – 2025

Interviews de Jenn Budd, ancienne agent de la patrouille frontalière – 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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