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Un climat de peur dans les rédactions

L’incident du 13 janvier a mis en lumière le climat d’auto-censure qui s’installe progressivement dans les grandes rédactions américaines face aux pressions constantes de l’administration Trump. Plusieurs journalistes de CBS News ont témoigné anonymement d’une baisse significative du moral et d’une confusion croissante quant aux standards éditoriaux à appliquer. La nomination de Bari Weiss comme directrice de la rédaction en octobre dernier a marqué un tournant pour CBS News, division qui n’avait jamais eu précédemment de chef éditorial centralisé. L’arrivée de cette ancienne éditorialiste du New York Times, fondatrice de The Free Press, a été perçue par beaucoup comme une tentative de remodelage de la culture de la rédaction pour mieux s’aligner avec les attentes de la nouvelle administration.

Les interventions directes de Weiss dans des dossiers sensibles, notamment la décision de reporter une enquête vérifiée sur les migrants envoyés à la prison de CECOT au Salvador, ont été citées par de nombreux critiques comme la preuve que le règlement judiciaire de l’an dernier continue de peser lourdement sur les décisions éditoriales de CBS. Cette prudence accrue autour de tout sujet touchant à l’administration Trump a créé un environnement où l’autocensure devient la règle implicite. Les journalistes hésitent désormais à proposer des enquêtes potentiellement controversées, de peur de mettre leur employeur dans une position juridiquement précaire.

Ce qui me révolte le plus dans cette histoire, c’est la résignation apparente des journalistes. Je comprends la peur, bien sûr. On parle de gens qui ont des prêts immobiliers, des familles, des carrières à protéger. Mais c’est précisément cette pression qui compte sur Trump et ses alliés. Ils savent qu’en ciblant les portefeuilles des entreprises de médias, ils finiront par briser la colonne vertébrale du journalisme d’investigation. Et le pire, c’est que ça fonctionne. On voit de moins en moins d’enquêtes courageuses, de plus en plus de reports anodins, comme si toute la presse américaine s’était mise d’accord pour ne plus déranger le prince. C’est la mort lente et programmée de la quatrième pouvoir.

La normalisation de l’intimidation médiatique

Les menaces de la Maison Blanche contre CBS s’inscrivent dans une stratégie plus large de normalisation de l’intimidation médiatique orchestrée par l’administration Trump. Cette approche systématique de la critique médiatique comme forme de « guerre » a créé un précédent inquiétant pour l’avenir du journalisme américain. Trump a continué à cibler CBS News même après le règlement de l’an dernier, attaquant violemment le réseau en décembre après la diffusion d’une interview avec l’ancienne représentante Marjorie Taylor Greene. « THEY ARE NO BETTER THAN THE OLD OWNERSHIP, who just paid me millions of Dollars for FAKE REPORTING about your favorite President, ME! » avait-il écrit sur Truth Social, ajoutant « Since they bought it, 60 Minutes has actually gotten WORSE! »

Cette rhétorique agressive, combinée aux menaces juridiques réelles, crée un environnement toxique où les médias sont constamment placés sur la défensive. David Ellison, PDG de Skydance Media, a publiquement défendu les changements opérés chez CBS News, arguant que les médias traditionnels doivent évoluer pour survivre et affirmant que Weiss s’engage à respecter l’indépendance éditoriale. Cependant, ces déclarations ont du mal à convaincre face à la réalité des faits: depuis l’arrivée de Weiss, CBS News a exercé une approche beaucoup plus directe dans les dossiers sensibles touchant à l’administration Trump, intervenant personnellement dans plusieurs enquêtes de 60 Minutes.

Ce qui me terrifie, c’est la rapidité avec laquelle l’inacceptable devient normal. Il y a quelques années à peine, un président qui menaçait un réseau de télévision de poursuites judiciaires aurait fait la une des journaux pendant des semaines et déclenché une vague d’indignation nationale. Aujourd’hui, c’est à peine une nouvelle de seconde zone, noyée dans le flot constant de provocations et de scandales. Trump a réussi le tour de force de désensibiliser l’opinion publique à l’attaque contre la liberté de la presse. On finit par accepter l’inacceptable, par tolérer l’intolérable, par s’habituer à l’inhabituel. C’est là que réside le véritable génie maléfique de cette stratégie: nous ne sommes plus choqués, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus dangereux.

Sources

Sources primaires

Just The News – « White House press secretary tells CBS ‘we’ll sue’ if they don’t air full Trump interview » par Nicholas Ballasy, publié le 18 janvier 2026 à 19h45

New York Post – « Karoline Leavitt warned CBS that Trump would sue if interview was edited » par Ariel Zilber, publié le 17 janvier 2026

People Magazine – « White House Warned CBS News ‘We’ll Sue Your Ass Off’ If Donald Trump’s Interview Was Edited at All » par Bailey Richards, publié le 18 janvier 2026 à 13h08

Sources secondaires

The New York Times – rapport sur l’enregistrement audio des menaces de Karoline Leavitt à CBS News, 17 janvier 2026

The Guardian – article sur le règlement de 16 millions de dollars entre Paramount et Trump concernant l’interview 60 Minutes avec Kamala Harris, juillet 2025

The Hollywood Reporter – couverture des changements éditoriaux chez CBS News suite à la nomination de Bari Weiss, octobre 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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