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Les mots qui ont choqué le monde

Le texte du message envoyé par Trump à Støre, révélé par USA Today, CNBC, la BBC et OK Magazine, contient des passages qui feront date dans l’histoire de la diplomatie moderne. La première phrase, lourde de menaces, établit un lien direct entre l’attribution du prix Nobel et la politique étrangère américaine : « Considering your Country decided not to give me the Nobel Peace Prize for having stopped 8 Wars PLUS, I no longer feel an obligation to think purely of Peace. » Traduction : le gouvernement américain ne se sentira plus tenu de privilégier la paix parce que la Norvège a choisi de ne pas lui décerner le prix Nobel. Une déclaration d’une gravité inouïe qui équivaut à admettre que la politique étrangère des États-Unis est soumise aux humeurs personnelles de son président plutôt qu’à des intérêts stratégiques ou à des principes moraux.

Trump poursuit son message avec des arguments qui trahissent une vision impérialiste du monde : « Denmark cannot protect that land from Russia or China, and why do they have a ‘right of ownership’ anyway? There are no written documents, it’s only that a boat landed there hundreds of years ago, but we had boats landing there, also. » Le Danemark ne saurait protéger le Groenland de la Russie ou de la Chine, affirme-t-il, avant de remettre en question le « droit de propriété » des Danois sur ce territoire. Selon sa logique, l’absence de documents écrits justifiant la souveraineté danoise invaliderait celle-ci, alors que les « bateaux américains » auraient également accosté sur ces terres. Une interprétation historique pour le moins créative, qui ignore des siècles d’histoire et le droit international, mais qui révèle la pensée expansionniste qui habite le président américain.

Quand je lis ces lignes, j’ai envie de rire nerveusement, parce que c’est tellement absurde qu’on en croirait pas. Trump remet en cause la souveraineté danoise sur le Groenland parce que « un bateau a atterri il y a des centaines d’années ». C’est comme si je disais que ma voisine n’a pas le droit de posséder sa maison parce que mon ancêtre a marché dans son jardin il y a deux siècles. Cette logique primitive, cette vision du monde réduite à « qui a posé le pied là en premier », c’est terrifiant venant du dirigeant de la première puissance mondiale. Nous sommes en 2026, pas en 1492. Je suis effrayé par cette incapacité à comprendre les notions complexes de souveraineté, d’histoire, de droit international. C’est la pensée d’un conquistador, pas d’un chef d’État moderne.

Une justification basée sur l’OTAN

Trump n’hésite pas à invoquer son soutien historique à l’OTAN pour justifier ses revendications sur le Groenland : « I have done more for NATO than any other person since its founding, and now, NATO should do something for the United States. » Cette affirmation, typique du style trumpien, transforme l’Alliance atlantique, née pour défendre la liberté et la démocratie face à la menace soviétique, en une sorte de système de réciprocité commerciale où chaque service rendu doit être monnayé. L’OTAN, selon cette logique, devrait « faire quelque chose pour les États-Unis » en retour des efforts que Trump estime avoir fournis. Cette vision instrumentalise complètement l’alliance militaire la plus importante de l’histoire contemporaine, la réduisant à un instrument au service des intérêts personnels d’un homme.

Le message se termine par une conclusion aussi peremptoire qu’inquiétante : « The World is not secure unless we have Complete and Total Control of Greenland. » Le monde ne sera pas en sécurité tant que les États-Unis n’auront pas un « contrôle complet et total » du Groenland. Ces termes, « Complete and Total Control », résonnent comme une déclaration d’intention impérialiste qui rappelle les discours des dictateurs du XXe siècle. Le Groenland, territoire autonome de 56 000 habitants, se retrouve ainsi au centre d’une confrontation géopolitique majeure, pris en étau entre les ambitions américaines et la solidarité européenne. Les implications stratégiques sont considérables : le Groenland offre une position idéale pour les systèmes d’alerte avancée face aux missiles et pour la surveillance navale dans l’Arctique, une région de plus en plus disputée à mesure que la fonte des glaces ouvre de nouvelles routes commerciales.

Je suis saisi de vertige quand je réalise que nous sommes en train de vivre un moment historique, mais pas pour les bonnes raisons. Trump parle de « contrôle complet et total » comme s’il s’agissait d’un achat immobilier, d’une transaction immobilière quelconque. Mais le Groenland n’est pas une propriété privée, c’est un territoire avec des habitants, une culture, une histoire. Ces 56 000 personnes sont devenues, contre leur gré, les enjeux d’une partie de poker géopolitique à enjeu planétaire. Je me sens impuissant, témoin d’une mécanique infernale qui se met en place, celle où les intérêts stratégiques écrasent les droits humains fondamentaux. C’est la tristitude absolue.

La réponse norvégienne : dignité et fermeté

La réponse de Jonas Gahr Støre à ce message agressif a été exemplaire de diplomatie, mêlant fermeté et pédagogie. Dans une déclaration publiée le 19 janvier, le Premier ministre norvégien a tenu à rappeler une vérité que Trump refuse d’entendre : le prix Nobel de la paix est attribué par un comité indépendant, et non par le gouvernement norvégien. « Regarding the Nobel Peace Prize, I have several times clearly explained to Trump what is well known, namely that it is an independent Nobel Committee, and not the Norwegian government, that awards the prize, » a-t-il affirmé. Une explication simple, factuelle, qu’il avait déjà fournie à plusieurs reprises, mais qui ne semble jamais pénétrer la conscience trumpienne.

Plus significative encore est la position de la Norvège sur la question du Groenland : « Norway’s position on Greenland is clear. Greenland is a part of the Kingdom of Denmark, and Norway fully supports the Kingdom of Denmark on this matter. » Une déclaration de solidarité sans équivoque avec le Danemark, qui place la Norvège aux côtés de son allié scandinave dans cette crise. Støre a également confirmé avoir reçu le message de Trump, mais a indiqué qu’il n’y avait pas encore répondu, tout en exprimant l’espoir de pouvoir discuter avec le président américain lors du Forum économique mondial de Davos, qui se tient cette semaine. « I still believe it’s wise to talk, » a-t-il déclaré à la chaîne norvégienne TV2, montrant ainsi que malgré les provocations, la diplomatie reste ouverte.

Je suis admiratif de la réaction de Støre, de cette capacité à rester digne face à l’indignité. Il ne s’abaisse pas aux insultes, ne répond pas sur le ton de la provocation, il se contente de rappeler les faits avec une calme assurance. C’est ce que devrait être la diplomatie, cette capacité à désamorcer les tensions sans céder sur les principes. Pendant ce temps, Trump continue à hurler, à menacer, à faire des crises de colère publiques. Le contraste est saisissant entre un dirigeant qui comprend les enjeux et les subtilités des relations internationales, et un autre qui les transforme en spectacle télévisé. J’ai envie de dire merci à Støre, merci de représenter cette vision de la politique qui privilégie le dialogue sur la confrontation.

Sources

Sources primaires

USA Today – Read Trump’s texts to Norway prime minister here on Greenland, Nobel – 19 janvier 2026

BBC – Trump ties Greenland demands to Nobel Prize in message to Norway leader – 19 janvier 2026

CNBC – Trump ties his stance on Greenland to not getting Nobel Peace Prize, European officials say – 19 janvier 2026

Sources secondaires

OK Magazine – Donald Trump Fires Off Wild Threat in Childish Letter Over Nobel Peace Prize Snub – 19 janvier 2026

Nobelprize.org – The Nobel Peace Prize 2025 Press Release – Octobre 2025

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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