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La fin de l’ordre libéral

L’un des aspects les plus alarmants de la politique étrangère de Donald Trump est son mépris ouvert et affiché pour le droit international. Contrairement à ses prédécesseurs, qui même lorsqu’ils commettaient des actions critiquables comme l’invasion de l’Irak en 2003, tentaient de justifier leurs actes par des arguments juridiques et de chercher une certaine légitimité auprès des Nations Unies, Donald Trump agit en toute impunité. Il viole le droit international sans aucune gêne, explicitement et ouvertement, comme si les normes qui régissent les relations entre nations ne s’appliquaient pas à lui.

Justin Massie souligne avec justesse que ce comportement représente un danger direct pour des pays comme le Canada ou les nations européennes. Le droit international existe précisément pour protéger les États plus faibles contre l’arbitraire des superpuissances, pour empêcher que la loi du plus fort ne devienne la seule règle des relations internationales. En détruisant systématiquement cette architecture de protection, Donald Trump expose le Canada à des menaces contre lesquelles il n’a aucun recours légal. L’expert est catégorique: toute l’architecture internationale en matière de droit et de normes de gouvernance mondiale, telle qu’établie au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, est en train d’être détruite pièce par pièce.

Je me sens comme si j’assistais impuissant à la démolition systématique d’un édifice que nos grands-parents avaient construit avec tant de soin après les horreurs de la Seconde Guerre mondiale. L’ONU, le droit international, les conventions de Genève, tous ces mécanismes conçus pour empêcher le retour de la barbarie sont aujourd’hui balayés par un homme qui ne croit qu’à la force brute et à la loi du plus fort. Ce qui me terrifie le plus, c’est que le reste du monde semble paralysé, incapable ou réticent à s’opposer à cette destruction. Le Canada, qui a toujours été un champion du multilatéralisme et du droit international, se trouve aujourd’hui totalement désemparé face à cette nouvelle réalité. Nos diplomates, formés pour négocier et construire des consensus, se retrouvent face à un interlocuteur qui ne comprend pas ces langages et ne respecte aucune règle.

La doctrine Monroe ressuscitée

Dans un document stratégique publié début décembre 2025, la Maison Blanche a réactivé la doctrine Monroe, cette politique datant du 19e siècle qui définissait l’hémisphère occidental comme la sphère d’influence exclusive des États-Unis. Cette résurrection d’un concept géopolitique archaïque envoie un message clair au Canada et à tous les pays du continent américain: Washington considère l’ensemble de l’Amérique comme son pré carré, où aucun autre pouvoir ne peut s’ingérer et où les États-Unis peuvent intervenir à leur guise.

Stéphane Roussel, professeur à l’École nationale d’administration publique (ENAP), analyse cette évolution avec une inquiétude croissante. Pour lui, cette réappropriation de la doctrine Monroe remet en cause le fondement même de la politique de sécurité canadienne depuis la Seconde Guerre mondiale. Le Canada a toujours privilégié les organisations multilatérales et les relations transatlantiques, jouant les contrepoids entre l’Europe et les États-Unis. Cette triangulation permettait aux Européens de limiter les dérives unilatéralistes des Américains et offrait au Canada une certaine marge de manœuvre. Aujourd’hui, cette marge se réduit comme une peau de chagrin.

La doctrine Monroe, ce n’est pas de l’histoire ancienne, c’est une menace actuelle et concrète contre la souveraineté du Canada. Quand Washington déclare que l’ensemble du continent américain est sa sphère d’influence exclusive, il nous dit en clair: votre gouvernement n’a plus aucune autonomie en matière de politique étrangère, votre économie doit s’aligner sur nos intérêts, votre territoire est à notre disposition. C’est une déclaration de souveraineté américaine sur le Canada, pure et simple. Ce qui me révolte, c’est que cette annonce n’a pas provoqué de crise majeure au Canada. On a réagi avec une certaine résignation, comme si c’était inévitable. Mais ce n’est pas inévitable! Le Canada peut et doit résister à cette absorption de sa souveraineté par les États-Unis.

Sources

Sources primaires

TV5MONDE, « Le danger est multiforme et multidimensionnel »: le Canada doit-il avoir peur des États-Unis de Donald Trump?, publié le 20 janvier 2026. Entretiens avec Charles-Philippe David (Observatoire sur les États-Unis, UQAM), Justin Massie (UQAM), et Stéphane Roussel (ENAP).

Gouvernement du Canada, Ministère des Affaires mondiales, « Preliminary Agreement-In-Principle to Address Economic and Trade Relations with China », communiqué de presse du 16 janvier 2026.

Maison Blanche, National Security Strategy, document stratégique publié en décembre 2025.

Sources secondaires

BBC News, « Canada’s deal with China signals it is serious about shift from US », publié le 16 janvier 2026.

Reuters, « Canada, China slash EV, canola tariffs in reset of ties », publié le 16 janvier 2026.

National Post, « Trump’s Greenland threats will only make Canada’s sovereignty claims in the Arctic more vulnerable, defence analysts say », publié en janvier 2026.

Charles-Philippe David, « Le monde en péril, la fin de la Pax Americana », ouvrage à paraître, 2026.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

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