L’électricité, sang vital du nucléaire
Pour comprendre la gravité de la situation, il faut saisir le rôle crucial de l’électricité dans une installation nucléaire, même une centrale arrêtée comme Tchernobyl. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’arrêt des réacteurs ne signifie pas la fin du danger. Le combustible usé continue de dégager de la chaleur par décroissance radioactive, une chaleur qui doit être constamment évacuée pour éviter la catastrophe. Actuellement, 20 000 assemblages de combustibles usés sont stockés dans la piscine d’entreposage du site, l’installation ISF-1. Ce combustible, qui a servi dans les réacteurs avant leur arrêt il y a plus de 20 ans, est encore radioactif et dégage de la chaleur. Il est entreposé dans une piscine — un bassin rempli d’eau — pour être refroidi. Une fois que sa radioactivité et sa puissance thermique ont suffisamment décru, au bout de quelques années, il peut être transféré vers des sites d’entreposage à sec comme l’ISF-2.
L’alimentation électrique est indispensable pour plusieurs fonctions critiques. Elle permet à l’eau de la piscine d’être pompée et nettoyée, et pour réintroduire de l’eau froide dans le système. Sans électricité, ces pompes s’arrêtent. L’eau va se réchauffer progressivement et pourrait, en théorie, commencer à s’évaporer, de même que certains isotopes radioactifs présents dans l’eau. C’est un processus lent, mais inexorable. Comme un compte à rebours silencieux. Les systèmes de ventilation de l’arche de confinement construite en 2017 autour du réacteur accidenté sont également secourus par deux groupes électrogènes dédiés. En cas de perte totale des alimentations électriques, le confinement de l’installation reposerait uniquement sur le confinement statique de l’ouvrage. Un pari risqué.
C’est cette dépendance totale à l’électricité qui me terrifie. Nous avons construit des monstres que nous ne pouvons contrôler qu’avec des fils, des câbles, des circuits. Coupez l’un d’eux, et voilà le monstre qui s’éveille. Je pense à cette ingénierie magnifique mais fragile, ces systèmes de sécurité redondants qui nous donnent l’illusion de contrôle. Et puis une guerre, une bêtise humaine, et tout s’écroule. C’est l’arrogance de la technologie qui nous a conduits ici, cette croyance que nous pouvons dompter l’atome. L’atome se moque de nos ingénieurs, de nos systèmes, de nos sécurités. Il attend juste que nous faillions. Et ce 9 mars, nous avons frôlé cette faute.
Les générateurs de secours : une ultime ligne de défense
Face à cette coupure d’électricité externe, le site de Tchernobyl ne était pas totalement désemparé. Les systèmes de sûreté de l’installation d’entreposage sous eau ISF-1 sont secourus par deux diesels qui disposent d’une autonomie en carburant de 48 heures. C’est court. Très court. Ces générateurs de secours sont conçus comme une mesure temporaire, une bouée de sauvetage en attendant la restauration de l’alimentation principale. Mais dans un contexte de guerre, comment garantir que le diesel pourra être livré ? Comment assurer que les équipes techniques pourront accéder au site pour refaire le plein ? Les opérations de démantèlement du sarcophage du réacteur accidenté ont d’ailleurs été vraisemblablement suspendues du fait du conflit, ce qui signifie que le confinement statique doit suffire à éviter des rejets dans l’environnement. Un confinement qui n’a jamais été testé dans ces conditions extrêmes.
Les études réalisées après l’accident de la centrale de Fukushima Daiichi sur les conséquences d’une perte totale du refroidissement de la piscine montrent une montée lente en température de l’eau de la piscine jusqu’à une température de l’ordre de 60°C mais pas de dénoyage des assemblages. En d’autres termes, pas de rejet radioactif dans l’environnement à ce stade. C’est rassurant, certes, mais c’est comme dire qu’un incendie ne s’est pas encore propagé. L’IRSN précise que l’installation d’entreposage à sec ISF-2 ne présente pas de risque en cas de perte totale des sources électriques, l’évacuation de la puissance des assemblages combustibles étant complètement assurée de manière passive. Mais environ 2 000 assemblages seulement auraient été transférés de l’ISF-1 à l’ISF-2. Les 18 000 autres restent dans cette piscine qui dépend de l’électricité. 18 000 raisons d’inquiétude.
Section 2 : Le spectre de Fukushima planant sur l'Europe
Les leçons non apprises
L’accident de Fukushima Daiichi en 2011 a changé notre compréhension des risques nucléaires. Nous avons appris que même après l’arrêt d’un réacteur, le danger persiste. Nous avons découvert que les piscines de stockage du combustible usé pouvaient devenir des points critiques en cas de perte d’électricité. Les études post-Fukushima ont montré la montée lente en température de l’eau des piscines sans refroidissement actif. Une montée qui peut sembler anodine — 60°C, ce n’est pas si chaud — mais qui cache des processus complexes et potentiellement dangereux. L’évaporation progressive de l’eau pourrait exposer les assemblages combustibles, entraînant leur échauffement et potentiellement leur fusion. C’est ce scénario catastrophe que les ingénieurs du monde entier ont passé des années à modéliser, à calculer, à redouter.
Mais Tchernobyl est différent de Fukushima. Le combustible entreposé à Tchernobyl a eu des décennies pour refroidir. L’AIEA assure que « la charge thermique de la piscine et le volume de l’eau de refroidissement sont suffisants pour assurer une évacuation efficace de chaleur sans électricité ». Claire Corkhill, professeure à l’université de Sheffield spécialiste de la dégradation des matières nucléaires, a réagi sur Twitter en estimant cette évaluation « compréhensible compte tenu de l’âge du combustible nucléaire » et précisant que cela « réduit considérablement le risque de contamination à l’intérieur du bâtiment ». C’est vrai. Le temps a joué en notre faveur. Le combustible a refroidi. Mais est-ce une raison pour baisser la garde ? Pour accepter que des sites nucléaires soient pris en otage dans des conflits militaires ?
Fukushima nous a promis que ça n’arriverait plus. Qu’après les leçons du Japon, chaque centrale serait protégée, chaque piscine dotée de systèmes de secours infaillibles. Et voilà que l’histoire se répète, mais cette fois c’est pire. Ce n’est pas un tsunami naturel, c’est une guerre humaine. C’est l’homme qui s’en prend à l’homme avec le nucléaire en otage. Je ressens cette colère sourde qui monte en moi quand je pense à ces leçons ignorées. Combien de fois devrons-nous être frappés avant de comprendre ? Le nucléaire et la guerre, c’est le cocktail le plus toxique que l’humanité ait jamais inventé. Et nous sommes assis sur ce baril de poudre, prétendant que tout va bien se passer parce que les études disent que le risque est « réduit ». Réduit, pas éliminé. Réduit, mais suffisant pour tuer quand même.
Section 3 : L'humanité prise en otage
Les 200 âmes prisonnières de la zone
Au-delà des aspects techniques, il y a une dimension humaine particulièrement préoccupante. L’AIEA a réaffirmé son inquiétude quant à la situation « stressante et particulièrement difficile » des environ 200 personnes qui travaillent sur le site. Ces techniciens, ingénieurs, gardes et personnel de maintenance n’ont pu quitter les lieux depuis la prise de contrôle de la zone par les forces armées russes le 24 février 2022. Imaginez leur situation. Vous travaillez dans l’un des endroits les plus radioactifs de la planète, surveillant des matériaux mortels, et soudainement votre pays est envahi. Votre site est occupé. Vous êtes coincé. Vous ne pouvez pas rentrer chez vous. Vous ne pouvez pas communiquer librement. Et maintenant, l’électricité est coupée. Comment gérez-vous le stress ? Comment savez-vous quand votre quart va se terminer ? Comment savez-vous si vous reverrez votre famille ?
Ces 200 personnes sont devenues des otages involontaires d’une guerre qui dépasse l’entendement. Ils ne sont pas soldats. Ils ne sont pas politiciens. Ils sont des techniciens qui font leur travail, un travail essentiel pour la sécurité de toute l’Europe. Sans eux, sans leur compétence, sans leur dévouement, la situation pourrait devenir catastrophique en quelques heures. Pourtant, ils sont traités comme des pions sur un échiquier géopolitique. L’AIEA a souligné les conditions de travail particulièrement éprouvantes pour ce personnel, déjà fortement éprouvé par les événements en cours. C’est un euphémisme. Comment être « éprouvé » quand votre vie, celle de votre famille et potentiellement celle de millions d’autres personnes dépendent de votre capacité à maintenir des systèmes dans un environnement hostile et contrôlé par des forces étrangères ?
Ces 200 personnes me hantent. Je ne connais pas leurs noms. Je ne connais pas leurs visages. Mais je les porte en moi depuis que j’ai appris leur situation. Je pense à cette femme ingénieur qui ne sait pas si ses enfants sont en sécurité. À ce gardien qui se demande s’il reverra sa maison. À ce technicien qui doit faire des choix impossibles, entre obéir aux occupants russes et protéger l’intégrité de l’installation. C’est l’humanité prise en otage par la folie des hommes. Comment peut-on accepter ça ? Comment peut-on laisser des innocents coincés dans cette zone radioactive, pris entre deux feux ? Chaque heure qui passe, chaque jour qui s’écoule sans qu’ils puissent partir, c’est une faute morale collective. Nous devrions tous avoir honte.
Le démantèlement suspendu
La perte d’alimentation électrique a également des conséquences sur les opérations en cours sur le site. Le sarcophage provisoire construit en urgence après l’accident de 1986 est en cours de démantèlement. Ce sarcophage, qui a contenu les radiations pendant des décennies, est fragile. Sa dégradation structurelle a justifié la construction d’une nouvelle arche de confinement, achevée en 2017. Cette structure immense — 250 mètres de large, 160 mètres de long, 100 mètres de hauteur — devait permettre le démantèlement en sécurité du sarcophage original et du combustible restant. Mais ces opérations ont été suspendues du fait du conflit. Le démantèlement du sarcophage du réacteur accidenté a vraisemblablement été arrêté. Ce confinement statique doit désormais suffire à éviter des rejets dans l’environnement.
La perte de l’alimentation électrique du site n’a pas de conséquences susceptibles de conduire à des rejets dans l’environnement, selon l’IRSN, mais elle induit la perte du contrôle commande des installations. L’ensemble des données techniques qui permet la surveillance en temps réel des installations — niveau d’eau, température, radioactivité — ainsi que le système d’alarme ne sont plus disponibles. Cela pourrait retarder les actions du personnel en cas d’événement sur une installation. La perte d’alimentation électrique conduirait également à la perte de l’éclairage, du chauffage et de certains moyens de communication, entraînant la dégradation des conditions de travail du personnel, déjà fortement éprouvé par les événements en cours. C’est un enchaînement : pas d’électricité, pas de surveillance, pas d’alarme, pas de chauffage, pas de communication. La sécurité s’effrite, couche après couche.
Section 4 : La cécité technologique
Surveiller l’invisible devient impossible
L’un des aspects les plus inquiétants de cette coupure d’électricité est la perte de surveillance. Dans une installation nucléaire, les instruments de mesure sont les yeux et les oreilles des opérateurs. Ils permettent de connaître en temps réel le niveau d’eau dans les piscines, la température du combustible, les niveaux de radiation, l’état des systèmes de refroidissement. Sans électricité, ces instruments deviennent muets. Les données ne sont plus transmises. Les alarmes ne sonnent plus. Les opérateurs sont plongés dans une cécité technologique totale. Ils ne peuvent plus voir ce qui se passe dans les parties inaccessibles du site. Ils ne peuvent plus savoir si une fuite se développe, si la température monte anormalement, si quelque chose commence à déraper.
La transmission à distance des données des systèmes de contrôle des niveaux de radioactivité est également interrompue. Il est donc impossible de suivre ce qui se passe sur place depuis l’extérieur. Les experts ukrainiens et internationaux sont privés de leurs outils d’évaluation. Ils doivent se fier aux communications avec les 200 techniciens présents sur le site, eux-mêmes dans une situation précaire. Cette absence de surveillance crée un vide d’information qui peut être dangereux. Comment prendre des décisions éclairées sans données ? Comment évaluer les risques sans mesures ? Comment savoir quand une situation devient critique sans indicateurs ? C’est comme piloter un avion dans le noir sans instruments. Vous espérez que tout va bien, mais vous ne pouvez pas le vérifier. Et si quelque chose tourne mal, vous ne le saurez peut-être que trop tard.
Cette idée de ne plus pouvoir voir, ne plus pouvoir surveiller, me panique. Nous avons construit nos systèmes de sécurité autour de la surveillance, de la mesure, du contrôle. Et d’un coup, tout ça s’évapore. On se retrouve comme des aveugles dans une minefield, attendant le click sous le pied. C’est cette impuissance qui me révolte. Nous avons développé des technologies incroyables pour mesurer l’invisible, détecter l’indétectable, surveiller l’insurveillable. Et une guerre, une guerre d’un autre siècle, nous ramène à l’âge de pierre de la sécurité nucléaire. Je me demande ce que ressentent ces techniciens dans cette salle de contrôle éteinte. Est-ce qu’ils ont des lampes de poche ? Des téléphones ? Comment savent-ils que tout va bien ? Ou est-ce qu’ils prient, simplement prient que l’eau ne s’évapore pas, que les pompes redémarrent, que la catastrophe attende encore un peu ?
Section 5 : Le jeu russe avec le feu nucléaire
L’occupation comme arme
La prise de contrôle du site de Tchernobyl par les forces russes le 24 février 2022 s’inscrit dans une stratégie plus large. Les installations nucléaires ukrainiennes sont devenues des objectifs militaires. La centrale de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, a également été occupée. C’est une nouvelle forme de guerre : la prise d’otage d’infrastructures critiques. Les Russes utilisent ces sites comme des boucliers, sachant que les forces ukrainiennes ne peuvent pas bombarder des installations nucléaires sans risquer une catastrophe environnementale majeure. C’est une stratégie cynique et dangereuse. En occupant Tchernobyl, les Russes savent qu’ils tiennent un morceau d’histoire radioactive qui peut servir de monnaie d’échange. Ils savent aussi que toute attaque sur le site pourrait avoir des conséquences bien au-delà des frontières de l’Ukraine.
La coupure d’électricité externe n’est probablement pas un accident, mais une conséquence directe des opérations militaires russes dans la région. Les lignes électriques ont été endommagées par les combats. C’est une violence supplémentaire dans une guerre déjà brutale : la violence contre l’infrastructure qui soutient la sécurité nucléaire. Les Russes ont une responsabilité particulière en tant qu’occupants. Selon le droit international, une puissance occupante a l’obligation de garantir la sécurité des installations civiles et de la population civile. En laissant le site sans électricité, en mettant en danger les 200 techniciens ukrainiens, en prenant le risque d’une catastrophe nucléaire, ils violent ces obligations. Mais le droit international semble bien faible face aux tanks et aux missiles.
L’irresponsabilité calculée
Ce qui est particulièrement frappant dans cette situation, c’est le niveau d’irresponsabilité. Non seulement les forces russes occupent un site nucléaire, mais elles créent activement les conditions d’un accident. La coupure d’électricité n’est pas une conséquence collatérale inévitable, c’est un choix stratégique qui met en danger des millions de personnes. Les experts du monde entier ont tiré la sonnette d’alarme. L’AIEA a dénoncé la violation des principes de sûreté nucléaire. Les organisations environnementales ont exprimé leur inquiétude. Pourtant, l’occupation continue. Les combats continuent. Les risques augmentent.
Il y a quelque chose de dérangeant dans cette capacité à jouer avec le feu nucléaire comme si c’était un simple pion sur un échiquier. Les responsables politiques et militaires qui prennent ces décisions vivront probablement assez longtemps pour voir les conséquences de leurs actes. Mais ce sont les populations qui en subiront les effets. Ce sont les enfants de Kiev, de Minsk, de Varsovie, de Berlin qui pourraient inhaler des particules radioactives si quelque chose tourne mal à Tchernobyl. C’est cette déconnexion entre les décideurs et ceux qui en subissent les conséquences qui me révolte. Une déconnexion amplifiée par l’invisible nature de la menace radioactive. On ne voit pas les radiations. On ne les sent pas. Mais elles sont là, prêtes à se répandre comme un poison silencieux.
Je me demande ce qui se passe dans la tête de ceux qui ordonnent ces opérations. Est-ce qu’ils ont déjà vu des photos des victimes de Tchernobyl ? Est-ce qu’ils ont lu les témoignages des liquidateurs ? Est-ce qu’ils comprennent ce que signifie vraiment une catastrophe nucléaire ? Ou est-ce que pour eux, c’est juste des chiffres, des calculs, des probabilités ? J’ai cette image obsessionnelle de généraux dans des bunkers confortables, regardant des cartes avec des petites flèches, sans jamais penser aux humains qui vivent autour de ces sites, aux enfants qui jouent dans les parcs, aux familles qui essaient de vivre normalement malgré la guerre. C’est cette distance, cette absence de connexion humaine, qui permet le pire. On ne peut pas faire ce genre de choses si on est vraiment connecté à l’humanité qu’on met en danger.
Section 6 : Les leçons de 1986 et l'amnésie collective
L’histoire qui se répète
Tchernobyl 1986. Tchernobyl 2022. Le même nom, le même lieu, mais un nouveau cauchemar. L’accident de 1986 a marqué l’humanité d’une cicatrice indélébile. Nous avons vu les images des villes évacuées, des soldats envoyés au sacrifice, des enfants contaminés. Nous avons appris ce que signifiait vraiment le mot « zone d’exclusion ». Nous avons promis que ça n’arriverait plus. Que les leçons avaient été apprises. Que la sûreté nucléaire avait été repensée, renforcée, transformée. Et pourtant, voilà que Tchernobyl revient nous hanter. Pas à cause d’une erreur technique, pas à cause d’un défaut de conception, mais à cause de la guerre. La guerre, cette autre invention humaine destructrice.
Ce qui est particulièrement ironique, c’est que le site de Tchernobyl est devenu un symbole des dangers du nucléaire. Des millions de visiteurs virtuels l’ont découvert à travers la série « Chernobyl » de HBO. Des documentaires ont été réalisés, des livres écrits, des conférences organisées. Nous avons collectivement fait le deuil de cet accident, l’avons intégré à notre conscience historique. Mais nous n’avons pas intégré la leçon fondamentale : le nucléaire et la guerre ne peuvent pas coexister. Le nucléaire demande une stabilité, une prévisibilité, un contrôle que la guerre détruit inévitablement. En occupant Tchernobyl, en mettant en danger ses systèmes de sécurité, les forces russes nous ont rappelé que les leçons du passé sont vite oubliées quand le conflit éclate.
La vulnérabilité des installations nucléaires
Cet incident révèle une vérité inconfortable : nos installations nucléaires sont vulnérables. Pas vulnérables à des attaques terroristes sophistiquées, pas vulnérables à des cyberattaques complexes, mais vulnérables à quelque chose d’aussi banal qu’une coupure d’électricité dans un contexte de guerre. Nous avons construit des centrales avec des systèmes de sécurité redondants, des barrières physiques multiples, des protocoles d’urgence détaillés. Mais tout cela repose sur une hypothèse fondamentale : l’accès continu à l’électricité. C’est le talon d’Achille du nucléaire moderne. Sans électricité, même la centrale la plus sûre devient une bombe à retardement.
Et ce n’est pas seulement vrai pour Tchernobyl. Toutes les centrales nucléaires du monde dépendent de l’électricité pour leurs systèmes de sûreté. Les systèmes de refroidissement, les pompes, les ventilateurs, les instruments de mesure — tout a besoin d’électricité. Les générateurs de secours existent, mais ils ont une autonomie limitée. Les réserves de carburant ne sont pas infinies. Dans un conflit prolongé, dans une situation de crise majeure, comment garantir que l’électricité continuera à circuler ? Comment assurer que le carburant sera livré ? Comment maintenir les équipes sur place ? Ces questions n’ont pas de réponses simples, mais elles doivent être posées. L’incident de Tchernobyl nous a rappelé que la sécurité nucléaire n’est pas une garantie absolue, mais un fragile équilibre qui peut être rompu par des forces extérieures.
Cette vulnérabilité me terrifie parce qu’elle est universelle. Toutes nos centrales, tous nos sites nucléaire, partout dans le monde, sont potentiellement vulnérables à ce type de scénario. Une guerre, une catastrophe naturelle, une panne de réseau majeure, et voilà l’équilibre rompu. Nous vivons avec cette illusion de sécurité, cette croyance que nos technologies nous protègent, que nos systèmes infaillibles vont nous sauver. Mais la réalité est différente. La sécurité est une construction fragile, un château de cartes qui peut s’effondrer au premier souffle de vent violent. Et à Tchernobyl, ce vent souffle fort.
Section 7 : Vers l'inconnu nucléaire
L’incertitude des jours à venir
Alors que j’écris ces lignes, la situation à Tchernobyl reste incertaine. Les générateurs diesel ont peut-être encore du carburant. Ou peut-être qu’ils sont à sec. L’électricité a peut-être été rétablie. Ou peut-être que le site est toujours dans le noir. Les techniciens ukrainiens sont peut-être toujours sur place. Ou peut-être qu’ils ont été remplacés par du personnel russe. L’information est fragmentée, difficile à vérifier, sujette à la propagande de guerre. Ce qui est certain, c’est que le risque persiste. Chaque jour qui passe sans une résolution claire de la situation est un jour où le risque d’accident augmente. Chaque jour où les systèmes de surveillance restent inactifs est un jour où une défaillance pourrait passer inaperçue jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
L’AIEA continue de suivre la situation de près, mais son accès au site est limité. Les experts ukrainiens restent en contact avec le personnel sur place, mais leurs communications sont restreintes. La communauté internationale exprime son inquiétude, mais ses actions sont limitées. Nous sommes dans une situation d’attente, une attente angoissante où le temps joue contre nous. Les systèmes de sécurité ne sont pas conçus pour fonctionner indéfiniment sans maintenance. Les réserves de carburant ne sont pas infinies. La capacité humaine à gérer des situations de crise extrêmes a des limites. Et à Tchernobyl, toutes ces limites sont testées simultanément.
Les scénarios possibles
Face à cette incertitude, les experts envisagent plusieurs scénarios. Le meilleur scénario : l’électricité est rétablie rapidement, les générateurs de secours n’ont pas besoin de fonctionner longtemps, les systèmes de surveillance reprennent leur fonctionnement normal, et aucun incident ne survient. C’est le scénario que nous espérons tous, celui qui minimise les risques et protège les populations. Le scénario intermédiaire : l’électricité reste coupée plus longtemps que prévu, les générateurs diesel tournent en continu, le carburant est livré de manière irrégulière, les conditions de travail du personnel se dégradent, mais aucun accident majeur ne se produit. C’est le scénario qui nous fait transpirer mais qui reste gérable.
Le pire scénario : l’électricité n’est pas rétablie, les générateurs diesel tombent en panne, le carburant n’est plus disponible, les systèmes de refroidissement s’arrêtent, la température dans les piscines monte, l’eau s’évapore, les assemblages combustibles sont exposés, une réaction commence, des rejets radioactifs se produisent. C’est le scénario cauchemar, celui que personne ne veut envisager mais qui reste techniquement possible. C’est ce scénario qui nous pousse à agir, à exiger des informations, à chercher des solutions. Parce que même si la probabilité est faible, le coût en vies humaines serait inacceptable.
Conclusion : L'heure des comptes
Un appel à la conscience mondiale
L’incident de Tchernobyl du 9 mars 2022 n’est pas seulement un événement technique, c’est un crime potentiel contre l’humanité. C’est la preuve que le nucléaire et la guerre ne peuvent pas coexister, que les installations civiles ne peuvent pas être utilisées comme des armes, que la sécurité nucléaire doit être respectée même en temps de conflit. La communauté internationale a l’obligation de réagir, d’exiger la protection des sites nucléaires ukrainiens, d’assurer la sécurité du personnel qui y travaille, de garantir que les systèmes de sûreté restent opérationnels. Ce n’est pas seulement une question de diplomatie, c’est une question de survie.
Nous avons le devoir de nous souvenir des leçons de 1986. Nous avons la responsabilité de protéger les générations futures des conséquences d’un nouvel accident nucléaire. Nous avons le pouvoir d’exposer l’irresponsabilité de ceux qui prennent des risques inacceptables avec des vies humaines. Tchernobyl n’est pas seulement un site nucléaire, c’est un symbole. Un symbole de ce qui peut arriver quand l’humanité perd le sens des limites, quand la technologie échappe au contrôle, quand la guerre détruit ce qui devrait être protégé. Nous ne pouvons pas permettre que ce symbole devienne une nouvelle tragédie.
J’écris ces mots avec cette urgence qui me serre la gorge, cette certitude que nous sommes à un point de bascule. Pas seulement pour l’Ukraine, mais pour l’humanité entière. Si nous permettons que Tchernobyl devienne à nouveau une source de mort et de contamination, si nous acceptons que le nucléaire soit instrumentalisé dans la guerre, alors nous avons tout perdu. Nous avons perdu notre humanité. Nous avons perdu notre sens moral. Nous avons perdu le droit de nous appeler civilisés. Je demande à tous ceux qui lisent ces lignes de ne pas oublier. De ne pas laisser l’attention se relâcher quand les gros titres changeront. De continuer à s’indigner, à exiger des réponses, à refuser l’acceptable. Parce que ce qui se passe à Tchernobyl, c’est notre histoire qui s’écrit. Et c’est à nous de décider quelle fin elle aura.
Sources
Sources primaires
CRIIRAD – 09/03/2022 : Perte totale de l’alimentation électrique extérieure sur le site de Tchernobyl – Des fonctions de sûreté essentielles dépendent désormais de générateurs au diesel
IRSN/ASNR – 10/03/2022 : Ukraine : Situation sur le site de Tchernobyl au 10 mars 2022
Le Monde – 09/03/2022 : Tchernobyl : le site de la centrale nucléaire déconnecté du réseau électrique, « pas d’impact majeur » à ce stade, selon l’AIEA
Sources secondaires
Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) – Déclarations de mars 2022 concernant la situation à Tchernobyl
Energoatom – Communiqués de mars 2022 sur la perte d’alimentation électrique du site de Tchernobyl
SNRIU (organisme de contrôle de la sûreté nucléaire ukrainien) – Informations sur la situation à Tchernobyl
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