Skip to content

Une attaque en règle contre les contre-pouvoirs

L’érosion des institutions démocratiques constitue sans doute l’aspect le plus inquiétant de ce second mandat Trump. En l’espace de seulement douze mois, le président américain a signé pas moins de 225 décrets présidentiels, un chiffre vertigineux qui témoigne d’une volonté manifeste de gouverner par décret plutôt que par le biais du processus législatif habituel. Cette stratégie, qualifiée par certains observateurs de « choc et stupeur », vise clairement à submerger les mécanismes de contrôle constitutionnel et à paralyser les capacités de réaction des institutions démocratiques. L’ACLU, l’Union américaine pour les libertés civiles, rapporte avoir dû engager pas moins de 239 actions juridiques et 139 procès pour tenter de contenir cette offensive sans précédent contre les libertés fondamentales.

Cette offensive systématique contre les contre-pouvoirs se manifeste de multiple manières. Trump n’a pas hésité à menacer de révoquer les licences de diffusion des chaînes de télévision critiques, à ordonner des enquêtes contre les organisations de presse qui osent le contester, et même à évoquer publiquement l’emprisonnement des journalistes qui refuseraient de divulguer leurs sources confidentielles. Ces menaces, loin d’être de simples rodomontades, se sont concrétisées par des actions concrètes. La suspension temporaire de l’émission « Jimmy Kimmel Live! » par ABC, sous la pression de la FCC menacée de retrait de licence, illustre parfaitement cette dérive autoritaire. Seule une mobilisation massive de plus de 50 000 citoyens et de 500 artistes a permis de faire reculer cette tentative flagrante de censure. Le message est clair : la liberté de la presse, pilier fondamental de la démocratie américaine, est désormais sous menace directe.

Ce qui me révolte dans cette histoire, c’est l’effroyable banalisation de l’intolérable. Trump et ses alliés ont réussi le tour de force de nous faire accepter l’inacceptable au nom d’une conception déformée de la « liberté d’expression ». Ils prétendent défendre la liberté de parole tout en muselant la presse libre, un paradoxe qui aurait fait rire Orwell s’il n’était pas si tragiquement réel. C’est comme un pyromane qui crierait au feu en allumant lui-même les incendies. La gravité de la situation réside dans cette inversion des valeurs : ce qui était auparavant considéré comme des menaces contre la démocratie est désormais présenté comme des mesures nécessaires pour la « protéger ». C’est une inversion du langage, une corruption du sens des mots qui prépare inévitablement le terrain à des dérives encore plus dangereuses. Nous sommes en train de vivre Orwell en temps réel, sans même nous en rendre compte.

La paralysie des mécanismes de contrôle

Les institutions conçues par les Pères fondateurs américains pour servir de freins et contrepoids au pouvoir exécutif se retrouvent aujourd’hui gravement affaiblies, voire paralysées. Le Congrès, traditionnellement le principal contrepoids législatif à la présidence, semble avoir perdu une grande partie de sa capacité d’action. Cette diminution progressive du pouvoir législatif, observée depuis plusieurs années, a atteint un point critique sous ce second mandat Trump, lui permettant d’agir avec une impunité quasi-totale. Les mécanismes de contrôle constitutionnel, censés protéger la nation contre les abus de pouvoir présidentiel, s’avèrent insuffisants face à une administration qui semble déterminée à contourner ou ignorer les normes démocratiques établies depuis des siècles.

La Cour suprême, ultime garant de la Constitution, n’a pas été épargnée par cette offensive contre les institutions démocratiques. Bien que certaines décisions récentes aient partiellement freiné certains excès de l’administration Trump, d’autres ont ouvert des précédents dangereux pour les droits fondamentaux. Les attaques contre les droits des personnes transgenres, les restrictions à la liberté d’expression et les tentatives de saper le droit de vote ont tous reçu une certaine validation judiciaire, créant un terrain juridique favorable à la poursuite de politiques qui auraient été jugées inconstitutionnelles par le passé. Cette normalisation institutionnelle de l’exceptionnel constitue peut-être la menace la plus insidieuse pour la démocratie américaine, car elle suggère que les règles du jeu démocratique peuvent être modifiées sans conséquences significatives.

Je suis frappé par la facilité avec laquelle ces assauts contre les institutions sont devenus monnaie courante. Il y a quelque chose de presque hypnotique dans cette répétition d’actes qui, il y a encore quelques années, auraient déclenché des vagues de protestation massives. Aujourd’hui, chaque nouvelle atteinte à la démocratie semble susciter moins d’indignation que la précédente, comme si nous étions en train de nous anesthésier collectivement face à l’horreur. C’est ce que les philosophes appellent la « banalité du mal », cette capacité terrifiante de s’habituer à l’inacceptable, de normaliser l’anormal. Trump a compris quelque chose de fondamental sur la nature humaine : si vous frappez assez fort et assez souvent, les gens finissent par baisser les bras, non pas par résignation, mais par épuisement. C’est une stratégie d’épuisement, une guerre d’usure contre les valeurs démocratiques que nous pensions acquises pour toujours.

Sources

Sources primaires

France 24, « Trump pits Americans against Americans: We are living in a very dangerous moment in the US », publié le 20 janvier 2026, consulté le 20 janvier 2026. Reed Brody, ancien procureur général adjoint de New York et avocat des droits de l’homme, interview sur la situation politique aux États-Unis sous le second mandat Trump.

Reporters Without Borders (RSF), « USA: Trump’s vision of ‘free speech’ comes at the expense of press freedom », publié le 23 janvier 2025, analysant les politiques de Trump envers la presse et la liberté d’expression. Clayton Weimers, directeur exécutif de RSF USA, cité dans l’article.

ACLU, « One Year In: Defending the Constitution Under a Second Trump Administration », publié le 20 janvier 2026, par Anthony D. Romero, directeur exécutif de l’ACLU, détaillant les actions juridiques et la mobilisation citoyenne face aux politiques trumpiennes.

Sources secondaires

The Conversation, « Congress’ power has been diminishing for years, leaving Trump to act with impunity », publié en 2025, analysant l’érosion progressive du pouvoir législatif américain et ses conséquences sur l’équilibre des pouvoirs.

Ballotpedia, « Donald Trump’s executive orders and actions, 2025-2026 », documentant les 225 décrets présidentiels signés par Trump lors de sa première année de second mandat, illustrant la stratégie de « choc et stupeur ».

PBS NewsHour, « What the move to pull Kimmel off the air says about free speech under Trump », analysant la suspension de l’émission Jimmy Kimmel Live et la mobilisation citoyenne qui a suivi, témoignant des tensions entre l’administration Trump et la liberté d’expression.

Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.

facebook icon twitter icon linkedin icon
Copié!

Commentaires

0 0 votes
Évaluation de l'article
Subscribe
Notify of
guest
0 Commentaires
Newest
Oldest Most Voted
Inline Feedbacks
View all comments
Plus de contenu