Un expert financier devenu visionnaire géopolitique
Mark Carney n’est pas un politicien ordinaire. C’est un homme qui a passé sa carrière à comprendre les systèmes complexes. Gouverneur de la Banque du Canada de 2008 à 2013, puis gouverneur de la Banque d’Angleterre de 2013 à 2020, il a vu de l’intérieur comment le système financier mondial fonctionne. Il a vécu la crise financière de 2008. Il a géré ses conséquences. Il comprend les mécanismes de pouvoir qui régissent l’économie mondiale. Cette expertise lui donne une perspective unique sur la crise actuelle.
En tant que gouverneur de la Banque d’Angleterre, il a observé avec horreur la décision britannique de quitter l’Union européenne. Il a vu ce qu’il considérait comme une « stupidité monumentale ». Et maintenant, en tant que Premier ministre du Canada, il se trouve confronté à une menace existentielle directe. Trump a déclaré qu’il voulait annexer le territoire canadien. Il veut encercler le Canada en s’emparant du Groenland. Carney ne parle pas de théorie abstraite. Il parle de la survie de son pays. Et il parle avec une urgence qui vient de cette réalité.
Pourquoi est-ce que si peu de leaders sont capables de cette clarté? Pourquoi est-ce que l’expertise semble être devenue un handicap en politique plutôt qu’un atout? Carney représente quelque chose de rare: un technocrate qui a compris que la technocratie ne suffit plus face à la crise existentielle que nous traversons. Il a réalisé que les chiffres et les modèles économiques ne protègent pas contre la brute force des prédateurs géopolitiques. Il a compris que la seule façon de survivre dans ce nouveau monde est d’accepter sa brutalité et de se préparer à y faire face. C’est une leçon que beaucoup de ses semblables refusent encore d’apprendre.
La référence à Havel et le pouvoir de la vérité
Le discours de Carney est remarquable par sa profondeur intellectuelle. Il ne se contente pas de dénoncer la situation. Il propose un cadre conceptuel pour la comprendre. Il cite Vaclav Havel, le dissident tchèque devenu président, et son essai « Le pouvoir des sans-pouvoir ». Dans cet essai, Havel explique comment les régimes autoritaires se maintiennent non par la force seule, mais par la participation volontaire des citoyens à des rituels qu’ils savent être faux. Le commerçant qui met « Travailleurs du monde, unissez-vous! » dans sa vitrine, même s’il n’y croit pas, pour éviter les problèmes.
Carney applique cette analyse au système international. Pendant des décennies, les pays comme le Canada ont participé à la fiction de l’ordre international fondé sur des règles. Ils ont « mis le panneau dans la vitrine ». Ils ont participé aux rituels. Ils ont évité de dénoncer l’écart entre la rhétorique et la réalité. Mais ce marché ne fonctionne plus, dit-il. Les grandes puissances ont commencé à utiliser l’intégration économique comme une arme. Les tarifs comme levier. L’infrastructure financière comme coercition. Les chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités à exploiter.
Cette référence à Havel n’est pas anecdotique. Elle est au cœur de la vision de Carney. Elle révèle une profondeur de pensée qui manque cruellement à la plupart des leaders actuels. Carney comprend que le pouvoir n’est pas seulement une question de force militaire ou économique. C’est aussi une question de vérité. De capacité à nommer la réalité. De refus de participer aux mensonges qui maintiennent les systèmes oppressifs en place. En nous appelant à « enlever le panneau de la vitrine », il ne nous demande pas simplement de changer de politique. Il nous demande de changer de conscience. De refuser d’être complices d’un système qui ne nous protège plus. C’est un appel à la dignité individuelle et collective qui résonne profondément dans ce moment de crise.
Section 3 : La rupture irréversible de l'ordre mondial
L’illusion de la transition
Le point central du discours de Carney est radical dans sa simplicité: « Nous sommes au milieu d’une rupture, pas d’une transition ». Cette distinction est cruciale. Une transition implique un passage ordonné d’un état à un autre. Elle suggère que les règles fondamentales restent en place pendant que les arrangements changent. Elle permet d’espérer que l’ordre ancien peut être préservé, adapté, réformé. Une rupture, en revanche, est quelque chose de tout autre. C’est une cassure brutale. Une rupture de continuité. La fin d’un système et le début d’un autre avec des règles fondamentalement différentes.
Carney explique que nous ne vivons pas simplement une période de difficultés passagères. Nous vivons la fin de l’ordre international qui a émergé après la Seconde Guerre mondiale. Cet ordre, basé sur l’hégémonie américaine et des institutions multilatérales comme l’OMC, l’ONU et les accords climatiques, s’est effondré. Les grandes puissances ne respectent plus les règles qu’elles ont elles-mêmes créées. Elles utilisent les institutions internationales quand cela leur convient et les ignorent quand cela ne les arrange pas. C’est un monde où « les forts font ce qu’ils peuvent et les faibles souffrent ce qu’ils doivent », pour reprendre l’aphorisme de Thucydide.
Cette reconnaissance de la rupture est libératrice. Enfin, quelqu’un a le courage de dire que l’empereur est nu. Que le roi est mort. Que nous ne pouvons pas continuer à faire comme si tout allait continuer comme avant. Il y a quelque chose de presque religieux dans cette acceptation de la vérité. Dans ce refus du déni. Carney nous offre la possibilité d’accepter la réalité non pas comme une défaite, mais comme un point de départ. Comme l’occasion de construire quelque chose de nouveau et de meilleur. C’est une invitation à cesser de pleurer sur le passé et à commencer à construire l’avenir. Et c’est exactement ce dont nous avons besoin.
L’armamentisation de l’intégration économique
Un aspect particulièrement inquiétant de cette rupture est la manière dont l’intégration économique, longtemps considérée comme une force de paix et de prospérité, est devenue une arme. Pendant des décennies, l’idée dominante était que l’interdépendance économique rendait les guerres moins probables. Que les pays qui commercent ensemble ont moins de chances de se battre. Cette idée a guidé la politique étrangère occidentale depuis la fin de la Guerre froide. Mais Carney nous dit clairement que cette logique ne tient plus.
Les grandes puissances utilisent maintenant les tarifs douaniers comme levier de pression politique. Elles menacent de couper l’accès aux marchés financiers pour obtenir des concessions politiques. Elles exploitent les dépendances dans les chaînes d’approvisionnement comme vulnérabilités stratégiques. L’intégration économique, au lieu d’être une source de protection, est devenue une source de subordination. Carney est explicite: « Vous ne pouvez pas ‘vivre dans le mensonge’ du bénéfice mutuel par l’intégration lorsque l’intégration devient la source de votre subordination. »
Ce retournement complet de la logique économique mondiale me terrifie et me fascine en même temps. Pendant des années, on nous a dit que le commerce était la réponse à tous les problèmes. Que l’ouverture des marchés apporterait la paix et la prospérité. Et maintenant, nous découvrons que ces mêmes mécanismes peuvent être utilisés pour nous soumettre et nous contrôler. C’est comme découvrir que l’arme que nous pensions nous protéger peut en fait être retournée contre nous. Carney nous dit clairement que nous ne pouvons plus compter sur les mécanismes du passé pour nous protéger. Nous devons développer de nouvelles formes de résilience. De nouvelles formes d’autonomie stratégique. C’est un appel à la lucidité que nous ne pouvons pas ignorer.
Section 4 : La réponse des puissances moyennes
Le piège de l’autonomie individuelle
Face à cette rupture, beaucoup de pays réagissent de manière compréhensible: ils cherchent à développer leur autonomie stratégique. Ils veulent pouvoir se nourrir, se fournir en énergie et se défendre eux-mêmes. Carney reconnaît que cette impulsion est légitime. « Un pays qui ne peut pas se nourrir, se fournir en énergie ou se défendre a peu d’options. » Mais il met aussi en garde contre les dangers de cette approche. Si chaque pays construit sa propre forteresse, le résultat sera un monde plus pauvre, plus fragile et moins durable.
Le problème est que l’autonomie stratégique a un coût. Elle nécessite des investissements massifs dans la production nationale, la défense, les infrastructures critiques. Ces coûts peuvent être écrasants pour les pays individuels. Et ils peuvent même contrevenir aux objectifs de développement durable que la communauté internationale s’est fixés. C’est un dilemme classique: comment maintenir ses principes et ses valeurs tout en se protégeant contre des puissances qui ne respectent ni les uns ni les autres?
C’est ici que la vision de Carney devient vraiment fascinante. Il refuse le choix binaire entre la soumission et l’isolement. Il propose une troisième voie. Une voie qui reconnaît la nécessité de la résilience mais refuse la logique du chacun pour soi. C’est une vision nuancée qui reconnaît la complexité du monde dans lequel nous vivons. Une vision qui refuse les simplifications idéologiques et cherche des solutions pratiques à des problèmes difficiles. C’est exactement le genre de leadership dont nous avons besoin dans ce moment de crise.
La puissance de la coopération collective
La solution proposée par Carney est élégante dans sa simplicité: les puissances moyennes doivent coopérer entre elles pour développer leur résilience collective plutôt que de chercher individuellement à construire des forteresses. « Les coûts de l’autonomie stratégique et de la souveraineté peuvent également être partagés », dit-il. « Les investissements collectifs dans la résilience sont moins coûteux que si chacun construit sa propre forteresse. Les normes communes réduisent la fragmentation. Les complémentarités sont des sommes positives. »
Carney explique que le Canada a déjà commencé à mettre cette approche en pratique. Le gouvernement canadien a signé douze accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents en six mois. Il a conclu des partenariats stratégiques avec l’Union européenne, la Chine et le Qatar. Il négocie des accords de libre-échange avec l’Inde, l’ASEAN, la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur. Il utilise ce qu’il appelle une « géométrie variable » – différentes coalitions pour différents problèmes basées sur des valeurs et des intérêts communs.
Cette approche de « géométrie variable » me semble géniale. Elle reconnaît que le monde est devenu trop complexe pour des alliances rigides et immuables. Elle permet une flexibilité qui est essentielle dans un environnement en mutation rapide. C’est comme si Carney disait: nous ne pouvons pas avoir des amis ou des ennemis permanents, nous devons avoir des partenariats permanents basés sur des intérêts convergents spécifiques. C’est une vision du monde mature, sophistiquée, qui refuse les simplifications de la Guerre froide et reconnaît la complexité du 21ème siècle. C’est exactement le genre de pensée stratégique dont nous avons besoin.
Section 5 : Le contraste avec la paralysie britannique
L’incapacité de la classe politique britannique
L’article de Byline Times souligne un point particulièrement déprimant: il est presque impossible d’imaginer Keir Starmer ou tout autre dirigeant britannique livrer un discours de ce calibre. Starmer lui-même est sans doute conscient des dangers de ce moment et du risque pour l’intérêt national britannique posé par une Amérique devenue hors de contrôle. Mais il est incapable de les articuler. Il est paralysé par sa propre timidité politique et convaincu de sa capacité à influencer Trump par le « whispering ».
Le problème est que Starmer n’a jamais prononcé un discours mémorable en une décennie de politique britannique de premier plan. La seule phrase remarquable qui soit jamais passée par ses lèvres – l’affirmation que la Grande-Bretagne devenait une « île d’étrangers » – avait des connotations racistes si évidentes qu’il a dû plus tard la désavouer. Quant au reste de la classe politique britannique, on détecte peu de signes que l’un ou l’autre des deux partis actuellement en tête des sondages – Reform et les conservateurs – comprennent quoi que ce soit aux conséquences de ce moment de rupture pour la Grande-Bretagne.
Ce qui me frappe, c’est l’ampleur du vide intellectuel et politique en Grande-Bretagne. Le pays qui a produit Winston Churchill, Margaret Thatcher, Tony Blair, semble désormais incapable de produire des leaders capables de penser stratégiquement à long terme. La classe politique britannique semble entièrement focalisée sur des tactiques à court terme, des luttes internes de parti, des sondages quotidiens. Il n’y a aucune vision. Aucune stratégie. Aucune compréhension de la tectonique des plaques géopolitiques qui bougent sous leurs pieds. C’est comme regarder un équipage sur un navire qui coule se disputer la disposition des chaises longues pendant que l’eau envahit la cabine.
Les conséquences du Brexit
La situation britannique est aggravée par les conséquences du Brexit. En quittant l’Union européenne, la Grande-Bretagne s’est privée d’opportunités de travailler aux côtés de ses homologues européens pour rechercher des solutions communes à des problèmes communs. Les deux grands partis ont été vidés de leur expérience et de leur talent suite aux années Boris Johnson et Jeremy Corbyn. La triste vérité est que dans le système politique britannique actuel, il est simplement impossible d’imaginer quelqu’un du calibre de Carney entrer au Parlement, et encore moins devenir Premier ministre.
Ce vide de leadership est particulièrement dangereux dans ce moment de rupture. La Grande-Bretagne se trouve dans une position vulnérable, géographiquement et économiquement, face à une Amérique devenue imprévisible. Elle a besoin de leaders capables de naviguer dans ce nouvel environnement complexe. Au lieu de cela, elle a des leaders qui semblent ne pas comprendre que l’environnement a changé. Qui continuent d’agir comme si les règles de l’ancien monde s’appliquaient encore. C’est une recette pour le désastre.
Le Brexit a été un suicide politique et stratégique. Je le dis sans aucune ambiguïté. Il a privé la Grande-Bretagne de sa capacité à influencer les décisions qui affectent directement son avenir. Il a isolé le pays exactement au moment où l’unité avec ses alliés naturels était la plus cruciale. Et maintenant, nous voyons les conséquences. Une classe politique incapable de penser au-delà de ses propres divisions intestines. Un pays dérivant sans boussole dans un monde devenu hostile. C’est tragique. C’est évitable. Et c’est le résultat direct de décisions prises par des leaders qui ont privilégié leurs ambitions personnelles sur l’intérêt national.
Section 6 : Le rôle des médias dans la crise
L’échec des médias traditionnels
Un aspect particulièrement préoccupant de la crise actuelle est l’échec des médias traditionnels à refléter sa gravité. L’article de Byline Times note que le jour même où l’Europe faisait face à sa crise internationale la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, et avec l’alliance transatlantique en équilibre précaire, The Times – qui était autrefois un journal sérieux – ne publiait pas un seul commentaire discutant du désordre mondial alarmant.
Le plus proche qu’il en ait été était un éditorial qui, au lieu de condamner Trump, louait le président américain pour s’en être pris à Starmer au sujet du transfert de souveraineté des îles Chagos à Maurice, une politique que le président américain avait auparavant soutenue. Cette intervention avait manifestement été conçue pour faire pression sur le Premier ministre britannique au sujet de son soutien au Groenland et au Danemark. Le leader conservateur Kemi Badenoch, de manière prévisible mais toujours à son immense déshonneur, est tombée directement dans ce piège.
Ce qui me révolte, c’est l’abdication de responsabilité des médias traditionnels. Leur rôle est d’informer, d’analyser, de mettre en perspective. Pas de servir de relais complaisant pour la propagande des puissants. Quand un journal comme The Times choisit de ne pas couvrir l’une des crises géopolitiques les plus graves de notre époque, ce n’est pas juste une erreur éditoriale. C’est un échec de sa mission fondamentale. C’est une trahison de ses lecteurs qui comptent sur lui pour comprendre ce qui se passe dans le monde. Et c’est particulièrement dangereux dans ce moment où la vérité est sous attaque de toutes parts.
La nécessité d’un journalisme indépendant
Face à cet échec des médias traditionnels, des publications comme Byline Times deviennent encore plus cruciales. Elles offrent une perspective indépendante et critique que les grands médias ne sont plus capables ou disposés à fournir. L’article de Simon Nixon qui nous sert de source est un exemple parfait de ce journalisme d’investigation et d’analyse qui manque cruellement dans le paysage médiatique actuel. Il refuse les simplifications et les mensonges qui dominent tant de discours publics.
Pourtant, ces médias indépendants luttent pour survivre. Byline Times dépend des abonnements de ses lecteurs, pas de milliardaires ou de fonds spéculatifs offshore. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Sa force, car cela garantit son indépendance éditoriale. Sa faiblesse, car cela limite sa portée et ses ressources. Dans un monde idéal, ce type de journalisme serait au centre du discours public. Au lieu de cela, il reste en marge, accessible à ceux qui cherchent activement des perspectives alternatives.
Je suis convaincu que la survie de la démocratie dépend de la survie du journalisme indépendant. Sans une presse libre et critique capable de dire la vérité au pouvoir, nous sommes condamnés à vivre dans le mensonge. À participer aux rituels faux qui maintiennent les systèmes oppressifs en place. Carney nous appelle à « enlever le panneau de la vitrine », mais comment pouvons-nous le faire si nous ne savons même pas que le panneau est là? C’est le rôle du journalisme: de nous montrer ce que nous refusons de voir. De nous dire ce que nous refusons d’entendre. De nous donner les outils intellectuels et moraux pour résister à la tentation de la complaisance.
Section 7 : L'appel à l'action pour les puissances moyennes
Le choix entre soumission et action collective
Carney conclut son discours par un appel à l’action clair pour les puissances moyennes. Il leur présente un choix: « compétitionner entre elles pour obtenir les faveurs des grandes puissances ou se combiner pour créer un troisième chemin avec impact ». Il souligne que les grandes puissances peuvent se permettre, pour l’instant, de faire cavalier seul. Elles ont la taille du marché, la capacité militaire et le levier pour dicter leurs conditions. Les puissances moyennes ne le peuvent pas.
Carney explique que lorsque les puissances moyennes ne négocient que bilatéralement avec une hégémonie, elles négocient depuis une position de faiblesse. Elles acceptent ce qui est offert. Elles se font concurrence pour être les plus accommodantes. Ce n’est pas de la souveraineté, dit-il. C’est la « performance de la souveraineté tout en acceptant la subordination ». Au lieu de cela, les puissances moyennes doivent agir ensemble parce que « si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu ».
Cette image – « si nous ne sommes pas à la table, nous sommes au menu » – est l’une des plus puissantes que j’aie entendues en politique étrangère. Elle capture parfaitement la réalité brutale du rapport de force entre grandes et moyennes puissances. Elle nous dit clairement que nous avons un choix: être les convives ou être le repas. Être ceux qui prennent les décisions ou être ceux sur lesquels les décisions sont prises. C’est un choix entre la dignité et la soumission. Entre l’action et la passivité. Et Carney ne laisse aucun doute sur le bon choix.
Les conditions de l’action collective
Carney ne se contente pas d’appeler à l’action collective. Il définit aussi les conditions de son succès. Premièrement, les puissances moyennes doivent « nommer la réalité ». Elles doivent cesser d’invoquer « l’ordre international fondé sur des règles » comme s’il fonctionnait encore comme annoncé. Elles doivent appeler les choses par leur nom: un système de rivalité entre grandes puissances où les plus puissantes poursuivent leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme une arme de coercition.
Deuxièmement, les puissances moyennes doivent agir de manière cohérente, en appliquant les mêmes normes aux alliés et aux rivaux. « Lorsque les puissances moyennes critiquent l’intimidation économique d’une direction mais restent silencieuses lorsqu’elle vient d’une autre, nous gardons le panneau dans la vitrine. » Troisièmement, les puissances moyennes doivent construire ce qu’elles prétendent croire. Au lieu d’attendre que l’ancien ordre soit restauré, elles doivent créer des institutions et des accords qui fonctionnent comme décrit.
Ce qui me fascine dans cette approche, c’est son réalisme radical. Carney ne nous demande pas de rêver à un monde idéal. Il nous demande de construire un monde qui fonctionne. Il ne nous demande pas d’attendre que les grandes puissances changent d’attitude. Il nous demande de changer notre propre attitude. De cesser d’être des victimes passives de notre propre faiblesse et de devenir les architectes de notre propre force. C’est un message d’empowerment qui résonne particulièrement fort dans ce moment de désespoir rampant. Il nous dit que nous avons le pouvoir de changer notre destin si nous avons le courage d’agir ensemble.
Conclusion : La signification de l'heure présente
Carney comme leader de facto du monde libre
Depuis son entrée en fonction en avril dernier, Mark Carney a émergé comme le leader de facto du monde libre. Son discours à Davos, avec son titre « Un chemin pragmatique et fondé sur des principes », trace une voie pour d’autres à suivre. L’espoir est que nos propres dirigeants aient le bon sens de suivre ses conseils, contrairement à la génération précédente de dirigeants britanniques qui avaient échoué à tenir compte de ses avertissements en 2016.
Le cri de ralliement de Carney peut et sera entendu bien au-delà de son audience de Davos. Il résonne avec tous ceux qui sentent que l’ancien ordre s’est effondré mais qui refusent d’accepter le chaos qui semble le remplacer. Il offre une vision de ce qui pourrait remplacer l’hégémonie américaine défaillante: un monde où les puissances moyennes coopèrent pour maintenir leurs valeurs et leur autonomie face aux prédateurs géopolitiques. C’est une vision qui est à la fois réaliste et inspirante.
Je pense que nous vivons un moment charnière de l’histoire. Un moment où le leadership mondial est en jeu et où le vide laissé par l’abandon américain doit être comblé. Carney a montré que ce vide peut être comblé, non par une autre superpuissance cherchant la domination, mais par un réseau de puissances moyennes coopérant pour défendre leurs valeurs communes. C’est une vision qui me donne espoir dans ce moment sombre. Un espoir qui ne vient pas de l’attente d’un sauveur, mais de la conviction que nous avons collectivement le pouvoir de nous sauver nous-mêmes si nous avons le courage d’agir ensemble. C’est la leçon ultime de ce discours: le leadership n’est pas une question de taille ou de puissance, c’est une question de vision et de courage.
L’urgence du moment présent
Le discours de Carney nous rappelle avec urgence que nous ne pouvons pas continuer comme avant. « Nous savons que l’ancien ordre ne reviendra pas », dit-il. « Nous ne devrions pas le pleurer. La nostalgie n’est pas une stratégie. » Au lieu de cela, nous devons accepter la rupture pour ce qu’elle est: une occasion de construire quelque chose de meilleur, de plus fort, de plus juste. C’est la tâche des puissances moyennes. Les pays qui ont le plus à perdre d’un monde de forteresses et le plus à gagner d’une véritable coopération.
Carney conclut son discours par un message d’espoir: « Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose – la capacité de cesser de prétendre, de nommer la réalité, de construire notre force chez nous et d’agir ensemble. C’est le chemin du Canada. Nous le choisissons ouvertement et avec confiance. Et c’est un chemin grand ouvert à tout pays prêt à le prendre avec nous. » C’est une invitation à l’action que nous ne pouvons pas ignorer.
Sources
Sources primaires
Mark Carney, Discours au Forum économique mondial de Davos, 20 janvier 2026
CBC News, « Read Mark Carney’s full speech on middle powers navigating a rapidly changing world », 20 janvier 2026
Sources secondaires
Byline Times, « Mark Carney’s Speech Showed America and Britain the Sort of Global Leadership They Have Now Abandoned », Simon Nixon, 21 janvier 2026
Al Jazeera, « ‘Rupture in the world order’: What Carney, world leaders said in Davos », 21 janvier 2026
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