La plupart des gens imaginent les gladiateurs comme des hommes musclés se battant à mort dans le Colisée. Cette image n’est pas fausse, mais elle est incomplète. Des femmes ont également combattu dans les arènes romaines. Ces femmes gladiateurs ont existé dans l’histoire, mentionnées par de nombreux auteurs antiques et immortalisées par des vestiges archéologiques qui ont survécu à deux mille ans. Voici ce que l’histoire nous apprend sur elles.
1. Les premières traces remontent au règne de l'empereur Néron
Le règne de Néron, entre 54 et 68 après J.-C., a donné lieu aux premières traces écrites de femmes participant à des combats de gladiateurs. Les auteurs antiques ont noté leur présence lors de festivals, marquant la première apparition de combattantes dans les spectacles officiels romains.
2. Néron a élargi leur rôle au-delà du simple combat
Les femmes dans les jeux de Néron ne se battaient pas seulement entre elles avec des épées. Elles conduisaient également des chars à des vitesses dangereuses et chassaient des bêtes sauvages dans des venationes. Cette expansion de la participation féminine allait bien au-delà des duels de base. Suétone a documenté ces diverses activités.
3. Elles apparaissaient rarement comme des attractions insolites
Les gladiatrices ne sont jamais devenues courantes dans les jeux romains. Les récits historiques de Cassius Dio indiquent clairement qu’elles apparaissaient occasionnellement comme des ajouts somptueux à des spectacles spéciaux, souvent financés par les empereurs pour marquer des occasions importantes. Les preuves archéologiques reflètent cette rareté. Les inscriptions et les reliefs représentant des femmes ne constituent qu’une infime fraction par rapport à la documentation abondante sur les gladiateurs masculins dans tout l’empire.
4. La preuve la plus célèbre est un relief en marbre
Un relief en marbre du Ier ou IIe siècle provenant d’Halicarnasse, aujourd’hui conservé au British Museum, montre deux femmes en armure en plein combat. Les femmes portent des boucliers, des poignards et des jambières, preuve archéologique concrète que les combats féminins dans les arènes ont réellement eu lieu. Il a été découvert dans l’actuelle Turquie au XIXe siècle.
5. Les combattantes étaient appelées Amazones et Achillia
Les noms de scène inscrits sur le relief d’Halicarnasse s’inspiraient de la mythologie grecque pour ajouter une touche dramatique au spectacle. « Amazon » évoquait les guerrières légendaires, symbolisant la force et l’exotisme qui renforçaient l’attrait du public. « Achillia » faisait référence au héros grec Achille.
6. Leur combat se terminait parfois par une libération honorable
Le relief d’Halicarnasse montre les deux femmes épargnées, avec une inscription confirmant qu’elles ont été libérées honorablement. Cette « missio » prouve que les combats féminins suivaient des règles similaires à celles des combats masculins, où la clémence pouvait être accordée et où la survie n’était pas automatiquement refusée.
7. Domitien organisait des combats bizarres pour leur effet choc
Les jeux de l’empereur Domitien entre 81 et 96 après J.-C. mettaient en scène des femmes combattant des nains dans des combats nocturnes éclairés à la torche, destinés à amuser et à choquer les foules. Suétone a documenté ces spectacles comme preuve du goût de Domitien pour les divertissements bizarres. Ces événements extravagants ont inspiré des commentaires satiriques se moquant de la façon dont les empereurs transformaient les combats sérieux dans les arènes en numéros de cirque purement destinés à faire rire.
8. L'empereur Septime Sévère les a interdites en 200 après J.-C.
En 200 après J.-C., l’empereur Septime Sévère a imposé une interdiction à l’échelle de l’empire concernant la participation des femmes aux combats de gladiateurs et aux chasses aux bêtes sauvages. Cassius Dio a noté que cette interdiction faisait suite à des blagues grossières lors d’événements sportifs féminins, Sévère craignant que cela ne nuise au respect des femmes et à l’ordre social romain.
9. Certaines étaient des volontaires issues de la classe supérieure en quête de sensations fortes
Des femmes issues de l’élite sénatoriale ont participé volontairement sous des empereurs comme Néron. Cette participation a conduit à des restrictions légales, notamment le décret de Tibère en 19 après J.-C. empêchant les femmes de haut rang de se dégrader dans des rôles dans les arènes qui apportaient le déshonneur social à toute leur famille.
10. D'autres étaient des esclaves et des prisonniers contraints de se battre
De nombreuses gladiatrices appartenaient à la classe des « infames », légalement méprisées : esclaves, prisonnières de guerre ou condamnées contraintes de se battre dans les arènes. En tant qu’infames, elles perdaient tous leurs droits légaux, ce qui en faisait des divertissements jetables, tout comme les esclaves masculins dans les écoles de gladiateurs.
11. Il n'existait pas d'écoles de formation dédiées aux femmes
Contrairement aux installations masculines bien documentées, il n’existait aucune école spécialisée pour former les combattantes gladiatrices. L’absence de « ludi » féminins reflète leur rôle marginal, leur entraînement se déroulant probablement en dehors des structures institutionnelles formelles. Les femmes apparaissaient dans les écoles masculines en tant que compagnes appelées « ludiae », mais pas en tant que stagiaires officielles en raison de la stricte ségrégation entre les sexes.
12. Elles s'entraînaient en privé
Les femmes d’élite s’entraînaient probablement dans des domaines privés avec des tuteurs personnels qui leur enseignaient des techniques de combat, justifiées publiquement comme des exercices de santé. Des groupes informels pouvaient être issus d’organisations de jeunesse, enseignant les bases du maniement de l’épée dans des cadres non officiels, à l’abri du regard du public.
13. Les exercices standard ont permis de développer la technique et la force
Les femmes en formation s’entraînaient à frapper des poteaux en bois appelés « palus » avec des épées en bois, à l’image des méthodes d’entraînement masculines. Ces exercices se concentraient sur les frappes et les défenses afin de les préparer au combat réel dans l’arène, légèrement adaptés à la morphologie des femmes en mettant l’accent sur l’agilité plutôt que sur la force brute.
14. Conditionnement physique axé sur l'endurance et l'agilité
L’entraînement était axé sur l’endurance pour les combats prolongés, conformément à la conception romaine selon laquelle la forme physique des femmes favorisait la reproduction et l’accouchement. Le renforcement musculaire grâce à des poids et divers exercices les préparait à manier efficacement les armes, même si l’intensité de l’entraînement restait moins extrême que celle des programmes destinés aux hommes.
15. Leur équipement reflétait celui des gladiateurs masculins
Casques, boucliers, épées, jambières appelées greaves et protège-bras appelés manicae : les gladiatrices portaient un équipement identique à celui des hommes. Le relief d’Halicarnasse du British Museum montre un équipement de combat standardisé, sans modification spécifique au genre, comme le confirment les preuves archéologiques.
16. Les résultats des combats étaient décidés par les sponsors et les foules
Les spectacles réglementés pouvaient se terminer par la mort, la clémence signalée par le « pollice verso » (pouce tourné), ou un match nul honorable décidé par les sponsors et les réactions du public. La foule influençait la décision de l’éditeur quant à la vie ou la mort des combattants en fonction de la qualité de leur performance.
17. Une tombe londonienne pourrait appartenir à une gladiatrice
Une tombe du premier siècle à Southwark contenant des objets exotiques et les restes d’une femme non locale a été provisoirement associée à des gladiatrices, bien que cela reste très controversé. La tombe contenait des lampes représentant des gladiateurs et Anubis, suggérant un lien avec les arènes, la femme étant peut-être originaire de l’extérieur de la Grande-Bretagne.
18. Une inscription à Ostie fait état de combats féminins municipaux
Une inscription datant du milieu du IIe siècle provenant d’Ostie montre un magistrat local se vantant fièrement de fournir des « femmes pour l’épée » dans les jeux publics. L’expression latine « mulieres ad ferrum » désigne spécifiquement le combat à l’épée, ce qui correspond davantage aux traditions gladiatrices qu’aux représentations théâtrales.
19. Elles faisaient office d'attractions spéciales attirant les foules
Les gladiatrices étaient suffisamment rares pour augmenter considérablement la fréquentation des jeux qui, autrement, ne mettaient en scène que des combattants masculins. Les jeux impériaux mettaient en avant les femmes comme des attractions, leur charme exotique étant souligné dans les récits de Cassius Dio et d’autres.
20. Elles participaient parfois à des combats simulés
Les gladiatrices apparaissaient parfois dans des combats mis en scène qui servaient de divertissement avant le début des combats masculins. Ces performances chorégraphiées étaient moins axées sur le danger réel que sur le spectacle théâtral.