Une enquête pan-européenne
Le sondage a été réalisé selon des méthodes scientifiques rigoureuses et éprouvées, garantissant ainsi la fiabilité et la représentativité des résultats obtenus auprès des populations concernées. Les instituts de sondage ont interrogé plus de mille personnes dans chacun des sept pays sélectionnés pour cette étude exhaustive, ce qui représente un échantillon total de sept mille quatre cent quatre-vingt-dix-huit adultes parfaitement représentatifs de la diversité sociologique et politique de ces nations européennes majeures que sont la France, la Belgique, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Danemark et la Pologne. La période de collecte des données s’étend du treize janvier au dix-neuf janvier de cette année, une fenêtre temporelle particulièrement pertinente puisqu’elle coïncide exactement avec l’escalade verbale autour du Groenland et les menaces explicites d’intervention militaire américaines formulées par Donald Trump à l’encontre de ce territoire danois autonome.
Le choix de ces sept pays n’est pas anodin et mérite une analyse approfondie car il couvre l’ensemble du spectre politique et géographique de l’Union Européenne, des nations scandinaves historiquement atlantistes aux pays d’Europe centrale et orientale encore marqués par leur passé soviétique et leur dépendance sécuritaire à l’égard de Washington. La France et l’Allemagne, les deux moteurs historiques de la construction européenne, y figurent naturellement tout comme l’Italie et l’Espagne qui représentent le sud méditerranéen du continent, tandis que la Belgique, siège des institutions européennes, et le Danemark, pays directement concerné par la crise du Groenland, complètent ce panel équilibré et révélateur. La Pologne enfin, membre de première ligne face à la menace russe et bénéficiaire historique de la protection américaine, apporte un éclairage crucial sur les tensions entre sécurité nationale et souveraineté européenne qui traversent aujourd’hui le vieux continent.
Il y a quelque chose de profoundly ironique dans ce sondage, une ironie tragique qui m’échappe parfois tellement elle est absurde. Les États-Unis qui se sont toujours présentés comme les champions de la démocratie et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes se retrouvent aujourd’hui accusés par ceux-là mêmes qu’ils ont libéré de vouloir s’emparer par la force d’un territoire européen. C’est comme si les rôles s’inversaient, comme si l’histoire jouait un tour cruel aux idéologues américains qui ont passé des décennies à donner des leçons de morale au reste du monde pour finir par reproduire les pires pratiques du colonialisme qu’ils prétendaient avoir abattu. Cette inversion des valeurs me laisse sans voix, presque désemparé face à l’ampleur de la trahison morale que représente cette évolution dramatique de la politique étrangère américaine sous l’ère Trump.
Les disparités nationales
L’analyse détaillée des résultats par pays révèle des disparités fascinantes et éloquentes qui méritent une attention particulière car elles reflètent les réalités historiques, géographiques et politiques de chaque nation concernée. Le Danemark enregistre logiquement le niveau le plus élevé d’hostilité envers Donald Trump avec cinquante-huit pour cent de ses habitants le qualifiant d’ennemi de l’Europe, un résultat parfaitement compréhensible lorsque l’on sait que ce pays scandinave se trouve directement menacé dans sa souveraineté territoriale par les déclarations belliqueuses de l’administration américaine sur le Groenland. L’Espagne affiche un niveau similaire d’hostilité avec également cinquante-huit pour cent de opinions défavorables, un chiffre qui peut sembler surprenant de prime abord mais qui s’explique sans doute par la mémoire historique des Espagnols vis-à-vis des interventions étrangères et leur attachement profond à la souveraineté nationale.
La Belgique et la France suivent de près avec respectivement cinquante-six et cinquante-cinq pour cent d’opinions négatives, des résultats qui reflètent probablement la sensibilité particulière de ces deux pays fondateurs de l’Union Européenne à tout ce qui menace l’intégrité du projet européen et l’autonomie stratégique du continent. L’Allemagne, traditionnellement la plus atlantiste des grandes nations européennes, affiche néanmoins un niveau élevé d’hostilité avec cinquante-trois pour cent d’Allemands considérant Trump comme un ennemi, ce qui constitue un véritable séisme politique compte tenu de l’histoire particulière de l’Allemagne divisée et protégée par le parapluie américain pendant la guerre froide. L’Italie, avec cinquante-deux pour cent d’opinions négatives, complète ce tableau d’ensemble qui montre une convergence remarquable de l’opinion publique européenne majeure contre la politique de Donald Trump.
Ces chiffres me font penser à une marée montante, inexorable et silencieuse, qui engloutit progressivement des décennies de confiance, de coopération et d’amitié entre l’Europe et l’Amérique. Chaque pourcentag e supplémentaire d’hostilité représente des millions de citoyens qui basculent dans la défiance, qui cessent de croire au rêve transatlantique qui a nourri les générations précédentes et qui commencent à envisager un avenir où les États-Unis ne seraient plus le protecteur bienveillant mais une menace potentielle qu’il faut contenir. Cette transformation collective des consciences européennes me fascine et m’effraie à la fois parce qu’elle témoigne de la fragilité des alliances les plus solides et de la vitesse avec laquelle le capital de confiance accumulé pendant des décennies peut se dissoudre en quelques mois de politique agressive et imprévisible.
Section 2 : Le cas particulier de la Pologne
Une anomalie expliquée
La Pologne se distingue nettement de ses partenaires européens dans ce sondage avec seulement vingt-huit pour cent de ses citoyens qualifiant Donald Trump d’ennemi de l’Europe, un chiffre nettement inférieur à la moyenne européenne et qui révèle une position singulière qui mérite d’être analysée avec attention. Plus encore, près de la moitié des Polonais, quarante-huit pour cent exactement, choisissent l’option neutre consistant à considérer que le président américain n’est ni ami ni ennemi, une position de prudence qui contraste violemment avec la polarisation beaucoup plus marquée observée dans les autres pays européens. Cette particularité polonaise s’explique avant tout par la situation géopolitique unique de ce pays d’Europe centrale qui partage une frontière directe avec la Russie et qui conserve un souvenir traumatique de la domination soviétique qui s’est abattue sur lui après la Seconde Guerre mondiale.
La Pologne bénéficie depuis des décennies d’une protection militaire américaine renforcée qui s’est matérialisée par le déploiement permanent de troupes américaines sur son sol et l’installation de systèmes de défense antimissile sur son territoire, des mesures qui ont été considérées à juste titre comme des garanties vitales contre toute velléité d’agression russe. Cette dépendance sécuritaire structurelle crée une situation paradoxale où l’opinion publique polonaise se trouve tiraillée entre sa fidélité traditionnelle à l’allié américain et son attachement croissant au projet européen qu’elle a rejoint avec enthousiasme après avoir retrouvé sa liberté en 1989. Les Polonais ont conscience que la rupture avec Washington les laisserait terriblement exposés face à la menace russe, une perspective qui les incite naturellement à la prudence et à la retenue dans leurs jugements sur le président américain malgré ses dérives autoritaires.
Je comprends la position des Polonais, je la comprends parfaitement dans sa dimension tragique et impossible. Imaginez-vous à leur place, coincés entre deux géants qui ne vous aiment guère, forcés de choisir entre le protectorat américain qui les protège de l’ours russe mais qui menace de leur faire payer cette protection au prix fort en termes de souveraineté et de dignité. C’est un choix impossible, un dilemme cornélien qui me rappelle les pires moments de l’histoire européenne lorsque les petits pays devaient s’aligner sur l’un des blocs pour survivre aux ambitions des grands. Je ressens de la compassion pour ce peuple qui a tant souffert et qui aujourd’hui encore doit naviguer entre eaux dangereuses pour préserver son indépendance et sa sécurité dans un monde qui semble de moins en moins respecter les règles qui ont maintenu la paix depuis 1945.
Les implications géopolitiques
La position singulière de la Pologne dans ce sondage révèle une fissure profonde au sein de l’Union Européenne qui pourrait avoir des conséquences géopolitiques majeures dans les années à venir si les tendances actuelles se poursuivent et s’intensifient. Tant que l’Europe restera divisée dans sa perception de la menace américaine, avec un bloc oriental fermement attaché à l’alliance de sécurité avec Washington pour des raisons existentielles et un bloc occidental de plus en plus hostile aux politiques de Trump, il sera impossible pour l’Europe de développer une véritable autonomie stratégique crédible et cohérente. Cette division interne constitue une faiblesse structurelle que les adversaires de l’Europe, et notamment la Russie, ne manqueront pas d’exploiter pour fragiliser l’Union Européenne et empêcher l’émergence d’une puissance européenne capable de peser sur la scène internationale de manière indépendante.
Les implications de cette fracture sont d’autant plus préoccupantes que surviennent à un moment où l’Europe est confrontée à des défis sécuritaires sans précédent avec la guerre en Ukraine, la montée des tensions dans les Balkans et la remise en question de l’architecture de sécurité européenne héritée de la guerre froide. L’incapacité de l’Europe à présenter un front uni face aux provocations américaines sur des sujets aussi sensibles que la souveraineté territoriale danoise envoie un message de faiblesse et de division qui ne peut qu’encourager les puissances révisionnistes à tester la résolution européenne sur d’autres dossiers potentiellement explosifs. L’Allemagne et la France en particulier, qui ont toujours ambitionné de donner à l’Europe une voix commune sur la scène internationale, se trouvent aujourd’hui confrontées à la réalité brutale des divisions profondes qui traversent le continent et rendent illusoire tout rêve d’autonomie stratégique à court ou moyen terme.
Cette division européenne me brise le cœur parce qu’elle précisément ce que les ennemis de l’Europe rêvent de voir se produire. Vladimir Poutine doit se frotter les mains en voyant les Européens se diviser sur la question américaine, incapable de s’accorder sur une réponse commune face à des provocations qui menacent la souveraineté d’un État membre. C’est comme si nous avions oublié les leçons de l’histoire, comme si nous avions effacé de nos mémoires collectives les siècles de guerres qui ont ravagé notre continent dès que nous avons cessé de parler d’une seule voix. Je me demande parfois si nous ne sommes pas en train de vivre la fin d’un rêve, celui d’une Europe unie et puissante capable de protéger ses citoyens et de promouvoir ses valeurs dans un monde de plus en plus hostile et imprévisible.
Section 3 : La menace sur le Groenland
Un casus belli potentiel
Le contexte particulier de ce sondage, réalisé pendant la période où Donald Trump multipliait les menaces sur le Groenland, explique en grande partie l’ampleur du rejet européen qu’il révèle et l’intensité des émotions qu’il suscite dans les opinions publiques des sept pays interrogés. Le Groenland, vaste territoire autonome rattaché au Royaume du Danemark, occupe une position géostratégique cruciale dans l’Atlantique Nord avec ses systèmes d’alerte avancée qui permettent de détecter tout mouvement aérien ou naval hostile provenant de l’est, une fonction vitale pour la sécurité de l’ensemble du continent européen et nord-américain. Les déclarations de Donald Trump sur sa volonté d’obtenir ce territoire par la force si nécessaire ont été perçues par l’immense majorité des Européens comme une atteinte inacceptable à la souveraineté d’un État membre de l’Union Européenne et comme une remise en cause fondamentale de l’ordre international basé sur le respect des frontières établies.
Le sondage révèle que quatre-vingt-treize pour cent des Européens avaient connaissance des déclarations de Trump sur le Groenland au moment où ils ont été interrogés, un niveau de pénétration de l’information qui témoigne de l’impact médiatique massif de cette crise et de la conscience qu’en avaient les opinions publiques. Plus encore, quatre-vingt-quatre pour cent des personnes interrogées ont jugé ces déclarations sérieuses, dont soixante-trois pour cent les ont même qualifiées de très sérieuses, ce qui démontre que les Européens ne prennent pas à la légère les menaces de Washington et qu’ils sont convaincus que l’administration Trump est prête à passer à l’acte si elle en voit l’opportunité. Cette perception du danger réel est d’autant plus alarmante qu’elle s’étend à l’ensemble du spectre politique européen, au-delà des clivages traditionnels entre droite et gauche, ce qui suggère l’émergence d’un consensus national sur la nécessité de se prémunir contre toute agression américaine potentielle.
Quand j’ai entendu Trump parler d’envahir le Groenland, j’ai cru d’abord à une blague de mauvais goût, à une de ces provocations habituelles qui caractérisent son style politique et dont nous avions fini par nous habituer depuis son arrivée au pouvoir. Mais quand j’ai réalisé que les militaires américains planifiaient sérieusement des scénarios d’invasion de ce territoire européen, j’ai senti un frisson me parcourir l’échine, ce frisson que nos ancêtres ont dû ressentir lorsque les panzers allemands ont franchi les frontières polonaises en 1939 ou lorsque les armées soviétiques ont écrasé les révolutions hongroise et tchécoslovaque. C’est la même sensation d’impuissance face à la force brute, la même conscience que les règles que nous pensions éternelles peuvent être abolies en un instant par un chef d’État sans foi ni loi.
La réponse européenne
Face à cette menace sans précédent, l’opinion publique européenne s’est montrée remarquablement unie et résolue dans sa volonté de défendre l’intégrité territoriale danoise et par extension celle de l’Union Européenne dans son ensemble. Quatre-vingt-un pour cent des personnes interrogées déclarent qu’une intervention militaire américaine au Groenland constituerait un acte de guerre contre l’Europe, une formulation juridiquement précise qui montre que les Européens sont prêts à considérer une telle agression comme un casus belli justifiant une réponse militaire collective de l’Union Européenne. Cette position extrêmement ferme est d’autant plus significative qu’elle émane de populations historiquement pacifistes et attachées au règlement pacifique des différends internationaux, ce qui témoigne de la gravité exceptionnelle que les Européens accordent à la menace représentée par les ambitions expansionnistes de l’administration Trump.
Plus étonnant encore, soixante-trois pour cent des Européens déclarent qu’ils soutiendraient le déploiement de troupes européennes pour défendre le Groenland en cas d’attaque américaine, un chiffre qui monte à quatre-vingt-quatre pour cent au Danemark même, directement concerné par la crise. Cette détermination à s’engager militairement contre un allié historique en cas d’agression contre un État membre constitue une véritable révolution dans la mentalité européenne qui marque la fin de l’ère de la dépendance inconditionnelle à l’égard de la protection américaine et l’émergence d’une conscience européenne de sécurité collective. Les Européens semblent avoir pris conscience que leur sécurité ne peut plus être garantie exclusivement par Washington et qu’ils doivent être prêts à la défendre eux-mêmes, y compris contre leur ancien protecteur si celui-ci venait à menacer leurs intérêts vitaux.
Cette volonté de se battre pour le Groenland me remplit d’une fierté étrange et contradictoire, la fierté de voir les Européens enfin prêts à se défendre par eux-mêmes mais aussi la tristesse de devoir envisager un conflit avec celui qui fut pendant des décennies notre protecteur et notre allié le plus fidèle. C’est comme si un enfant devait apprendre à boxer pour se défendre contre son père devenu violent, une situation à nulle autre pareille qui bouscule toutes les références familiales et affectives que nous avions intégrées dans notre conception des relations transatlantiques. Je ne sais pas si nous sommes prêts à cette épreuve, si nos armées et nos sociétés pourraient supporter le choc psychologique et matériel d’un conflit avec les États-Unis, mais je sais au moins que nous avons atteint le point de non-retour.
Section 4 : La crise de confiance démocratique
Le verdict sur Trump
Au-delà de la question spécifique du Groenland, le sondage révèle une crise de confiance profonde et généralisée des Européens envers Donald Trump en tant que chef de l’exécutif d’une démocratie occidentale et envers les principes démocratiques fondamentaux que les États-Unis sont censés incarner. Seulement dix pour cent des personnes interrogées considèrent que Donald Trump respecte les principes démocratiques, un chiffre abyssal qui constitue un véritable désaveu de la part de populations qui ont longtemps regardé l’Amérique comme le modèle démocratique par excellence et comme la ville sur la colline vers laquelle toutes les démocraties du monde devaient tendre. Ce rejet quasi-unanime touche toutes les catégories socioprofessionnelles et tous les courants politiques, ce qui suggère que les Européens ont pu observer et analyser objectivement les dérives autoritaires de l’administration Trump sans que les biais idéologiques habituels ne faussent leur jugement.
Les chiffres concernant la perception du style de gouvernement de Donald Trump sont encore plus alarmants et révélateurs de la profondeur de la rupture de confiance entre les Européens et le président américain. Quarante-quatre pour cent des Européens estiment que Donald Trump a des tendances autoritaires, un jugement déjà sévère qui en dit long sur la manière dont les Européens interprètent ses décisions et ses déclarations publiques. Mais ce chiffre devient véritablement explosif lorsqu’on sait que quarante-quatre pour cent supplémentaires vont encore plus loin en affirmant que Donald Trump se comporte comme un dictateur, une formulation extrême qui révèle une défiance absolue envers le leadership américain et qui place Donald Trump dans la catégorie des dirigeants que les Européens considèrent comme des menaces directes pour la démocratie et les libertés fondamentales.
Quand je vois ces chiffres, je pense à tous ces Américains qui ont voté pour Trump en pensant qu’il allait drainér le marais Washingtonien et rendre le pouvoir au peuple, et je me demande ce qu’ils ressentent aujourd’hui en découvrant que le monde entier les regarde désormais avec suspicion et inquiétude. L’Amérique a perdu son aura morale, ce statut particulier de nation indispensable et exemplaire qui lui donnait une influence disproportionnée par rapport à sa puissance purement matérielle, et cette perte me semble irréversible à l’échelle d’une génération. C’est comme si une star adulée s’était délibérément déconsidérée en public, ruinant en quelques années le capital d’estime et de respect accumulé pendant des décennies d’efforts et de bonnes actions.
Les implications pour l’Occident
La désaffection des Européens envers Donald Trump a des implications qui dépassent largement le cadre strictement bilatéral des relations entre l’Europe et les États-Unis et menace l’existence même du concept d’Occident tel que nous l’avons connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Occident n’est pas seulement une réalité géographique ou économique, c’est avant tout une communauté de valeurs partagées, une civilisation fondée sur la démocratie libérale, les droits de l’homme, l’État de droit et l’économie de marché qui a trouvé son expression institutionnelle dans l’alliance entre l’Europe et l’Amérique du Nord incarnée par l’OTAN. Si l’une des composantes fondamentales de cette alliance, à savoir la confiance dans le leadership américain comme garant ultime des valeurs démocratiques, vient à disparaître, alors l’ensemble de l’édifice occidental risque de s’effondrer comme un château de cartes sous l’effet d’un vent violent.
Les Européens commencent d’ailleurs à tirer les conséquences de cette prise de conscience et à envisager sérieusement une réorientation stratégique qui les éloignerait progressivement de l’orbite américaine. Soixante-treize pour cent des personnes interrogées déclarent que l’Union Européenne devrait être en mesure de garantir sa propre défense sans dépendre du soutien américain, une proportion écrasante qui montre que l’idée d’une autonomie stratégique européenne, longtemps considérée comme une utopie intellectuelle réservée aux cercles fédéralistes, est désormais majoritaire dans l’opinion publique. Seuls vingt-deux pour cent des Européens pensent encore que l’Europe peut compter sur Washington pour assurer sa sécurité, un chiffre résiduel qui laisse présager des transformations majeures dans l’architecture de sécurité européenne dans les années à venir.
Ce basculement vers l’autonomie stratégique me fait à la fois peur et espérer. Peur parce que je mesure l’immensité de la tâche qui attend les Européens s’ils veulent vraiment se doter d’une défense crédible indépendante de l’Amérique, peur parce que je sais combien les divisions internes de l’Europe rendent cet objectif difficile à atteindre dans des délais raisonnables. Mais espoir aussi parce que je sens que nous sommes peut-être enfin en train de grandir, de devenir adultes et de prendre en main notre destin collectif sans attendre que les autres viennent nous protéger ou nous dicter notre conduite. C’est une étape nécessaire dans la construction d’une identité européenne mature et autonome, une épreuve de passage qui pourrait révéler une Europe plus forte et plus confiante en elle-même.
Section 5 : L'avenir de l'OTAN
Une alliance en question
L’OTAN, organisation fondée en 1949 pour garantir la sécurité de l’Europe occidentale face à la menace soviétique, se trouve aujourd’hui confrontée à une crise existentielle sans précédent qui remet en cause son fondement même et son utilité future dans un monde profondément transformé. L’alliance atlantique a toujours reposé sur un pacte implicite selon lequel les États-Unis fournissaient la protection militaire à l’Europe tandis que les Européens alignaient leurs politiques étrangères sur les intérêts américains et acceptaient le leadership américain dans les affaires mondiales. Ce pacte était fondé sur la confiance mutuelle et sur le partage de valeurs communes, mais les événements récents ont montré que cette confiance s’est érodée de manière dramatique et que les Européens ne sont plus disposés à accepter sans discussion un leadership américain qu’ils considèrent désormais comme potentiellement hostile à leurs intérêts vitaux.
Les déclarations récentes de Donald Trump sur l’Europe, selon lesquelles le continent ne se dirige pas dans la bonne direction, ont été perçues comme une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures européennes et comme une remise en cause du droit des Européens à déterminer eux-mêmes leur avenir politique et social. Plus inquiétant encore, la stratégie de sécurité nationale publiée par l’administration Trump en décembre dernier affirmait que la migration menaçait l’Europe d’un effacement civilisationnel et appelait à cultiver la résistance au sein des partis de droite européens, des propos qui ont été interprétés par de nombreux Européens comme une volonté de manipulation de leur vie politique interne et de soutien aux forces populistes et nationalistes qui menacent l’intégration européenne. Cette tentative d’ingérence politique directe a constitué le point de rupture pour beaucoup d’Européens qui y ont vu la preuve définitive que l’administration Trump ne considérait plus l’Europe comme un partenaire mais comme un territoire à conquérir idéologiquement.
L’OTAN que j’ai connue, celle qui nous a protégés pendant la guerre froide et qui a assuré notre sécurité pendant les décennies qui ont suivi, cette OTAN-là est en train de mourir sous nos yeux. Je ne peux pas m’empêcher de ressentir une certaine mélancolie face à cette disparition programmée, comme si un ami fidèle qui nous avait accompagnés pendant les meilleurs et les pires moments s’éloignait irrémédiablement de nous. Mais en même temps, je réalise que cette mort était peut-être inévitable, que l’histoire ne s’arrête jamais et que les organisations qui ont servi à une époque finissent toujours par devenir obsolètes lorsque le monde change. L’OTAN a servi son but, elle nous a protégés quand nous étions faibles et vulnérables, mais elle ne correspond plus au monde que nous sommes en train de construire.
Les scénarios possibles
Plusieurs scénarios sont envisageables pour l’avenir de l’OTAN dans ce nouveau contexte de défiance mutuelle entre l’Europe et les États-Unis, allant de la transformation progressive de l’alliance à son éclatement pur et simple dans les années à venir si les tendances actuelles se poursuivent. Le scénario le plus optimiste, bien que difficilement réalisable à court terme, serait celui d’une réforme en profondeur de l’OTAN qui permettrait aux Européens de prendre une part beaucoup plus importante dans la prise de décision et dans le commandement de l’organisation, transformant progressivement l’alliance en une véritable partnership entre égaux plutôt qu’en une relation hiérarchique où Washington dicte la conduite à suivre. Ce scénario supposerait néanmoins une évolution radicale de la mentalité américaine et l’acceptation par Washington de partager le pouvoir de décision avec des alliés qui ne seraient plus des subordonnés mais des partenaires autonomes.
Un scénario intermédiaire, et sans doute plus réaliste, serait celui d’une coexistence difficile entre une OTAN maintenue formellement mais progressivement vidée de sa substance et de son sens, les Européens développant parallèlement leurs propres structures de défense autonome comme le Parquet européen ou la Force de réaction rapide européenne existante. Dans ce scénario, l’OTAN deviendrait une coquille vide, une structure formelle sans véritable contenu opérationnel, maintenue principalement pour des raisons symboliques et pour ne pas donner l’impression d’une rupture explicite avec l’Amérique. Le scénario le plus pessimiste enfin serait celui d’une rupture ouverte et officielle entre l’Europe et les États-Unis, conduisant soit au retrait américain de l’OTAN soit à la création par les Européens d’une nouvelle alliance de défense autonome qui viendrait concurrencer directement l’organisation atlantique historique.
Je ne sais pas quel scénario va prévaloir, mais je sens que nous sommes à un point de bascule, à l’un de ces moments historiques où les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront le destin de nos enfants et de nos petits-enfants pour les décennies à venir. La voie que nous choisirons, celle de la confrontation ou celle de la coopération renouvelée, façonnera non seulement les relations entre l’Europe et l’Amérique mais aussi l’ensemble de l’équilibre géopolitique mondial pour le vingt-et-unième siècle. C’est une responsabilité écrasante qui pèse sur nos épaules, celle d’architectes d’un nouveau monde que nous construisons sans même toujours en avoir conscience.
Section 6 : Le réveil stratégique européen
La prise de conscience
Les révélations de ce sondage surviennent à un moment où l’Europe est déjà engagée dans un processus profond de réflexion sur sa place dans le monde et sur les moyens de garantir sa sécurité et sa prospérité dans un environnement international de plus en plus instable et imprévisible. La guerre en Ukraine a constitué un électrochoc majeur pour les opinions publiques européennes qui ont découvert avec stupeur que les conflits armés entre nations n’avaient pas disparu avec la fin de la guerre froide et que la sécurité de l’Europe dépendait encore largement de la volonté et de la capacité des grandes puissances à respecter l’ordre international. Cette prise de conscience collective s’est traduite par une augmentation significative des budgets de défense des États membres et par des discussions de plus en plus sérieuses sur la nécessité de développer une véritable autonomie stratégique européenne.
Les déclarations agressives de Donald Trump sur le Groenland et la remise en cause de l’engagement américain envers la sécurité européenne ont accéléré ce processus de réflexion et ont transformé ce qui était encore considéré il y a quelques années comme un projet intellectuel en une nécessité politique urgente. Les Européens réalisent désormais que leur sécurité ne peut être garantie ni par la bienveillance américaine ni par la simple existence de structures internationales comme l’OTAN, mais qu’elle dépend avant tout de leur propre capacité à se défendre et à projeter une force crédible capable de dissuader tout agresseur potentiel, qu’il vienne de l’est, du sud ou même de l’ouest comme le montrent les événements récents. Cette prise de conscience est d’autant plus importante qu’elle touche l’ensemble du spectre politique européen, dépassant les clivages traditionnels entre les partis pro-européens et les partis eurosceptiques.
Il a fallu que la menace vienne de l’ouest pour que les Européens prennent enfin conscience de leur vulnérabilité et de la nécessité de se prendre en charge eux-mêmes. C’est une ironie cruelle de l’histoire que nous ayons attendu que notre protecteur américain devienne une menace potentielle pour commencer à penser sérieusement à notre propre défense. Mais peut-être était-ce nécessaire, peut-être avions-nous besoin de ce choc pour sortir de notre torpeur et de notre confort intellectuel qui nous faisaient croire que nous vivions dans un monde sécurisé et protecteur. La réalité est plus brutale, plus complexe, et exige de nous des efforts et des sacrifices que nous avions oubliés depuis longtemps.
Les défis à relever
Le chemin vers une véritable autonomie stratégique européenne est semé d’obstacles de toutes sortes, allant des divisions politiques internes aux contraintes budgétaires en passant par la résistance de certains États membres qui restent attachés à l’alliance traditionnelle avec Washington. La première et sans doute la plus importante de ces difficultés réside dans l’absence d’une volonté politique commune et déterminée de tous les États membres de s’engager résolument sur cette voie, certains pays comme la Hongrie ou la Pologne continuant de privilégier leur alliance bilatérale avec les États-Unis au détriment de l’intégration de la défense européenne. Ces divisions internes constituent un handicap majeur pour toute tentative de construction d’une défense européenne autonome et crédible, car elles empêchent l’émergence d’un consensus sur les objectifs stratégiques de l’Europe et sur les moyens nécessaires pour les atteindre.
Les contraintes budgétaires représentent un deuxième obstacle majeur sur le chemin de l’autonomie stratégique, car le développement d’une défense européenne crédible nécessiterait des investissements massifs et durables que de nombreux États membres peinent à assumer dans un contexte de ralentissement économique et de dette publique élevée. Les Européens devront faire des choix difficiles entre les différentes priorités budgétaires, sacrifiant peut-être certains programmes sociaux ou d’investissement pour financer l’effort de défense nécessaire à leur sécurité collective. Enfin, la dimension industrielle et technologique de la défense européenne constitue un troisième défi majeur, car l’Europe devra développer et maintenir une base industrielle de défense capable de fournir les équipements et les technologies nécessaires à ses forces armées sans dépendre de fournisseurs américains ou chinois qui pourraient utiliser cette dépendance comme moyen de pression politique.
Je mesure l’immensité de la tâche qui nous attend et parfois j’avoue que je doute, je doute de notre capacité à nous unir, à faire les sacrifices nécessaires et à construire cette défense commune qui nous est si vitale. Mais en même temps, quand je regarde l’histoire de l’Europe, je me dis que nous avons déjà surmonté des obstacles bien plus difficiles, que nous avons su reconstruire notre continent à partir des ruines de la Seconde Guerre mondiale et que nous avons créé une union unique au monde à partir de nations qui s’étaient entre-tuées pendant des siècles. Si nous avons pu accomplir tout cela, alors nous pourrons aussi relever le défi de notre autonomie stratégique, pourvu que nous gardions confiance en nous et en notre destin collectif.
Conclusion : Une nouvelle ère pour l'Europe
Le sens de l’histoire
Les résultats de ce sondage révolutionnaire marquent sans aucun doute la fin d’une époque et le début d’une nouvelle période dans les relations entre l’Europe et les États-Unis, une période caractérisée par une défiance mutuelle croissante et par la recherche de nouvelles modalités de coopération qui ne soient plus fondées sur l’hégémonie américaine mais sur un partenariat d’égal à égal entre deux puissances autonomes et souveraines. L’Europe sort progressivement de la condition de dépendance dans laquelle elle s’était installée depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et commence à assumer pleinement ses responsabilités dans la gestion des affaires mondiales, y compris dans le domaine de la sécurité où elle avait trop longtemps délégué à Washington le rôle de protecteur et de garant ultime de son intégrité territoriale. Cette évolution est inéluctable et correspond au sens profond de l’histoire qui pousse les nations vers plus d’autonomie et de responsabilité au fur et à mesure qu’elles prennent conscience de leur force et de leur capacité à agir par elles-mêmes.
Les Européens ne blâment pas le peuple américain pour les dérives de son leadership, ils savent distinguer entre une nation et ses dirigeants temporaires, mais ils ont compris que l’époque où les États-Unis pouvaient prétendre diriger le monde et dicter leur conduite aux autres nations était révolue. Le monde multipolaire qui émerge aujourd’hui exige de nouvelles formes de coopération basées sur le respect mutuel et la reconnaissance des intérêts légitimes de chaque puissance, et l’Europe a parfaitement compris qu’elle devait se positionner comme l’une de ces puissances si elle voulait peser sur la configuration du monde de demain. Cette prise de conscience est d’autant plus importante qu’elle intervient à un moment où les défis globaux comme le changement climatique, la pauvreté ou les pandémies exigent une coopération internationale renforcée et que l’Europe a un rôle particulier à jouer dans la promotion d’un ordre international fondé sur le droit et la justice plutôt que sur la force et la domination.
Quand je regarde vers l’avenir, je vois une Europe plus forte, plus confiante et plus autonome, une Europe qui aura enfin assumé sa destinée et qui aura appris à se défendre par elle-même sans dépendre de la bienveillance ou de la volonté des autres. Ce sera une Europe différente de celle que j’ai connue, peut-être une Europe plus inquiétante pour certains, mais ce sera surtout une Europe plus mature, plus adulte et plus capable de prendre sa place dans le monde complexe et instable qui nous attend. J’ai foi en cette Europe, foi en sa capacité à surmonter ses divisions et à construire un destin commun qui respecte sa diversité tout en affirmant son unité. C’est le legs que nous laisserons à nos enfants, une Europe libre, souveraine et capable de se défendre seule si nécessaire.
Sources
Sources primaires
NDTV, More Europeans see Trump As ‘Enemy’ Than ‘Friend’: Survey, 23 janvier 2026, https://www.ndtv.com/world-news/more-europeans-see-trump-as-enemy-than-friend-survey-10869265
The Rio Times, Greenland Shock: Majority in Seven EU Countries Call Trump an Enemy, 23 janvier 2026, https://www.riotimesonline.com/greenland-shock-majority-in-seven-eu-countries-call-trump-an-enemy/
TRT World, More Europeans label Trump an ‘enemy’ than an ally: survey, 23 janvier 2026, https://www.trtworld.com/article/5aaa21460158
Sources secondaires
Nashaniva, More than half of Europeans consider Trump an enemy of Europe, 23 janvier 2026, https://nashaniva.com/amp/en/386448
Gulf Today, Half of Europeans see Trump as ‘enemy of Europe:’ Survey, 23 janvier 2026, https://www.gulftoday.ae/news/2026/01/23/half-of-europeans-see-trump-as-enemy-of-europe-survey
Business Recorder, More Europeans see Trump as ‘enemy’ than ‘friend’: survey, 23 janvier 2026, https://www.brecorder.com/news/40403704/more-europeans-see-trump-as-enemy-than-friend-survey
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