Une normalité biologique toute relative

On a tous cette image en tête, un peu simpliste sans doute, du squelette humain qu’on nous présentait à l’école. 206 os, bien rangés, une mécanique parfaitement huilée et identique pour tout le monde. C’est rassurant, non ? Sauf que la réalité est bien plus… capricieuse. Il m’arrive souvent de penser à quel point notre corps tolère des variations qu’on n’imagine même pas. En fait, certaines personnes conservent des structures osseuses qui remontent carrément à leur développement embryonnaire. Elles vivent avec, souvent sans la moindre douleur et sans aucun signe visible à l’extérieur, parfois jusqu’à un âge très avancé.
Cela nous force un peu à revoir notre copie sur ce qu’est la « normalité » biologique. Ce nombre d’os, qui paraissait figé comme une vérité absolue, repose finalement davantage sur une moyenne statistique que sur une réalité universelle applicable à chacun de nous. Chez certains adultes, de petits os supplémentaires persistent, discrètement. Ce sont des héritages directs de notre vie in utero. Ces variations anatomiques, longtemps ignorées ou considérées comme anecdotiques, remettent sérieusement en question l’idée d’un corps qui serait standardisé comme une machine sortie d’usine.
Quand la croissance laisse des traces : l’exemple du pied

Il faut se rappeler d’où l’on vient. À la naissance, le corps d’un bébé est une sorte de puzzle complexe comptant bien plus d’os qu’à l’âge adulte, parfois près de 300. C’est énorme, quand on y pense. Avec la croissance, la nature fait généralement son ménage : de nombreux centres d’ossification finissent par fusionner progressivement pour bâtir des structures plus larges, plus solides. Mais voilà, la nature n’est pas toujours une horloge suisse. Chez certaines personnes, ce processus reste partiellement inachevé. Il laisse subsister des fragments osseux autonomes, comme des petits témoins du passé.
Je tiens à préciser que ces variations ne sont ni une maladie, ni une anomalie rare effrayante. Elles traduisent simplement une autre trajectoire, un chemin de traverse du développement osseux. Les anatomistes — ces explorateurs du corps humain — parlent alors de centres d’ossification secondaires qui, pour une raison ou une autre, n’ont jamais fusionné avec l’os principal. Le phénomène est d’ailleurs assez démocratique : il concerne aussi bien les pieds que les hanches ou même la colonne cervicale.
D’ailleurs, pour vous donner une idée de l’ampleur de la chose, des travaux très sérieux publiés dans la revue Scientific Reports en 2024 ont mis des chiffres là-dessus. En se basant sur l’analyse minutieuse de collections squelettiques portugaises, les chercheurs ont montré qu’environ 18% des individus présentaient au moins un os accessoire au niveau du pied. Presque une personne sur cinq ! Cette fréquence est assez incroyable et nous rappelle que le squelette humain tolère une grande variabilité, sans que cela n’altère nécessairement sa fonction au quotidien.
Des fantômes invisibles souvent confondus avec des fractures

Le plus étonnant dans tout ça, c’est le silence. Dans l’immense majorité des cas, ces os supplémentaires passent totalement inaperçus. Ils vivent leur vie, si je puis dire, sans entraîner ni douleur, ni gêne fonctionnelle, ni même de modification visible de la morphologie. Vous ne verrez pas une bosse suspecte sur votre pied en sortant de la douche. Leur découverte survient le plus souvent par un pur hasard, au détour d’une radiographie ou d’une IRM réalisée pour une raison qui n’a strictement rien à voir. C’est souvent la surprise du chef pour le radiologue.
Cette discrétion explique pourquoi on les a historiquement sous-estimés. Le piège, c’est que même lorsqu’ils apparaissent enfin sur une image médicale, ces os accessoires peuvent semer la confusion. Ils sont parfois pris — à tort — pour des fragments d’une fracture ancienne qu’on aurait oubliée, ou des calcifications liées à l’âge. Selon des observations de cliniciens relayées par LiveScience, ils restent fréquemment non signalés, ou mal interprétés, y compris par des professionnels pourtant expérimentés. L’erreur est humaine, après tout.
Certaines régions du corps semblent être des terrains de prédilection pour ces variations. Le pied en constitue un exemple emblématique (décidément, nos pieds ont des secrets), avec des os aux noms un peu barbares comme l’os trigonum ou l’os naviculaire accessoire. Ils sont souvent là, tapis dans l’ombre, sans provoquer le moindre symptôme. Leur présence ne modifie ni la marche, ni la stabilité articulaire dans la majorité des situations. On marche littéralement sur des os en trop sans le savoir.
Quand l’anatomie se réveille : Hanche, cou et douleurs inexpliquées

Cependant, il ne faut pas croire que c’est toujours anodin. Dans certains contextes précis, ces os discrets peuvent devenir cliniquement significatifs, c’est-à-dire qu’ils commencent à poser problème. Lorsqu’ils se situent dans des zones soumises à de fortes contraintes mécaniques — pensez à la cheville ou la hanche qui portent notre poids — ils peuvent favoriser des douleurs ou limiter l’amplitude articulaire. C’est là que le diagnostic devient crucial.
Une vaste revue publiée tout récemment, en 2025, dans le Bratislava Medical Journal s’est penchée sur ce phénomène, en ciblant les os accessoires de la hanche, et en particulier un certain os acétabulaire. Les auteurs montrent que cet os est présent chez moins de 5% de la population générale. C’est peu, certes. Mais le chiffre grimpe chez les patients souffrant de douleurs ou de conflits articulaires. Sa taille et sa position influencent directement la symptomatologie et, par ricochet, les décisions chirurgicales qu’on devra prendre.
Un autre exemple qui fait un peu froid dans le dos, mais qui est bien documenté, concerne les côtes cervicales. Ce sont des os surnuméraires situés à la base du cou. Selon la célèbre Cleveland Clinic, jusqu’à 1% des personnes en possèdent une ou deux sans même le savoir. Le souci, c’est que dans de rares cas, elles peuvent venir comprimer des nerfs ou des vaisseaux sanguins. Le résultat ? Des douleurs et une faiblesse dans le bras. Leur identification correcte permet alors d’éviter des traitements inadaptés et d’orienter la prise en charge vers la vraie cause du problème. Ces situations nous rappellent que ces os ne sont pas juste des curiosités de musée ; leur reconnaissance joue un rôle clé pour comprendre certaines douleurs inexpliquées, notamment chez les sportifs.
Conclusion

Finalement, qu’est-ce que cela nous apprend ? Que notre corps est une archive vivante de notre propre développement. Ces petits os supplémentaires, ces « intrus » bienveillants la plupart du temps, sont la preuve que la biologie n’est pas une science rigide.
La prochaine fois que vous aurez une petite douleur inexpliquée ou que vous passerez une radio, gardez à l’esprit que vous faites peut-être partie de ces 18% ou de ce petit 1% qui sort de l’ordinaire. C’est plutôt fascinant de se dire qu’on ne se connaît jamais totalement soi-même, n’est-ce pas ?
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.
Vous avez peut-être des os « en trop » sans le savoir (et c’est fascinant)
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.