Une menace invisible qui remonte vers le Nord

On imagine souvent, à tort, que certaines maladies restent sagement cantonnées aux tropiques, loin de nos vacances européennes. Pourtant, la réalité est parfois plus… surprenante. Prenez la schistosomiase, aussi appelée bilharziose. C’est une maladie causée par les schistosomes, de minuscules vers parasites, qui concerne tout de même plus de 240 millions de personnes à travers le monde. Ces gens vivent avec ce parasite dans le corps, souvent sans même le savoir. C’est vertigineux quand on y pense.
Jusqu’à récemment, on se disait que cela concernait surtout l’Afrique, l’Amérique latine ou l’Asie. Sauf que les choses changent. Comme l’expliquent Christoph Grunau et Ronaldo Augusto, deux experts de l’Université de Perpignan Via Domitia, la maladie aborde désormais le sud de l’Europe. Des cas ont été recensés en Corse ces dernières années. Ce n’est plus de la science-fiction.
Le souci, c’est que les complications peuvent être terribles. On parle de risques allant jusqu’au cancer du foie ou de la vessie. Aujourd’hui, lutter contre ce fléau n’est plus juste une affaire locale pour les pays du Sud, c’est devenu un défi mondial qui nous demande, je crois, une vigilance de tous les instants et une coopération internationale, car notre environnement bouge, et les maladies avec.
Mécanique d’un parasite : de l’escargot à nos organes

Mais comment attrape-t-on ça, au juste ? C’est une histoire de cycle, un peu complexe mais fascinante. Tout part de petits escargots d’eau douce. Les larves de schistosomes infectent ces mollusques, s’y multiplient, et hop, elles sont relâchées dans l’eau. Elles cherchent alors un mammifère — ça peut être un rongeur, du bétail, ou nous, les humains — qui se baignerait par là. Au contact, les larves percent la peau, filent vers le foie pour devenir adultes, et finissent par s’installer dans les veines près de l’intestin ou de la vessie.
Le plus traître, c’est le silence de la maladie. Au début, on a peut-être juste une irritation ou un peu de fièvre, mais souvent, rien pendant des mois. Les vrais dégâts viennent des centaines d’œufs pondus chaque jour par les femelles. Une partie est éliminée naturellement (ce qui contamine l’eau à nouveau via les selles ou l’urine), mais d’autres œufs restent coincés dans nos tissus, créant des inflammations sévères.
Il faut savoir que les symptômes varient énormément selon l’espèce. Pour la schistosomiase intestinale (causée par Schistosoma mansoni, présent en Afrique, au Brésil ou aux Caraïbes), on note des douleurs abdominales, de la diarrhée et du sang dans les selles. Si on laisse traîner, on risque une hépatomégalie (le foie qui grossit), parfois avec de l’ascite (du liquide dans le ventre) et une grosse rate (splénomégalie). Aux stades tardifs, le risque de cancer du foie est réel.
D’autres variantes existent : Schistosoma japonicum sévit en Chine et aux Philippines, tandis que Schistosoma mekongi touche le Cambodge et le Laos. En Afrique centrale, on trouve aussi Schistosoma guineansis. Quant à la forme qui nous inquiète en Europe, c’est la schistosomiase urogénitale, liée à Schistosoma haematobium. Là, le signe typique est l’hématurie, c’est-à-dire du sang dans les urines. À long terme, cela peut fibroser la vessie, abîmer les reins et mener au cancer de la vessie. Chez les enfants, cela provoque souvent de l’anémie et des retards de croissance. C’est lourd, très lourd.
Un tour du monde des foyers d’infection, de l’Amazonie à la Corse

Ce parasite est un as de l’adaptation. Il lui suffit de trois choses : de l’eau, l’escargot spécifique et le parasite. En Afrique de l’Ouest, au Sénégal ou au Bénin par exemple, les températures stables et les fleuves sont des paradis pour les escargots des genres Biomphalaria et Bulinus. Dans une ville comme Ganvié au Bénin, la transmission se fait toute l’année. C’est leur quotidien.
De l’autre côté de l’Atlantique, au Brésil, c’est surtout la forme intestinale qui domine avec l’escargot Biomphalaria glabrata. On pensait que c’était un problème rural, lié au manque d’eau potable, mais on découvre avec stupeur des épidémies en zone urbaine ! Parfois à cause de rongeurs, parfois à cause d’assainissements défaillants. En Asie, c’est encore une autre paire de manches avec Schistosoma japonicum. Ce parasite infecte tout le monde : humains, bovins, rongeurs. Avec la riziculture traditionnelle et les inondations, le contact est permanent, et l’escargot vecteur, Oncomelania hupensis, se sent très bien dans ces zones humides.
Et chez nous ? Eh bien, la bilharziose sait surprendre. Entre 2013 et 2022, des touristes ont contracté la maladie en Corse après avoir nagé dans la rivière Cavu. Les analyses ont été formelles : on a trouvé sur l’île des escargots Bulinus truncatus et le parasite S. haematobium. Il a probablement été introduit par des voyageurs venant du Sénégal. Cela prouve bien une chose : nos écosystèmes européens sont vulnérables.
Climat, barrages et futur : pourquoi la vigilance est de mise

Ce qui est inquiétant, c’est que nos activités semblent dérouler le tapis rouge au parasite. Chaque nouveau barrage, chaque système d’irrigation crée des eaux calmes que les escargots adorent. Ajoutez à cela l’écotourisme qui emmène des voyageurs dans des zones reculées, et vous avez le cocktail parfait. Sans parler du changement climatique. La hausse des températures et les pluies changeantes offrent de nouveaux habitats à ces vecteurs.
Des modèles prédisent déjà que le sud de l’Europe, tout le bassin méditerranéen en fait, pourrait devenir une zone de transmission durable. Des escargots comme Planorbarius metidjensis ou Bulinus truncatus sont déjà là, dans le sud de l’Europe. Ils n’attendent que le parasite. Au laboratoire, les chercheurs travaillent d’arrache-pied avec des centres internationaux pour comprendre ces dispersions, et peut-être même modifier génétiquement les escargots ou les parasites pour les rendre inoffensifs.
Pour se protéger, au-delà des traitements au praziquantel dans les zones à risque, il faut repenser nos infrastructures. La bilharziose n’est plus une maladie tropicale négligée, c’est une infection émergente qui frappe à notre porte. Finalement, comprendre cette maladie, c’est réaliser à quel point notre santé est liée à notre environnement et à nos inégalités économiques.
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