La chevalerie était une cible mouvante, façonnée par la guerre, la religion et la vie de cour, et elle changeait en fonction de ceux qui la définissaient : les clercs prônant la retenue, les nobles protégeant leur statut et les combattants préférant les coutumes qui rendaient plus intéressant de faire des prisonniers que de les tuer. Les chroniques médiévales et les biographies ultérieures ont présenté certains chevaliers comme des symboles purs et lumineux, et ces récits continuent de façonner notre image de l’armure et de l’honneur. Dans le même temps, les archives historiques regorgent de raids, de trêves rompues et de politiques brutales, souvent menés par la classe sociale qui prônait le plus la vertu. Voici dix chevaliers dont la vie a contribué à définir la chevalerie, et dix personnages tristement célèbres qui montrent à quel point ce code pouvait être facilement contourné, voire ignoré.
1. Guillaume Marshal
William Marshal est passé du statut de fils cadet aux perspectives limitées à celui de l’un des chevaliers les plus respectés d’Angleterre, et sa carrière a été célébrée dans une biographie quasi contemporaine, The History of William Marshal. Il s’est fait connaître pour sa loyauté à travers les règnes et a ensuite servi comme régent pour Henri III, ce qui n’est pas le genre de rôle confié à quelqu’un considéré comme imprudent ou égoïste.
2. Geoffroi De Charny
Geoffroi de Charny est important car il a fait plus que se battre ; il a tenté de définir par écrit, dans Le Livre de la chevalerie, ce que devait être un combat honorable. Il est mort à la bataille de Poitiers en 1356 en défendant la bannière royale française, ce qui correspondait à l’idéal qu’il défendait : rester calme sous la pression et prendre son devoir au sérieux.
3. Sir John Chandos
Chandos était un commandant anglais de premier plan pendant la guerre de Cent Ans et l’un des membres fondateurs de l’Ordre de la Jarretière, un cercle créé pour récompenser une certaine idée de la conduite des élites. Les chroniqueurs louaient sa discipline et son jugement, et cette réputation était importante à une époque où des troupes indisciplinées pouvaient ruiner une campagne aussi facilement qu’une armée ennemie.
4. Bertrand Du Guesclin
Du Guesclin est devenu connétable de France, et son ascension nous rappelle que la chevalerie ne se résumait pas à l’élégance et au faste. Il a gagné le respect grâce à sa persévérance, son leadership pratique et une loyauté à toute épreuve dans des conflits longs et éprouvants où la gloire était rare et où l’endurance comptait davantage.
5. Sir James Douglas
Connu dans la tradition écossaise sous le nom de « Good Sir James », Douglas a lié son nom à la cause de Robert Bruce, et le lien qui les unissait est devenu partie intégrante de l’histoire nationale écossaise. Les récits selon lesquels Douglas aurait emporté le cœur de Bruce lors d’une croisade et serait mort en Espagne en 1330 reflètent un idéal médiéval de service qui a survécu à la personne qu’il servait.
6. Jean Le Meingre, alias Boucicaut
Boucicaut a laissé derrière lui une réputation façonnée par une biographie détaillée qui le présentait comme un chevalier modèle, mettant l’accent sur la discipline et la conduite publique. Il prônait une version de la chevalerie qui incluait la retenue et la protection des plus vulnérables, même si la politique de l’époque ne cessait de tester les limites de ces principes.
7. Bayard
Pierre Terrail, seigneur de Bayard, est devenu le symbole de la vertu chevaleresque à la Renaissance, loué pour son courage et sa rigueur à une époque où les alliances changeaient sans cesse. Les récits sur sa courtoisie et son souci des civils ont peut-être été embellis par ses admirateurs, mais le fait que son nom soit devenu une référence en dit long sur ce que les gens attendaient de l’idéal chevaleresque.
8. Balian d'Ibelin
On se souvient de Balian pour avoir défendu Jérusalem en 1187 et négocié les conditions de la reddition qui ont épargné de nombreux civils après que la ville ne pouvait plus tenir. Cet épisode, rapporté dans de nombreux récits de l’époque, montre une forme pratique de chevalerie : la responsabilité envers la vie, et pas seulement le courage personnel.
9. Maximilien Ier
Maximilien Ier a cultivé l’image du souverain chevaleresque à travers des tournois, des armures et des œuvres commandées comme Theuerdank, transformant l’idéal chevaleresque en un projet politique et culturel. Il a joué un rôle important car la chevalerie était aussi une image de marque, et il a su l’utiliser pour façonner la perception du pouvoir par le public.
10. Sir Philip Sidney
La chevalerie de Sidney s’inscrit dans une version plus tardive et plus littéraire de la chevalerie, mais sa réputation repose toujours autant sur sa conduite que sur son talent. L’histoire selon laquelle il aurait donné de l’eau à un soldat blessé à Zutphen en 1586 a perduré parce qu’elle présentait l’honneur comme une générosité dans l’adversité, et pas seulement comme du courage au combat.
Voici maintenant dix chevaliers qui ont traité ce code comme facultatif et ont laissé derrière eux des traces qui entachent l’idée même de chevalerie.
1. Gilles De Rais
Gilles de Rais a combattu aux côtés de Jeanne d’Arc et occupait un rang élevé en tant que maréchal de France, ce qui rend sa chute ultérieure d’autant plus effrayante. Il a été jugé et exécuté en 1440 après avoir été reconnu coupable du meurtre d’enfants, une affaire conservée dans les archives judiciaires qui est à mille lieues de l’image romantique de la chevalerie.
2. Hugh Despenser le Jeune
Despenser était un favori de la cour d’Édouard II et a utilisé sa proximité avec le pouvoir pour s’enrichir et exercer son contrôle par l’intimidation. Les accusations contemporaines le décrivaient comme un prédateur, et sa carrière est devenue un exemple édifiant de la façon dont le langage du devoir noble pouvait être associé à la cupidité personnelle.
3. John Tiptoft, comte de Worcester
Tiptoft avait la réputation d’être érudit, mais il est devenu tristement célèbre pendant la guerre des Deux-Roses pour sa justice sévère et ses exécutions massives alors qu’il était connétable d’Angleterre. On se souvient de lui comme d’un homme impitoyable, même dans une période violente, ce qui montre à quel point le rôle de chevalier pouvait être facilement utilisé pour légitimer la cruauté.
4. Sir Andrew Harclay
Harclay a gagné son honneur en combattant les Écossais, puis a connu une chute brutale lorsqu’il a négocié la paix avec Robert Bruce sans l’accord du roi. Il a été arrêté et exécuté pour trahison en 1323, et la rapidité de sa chute montre à quel point c’est souvent la loyauté, et non la bravoure, qui déterminait si un chevalier était loué ou détruit.
5. Sir John Oldcastle
Oldcastle a commencé comme un soldat respecté et un associé d’Henri V, puis s’est identifié au mouvement lollard et à la défiance ouverte envers l’autorité de l’Église. Il a été condamné pour hérésie et exécuté par la suite, ce qui nous rappelle que la chevalerie était liée à la loyauté institutionnelle, et pas seulement à l’éthique personnelle.
6. Sir John Hawkwood
Hawkwood s’est fait connaître en tant que capitaine mercenaire en Italie avec la Compagnie blanche, servant les cités-États qui l’engageaient et inspirant la crainte à celles qui ne le pouvaient pas. Sa carrière a révélé le côté commercial de la chevalerie, où les contrats et la rémunération pouvaient compter plus que les serments, et où les civils en faisaient souvent les frais.
7. Sir Robert Knolles
Knolles est devenu riche et influent grâce à la guerre en France, mais son nom apparaît également dans les critiques des raids indisciplinés et des dégâts causés par ces campagnes. L’image chevaleresque dépendait du contrôle et de la retenue, et les commandants qui ne pouvaient pas maîtriser leurs forces sapaient les idéaux mêmes qu’ils prétendaient représenter.
8. Sir John Fastolf
L’héritage de Fastolf est ambigu, car c’était un soldat et un administrateur compétent, mais son nom a été associé à la lâcheté après la bataille de Patay, et il a passé des années à défendre sa réputation. Cet épisode montre à quel point la chevalerie pouvait être autant une question de discours public que de conduite, la réputation étant faite ou brisée par les rivaux et les chroniqueurs.
9. Götz Von Berlichingen
Götz était un chevalier impérial dans une Allemagne où les querelles privées fonctionnaient encore comme une forme de politique, et sa carrière a été marquée par des raids et des querelles violentes que les lecteurs ultérieurs ont romancés. Sa vie reflète le côté sombre de la chevalerie, où le pouvoir local pouvait signifier l’exécution de vendettas personnelles avec des hommes armés.
10. Reynald de Châtillon
Reynald s’est fait connaître dans les États croisés pour ses raids agressifs et ses violations de trêves, notamment des attaques qui menaçaient les routes commerciales et les pèlerins. Les sources musulmanes et chrétiennes le décrivent comme dangereusement provocateur, et sa fin aux mains de Saladin après Hattin en 1187 est devenue un avertissement clair contre l’arrogance déguisée en bravoure.