Un bar ouvert avec l’argent public

Imaginez que vous achetiez une baguette à 3 dollars et que le boulanger vous facture 200 dollars pour vous la tendre. Absurde, non ? C’est pourtant exactement ce qui est possible dans certaines pharmacies du Québec, du moment que le client est une victime d’acte criminel indemnisée par l’IVAC. C’est un pharmacien montréalais, outré par la situation, qui a tiré la sonnette d’alarme auprès de l’émission Enquête. Pour lui, le constat est sans appel : c’est « aberrant » et d’un « laxisme probant ». Après tout, ce sont nos taxes qui paient.
Pour prouver ses dires, ce propriétaire (qui a gardé l’anonymat par peur des représailles) a fait un test grandeur nature. Il a pris le dossier d’un patient couvert par l’IVAC à qui il délivrait du clonazépam. Ce petit anxiolytique ne coûte que 3,22 $. Habituellement, il réclamerait environ 12 $ d’honoraires pour ce service. Mais là, pour l’expérience, il a entré une réclamation de 100 $ dans le système. Résultat ? Accepté immédiatement. L’argent a été versé deux semaines plus tard. Il a ensuite annulé la transaction pour rembourser l’État, mais la démonstration était faite.
200 dollars d’honoraires sans aucune question

Le pharmacien a voulu pousser le bouchon encore plus loin. Il a retenté l’expérience en demandant cette fois 200 $ d’honoraires pour ce même médicament à 3 $. C’est seize fois le prix normal ! Et devinez quoi ? Le système a validé la transaction sans broncher. Son compte a été crédité de 203,22 $. Aucune alerte, aucun appel de vérification, aucune demande d’ajustement de la part de l’IVAC. Si une telle facture avait été envoyée à une assurance privée, elle aurait été bloquée net. « C’est exagéré, ça n’aurait pas passé », confirme notre lanceur d’alerte.
Ce n’est malheureusement pas un cas isolé. L’équipe d’Enquête a fouillé les données et découvert, au 31 octobre dernier, 547 cas où des pharmaciens avaient réclamé des sommes astronomiques pour des médicaments basiques coûtant entre 3 $ et 13,50 $ par mois. Par exemple, pour du citalopram (un antidépresseur à 4 $), des honoraires moyens de 97 $ ont été facturés 33 fois. Pour du naproxen, un simple anti-inflammatoire, la facture a dépassé les 100 $ à 56 reprises. En moyenne, ces honoraires gonflés tournent autour de 78 $.
Pourquoi personne ne surveille la caisse ?

Comment est-ce possible ? Nous avons posé la question directement à l’IVAC. Un porte-parole a confirmé, noir sur blanc, qu’il n’existe aucun mécanisme de contrôle des honoraires. La justification laisse songeur : selon l’organisme, leur régime est différent de celui de la CNESST (qui gère les accidents de travail) car l’IVAC est financée à 100 % par des fonds publics, alors que la CNESST l’est par les employeurs. Une logique surprenante, d’autant que la CNESST, elle, ne rembourse que le prix « usuel et coutumier ».
Du côté de l’Ordre des pharmaciens, on reconnaît que ces montants semblent élevés à première vue. Nancy Marando, directrice des communications, rappelle que le code de déontologie exige un prix « juste et raisonnable ». Cependant, l’Ordre attend une analyse plus poussée avant de trancher et souligne n’avoir reçu aucune plainte de l’IVAC à ce sujet.
Les dégâts collatéraux

Cette absence de règles a des conséquences bien réelles au-delà de la facture pour les contribuables. Le pharmacien qui nous a contactés a entendu parler de cette magouille par un confrère en pleine mésaventure. Ce dernier venait d’acheter une pharmacie et a réalisé, trop tard, que le chiffre d’affaires avait été gonflé artificiellement grâce à ces abus répétés sur les dossiers IVAC.
Ce nouveau propriétaire a découvert des réclamations exagérées s’étalant sur plusieurs années. Résultat ? Il a payé son fonds de commerce trop cher, basé sur une rentabilité faussée. L’affaire est désormais entre les mains de la justice, le nouveau propriétaire envisageant de poursuivre le vendeur. Une preuve de plus que quand c’est « bar ouvert », la facture finit toujours par rattraper quelqu’un.
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Comment une pilule à 3 dollars peut rapporter 200 dollars au pharmacien
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