Entre paranoïa et réalité de terrain

Vous vous souvenez sans doute de cette idée qui avait fait le tour du monde : les États-Unis qui songent à annexer le Groenland. Pourquoi ? Parce que le président américain Donald Trump l’assure : la menace est réelle. Selon lui, des navires et sous-marins russes rôdent, justifiant une reprise en main immédiate de ce territoire autonome danois.
Mais qu’en est-il vraiment sur place ? Si l’on écoute les experts qui vivent le nez dans la poudreuse, on est loin du compte. Pour Marc Lanteigne, qui enseigne les sciences politiques à l’Université de Tromsø en Norvège et à celle du Groenland à Nuuk, imaginer une présence militaire chinoise au large de l’île relève de la pure fiction. Le constat est sans appel : il n’y a ni navires chinois, ni russes dans la zone. L’empreinte réelle de la Chine sur le terrain ? Elle reste, pour l’instant, très limitée.
La « Route de la soie polaire » au point mort ?

Cela n’empêche pas Pékin de jouer des coudes. Depuis une dizaine d’années, l’intérêt de la Chine pour l’Arctique ne se dément pas. Elle s’est même autoproclamée « État quasi-arctique » en 2018. Une appellation audacieuse quand on sait que son point le plus au nord se trouve tout de même à près de 1500 kilomètres du cercle polaire ! À l’époque, le plan était clair : lancer une « Route de la soie polaire » et investir massivement dans les aéroports et les mines.
Sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu. Mathieu Duchâtel, directeur des études internationales à l’Institut Montaigne, est formel : sur dix ans, l’intention était là, mais la résistance politique a été féroce. Résultat ? Une série d’échecs. Achat d’une base navale, extension d’aéroports, télécoms… tout a été bloqué ou abandonné.
L’exemple le plus frappant remonte à 2019. Le Danemark, sous la pression de Washington invoquant la sécurité nationale, a mis son veto à un projet d’investissement. L’argument ? Une infrastructure aéroportuaire civile peut trop facilement servir à des militaires. Copenhague dispose de mécanismes de blocage très efficaces, et ils s’en servent.
Bon, et l’économie dans tout ça ? Marc Lanteigne précise que les liens entre Pékin et Nuuk restent très modestes : un peu de pêche, du tourisme, et c’est tout. Même les quatre projets miniers impliquant des partenaires chinois, proposés il y a sept ou huit ans, sont au point mort. Aucun n’est actif aujourd’hui.
Moscou, le véritable partenaire de danse

Si ça patine au Groenland, c’est le long des côtes russes que ça bouge. Avec le réchauffement climatique, la fonte des glaces ouvre la Route maritime du Nord. C’est un raccourci tentant : l’Asie à l’Europe en une vingtaine de jours seulement. Certes, on est encore loin de remplacer le canal de Suez. La route reste saisonnière, coûteuse et dangereuse. Pour preuve, en 2025, seulement 14 navires chinois l’ont empruntée, essentiellement pour transporter du gaz russe. Mais la Chine y pense très fort pour l’avenir.
Le vrai tournant géopolitique a eu lieu après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Moscou, isolé, dépend désormais de Pékin pour ses finances et sa technologie. Les deux géants se rapprochent : patrouilles conjointes dans le détroit de Béring, accord de coopération entre gardes-côtières signé en 2023… C’est là que la présence chinoise devient tangible.
La science comme cheval de Troie ?

Attention aux apparences. Si la Chine n’a pas de soldats au Groenland, elle mise tout sur la science. Saviez-vous qu’elle dispose aujourd’hui de cinq brise-glaces ? C’est deux de plus que les États-Unis. Elle multiplie les missions scientifiques, officiellement pour la recherche.
Mais Marc Lanteigne soulève un point crucial : ces données sont à double tranchant. Cartographie des fonds marins, sonar, mesures atmosphériques… ce qui sert aux scientifiques sert aussi aux militaires. C’est ce qu’on appelle l’usage dual.
Pékin joue aussi la bataille de l’image. Face à des États-Unis qu’elle décrit comme prisonniers d’une mentalité de guerre froide, la Chine veut incarner la responsabilité. Son message aux pays du Sud et aux BRICS est simple : l’Arctique ne doit pas être la chasse gardée de l’OTAN et de la Russie.
Pourtant, la méfiance reste de mise. Comme le rappelle Mathieu Duchâtel, bâtir des ports ou des infrastructures critiques avec la Chine crée une vulnérabilité. Des leviers que Pékin pourrait actionner en cas de conflit. C’est, en somme, la mise en garde qui revient systématiquement : derrière la main tendue diplomatique, le risque de dépendance n’est jamais loin.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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Ce que la Chine fabrique vraiment au Groenland (loin des fantasmes américains)
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