Des invités un peu trop à l’aise

Ils sont là, ils circulent, et pour l’instant, ils n’ont pas déclenché d’urgence mondiale. Pourtant, deux virus d’origine animale commencent à prendre leurs aises un peu trop près des humains. C’est le constat dressé par des experts en maladies infectieuses dans une récente revue d’études. Selon eux, tous les ingrédients d’une future épidémie sont réunis : des contacts fréquents avec les animaux, des tests de dépistage trop rares et une détection précoce des nouveaux virus respiratoires franchement défaillante.
De quels virus parle-t-on ? De l’influenza D et du coronavirus canin. Ces chercheurs affirment qu’ils méritent beaucoup plus d’attention qu’on ne leur en accorde actuellement. Le souci, ce n’est pas seulement qu’ils peuvent déjà infecter les gens. La vraie crainte, c’est l’évolution. Si l’un ou l’autre apprend à se transmettre efficacement d’une personne à l’autre, il pourrait traverser la population à toute vitesse. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous n’avons quasiment aucune immunité existante contre eux.
L’Influenza D : celui qui avance masqué
Pourquoi personne ne tire la sonnette d’alarme plus fort ? Parce que ces virus sont des experts de la discrétion. Prenez l’influenza D. Identifié pour la première fois en 2011, on pensait qu’il concernait surtout les porcs et les bovins. Depuis, on l’a retrouvé chez une foule d’animaux : volailles, cerfs, girafes et même kangourous. Chez les vaches, il contribue à la maladie respiratoire bovine, un problème coûteux qui pèse sur la santé du bétail et la productivité des fermes.
Mais ce qui intrigue — et inquiète — c’est ce qui se passe à la frontière entre l’homme et l’animal. Des études menées sur des éleveurs de bétail au Colorado et en Floride ont révélé un chiffre stupéfiant : jusqu’à 97 % des personnes travaillant avec les troupeaux portaient des anticorps contre l’influenza D. Avoir des anticorps ne signifie pas qu’on est malade à l’instant T, mais cela prouve qu’on a croisé la route du virus.
Pour l’instant, ces expositions semblent « subcliniques ». En clair ? Les gens sont infectés mais ne ressentent aucun symptôme. Cela peut sembler rassurant, mais c’est à double tranchant. Un virus qui voyage sans bruit peut se diffuser largement sans être repéré. John Lednicky, professeur à l’Université de Floride, le souligne : « Notre revue de la littérature indique que ces deux virus posent des menaces de maladies respiratoires pour les humains, pourtant peu a été fait pour répondre ou prévenir l’infection. » Pire encore, l’influenza D évolue vite. Une souche isolée récemment en Chine a déjà développé la capacité de se transmettre entre humains. C’est exactement ce genre de mutation qui fait passer un virus de « curieux » à « urgent ».
Le coronavirus canin : quand le meilleur ami de l’homme tousse

Passons au second candidat : le coronavirus canin (CCoV). Attention, rien à voir avec le SARS-CoV-2 du Covid-19. Chez les chiens, ce virus est surtout connu pour provoquer des troubles gastro-intestinaux. Mais chez l’homme, l’histoire est différente. Les scientifiques s’y intéressent désormais de très près car ils ont lié de rares infections humaines à des hospitalisations pour pneumonie en Asie du Sud-Est.
Le problème, c’est l’angle mort statistique. « Des tests de diagnostic ne sont pas effectués en routine pour ce virus, donc on ne sait pas à quel point il affecte la population générale », explique John Lednicky. Si les médecins ne cherchent pas, les cas n’apparaissent pas dans les données. Et sans données, le virus passe sous les radars pendant des années.
Pourtant, les preuves s’accumulent. Une équipe de l’Université de Floride, dirigée par Lednicky, a isolé un coronavirus canin chez un membre d’une équipe médicale. Cette personne avait voyagé de Floride à Haïti en 2017 avant de développer une fièvre légère et un malaise. Les chercheurs ont nommé cette souche HuCCoV_Z19Haiti. Quelques années plus tard, un autre groupe mené par Gregory Gray a signalé une souche quasi identique, le CCoV-HuPn-2018, isolée chez un enfant hospitalisé en Malaisie. Depuis, on a détecté ce virus chez des personnes souffrant de maladies respiratoires en Thaïlande, au Vietnam et même dans l’Arkansas.
Le fait qu’on le retrouve un peu partout suggère qu’il a déjà franchi les frontières régionales. Cela ne veut pas dire qu’il se transmet facilement entre humains — les voyages et les contacts répétés avec les animaux peuvent expliquer ces cas dispersés — mais la récurrence est un signal d’alerte suffisant pour exiger un meilleur suivi.
Ne pas attendre le dos au mur

Le message central de cette étude, publiée dans la revue Emerging Infectious Diseases, est limpide : on ne peut pas se permettre d’attendre qu’un virus maîtrise parfaitement la transmission interhumaine pour commencer à s’y intéresser. Le manque de connaissances actuel est un risque en soi. « Nos connaissances sur l’épidémiologie et les manifestations cliniques de ces virus se limitent à un nombre modeste d’études de recherche », écrivent les auteurs. Mais même ces données limitées indiquent qu’ils représentent une « menace majeure pour la santé publique ».
Alors, que faire ? Le plan est simple : renforcer la surveillance chez les animaux et les humains, et développer des diagnostics que les médecins utiliseront vraiment. Il faut aussi planifier dès maintenant des traitements, voire des vaccins, plutôt que d’attendre qu’une crise ne force la main. Il ne s’agit pas de céder à la panique, mais de comprendre que la complaisance coûte cher. Ces virus envoient déjà des signaux d’avertissement, des anticorps chez les ouvriers agricoles aux pneumonies éparses à travers le monde. L’essence même de la préparation, c’est de traiter ces signaux comme une raison de chercher plus loin, et non de hausser les épaules.
Selon la source : earth.com
Créé par des humains, assisté par IA.
Ces deux virus méconnus qui pourraient bien préparer la prochaine crise sanitaire