Les détails qui dérangent
L’entente est claire comme de l’eau de roche. En échange de la réduction des droits de douane chinois sur le canola canadien à 15%, Ottawa autorise l’entrée massive de véhicules électriques chinois bon marché. Le homard, le crabe, les pois canadiens ne seront plus soumis aux droits anti-discrimination dès le 1er mars. Belle victoire pour les agriculteurs des Prairies, diront certains. Mais à quel prix pour l’industrie automobile nord-américaine?
Les chiffres qui font mal
Carney parle de 3% du marché canadien. Trois petits pourcents. Ça semble dérisoire, n’est-ce pas? Sauf que ces 49 000 unités la première année, ça monte à 70 000 d’ici cinq ans. Et ces voitures chinoises, elles ne coûtent pas 60 000$ comme nos Tesla fabriquées en Californie. Non. On parle de véhicules à 35 000$ canadiens, parfois moins. Des BYD Seagull à 16 700$. Des Xpeng Mona M03 qui rivalisent avec la Model 3 pour moitié prix.
Et là, je me pose la question qui tue. Celle que personne n’ose formuler tout haut. Si ces voitures chinoises sont si bonnes, si abordables, si technologiquement avancées… pourquoi diable continuerions-nous à payer le double pour des véhicules fabriqués ici? Je sais, je sais. L’emploi local. La fierté nationale. Tout ça. Mais quand ton portefeuille crie famine et qu’une BYD Seagull te fait de l’œil à 20 000$ pendant qu’une Bolt coûte 40 000$, tu fais quoi? Tu choisis ton pays ou ton compte en banque?
Section 3 : Ces voitures chinoises dont personne ne parle encore
Le BYD Seagull ou la menace existentielle
Parlons du BYD Seagull. Cette petite citadine qui terrorise les constructeurs occidentaux. En Chine, elle se vend 8 000$. Huit mille dollars pour une voiture électrique complète, fonctionnelle, avec 75 chevaux et une autonomie décente. En Australie, le prix grimpe à 16 700$ pour la version de base. Même en ajoutant les coûts d’importation, les modifications pour les normes canadiennes, on reste largement sous les 25 000$ américains. C’est une révolution. Une vraie.
Le Xpeng Mona M03 et la fin de Tesla
Puis il y a le Xpeng Mona M03. Une berline qui copie sans vergogne la Tesla Model 3. Mêmes dimensions. Même allure. Sauf qu’en Chine, elle coûte 16 000$. Seize mille. La Model 3 canadienne? 66 000$. Vous voyez le problème? Le Mona M03 offre une batterie de 50 kWh, une traction avant, et un design qui ne fait pas honte. Xpeng dit que MONA signifie « Made Of New AI ». Moi, j’y vois surtout un doigt d’honneur à Elon Musk.
Je vais être honnête avec vous. Quand j’ai vu les specs du Mona M03, j’ai ressenti quelque chose d’étrange. Un mélange d’admiration et de terreur. Parce que si les Chinois arrivent à produire ça pour ce prix-là, qu’est-ce qui nous reste? Notre savoir-faire? Notre qualité? Nos syndicats? Tout ça sonne creux quand tu réalises que BYD vend plus de voitures électriques que Tesla. Que Xpeng innove plus vite que GM. Que la Chine a déjà gagné cette guerre avant même qu’on réalise qu’elle avait commencé.
Section 4 : Doug Ford hurle dans le désert
L’Ontario contre le reste du pays
Doug Ford est furieux. Le premier ministre ontarien a déclaré être « 100% contre » cette réduction tarifaire. Il veut que la Chine ouvre des usines en Ontario, qu’elle embauche des travailleurs canadiens syndiqués. Noble intention. Sauf que Carney a déjà laissé entendre que c’est une possibilité. Une usine chinoise sur le sol canadien. Des BYD assemblées à Oshawa. Des Geely construites à Windsor. L’ironie est tellement épaisse qu’on pourrait la couper au couteau.
Les Prairies célèbrent pendant que l’Ontario pleure
Scott Moe, premier ministre de la Saskatchewan, était à Pékin avec Carney. Sourire aux lèvres. Parce que son canola, enfin, va pouvoir traverser le Pacifique sans se faire massacrer par des droits de douane de 76%. La Saskatchewan représente plus de la moitié de la production canadienne de canola. Pour eux, c’est Noël en janvier. Pour l’industrie automobile ontarienne, c’est le début de la fin.
Et moi, je regarde ce spectacle avec une fascination morbide. D’un côté, les fermiers qui peuvent enfin respirer. De l’autre, les ouvriers de l’automobile qui voient leur avenir s’évaporer. Le Canada en miniature. Toujours déchiré entre ses régions, ses intérêts, ses identités. Carney a choisi. Il a choisi le canola contre l’automobile. Les Prairies contre l’Ontario. Et je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on vient de sacrifier une industrie centenaire pour sauver une culture agricole. Est-ce le bon choix? Je n’en sais rien. Mais ça fait mal.
Section 5 : La parade des modèles qui vont débarquer
Le Dongfeng Nammi 06 et la démocratisation
Le Dongfeng Nammi 06 est un VUS sous-compact de la taille d’un Nissan Kicks. Moteur de 181 chevaux, batterie de 45 ou 52 kWh. Prix en Chine? 12 500$. Même en triplant le prix pour le marché canadien, on reste sous les 40 000$. C’est exactement ce que les Canadiens veulent. Un VUS électrique abordable. Pas un jouet de luxe à 80 000$. Un vrai véhicule familial qui ne te ruine pas.
Le GAC Aion UT ou le retour du Bolt
Le GAC Aion UT ressemble étrangement à la défunte Chevrolet Bolt. Même gabarit. Même philosophie. Sauf qu’il a une batterie de 60 kWh et un moteur de 201 chevaux. En Thaïlande, il se vend 16 000$. GAC, c’est le partenaire chinois de Honda et Toyota. Ils savent fabriquer des voitures. Ils ont même exporté des Fit au Canada en 2011. Le retour pourrait être spectaculaire.
Le Leapmotor B10 et l’alliance Stellantis
Stellantis a acheté une partie de Leapmotor. Le B10 est un VUS compact avec 210 chevaux, traction arrière, batterie de 67 kWh. Prix en Australie? 27 200$. C’est plus cher que la limite de 25 000$, mais ça reste compétitif. Et Stellantis pourrait le vendre sous une autre marque. Dodge? Chrysler? Peu importe. Le B10 a tout pour plaire aux familles canadiennes.
Je regarde cette liste de voitures et je ressens quelque chose que je n’arrive pas à nommer. De l’envie? De la peur? Les deux? Parce que ces véhicules, ils sont bons. Vraiment bons. Pas des copies cheap. Pas des imitations ratées. De vraies voitures électriques, bien conçues, bien équipées, à des prix qui donnent le vertige. Et je me demande comment nos constructeurs vont réagir. Vont-ils baisser leurs prix? Améliorer leurs produits? Ou vont-ils simplement pleurer en demandant plus de subventions?
Section 6 : Le Wuling Bingo S et le fantôme de General Motors
Quand GM pourrait vendre des voitures chinoises
Le Wuling Bingo S est une petite citadine de 101 chevaux avec une batterie de 41,9 kWh. Prix en Chine? Moins de 10 000$. Wuling fait partie de l’alliance SAIC-GM-Wuling. General Motors pourrait techniquement vendre cette voiture au Canada sous le badge Chevrolet. Imaginez. Une Chevrolet électrique à 20 000$. Vendue dans les concessions GM existantes. Ça changerait tout.
L’ironie ultime
GM a investi des milliards dans l’électrification. Ils ont construit des usines au Canada. Promis des emplois. Et maintenant, ils pourraient importer des voitures chinoises pour rester compétitifs. C’est tellement absurde que ça en devient presque poétique. Le capitalisme qui se mord la queue. L’industrie automobile qui se cannibalise elle-même.
Et là, je dois avouer quelque chose. Une partie de moi trouve ça brillant. Cynique, mais brillant. Si tu ne peux pas les battre, joins-toi à eux. GM pourrait utiliser son réseau de concessionnaires pour vendre des Wuling rebadgées. Ça sauverait les emplois en concession. Ça donnerait aux Canadiens des voitures abordables. Mais ça tuerait définitivement l’idée qu’on fabrique encore quelque chose ici. On deviendrait juste des vendeurs. Des intermédiaires. Des courtiers entre la Chine et les consommateurs canadiens.
Section 7 : Mark Carney et le grand pari
De la menace à la main tendue
Il y a un an, pendant la campagne électorale, Carney qualifiait la Chine de « plus grande menace pour le Canada ». Aujourd’hui, il serre la main de Xi Jinping à Pékin et parle de « partenariat stratégique ». Le revirement est spectaculaire. Presque embarrassant. Mais Carney assume. Il dit qu’il faut naviguer dans le monde tel qu’il est, pas tel qu’on voudrait qu’il soit.
Le pragmatisme ou la capitulation
Carney veut doubler les exportations hors États-Unis d’ici 2030. Augmenter de 50% les exportations vers la Chine. C’est ambitieux. C’est nécessaire, dit-il, face aux menaces tarifaires de Trump. Mais c’est aussi un aveu d’impuissance. On ne peut plus compter sur les Américains. Alors on se tourne vers les Chinois. Même si ça signifie sacrifier notre industrie automobile.
Je ne sais pas quoi penser de Carney. Une partie de moi admire son pragmatisme. Son courage de faire ce que personne d’autre n’oserait. Mais une autre partie, plus sombre, se demande si on n’est pas en train de vendre notre âme. Parce que la Chine, ce n’est pas juste un partenaire commercial. C’est un régime autoritaire. Un pays qui emprisonne les Ouïghours. Qui menace Taïwan. Qui a détenu arbitrairement des Canadiens. Et nous, on leur ouvre nos portes en échange de canola et de voitures bon marché. Ça me laisse un goût amer.
Section 8 : Ce que ça signifie pour vous, consommateur canadien
Des voitures enfin abordables
Pour la première fois depuis des années, les Canadiens vont avoir accès à des véhicules électriques vraiment abordables. Pas des promesses. Pas des concepts. De vraies voitures que vous pourrez acheter pour moins de 30 000$. Le BYD Seagull. Le Xpeng Mona M03. Le Dongfeng Nammi 06. Des noms étranges, certes. Mais des voitures qui fonctionnent.
Le dilemme du choix
Mais voilà le problème. En achetant une voiture chinoise, vous soutenez indirectement un régime que vous désapprouvez peut-être. Vous contribuez à la disparition d’emplois canadiens. Vous participez à la transformation de notre économie en économie de services. Est-ce que ça vaut le coup d’économiser 20 000$? C’est à vous de décider.
Je me mets à votre place. Vraiment. Vous avez un budget serré. Deux enfants. Un prêt hypothécaire. Et vous voulez faire votre part pour l’environnement. Une voiture électrique, c’est l’idéal. Mais à 60 000$, c’est impossible. Alors quand une BYD Seagull arrive à 20 000$, vous faites quoi? Vous refusez par principe? Vous vous endettez pour acheter canadien? Ou vous craquez et vous achetez chinois? Je ne vous juge pas. Je serais probablement tenté moi aussi. Mais ça ne rend pas la décision plus facile.
Section 9 : L'avenir qui nous attend
La fin de l’industrie automobile canadienne
Soyons clairs. Si cet accord tient, si les voitures chinoises débarquent en masse, l’industrie automobile canadienne telle qu’on la connaît est finie. Oh, il y aura encore des usines. Peut-être même des usines chinoises. Mais l’idée qu’on fabrique des voitures canadiennes pour des Canadiens, c’est terminé. On assemblera des pièces chinoises. On vendrons des voitures chinoises. On sera devenus une succursale.
Le modèle australien
L’Australie a déjà vécu ça. Les voitures chinoises ont envahi leur marché. BYD est devenu un acteur majeur. Les prix ont chuté. Les consommateurs sont contents. Mais l’industrie automobile australienne a disparu. Complètement. Le dernier constructeur local a fermé en 2017. Le Canada suivra-t-il le même chemin?
Je regarde l’avenir et je vois deux scénarios. Dans le premier, les voitures chinoises forcent nos constructeurs à innover, à baisser leurs prix, à redevenir compétitifs. La concurrence stimule l’excellence. Dans le second, nos constructeurs abandonnent, ferment leurs usines, licencient leurs employés. La Chine gagne. Nous perdons. Quel scénario se réalisera? Je voudrais croire au premier. Mais mon instinct me dit que ce sera le second. Parce que l’histoire nous enseigne que quand un empire décline, il ne se relève jamais vraiment.
Conclusion : Le jour où le Canada a changé de camp
Un tournant historique
Le 16 janvier 2026 restera dans les livres d’histoire. Le jour où le Canada a officiellement tourné le dos aux États-Unis pour se rapprocher de la Chine. Le jour où Mark Carney a parié l’avenir de notre industrie automobile sur des voitures électriques bon marché. Le jour où nous avons choisi le pragmatisme économique plutôt que les principes démocratiques.
Et maintenant
Les premiers véhicules électriques chinois arriveront dans quelques mois. Vous les verrez dans les rues. Chez vos voisins. Peut-être dans votre propre entrée. Et à ce moment-là, vous réaliserez que quelque chose a changé. Profondément. Irréversiblement. Le Canada que vous connaissiez n’existe plus. Un nouveau Canada émerge. Plus pragmatique. Plus cynique. Plus chinois.
Je termine cette chronique avec un sentiment étrange. Pas de la colère. Pas de la joie. Juste une sorte de résignation mélancolique. Parce que je comprends pourquoi Carney a fait ça. Je comprends la logique. Mais je ne peux pas m’empêcher de penser qu’on vient de franchir un point de non-retour. Qu’on a vendu quelque chose d’important pour quelque chose de temporaire. Le canola, c’est bien. Les voitures bon marché, c’est bien. Mais notre indépendance? Notre dignité? Notre capacité à fabriquer nos propres choses? Ça, on vient de le perdre. Et je ne suis pas sûr qu’on puisse le récupérer un jour.
Signé Jacques Provost
Sources
InsideEVs, « These Cheap Chinese EVs Could Do Great In Canada », Kevin Williams, 2 février 2026, https://insideevs.com/news/786172/chinese-ev-cheap-canada-list/
La Presse, « Huit véhicules électriques chinois qui pourraient être vendus au Canada », Alain McKenna, 30 janvier 2026, https://www.lapresse.ca/auto/voitures-electriques/2026-01-30/entente-canada-chine/huit-vehicules-electriques-chinois-qui-pourraient-etre-vendus-au-canada.php
Radio-Canada, « Carney conclut un accord avec la Chine sur les véhicules électriques et le canola », La Presse canadienne, 16 janvier 2026, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2221219/mark-carney-accord-chine-vehicules-electriques-canola-fruits-mer
Guide Auto, « Le Canada va autoriser l’entrée de 49 000 véhicules électriques chinois », janvier 2026, https://www.guideautoweb.com/articles/80890/le-canada-va-autoriser-l-entree-de-49-000-vehicules-electriques-chinois/
Roulez Électrique, « Volte-face historique : le Canada ouvre la porte aux VÉ chinois abordables », 2026, https://roulezelectrique.com/volte-face-historique-le-canada-ouvre-la-porte-aux-ve-chinois-abordables/