Mark Carney brise le silence
Et puis, au Forum économique mondial de Davos, quelque chose s’est produit. Mark Carney, le premier ministre canadien, a pris la parole. Pas pour faire de la diplomatie de salon. Pas pour ménager les susceptibilités. Non. Il a parlé franchement, brutalement même, de ce que tout le monde voyait mais que personne n’osait nommer : une rupture dans l’ordre mondial. « La fin d’une fiction agréable et le début d’une réalité brutale », a-t-il déclaré. Il a dit tout haut ce que les chancelleries murmuraient tout bas : nous vivons désormais dans une ère de rivalité entre grandes puissances, où l’ordre fondé sur des règles s’efface, où les forts font ce qu’ils veulent et les faibles subissent ce qu’ils doivent. Ce discours a fendu le brouillard des convenances diplomatiques comme un coup de tonnerre. Carney n’a pas utilisé le langage feutré des communiqués officiels. Il a appelé un chat un chat, un tyran un tyran.
Enfin. Enfin quelqu’un qui ose. Quelqu’un qui refuse de jouer le jeu. Parce que c’est exactement ça le problème : on joue tous un jeu dont on connaît les règles truquées, et on fait semblant que tout va bien. Carney a arraché le masque. Il a dit : regardez, l’empereur est nu. Et cette simple vérité, prononcée à voix haute, change tout.
Un discours qui résonne au-delà de Davos
Le discours de Carney n’était pas qu’une simple prise de parole. C’était un acte de résistance. Dans un monde où les dirigeants occidentaux semblent avoir perdu leur boussole morale, où la peur de représailles économiques paralyse toute velléité de courage, Carney a rappelé que certaines valeurs ne se négocient pas. Il a parlé de l’ordre international fondé sur des règles, cet ordre que les États-Unis eux-mêmes avaient contribué à bâtir après la Seconde Guerre mondiale. Un ordre imparfait, certes, mais qui avait permis des décennies de relative stabilité. Carney a reconnu les hypocrisies de cet ordre – les puissants qui s’exemptent quand ça les arrange, les règles commerciales appliquées de manière asymétrique, le droit international à géométrie variable. Mais il a aussi rappelé que cet ordre, malgré ses défauts, valait mieux que la loi du plus fort.
Section 3 : La parabole du marchand de légumes de Vaclav Havel
Vivre dans le mensonge ou vivre dans la vérité
Pour illustrer son propos, Carney a invoqué une parabole puissante tirée de l’essai « Le pouvoir des sans-pouvoir » de Vaclav Havel, l’ancien dissident tchèque devenu président. L’histoire d’un marchand de légumes qui affiche dans sa vitrine le slogan « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Non pas parce qu’il y croit, mais simplement pour vivre tranquille, pour ne pas avoir d’ennuis avec le régime communiste. Ce marchand ne lit même pas le slogan. Il l’affiche machinalement, comme tout le monde. Et c’est précisément là que réside le piège : quand tout le monde fait semblant de consentir, quand tout le monde joue le jeu du mensonge, le système oppressif se maintient. Chacun devient le gardien de sa propre prison. Mais Havel raconte que ce marchand peut, un jour, décider de retirer le slogan. Et ce simple geste change tout.
Cette parabole me bouleverse à chaque fois. Parce qu’elle nous concerne tous. Combien de fois avons-nous affiché notre propre slogan pour avoir la paix ? Combien de fois avons-nous fermé les yeux sur l’injustice parce que la dénoncer aurait été trop coûteux ? Havel nous dit : le pouvoir des sans-pouvoir commence par l’honnêteté. Par le refus de mentir. Par le courage de dire non.
Briser les règles du jeu
Havel écrit que lorsque le marchand retire le slogan, il « brise les règles du jeu ». Il expose le système pour ce qu’il est : un château de cartes maintenu par le consentement tacite de millions de personnes. Il déchire le voile des apparences, ce pilier fondamental du système. Il bouleverse la structure du pouvoir en déchirant ce qui la maintient ensemble. Il démontre que vivre dans le mensonge, c’est vivre un mensonge. Il a percé la façade exaltée du système et exposé les fondations réelles du pouvoir. Il a dit que l’empereur est nu. Et parce que l’empereur est effectivement nu, quelque chose d’extrêmement dangereux s’est produit : par son action, le marchand s’est adressé au monde entier. Il a permis à chacun de regarder derrière le rideau. Il a montré à tous qu’il est possible de vivre dans la vérité. Carney suggère que lui et ses collègues dirigeants sont ce marchand. Qu’ils peuvent, qu’ils doivent retirer le slogan.
Section 4 : Quand les puissants s'exemptent des règles qu'ils imposent
L’hypocrisie de l’ordre international
Carney n’a pas fait preuve de naïveté dans son discours. Il a reconnu ouvertement que l’ordre international fondé sur des règles était en partie une fiction. « Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était partiellement fausse », a-t-il déclaré. Les plus forts s’exemptent quand c’est pratique. Les règles commerciales sont appliquées de manière asymétrique. Le droit international s’applique avec une rigueur variable, selon l’identité de l’accusé ou de la victime. Cette lucidité est rafraîchissante. Trop souvent, les défenseurs de l’ordre libéral international tombent dans un discours angélique qui nie les réalités du pouvoir. Carney, lui, regarde les choses en face. Oui, le système était imparfait. Oui, il y avait des doubles standards. Oui, l’hégémonie américaine servait d’abord les intérêts américains.
Mais l’alternative est pire
Mais voilà : malgré toutes ses imperfections, cet ordre avait des mérites. L’hégémonie américaine, comme l’a souligné Carney, « a contribué à fournir des biens publics : des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, une sécurité collective et un soutien aux cadres de résolution des différends ». Ces biens publics internationaux ne sont pas tombés du ciel. Ils ont été construits, maintenus, défendus. Et maintenant, sous Trump, les États-Unis eux-mêmes sabotent ce système. Ils menacent leurs alliés. Ils remettent en question l’OTAN. Ils imposent des tarifs douaniers arbitraires. Ils annexent des territoires. L’alternative à un ordre imparfait n’est pas un ordre parfait. C’est le chaos. C’est la loi de la jungle. C’est le retour à un monde où seule la force compte, où les traités ne valent rien, où la parole donnée n’engage plus personne.
Et c’est là que ça devient terrifiant. Parce qu’on sait où mène ce chemin. On l’a déjà emprunté. Dans les années 1930. Quand les démocraties ont laissé les dictateurs grignoter l’ordre international morceau par morceau. Quand on a cru qu’apaiser les tyrans les satisferait. Spoiler : ça ne les a pas satisfaits. Ça les a encouragés.
Section 5 : L'hégémonie américaine et ses faux-semblants
Le mythe de l’ordre fondé sur des règles
Soyons honnêtes : l’ordre international d’après-guerre n’a jamais été vraiment fondé sur des règles égales pour tous. C’était un ordre fondé sur l’hégémonie américaine. Les États-Unis écrivaient les règles, et les autres devaient les suivre. Quand les règles ne convenaient plus à Washington, on les changeait ou on les ignorait. L’invasion de l’Irak en 2003 ? Sans mandat de l’ONU. Les écoutes massives de la NSA révélées par Snowden ? Une violation flagrante de la souveraineté d’autres nations. Guantanamo ? Une négation des droits humains les plus élémentaires. La liste est longue. Carney a raison de souligner cette hypocrisie. Beaucoup de puissances moyennes ont longtemps « ronchonné silencieusement » contre un ordre qui rendait certains pays plus égaux que d’autres. Mais elles en bénéficiaient aussi. La Pax Americana avait ses avantages, même pour ceux qui n’étaient pas américains.
Ce que nous risquons de perdre
Les voies maritimes ouvertes permettaient le commerce mondial. Le système financier stable évitait les crises en cascade. La sécurité collective dissuadait les agressions. Les cadres de résolution des différends offraient des alternatives à la guerre. Tout cela reposait sur une puissance américaine qui, malgré ses abus, maintenait un certain ordre. Maintenant, cet ordre s’effondre. Non pas à cause d’une puissance rivale qui le contesterait de l’extérieur, mais parce que les États-Unis eux-mêmes le démantèlent de l’intérieur. Trump ne croit pas aux alliances. Il ne croit pas aux traités. Il ne croit qu’à la force brute et aux rapports de domination. Pour lui, le monde est un jeu à somme nulle où il faut écraser les autres pour gagner. Cette vision est non seulement dangereuse, elle est aussi profondément stupide. Parce qu’elle ignore que la puissance américaine elle-même reposait sur un réseau d’alliances et d’institutions qui amplifiaient son influence.
Section 6 : Trump et ses ambitions territoriales délirantes
Un appétit insatiable pour l’annexion
Récapitulons les ambitions territoriales de Trump. Le Groenland d’abord. Cette île autonome danoise que Trump voulait acheter, comme on achète un terrain vague. Puis le Panama, dont il voulait reprendre le contrôle du canal. Puis le Canada, qu’il menaçait régulièrement d’annexer ou de soumettre économiquement. Le Venezuela, où il a envoyé des troupes. Le Mexique, constamment dans sa ligne de mire. Sans oublier son soutien enthousiaste aux autocrates d’Amérique latine qui partagent sa vision autoritaire du pouvoir. Ce n’est pas de la politique étrangère. C’est du néo-impérialisme décomplexé. C’est le retour à une époque qu’on croyait révolue, où les grandes puissances se partageaient le monde comme un gâteau. Sauf que nous sommes au XXIe siècle, pas au XIXe. Les peuples ont leur mot à dire. Les frontières sont censées être inviolables. La souveraineté nationale est un principe fondamental du droit international.
Mais Trump s’en fiche. Complètement. Pour lui, la souveraineté des autres pays n’est qu’un obstacle à contourner. Et ce qui me terrifie, c’est que personne ne l’arrête. Personne ne lui dit : stop, ça suffit. Les dirigeants européens font profil bas. Les alliés traditionnels des États-Unis marchent sur des œufs. Tout le monde a peur des représailles économiques. Alors on laisse faire.
La réaction pathétique de la communauté internationale
Face à ces menaces d’annexion, quelle a été la réaction de la communauté internationale ? Des déclarations timides. Des communiqués diplomatiques édulcorés. Des appels au dialogue. Rien de concret. Rien de ferme. Comme si on pouvait raisonner un tyran avec des mots doux. L’histoire nous a pourtant appris que les autocrates ne comprennent qu’un seul langage : celui de la force et de la détermination. Pas la force militaire nécessairement, mais la force de la conviction, la force de l’unité, la force du refus catégorique. Quand Hitler a annexé l’Autriche en 1938, les démocraties ont protesté mollement. Quand il a exigé les Sudètes, elles ont cédé à Munich. On connaît la suite. Trump n’est pas Hitler, évidemment. Mais la dynamique est la même : un leader autoritaire qui teste les limites, qui pousse toujours plus loin, et qui interprète le silence comme un consentement.
Section 7 : La réponse cinglante du Canada
Carney refuse de jouer le jeu
La réponse de Trump au discours de Carney a été prévisible et pathétique. Il a immédiatement révoqué son invitation à Carney pour rejoindre son « Conseil pour la paix », l’accusant d’ingratitude. « Il n’était pas si reconnaissant. Ils devraient nous être reconnaissants, le Canada. Le Canada existe grâce aux États-Unis », a déclaré Trump. Cette réaction en dit long sur sa mentalité. Pour lui, les autres pays doivent de la gratitude aux États-Unis. Ils doivent se prosterner. Ils doivent accepter n’importe quoi sans broncher. Et quand quelqu’un ose dire non, quand quelqu’un ose exprimer un désaccord, c’est perçu comme une trahison. Carney n’a pas été impressionné. Il n’a pas présenté d’excuses. Il n’a pas fait marche arrière. Au contraire, dans un discours à Québec, il a réaffirmé sa position avec encore plus de force. Il a insisté sur le fait que rester fidèle aux valeurs canadiennes est la clé pour maintenir la souveraineté du pays.
Et là, je me dis : voilà un leader. Un vrai. Pas quelqu’un qui plie au premier coup de vent. Pas quelqu’un qui sacrifie ses principes pour un accord commercial. Carney a compris quelque chose d’essentiel : céder face à un tyran ne vous protège pas. Ça vous affaiblit. Ça vous rend vulnérable. La seule façon de faire face à un intimidateur, c’est de lui tenir tête.
Un message pour tous les dirigeants
Le message de Carney ne s’adressait pas qu’à Trump. Il s’adressait aussi, implicitement, à tous les autres dirigeants occidentaux qui ont choisi le silence. À ceux qui préfèrent leur « vie tranquille » à la défense des principes. À ceux qui affichent le slogan dans leur vitrine pour éviter les ennuis. Carney leur dit : vous pouvez retirer le slogan. Vous pouvez dire non. Vous pouvez refuser de jouer le jeu. Et quand vous le faites, vous ne vous affaiblissez pas. Vous vous renforcez. Parce que vous montrez que vous avez des limites, que vous avez des valeurs, que vous n’êtes pas à vendre. Dans son discours de Québec, Carney a déclaré : « Nous pouvons montrer qu’une autre voie est possible, que l’arc de l’histoire n’est pas destiné à se courber vers l’autoritarisme et l’exclusion ; il peut encore se courber vers le progrès et la justice. » C’est un message d’espoir, mais aussi un appel à l’action.
Section 8 : L'Europe et la nécessité de l'unité face aux tyrans
L’Union européenne à la croisée des chemins
L’Union européenne a un rôle crucial à jouer dans cette nouvelle configuration mondiale. Face aux menaces de Trump sur le Groenland, l’UE a montré une certaine fermeté. Elle a clairement indiqué qu’elle ne tolérerait pas une annexion forcée d’un territoire européen. Elle a menacé de contre-mesures commerciales fortes si Trump persistait. Et devinez quoi ? Trump a reculé. Pas complètement, pas définitivement, mais il a reculé. Cela démontre quelque chose d’important : Trump n’est pas invincible. Il peut être arrêté. Mais seulement si on lui oppose une résistance unie et déterminée. Le problème, c’est que l’Europe n’est pas toujours unie. Certains pays, comme la Hongrie de Viktor Orbán, sont ouvertement pro-Trump. D’autres, comme l’Allemagne ou la France, hésitent entre fermeté et pragmatisme. Cette division affaiblit l’Europe et encourage Trump à continuer ses provocations.
La dette de l’Europe envers Carney
Comme le souligne l’article du Irish Times, « l’UE doit à Carney une dette de gratitude pour son leadership ». En prenant la parole à Davos, en refusant de se taire, en appelant les choses par leur nom, Carney a fait ce que beaucoup de dirigeants européens auraient dû faire depuis longtemps. Il a montré qu’il est possible de tenir tête à Trump sans que le ciel nous tombe sur la tête. Il a démontré que la clarté morale et la fermeté politique ne sont pas incompatibles avec les intérêts nationaux. Au contraire, elles les servent. Parce qu’un pays qui abandonne ses valeurs pour apaiser un tyran finit par tout perdre : ses valeurs ET sa sécurité. L’Europe doit écouter Carney. Elle doit s’inspirer de son courage. Elle doit comprendre que l’unité n’est pas une option, c’est une nécessité existentielle. Face à des puissances comme les États-Unis de Trump, la Chine ou la Russie, aucun pays européen ne peut s’en sortir seul.
Et pourtant, on continue à se diviser. On continue à jouer nos petits jeux nationaux. On continue à privilégier nos intérêts à court terme au détriment de notre survie à long terme. C’est d’une stupidité confondante. Parce que si l’Europe ne s’unit pas maintenant, elle disparaîtra. Pas physiquement, mais politiquement. Elle deviendra un terrain de jeu pour les grandes puissances, un espace à conquérir, à diviser, à exploiter.
Section 9 : Le courage de dire la vérité au pouvoir
L’importance de la dissidence
Ce que Carney a fait à Davos, c’est un acte de dissidence. Dans un monde où la norme est de flatter les puissants, de ménager les susceptibilités, de ne jamais dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, Carney a choisi la vérité. Il a choisi de dire que l’empereur est nu. Et cet acte, aussi simple soit-il, est révolutionnaire. Parce qu’il brise le consensus du silence. Il montre aux autres qu’il est possible de parler. Il crée un espace pour la contestation. Havel l’avait compris : le pouvoir des sans-pouvoir commence par le refus de mentir. Par le courage de dire non. Par la volonté de vivre dans la vérité plutôt que dans le mensonge confortable. Carney incarne ce courage. Il montre que même face à la plus grande puissance mondiale, même face aux menaces économiques, même face au risque d’isolement, il est possible de tenir bon.
Un exemple pour les générations futures
Dans quelques années, quand les historiens écriront sur cette période, ils se demanderont : comment avons-nous pu laisser faire ? Comment avons-nous pu rester silencieux face à de telles dérives ? Et ils chercheront les exceptions, les voix qui se sont élevées, les leaders qui ont refusé de plier. Le nom de Mark Carney figurera parmi eux. Pas parce qu’il a accompli des miracles. Pas parce qu’il a arrêté Trump à lui seul. Mais parce qu’il a eu le courage moral de dire la vérité. Parce qu’il a refusé d’afficher le slogan dans sa vitrine. Parce qu’il a montré qu’une autre voie était possible. Ce courage est contagieux. Quand un leader ose parler, d’autres suivent. Quand quelqu’un brise le silence, le mur de la peur commence à se fissurer. C’est comme ça que les régimes autoritaires tombent. Pas par la force des armes, mais par l’effondrement du consentement.
Je voudrais croire que le discours de Carney marquera un tournant. Que d’autres dirigeants trouveront le courage de l’imiter. Que nous assisterons à un réveil collectif des démocraties. Mais je suis lucide. Le courage est rare. La lâcheté est commune. Et la peur des représailles paralyse même les mieux intentionnés. Alors peut-être que rien ne changera. Peut-être que Carney restera une voix isolée dans le désert. Mais au moins, il aura essayé. Au moins, il aura montré que c’était possible.
Section 10 : Les puissances moyennes doivent s'unir
La nécessité d’une coalition des volontaires
L’un des points les plus importants du discours de Carney concerne les puissances moyennes. Ces pays qui ne sont ni des superpuissances ni des petits États insignifiants. Le Canada, bien sûr, mais aussi l’Australie, la Corée du Sud, les pays nordiques, les Pays-Bas, la Belgique, et tant d’autres. Individuellement, ces pays ne peuvent pas rivaliser avec les États-Unis, la Chine ou la Russie. Mais collectivement, ils représentent une force considérable. Ils contrôlent des ressources importantes. Ils ont des économies développées. Ils disposent de technologies avancées. Et surtout, ils partagent des valeurs communes : la démocratie, l’État de droit, les droits humains, le multilatéralisme. Carney les appelle à s’unir, à coordonner leurs actions, à présenter un front commun face aux intimidations des grandes puissances. C’est une vision pragmatique et réaliste de la nouvelle géopolitique mondiale.
Un nouvel ordre multipolaire
L’ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis est terminé. C’est un fait. La question n’est pas de savoir si nous devons l’accepter, mais comment nous devons nous adapter. Carney propose une voie : celle d’un multilatéralisme renforcé porté par les puissances moyennes. Un ordre où les règles comptent encore, où les traités sont respectés, où la force ne fait pas le droit. Un ordre imparfait, sans doute, mais préférable au chaos actuel. Pour que cette vision se réalise, il faut que les puissances moyennes surmontent leurs divisions. Il faut qu’elles acceptent de sacrifier une partie de leur souveraineté pour gagner en influence collective. Il faut qu’elles investissent dans leurs capacités de défense pour ne pas dépendre uniquement de la protection américaine. Il faut qu’elles développent des alternatives aux systèmes financiers et technologiques dominés par les États-Unis et la Chine. C’est un programme ambitieux, mais nécessaire.
Le problème, c’est que ça demande du courage politique. Ça demande de la vision à long terme. Ça demande de résister aux pressions à court terme. Et nos systèmes politiques ne sont pas conçus pour ça. Nos dirigeants pensent en cycles électoraux de quatre ou cinq ans. Ils cherchent des victoires rapides, des titres dans les journaux, des sondages favorables. Pas des transformations structurelles qui prendront des décennies. Mais si on ne commence pas maintenant, on ne commencera jamais.
Conclusion : L'arc de l'histoire peut encore se courber vers la justice
Un message d’espoir dans un monde sombre
Dans son discours de Québec, Carney a prononcé une phrase qui résume tout : « Nous pouvons montrer qu’une autre voie est possible, que l’arc de l’histoire n’est pas destiné à se courber vers l’autoritarisme et l’exclusion ; il peut encore se courber vers le progrès et la justice. » Cette phrase fait écho à la célèbre citation de Martin Luther King Jr. : « L’arc de l’univers moral est long, mais il se courbe vers la justice. » Carney nous rappelle que cet arc ne se courbe pas tout seul. Il ne se courbe pas par magie. Il se courbe parce que des gens le font courber. Parce que des individus courageux refusent d’accepter l’inacceptable. Parce que des leaders prennent des risques pour défendre leurs valeurs. Parce que des citoyens ordinaires disent non au mensonge et oui à la vérité. L’histoire n’est pas écrite d’avance. Elle n’est pas déterminée par des forces impersonnelles sur lesquelles nous n’aurions aucune prise.
Le choix qui s’offre à nous
Nous sommes à un moment charnière. Un moment où les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront le monde dans lequel vivront nos enfants et nos petits-enfants. Allons-nous laisser les tyrans redessiner l’ordre mondial à leur image ? Allons-nous accepter que la force prime le droit, que les traités ne valent rien, que les frontières peuvent être redessinées au gré des caprices des puissants ? Ou allons-nous nous battre pour préserver et améliorer l’ordre international, aussi imparfait soit-il ? Allons-nous trouver le courage de dire non, comme Carney l’a fait ? Allons-nous retirer le slogan de notre vitrine, comme le marchand de légumes de Havel ? Ce sont des questions existentielles. Et elles exigent des réponses. Pas des réponses théoriques ou philosophiques, mais des réponses concrètes, incarnées dans des actes politiques. Le discours de Carney nous montre la voie. À nous de la suivre.
Je ne sais pas si nous en serons capables. Je ne sais pas si nous avons encore assez de courage collectif pour résister. Parfois, je regarde le monde et je me dis que nous sommes foutus. Que les tyrans ont déjà gagné. Que la démocratie est en phase terminale. Mais puis je pense à Carney. À son discours. À son refus de se taire. Et je me dis : peut-être. Peut-être qu’il n’est pas trop tard. Peut-être que l’arc de l’histoire peut encore se courber vers la justice. Mais seulement si nous le faisons courber. Seulement si nous refusons de vivre dans le mensonge. Seulement si nous trouvons le courage de dire la vérité au pouvoir, quelles qu’en soient les conséquences.
Signé Jacques Provost
Sources
Patrick Smyth, « Worldview: We owe Mark Carney thanks for the reminder that the arc of history doesn’t bend to bullies », The Irish Times, 2 février 2026
World Economic Forum, « Davos 2026 – Special Address by Mark Carney, Prime Minister of Canada », janvier 2026
Vaclav Havel, « The Power of the Powerless », 1978
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.