Pédopornographie, négationnisme et deepfakes
Les chefs d’accusation donnent froid dans le dos. L’enquête, ouverte début 2025 suite au signalement du député Éric Bothorel, porte sur des faits d’une gravité extrême. D’abord, la complicité de détention d’images pédopornographiques. Ensuite, la contestation de crimes contre l’humanité, autrement dit du négationnisme pur et simple. Et enfin, la diffusion de deepfakes à caractère sexuel via l’intelligence artificielle Grok, le chatbot maison de X. Cette IA a été utilisée pour créer des images dénudées de femmes et d’enfants à partir de photos réelles. Des victimes de l’incendie de Crans-Montana ont même vu leurs images détournées de cette manière abjecte. Le 14 janvier 2026, après une vague d’indignation mondiale, X a annoncé des restrictions pour Grok. Trop peu, trop tard.
Comment en est-on arrivé là ? Comment une plateforme qui se prétend un espace de liberté d’expression est-elle devenue un terrain de jeu pour les pires dérives de l’humanité ? Je pense aux parents de ces enfants dont les photos ont été violées par cette technologie. Je pense à ces femmes qui découvrent leur visage sur des corps nus qu’elles n’ont jamais eus. La technologie avance, oui. Mais notre humanité, elle, recule à toute vitesse.
Section 3 : Un algorithme sous influence
Quand Musk manipule les fils de l’information
L’enquête ne s’arrête pas là. Elle vise aussi le fonctionnement algorithmique de la plateforme. Depuis le rachat de Twitter par Musk en 2022, de nombreux observateurs ont constaté des changements suspects dans la manière dont les contenus sont mis en avant. Les messages du milliardaire lui-même bénéficieraient d’une visibilité démesurée. L’eurodéputée française Aurore Lalucq a saisi l’Arcom en janvier, dénonçant une possible manipulation de l’algorithme « pour favoriser la propagation de ses propres messages, au détriment des contenus de ses usagers et au service de ses intérêts personnels et de ses idées ». Le juriste Michel Séjean a publié une analyse juridique novatrice dans la revue Dalloz le 6 février, arguant qu’en droit français, fausser le fonctionnement d’un algorithme de recommandation peut être sanctionné comme un piratage informatique, selon l’article 323-2 du code pénal.
Imaginez un instant. Vous possédez la place publique. Vous décidez qui parle fort, qui parle bas, qui est entendu, qui est ignoré. Et vous utilisez ce pouvoir pour servir vos propres intérêts politiques, vos propres obsessions idéologiques. C’est exactement ce dont on accuse Musk. Et si c’est vrai, alors nous ne sommes plus dans le débat démocratique. Nous sommes dans la manipulation de masse.
Section 4 : La Commission européenne aussi sur le coup
Bruxelles enquête sur l’ingérence étrangère
La France n’est pas seule dans ce combat. La Commission européenne mène sa propre enquête depuis décembre 2023, soupçonnant X d’avoir violé le Digital Services Act concernant la lutte contre la désinformation. Plus grave encore, Bruxelles enquête sur une possible manipulation du débat public en Europe par le biais du système de recommandation de contenus. Depuis plusieurs mois, Musk multiplie les messages et actions de soutien à plusieurs formations d’extrême droite européennes, notamment le parti allemand Alternative für Deutschland (AfD), crédité de très bons sondages pour les législatives du 23 février 2026. Le 9 janvier, il a réaffirmé publiquement son soutien à ce parti. Des conclusions de l’enquête européenne sont attendues dans les prochaines semaines.
Vous voyez le tableau ? Un milliardaire américain qui utilise sa plateforme pour influencer les élections européennes. Pour pousser l’extrême droite au pouvoir en Allemagne, en France, partout. Ce n’est plus de la liberté d’expression, c’est de l’ingérence pure et simple. Et nous, on devrait accepter ça au nom de quoi, exactement ? De la sacro-sainte liberté des marchés ?
Section 5 : X France, une coquille vide
Quand la responsabilité juridique se cache en Irlande
Il faut comprendre une chose essentielle : X France n’est qu’une structure de communication et d’affaires publiques. L’entité juridiquement responsable de la plateforme est basée en Irlande, comme tant d’autres géants du numérique qui profitent de la fiscalité avantageuse du pays. C’est une stratégie bien rodée : on installe son siège social dans un paradis fiscal européen, on y concentre toute la responsabilité légale, et on laisse des bureaux fantômes dans les autres pays. Résultat : quand la justice française veut agir, elle se heurte à un mur de complexité juridique. Mais cette fois, les enquêteurs ont décidé de frapper là où ça fait mal : directement dans les locaux parisiens, pour saisir des preuves, pour montrer que le jeu est terminé.
Cette hypocrisie me révulse. Ces entreprises qui se gavent de nos données, qui font fortune sur notre dos, qui influencent nos démocraties, mais qui refusent d’assumer la moindre responsabilité. Elles veulent tous les avantages du marché européen sans aucune de ses contraintes. Eh bien non. Ça suffit.
Section 6 : Le précédent Durov
Quand Telegram a plié face à la justice française
Cette affaire rappelle étrangement celle de Pavel Durov, le fondateur de Telegram, interpellé fin août 2024 à son arrivée à l’aéroport du Bourget, près de Paris. Durov était soupçonné d’une série de délits portant sur l’absence de collaboration de sa plateforme avec les forces de l’ordre et des manquements dans sa modération. Mis en examen le 28 août, il a l’interdiction de quitter le territoire français dans l’attente de son procès. Depuis, Telegram a considérablement amélioré sa coopération avec les autorités judiciaires françaises et belges. Le message était passé : en France, les patrons de plateformes ne sont pas intouchables. Durov lui-même a réagi à la perquisition chez X, déclarant que « la France est le seul pays au monde à poursuivre pénalement tous les réseaux sociaux qui offrent aux gens un certain degré de liberté ».
Durov qui se plaint de la France… C’est presque comique. Comme si offrir un espace de liberté signifiait laisser prospérer la pédopornographie, le terrorisme, le trafic de drogue. Non, monsieur Durov. La liberté s’arrête là où commence le crime. Et si vous ne comprenez pas ça, alors oui, la France vous poursuivra. Et elle aura raison.
Section 7 : La plateforme Kick dans le viseur
Des mandats d’arrêt internationaux après la mort de Jean Pormanove
L’affaire X n’est pas isolée. La justice française a également ouvert une information judiciaire contre la plateforme de streaming Kick et ses gérants, suite au décès en direct du streamer azuréen Jean Pormanove en août dernier. Les dirigeants de Kick, qui ont ignoré leurs convocations, font désormais l’objet de mandats d’arrêt internationaux. Le parquet de Paris ne plaisante plus : ceux qui refusent de coopérer seront traqués, où qu’ils se trouvent. Cette fermeté contraste avec des années de laxisme où les plateformes pouvaient ignorer impunément les demandes des autorités françaises. Le ton a changé, et c’est tant mieux.
Jean Pormanove est mort en direct. Devant des milliers de spectateurs. Et Kick n’a rien fait. Rien. Comme si une vie humaine ne valait rien face aux revenus publicitaires. Cette indifférence me glace le sang. Elle dit tout de ce que sont devenues ces plateformes : des machines à cash qui se fichent éperdument des conséquences humaines de leurs choix.
Section 8 : Le parquet de Paris quitte X
Un symbole fort de rupture
Dans un geste hautement symbolique, le parquet de Paris a annoncé qu’il cessait toute publication sur X, migrant ses communications vers LinkedIn et Instagram. Ce départ n’est pas anodin. Il signifie que l’institution judiciaire elle-même ne fait plus confiance à la plateforme de Musk pour diffuser ses informations de manière équitable et transparente. C’est un désaveu cinglant. D’autres institutions pourraient suivre. Déjà, plusieurs ministères et organismes publics s’interrogent sur leur présence sur X. La plateforme, autrefois incontournable pour la communication institutionnelle, est en train de perdre sa légitimité en France.
Quand la justice elle-même claque la porte, c’est que quelque chose est profondément cassé. Le parquet de Paris ne prend pas cette décision à la légère. C’est un signal d’alarme assourdissant. X n’est plus un espace de débat démocratique. C’est devenu autre chose. Quelque chose de plus sombre, de plus dangereux.
Section 9 : Laurent Buanec et la défense impossible
Les promesses creuses du patron de X France
Laurent Buanec, patron de X France, avait pourtant assuré en janvier que « X a des règles strictes, claires et publiques visant à protéger la plateforme des discours de haine ». Une défense mise à mal par les nombreux signalements de députés français qui voient dans la gestion de Musk une menace pour la démocratie. Les faits parlent d’eux-mêmes : les contenus haineux, négationnistes et pédopornographiques prolifèrent sur la plateforme malgré les règles prétendument strictes. La modération est défaillante, voire inexistante. Les algorithmes amplifient les contenus les plus clivants, les plus violents, parce qu’ils génèrent plus d’engagement, donc plus de revenus publicitaires. Le business model de X repose sur la haine et la division.
Buanec peut bien répéter ses éléments de langage. Personne n’y croit plus. Les règles strictes ? Où sont-elles quand des images d’enfants violés circulent librement ? Où sont-elles quand des négationnistes nient la Shoah en toute impunité ? Ces règles n’existent que sur le papier. Dans la réalité, c’est le Far West.
Conclusion : Un tournant historique
La France ose défier les géants
Cette perquisition du 3 février 2026 restera dans les annales. Pour la première fois, un État européen ose s’attaquer frontalement à l’empire de Musk, sans trembler, sans négocier. La convocation du milliardaire pour le 20 avril est un moment historique. Viendra-t-il ? S’il refuse, que se passera-t-il ? Un mandat d’arrêt international, comme pour les dirigeants de Kick ? L’avenir nous le dira. Mais une chose est sûre : la France a tracé une ligne rouge. Les plateformes numériques ne sont plus au-dessus des lois. Elles devront rendre des comptes. Et si elles refusent, elles en paieront le prix. La procureure Laure Beccuau a précisé que cette enquête s’inscrit « dans une démarche constructive, dans l’objectif de garantir in fine la conformité de la plateforme X aux lois françaises ». Constructive, certes. Mais ferme. Très ferme.
Je veux y croire. Je veux croire que ce n’est pas qu’un coup d’éclat, qu’un effet d’annonce. Je veux croire que la France ira jusqu’au bout, qu’elle ne pliera pas face aux pressions, aux menaces, aux lobbies. Parce que c’est notre démocratie qui est en jeu. Notre capacité à décider collectivement de ce qui est acceptable et de ce qui ne l’est pas. Si nous laissons Musk et ses semblables dicter leurs règles, alors nous aurons perdu. Définitivement.
Signé Jacques Provost
Sources
BFM TV, « Le parquet de Paris annonce une perquisition dans les locaux français du réseau social X, Elon Musk convoqué en ‘audition libre’ le 20 avril », publié le 3 février 2026
Le Monde, « Le parquet de Paris ouvre une enquête sur les algorithmes du réseau social X », publié le 7 février 2025, modifié le 11 juillet 2025
Nice-Matin, « Pédopornographie, négationnisme, deepfakes sexuels… : des perquisitions au siège français du réseau social X ce mardi matin, Elon Musk convoqué à Paris en avril prochain », publié le 3 février 2026
Irish Examiner, « French offices of Elon Musk’s X platform raided by Paris cybercrime unit », publié le 3 février 2026