Quand les experts contredisent le gouvernement
Le rapport du DPB estime que le paiement unique coûtera plus de 3,1 milliards de dollars cette année. Les augmentations annuelles, elles, oscilleront entre 1,7 et 1,9 milliard de dollars par année jusqu’en 2031, pour un total de près de 9,2 milliards. Si l’estimation du paiement unique correspond aux prévisions d’Ottawa, celle des augmentations annuelles dépasse de 600 millions les projections gouvernementales de 8,6 milliards. Le gouvernement a défendu ses chiffres dans un communiqué lapidaire. John Fragos, porte-parole du ministre des Finances François-Philippe Champagne, a déclaré qu’Ottawa maintenait son estimation de 11,7 milliards sur six ans, tout en admettant ne pouvoir se prononcer sur la méthodologie du DPB. Une façon polie de dire : on n’est pas d’accord, mais on ne peut pas prouver qu’ils ont tort.
Cette bataille de chiffres me fascine et m’exaspère à la fois. D’un côté, un organisme indépendant qui fait son travail avec rigueur. De l’autre, un gouvernement qui défend ses projections sans vraiment expliquer pourquoi elles diffèrent. Qui croire? Le DPB n’a aucun intérêt politique à gonfler les chiffres. Le gouvernement, lui, a tout intérêt à minimiser la facture. Alors oui, je penche du côté des experts. Et ça me rend furieux de voir qu’on joue encore avec les chiffres comme si les Canadiens étaient trop stupides pour comprendre.
Section 3 : Une mesure d'urgence pour des familles à bout de souffle
12 millions de Canadiens dans l’attente d’un répit
Le crédit pour la TPS actuel est versé trimestriellement aux familles à faible revenu et à revenu modeste. Avec cette bonification, plus de 12 millions de Canadiens devraient être admissibles. Des gens qui voient leurs factures d’épicerie exploser, qui coupent dans l’essentiel, qui jonglent entre payer le loyer ou remplir le frigo. Le paiement unique du printemps représentera un ballon d’oxygène temporaire. Quelques centaines de dollars pour certains, peut-être un millier pour d’autres. Ensuite, l’augmentation de 25% du crédit trimestriel apportera un soulagement récurrent, mais modeste. Pour une famille admissible, on parle de quelques dizaines de dollars supplémentaires par trimestre. Pas de quoi révolutionner un budget, mais assez pour acheter quelques repas de plus, pour ne pas avoir à choisir entre la viande et les légumes.
Je pense à ces 12 millions de personnes. Je pense à leurs visages invisibles, à leurs nuits blanches passées à calculer, recalculer, espérer qu’il reste assez pour finir le mois. Cette mesure, aussi imparfaite soit-elle, leur donnera un peu d’air. Un tout petit peu. Et pour ça, oui, elle mérite d’exister. Mais ne me demandez pas de célébrer. Ne me demandez pas de prétendre que c’est suffisant. Parce que ça ne l’est pas. Ça ne le sera jamais tant qu’on ne s’attaquera pas aux racines du problème.
Section 4 : Poilievre appuie, mais qualifie la mesure de solution temporaire
L’opposition conservatrice entre soutien tactique et critique stratégique
Le chef conservateur Pierre Poilievre a déclaré que ses députés appuieraient la mesure. Une position surprenante pour un opposant farouche du gouvernement Carney. Mais Poilievre a immédiatement nuancé son soutien en qualifiant le crédit bonifié de « solution temporaire ». Un message clair : oui, on vote pour, parce que refuser serait politiquement suicidaire face à des millions d’électeurs dans le besoin. Mais non, on ne croit pas que ça règle quoi que ce soit. Les conservateurs martèlent depuis des mois leur propre vision : réduire les taxes, couper dans les dépenses gouvernementales, libérer le marché. Pour eux, distribuer de l’argent ne fait qu’alimenter l’inflation et creuser le déficit. Une logique économique qui a ses mérites, mais qui ignore une réalité brutale : les gens ont faim maintenant, pas dans cinq ans quand l’économie sera peut-être relancée.
Poilievre joue un jeu dangereux. Il appuie une mesure qu’il méprise, parce qu’il sait que la refuser le ferait passer pour un monstre sans cœur. Mais il la critique assez fort pour garder sa base électorale satisfaite. C’est de la politique pure. Et je ne peux pas lui en vouloir complètement, parce que c’est exactement ce que fait Carney de l’autre côté : distribuer de l’argent pour acheter du temps, pour calmer la grogne, pour gagner des votes. Les deux jouent le même jeu, juste avec des pions différents.
Section 5 : Le coût de l'inaction aurait été pire
Quand ne rien faire devient plus cher que d’agir
Imaginons un instant que le gouvernement n’ait rien fait. Que Carney ait choisi l’austérité, la prudence budgétaire, le statu quo. Que seraient devenus ces 12 millions de Canadiens? Certains auraient sombré dans l’endettement. D’autres auraient coupé dans les soins de santé, dans l’éducation de leurs enfants, dans leur propre alimentation. Les banques alimentaires, déjà débordées, auraient vu leurs files s’allonger encore. Les urgences hospitalières auraient accueilli davantage de gens malades de malnutrition, de stress, de désespoir. Le coût social de l’inaction aurait été astronomique. Pas en milliards de dollars, mais en vies brisées, en dignité perdue, en espoir éteint. Alors oui, 12,4 milliards, c’est cher. Mais le prix de ne rien faire aurait été infiniment plus élevé.
On me dira que je suis naïf. Que je justifie des dépenses irresponsables. Que je contribue à la dette nationale. Peut-être. Mais j’ai vu trop de gens souffrir pour croire qu’on peut se permettre de ne rien faire. J’ai vu des mères pleurer devant des caisses d’épicerie parce qu’elles n’avaient pas assez pour payer. J’ai vu des pères travailler deux jobs et rentrer chez eux avec les poches vides. Alors oui, dépensons ces 12,4 milliards. Et si ça ne suffit pas, dépensons-en plus. Parce que l’alternative, c’est de regarder notre société se désintégrer sous nos yeux.
Section 6 : Une mesure qui divise les économistes
Entre keynésiens et monétaristes, le débat fait rage
Les économistes sont divisés sur l’efficacité de cette mesure. Les keynésiens applaudissent : injecter de l’argent dans l’économie stimule la demande, soutient la consommation, évite la récession. Pour eux, le gouvernement a un rôle à jouer en période de crise, et ce rôle passe par des transferts directs aux ménages les plus vulnérables. Les monétaristes, eux, grincent des dents : distribuer de l’argent alimente l’inflation, creuse le déficit, retarde les ajustements nécessaires du marché. Pour eux, la solution passe par la réduction des dépenses publiques, la baisse des taxes, la libéralisation de l’économie. Deux visions du monde qui s’affrontent, deux philosophies économiques irréconciliables. Et pendant que les experts débattent dans leurs tours d’ivoire, les Canadiens, eux, attendent juste de pouvoir manger à leur faim.
Je ne suis pas économiste. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses. Mais je sais une chose : quand les théories économiques se heurtent à la réalité humaine, c’est la réalité qui doit primer. Peu m’importe que Keynes ou Friedman ait raison. Ce qui compte, c’est que des gens souffrent maintenant, et qu’on doit agir maintenant. Les ajustements structurels, les réformes en profondeur, les grands changements systémiques, tout ça peut attendre. Mais la faim, elle, n’attend pas.
Section 7 : Le piège de la dépendance aux transferts gouvernementaux
Quand l’aide d’urgence devient la norme
Il y a un danger réel dans cette approche. En multipliant les transferts directs, en bonifiant les crédits d’impôt, en distribuant des paiements uniques, le gouvernement crée une dépendance. Les Canadiens s’habituent à recevoir de l’argent plutôt qu’à gagner des salaires décents. Les employeurs s’habituent à payer des salaires de misère, sachant que l’État compensera. Les propriétaires augmentent les loyers, sachant que les locataires recevront des aides. C’est un cercle vicieux où l’intervention gouvernementale, au lieu de résoudre les problèmes, les perpétue. Le crédit pour la TPS bonifié n’est qu’un exemple parmi d’autres. Il s’ajoute aux allocations familiales, aux crédits d’impôt pour solidarité, aux subventions au logement, aux aides alimentaires. Un échafaudage complexe de mesures qui masquent l’échec fondamental de notre système économique à assurer un niveau de vie décent à tous.
Je suis déchiré. D’un côté, je vois l’urgence, la nécessité d’agir vite pour soulager la souffrance immédiate. De l’autre, je vois le piège qui se referme lentement. On crée une société où de plus en plus de gens dépendent de l’État pour survivre. Et ça me terrifie. Parce que cette dépendance n’est pas de la dignité. C’est de la survie assistée. Ce que les gens veulent, ce n’est pas des chèques du gouvernement. C’est un travail qui paie décemment. C’est un logement abordable. C’est une épicerie où ils peuvent acheter de la nourriture sans se ruiner. Mais tant qu’on ne s’attaque pas à ces problèmes structurels, on continuera à distribuer de l’argent comme on distribue des aspirines à un cancéreux.
Section 8 : Les vrais coupables restent impunis
Pendant que l’État paie, les profiteurs s’enrichissent
Qui profite vraiment de cette mesure? Pas seulement les 12 millions de Canadiens admissibles. Les grandes chaînes d’épicerie, qui augmentent leurs prix en sachant que les consommateurs auront un peu plus d’argent dans leurs poches. Les propriétaires, qui ajustent leurs loyers en fonction des aides gouvernementales. Les entreprises qui maintiennent des salaires bas parce que l’État compense. Le crédit pour la TPS bonifié, comme toutes les mesures de ce type, finit par enrichir ceux qui sont déjà riches. C’est un transfert indirect de l’argent public vers les poches des corporations. Et pendant ce temps, les vrais responsables de la crise — les spéculateurs immobiliers, les monopoles alimentaires, les employeurs exploiteurs — continuent leurs affaires comme si de rien n’était. Aucune réglementation supplémentaire. Aucune taxe sur les profits excessifs. Aucune sanction pour ceux qui profitent de la misère des autres.
Ça me rend malade. On dépense 12,4 milliards pour aider les pauvres, mais on refuse de toucher aux riches qui les appauvrissent. On distribue des miettes pendant que les banquets continuent. Et le pire, c’est qu’on nous fait croire que c’est de la justice sociale. Que c’est de la compassion. Non. C’est de la lâcheté politique. C’est plus facile de donner de l’argent que de s’attaquer aux puissants. Plus facile de calmer la grogne que de changer le système. Carney le sait. Poilievre le sait. Tous les politiciens le savent. Mais aucun n’a le courage de le dire.
Section 9 : Une mesure nécessaire mais insuffisante
Le paradoxe d’une politique qui sauve et qui échoue en même temps
Alors, que faire de cette mesure? La rejeter serait cruel. L’applaudir serait naïf. La vérité se situe quelque part entre les deux. Le crédit pour la TPS bonifié est nécessaire parce que des millions de Canadiens souffrent maintenant et ont besoin d’aide immédiatement. Il est insuffisant parce qu’il ne résout aucun des problèmes structurels qui ont créé cette crise. C’est une mesure d’urgence dans une situation d’urgence. Rien de plus, rien de moins. Le gouvernement Carney mérite du crédit pour avoir agi rapidement. Mais il mérite aussi d’être critiqué pour ne pas aller plus loin. Pour ne pas s’attaquer aux causes profondes. Pour ne pas avoir le courage de réformer un système économique qui produit de plus en plus de pauvreté malgré une richesse nationale croissante. Les 12,4 milliards sur six ans ne sont pas une solution. C’est un sursis. Un répit temporaire avant la prochaine crise, la prochaine hausse des prix, le prochain cycle de souffrance.
Je voudrais pouvoir terminer cette section sur une note optimiste. Dire que cette mesure est un premier pas vers quelque chose de plus grand. Mais je ne peux pas. Parce que je ne le crois pas. J’ai vu trop de « premiers pas » qui ne menaient nulle part. Trop de promesses qui s’évaporaient après les élections. Trop de mesures d’urgence qui devenaient permanentes sans jamais résoudre l’urgence. Alors oui, prenons ces 12,4 milliards. Utilisons-les pour aider ceux qui en ont besoin. Mais ne nous leurrons pas. Ce n’est pas une victoire. C’est juste une défaite un peu moins amère.
Conclusion : Entre espoir fragile et désillusion tenace
Le prix de notre inaction collective
Le Bureau du directeur parlementaire du budget a fait son travail en publiant ces chiffres. 12,4 milliards de dollars sur six ans pour bonifier le crédit pour la TPS. Un montant colossal qui reflète l’ampleur de la crise que nous traversons. Plus de 12 millions de Canadiens auront besoin de cette aide. Pas parce qu’ils sont paresseux ou irresponsables, mais parce que notre système économique a échoué à leur garantir un niveau de vie décent. Le gouvernement Carney a choisi d’agir, et pour ça, il mérite reconnaissance. Mais cette mesure n’est qu’un pansement sur une hémorragie. Tant que nous ne nous attaquerons pas aux monopoles, à la spéculation, aux salaires de misère, aux profits obscènes, nous continuerons à distribuer de l’argent sans jamais résoudre le problème. Et un jour, peut-être, nous nous réveillerons dans un pays où la majorité dépend de l’État pour survivre, où la dignité du travail a disparu, où l’espoir s’est éteint.
Je termine cette chronique avec un sentiment étrange. Un mélange de soulagement et de colère. Soulagement parce que des gens vont recevoir de l’aide. Colère parce que cette aide ne devrait pas être nécessaire. Nous vivons dans l’un des pays les plus riches du monde. Nous avons les ressources, les connaissances, les moyens de garantir à chacun une vie digne. Mais nous choisissons de ne pas le faire. Nous préférons distribuer des miettes plutôt que de partager le gâteau. Nous préférons calmer les symptômes plutôt que de guérir la maladie. Et pendant ce temps, les 12,4 milliards s’accumulent, année après année, mesure après mesure, sans que rien ne change vraiment. Peut-être qu’un jour, nous aurons le courage de faire différemment. Mais ce jour n’est pas aujourd’hui. Aujourd’hui, nous nous contentons de survivre. Et c’est déjà ça.
Signé Jacques Provost
Sources
Le Devoir, « Le crédit sur la TPS annoncé par le gouvernement Carney coûtera 12,4 milliards sur six ans », publié le 2 février 2026, https://www.ledevoir.com/politique/canada/952788/credit-tps-annonce-gouvernement-carney-coutera-12-4-milliards-six-ans
Radio-Canada, « Le coût du crédit sur la TPS annoncé par Carney estimé à 12,4 milliards $ sur six ans », publié le 2 février 2026, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2225103/credit-taxe-tps-federal-carney-cout
Bureau du directeur parlementaire du budget, rapport sur le coût du crédit pour la TPS, publié le 2 février 2026
Gouvernement du Canada, communiqué du ministre des Finances François-Philippe Champagne, 2 février 2026