Une proposition qui défie la Constitution américaine
Revenons aux faits bruts. Lundi 2 février 2026, Trump apparaît dans le podcast de Dan Bongino, ancien directeur adjoint du FBI devenu commentateur conservateur. Et là, sans détour, sans euphémisme, il lâche ce qui ressemble à un plan d’action : « Les républicains devraient dire ‘Nous voulons prendre le contrôle.’ Nous devrions prendre le contrôle du vote dans au moins quinze endroits. Les républicains devraient nationaliser le vote. » Nationaliser. Ce mot n’est pas choisi au hasard. Il signifie retirer aux États leur pouvoir constitutionnel de gérer leurs propres élections pour le transférer au gouvernement fédéral — c’est-à-dire, dans ce contexte, à Trump lui-même. Le président a doublé la mise mardi, insistant que le gouvernement fédéral devrait « s’impliquer » pour combattre ce qu’il appelle la « corruption » électorale. « Regardez certains endroits — cette horrible corruption sur les élections — et le gouvernement fédéral ne devrait pas permettre ça », a-t-il déclaré
Vous comprenez ce qui se passe ici, non ? Trump ne parle pas de réformer le système. Il ne parle pas d’améliorer la sécurité. Il parle de prendre le pouvoir. De s’emparer du mécanisme même qui permet aux citoyens de choisir leurs dirigeants. Et il le dit ouvertement, sans honte, comme si c’était la chose la plus normale du monde. Comme si la Constitution n’était qu’un bout de papier qu’on peut ignorer quand ça nous arrange
Section 3 : La réponse cinglante de Rand Paul
Un cours de droit constitutionnel pour le président
Face à cette proposition, Rand Paul n’a pas mâché ses mots. Dans son interview avec Stephanie Ruhle sur MS NOW, le sénateur du Kentucky a rappelé une vérité élémentaire que Trump semble avoir oubliée — ou qu’il choisit d’ignorer. « Ce n’est pas ce que dit la Constitution sur les élections », a-t-il martelé. Paul a ensuite détaillé le cadre constitutionnel : la Cour suprême limite effectivement certains pouvoirs des États, comme l’impossibilité pour un État d’imposer des limites de mandat aux élus fédéraux si d’autres États ne le font pas. Mais concernant « le moment, le lieu et la manière des élections, c’est, selon la Constitution, une activité d’État », a-t-il expliqué. « Donc, je ne suis pas pour nationaliser cela. » Le sénateur a même rappelé que les républicains avaient bloqué au Sénat les tentatives des démocrates sous Biden de réformer les élections au niveau fédéral. « J’étais contre le projet de loi de Nancy Pelosi qui aurait nationalisé les élections, mais je serais également contre tout projet de loi venant de cette administration qui nationaliserait les élections », a-t-il affirmé
Il y a quelque chose de profondément triste dans le fait qu’un sénateur doive rappeler au président des États-Unis ce que dit la Constitution. Comme si on devait expliquer à un adulte pourquoi on ne peut pas voler dans un magasin. C’est élémentaire. C’est basique. C’est le fondement même du système. Et pourtant, voilà où nous en sommes. À devoir expliquer l’évidence à celui qui est censé protéger et défendre cette même Constitution
Section 4 : John Thune rejoint la résistance constitutionnelle
Le chef de la majorité sénatoriale prend ses distances
Rand Paul n’est pas seul dans son opposition. John Thune, le chef de la majorité républicaine au Sénat, a également rejeté la proposition de Trump, bien qu’avec plus de prudence dans ses mots. Thune a déclaré aux journalistes qu’il soutenait l’exigence d’une pièce d’identité pour prouver la citoyenneté lors du vote, mais qu’il ne soutenait pas que le gouvernement fédéral s’empare du pouvoir de gérer les élections. « Je suis favorable à ce que seuls les citoyens votent et montrent une pièce d’identité dans les bureaux de vote », a-t-il dit. « Je pense que c’est logique… Mais je ne suis pas favorable à la fédéralisation des élections, non. Je pense que c’est une question constitutionnelle. » Le sénateur du Dakota du Sud a ajouté une observation technique importante : « Je crois fermement au pouvoir décentralisé et distribué. Et je pense qu’il est plus difficile de pirater cinquante systèmes électoraux que d’en pirater un seul. À mon avis, du moins, c’est un système qui a toujours plutôt bien fonctionné »
Thune parle de sécurité informatique. De décentralisation. D’arguments techniques. Mais au fond, ce qu’il dit vraiment, c’est : « Je ne fais pas confiance à Trump avec ce pouvoir. » Et il a raison de ne pas lui faire confiance. Personne ne devrait avoir ce pouvoir. Ni Trump, ni Biden, ni personne. C’est précisément pour ça que les Pères fondateurs ont conçu le système comme ils l’ont fait. Pour qu’aucun homme, aucun parti, ne puisse s’emparer de la machinerie démocratique
Section 5 : Le contexte inquiétant de cette offensive
Une escalade qui ne date pas d’hier
Cette proposition de Trump ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une escalade qui dure depuis des mois, voire des années. Moins d’une semaine avant ses déclarations, le FBI a mené un raid dans un bureau électoral près d’Atlanta, en Géorgie, saisissant des bulletins de vote et d’autres documents électoraux de l’élection de 2020. Trump a fait allusion à ce raid lors de son interview avec Bongino, laissant entendre que « vous allez voir des choses intéressantes sortir » de Géorgie. Le président a intensifié ses efforts pour saper les résultats de l’élection de 2020 ces derniers mois, promettant en janvier que « des gens seront bientôt poursuivis pour ce qu’ils ont fait » concernant cette élection. Son ministère de la Justice a également poursuivi environ deux douzaines d’États, exigeant l’accès à leurs listes d’inscription électorale. Cette menace de nationaliser le vote fait écho à une promesse qu’il avait faite l’été dernier de signer un décret exécutif apportant « l’honnêteté » aux élections de mi-mandat de 2026
Vous voyez le schéma, n’est-ce pas ? Raids du FBI. Poursuites judiciaires. Menaces. Intimidation. Et maintenant, la proposition ultime : prenez le contrôle du système lui-même. C’est méthodique. C’est calculé. C’est terrifiant. Parce que chaque étape normalise la suivante. Chaque transgression rend la prochaine plus acceptable. Et avant qu’on s’en rende compte, on se réveille dans un pays qu’on ne reconnaît plus
Section 6 : Les mensonges persistants sur 2020
Une fraude électorale qui n’existe que dans l’imagination de Trump
Au cœur de toute cette offensive se trouve un mensonge que Trump répète inlassablement : il aurait gagné l’élection de 2020 « par un glissement de terrain ». Lors de son apparition dans le podcast de Bongino, le président a de nouveau insisté sur le fait qu’il avait remporté cette élection, alléguant sans aucune preuve que des gens « ont voté illégalement ». Les faits racontent une histoire différente. Des dizaines de contestations des résultats de cette élection n’ont produit aucune preuve crédible de fraude électorale généralisée. En Géorgie, un audit à l’échelle de l’État et un recomptage demandé par la campagne de Trump elle-même ont tous deux vérifié que l’ancien président Joe Biden avait remporté l’État. Mais Trump refuse d’accepter cette réalité. Il préfère construire un récit alternatif où il est la victime d’un complot massif, un récit qui justifie maintenant sa tentative de s’emparer du contrôle des élections futures
C’est ça qui me tue. Ce n’est même pas subtil. Il perd une élection — équitablement, légalement — et au lieu d’accepter la défaite comme tout adulte responsable, il invente une histoire de fraude massive. Et quand personne ne trouve de preuve de cette fraude, il ne dit pas « Oh, je me suis trompé. » Non. Il dit « Le système est tellement corrompu qu’il cache les preuves. » C’est une logique circulaire parfaite. Infalsifiable. Dangereuse
Section 7 : Les précédents inquiétants de Trump
Un président qui ne respecte pas les limites constitutionnelles
Cette proposition de nationaliser les élections n’est pas la première fois que Trump tente de dépasser ses pouvoirs constitutionnels. En août dernier, il avait écrit sur les réseaux sociaux : « Rappelez-vous, les États ne sont qu’un ‘agent’ pour le gouvernement fédéral dans le comptage et la tabulation des votes. Ils doivent faire ce que le gouvernement fédéral, représenté par le président des États-Unis, leur dit de faire, POUR LE BIEN DE NOTRE PAYS. » Cette vision des États comme de simples « agents » du pouvoir fédéral est une distorsion radicale du fédéralisme américain. En mars 2025, Trump avait signé un décret exécutif visant à ajouter une preuve de citoyenneté au formulaire national d’inscription des électeurs et à modifier les procédures de vote par correspondance pour les États. Ce décret a été largement bloqué par des juges fédéraux, bien que son sort final reste incertain. Mais Trump ne se décourage pas. Chaque blocage judiciaire ne fait que renforcer sa détermination à trouver un autre moyen d’atteindre son objectif
Il teste les limites. Constamment. Il pousse, il pousse, il pousse. Et quand un juge dit non, il essaie autre chose. C’est épuisant. C’est calculé pour être épuisant. Parce qu’à un moment donné, les gens se fatiguent de résister. Ils baissent leur garde. Et c’est là qu’il frappe. C’est une stratégie d’usure contre la démocratie elle-même
Section 8 : Le silence assourdissant des autres républicains
Où sont passés les défenseurs de la Constitution
Ce qui est peut-être le plus troublant dans cette histoire, ce n’est pas que Trump propose quelque chose d’inconstitutionnel — on s’y est malheureusement habitués. Non, ce qui est vraiment effrayant, c’est le silence de la majorité des républicains. Rand Paul parle. John Thune parle, avec prudence. Mais où sont les autres ? Où sont les dizaines de sénateurs républicains qui ont prêté serment de défendre la Constitution ? Où sont les représentants à la Chambre qui se disaient des « constitutionnalistes » ? Ils se taisent. Ils détournent le regard. Ils espèrent que la tempête passera sans qu’ils aient à prendre position. Parce que prendre position contre Trump dans le Parti républicain moderne, c’est risquer sa carrière politique. C’est s’exposer à des attaques vicieuses sur les réseaux sociaux. C’est potentiellement faire face à un challenger soutenu par Trump lors des primaires. Alors ils se taisent. Et dans leur silence, ils deviennent complices
Je pense à tous ces républicains qui, en privé, savent que Trump a tort. Qui savent que cette proposition est dangereuse. Qui savent que la Constitution est claire. Mais qui ne diront rien publiquement. Par lâcheté. Par calcul politique. Par peur. Et je me demande : à quel moment ont-ils perdu leur âme ? À quel moment ont-ils décidé que leur carrière valait plus que leur pays ? Parce que c’est le choix qu’ils font. Chaque jour. Dans leur silence
Section 9 : Les implications pour 2026 et au-delà
Un avenir démocratique en péril
Les élections de mi-mandat de 2026 approchent, et cette proposition de Trump jette une ombre inquiétante sur leur déroulement. Si le président parvient à mettre en œuvre une forme quelconque de contrôle fédéral sur les élections — que ce soit par décret exécutif, par législation ou par d’autres moyens — les conséquences seraient catastrophiques pour la démocratie américaine. Imaginez un scénario où le parti au pouvoir contrôle non seulement l’exécutif et le législatif, mais aussi la machinerie électorale elle-même. Où les règles du jeu peuvent être modifiées en cours de route pour favoriser un camp. Où l’arbitre du match est aussi l’un des joueurs. C’est exactement ce contre quoi les Pères fondateurs ont mis en garde. C’est exactement pourquoi ils ont créé un système de freins et contrepoids, de séparation des pouvoirs, de fédéralisme. Pas par accident. Pas par caprice. Mais parce qu’ils comprenaient la nature humaine et la tentation du pouvoir absolu
On est à un tournant. Je le sens. Vous le sentez aussi, non ? Ce moment où l’histoire bascule. Où les choses qui semblaient impossibles deviennent soudainement réelles. Où les garde-fous qu’on croyait solides se révèlent fragiles. Et je me demande si, dans vingt ans, on regardera en arrière et on se dira « C’était là. C’était le moment où on aurait pu arrêter ça. » Mais on ne l’a pas fait. Parce qu’on était trop fatigués. Trop cyniques. Trop habitués à l’anormal
Conclusion : Le combat pour l'âme de la démocratie américaine
Un choix qui définira une génération
Cette confrontation entre Rand Paul et Donald Trump n’est pas qu’une simple dispute politique de plus. C’est un moment révélateur qui expose la fracture fondamentale au sein du Parti républicain et, plus largement, au sein de la société américaine. D’un côté, ceux qui croient encore que la Constitution n’est pas négociable, que les règles s’appliquent à tous, que le pouvoir doit être limité et distribué. De l’autre, ceux qui pensent que la fin justifie les moyens, que gagner est tout ce qui compte, que les règles sont pour les perdants. Paul a dit quelque chose de simple mais puissant : « Ce n’est pas ce que dit la Constitution. » Quatre-vingt-dix mots qui résument tout. La question maintenant est de savoir si suffisamment d’Américains — républicains, démocrates, indépendants — se lèveront pour défendre ce principe. Ou si le silence et la complaisance permettront à la démocratie américaine de glisser vers quelque chose de beaucoup plus sombre. L’histoire nous regarde. Et elle prend des notes
Je ne sais pas comment cette histoire se terminera. Personne ne le sait. Mais je sais une chose : le silence n’est plus une option. L’indifférence n’est plus une option. Parce que ce qui est en jeu, ce n’est pas juste une élection ou une politique particulière. C’est l’idée même que les citoyens peuvent choisir leurs dirigeants. Que le pouvoir vient du peuple. Que personne n’est au-dessus de la loi. Ces idées ont survécu pendant plus de deux siècles. Mais elles ne sont pas immortelles. Elles ne survivent que si chaque génération choisit de les défendre. C’est notre tour maintenant. Et franchement, je ne suis pas sûr qu’on soit à la hauteur
Signé Jacques Provost
Sources
The Hill, « Rand Paul on Trump call to ‘nationalize’ elections: ‘That’s not what the Constitution says' », Alexander Bolton, 4 février 2026
Politico, « Trump says Republicans should ‘nationalize’ elections », Jacob Wendler, 2 février 2026
The Hill, « Thune rejects Trump’s call for GOP to take over and ‘nationalize’ elections », 3 février 2026
PBS NewsHour, « Thune throws cold water on Trump’s call to ‘nationalize’ U.S. elections », 3 février 2026
MS NOW, Interview de Rand Paul avec Stephanie Ruhle, 3 février 2026
Podcast Dan Bongino, Interview de Donald Trump, 2 février 2026