Une fixation qui ne date pas d’hier
Donald Trump ne cache plus son jeu. Depuis des mois, il martèle la même rengaine : le Groenland doit appartenir aux États-Unis. Il a d’abord évoqué un achat pur et simple, comme si ce territoire autonome danois était une vulgaire propriété immobilière à saisir. Puis, devant le refus catégorique de Copenhague et de Nuuk, il a changé de tactique. Les menaces ont remplacé les propositions. Des tarifs douaniers contre les pays qui s’opposent à son projet d’annexion. Une pression économique brutale pour forcer la main. Le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen l’a dit clairement lors d’une session parlementaire spéciale lundi dernier : même si Trump a écarté l’option militaire, son objectif reste inchangé. Le Groenland doit être lié aux États-Unis et gouverné depuis Washington.
Il y a quelque chose de profondément dérangeant dans cette obsession. Trump parle du Groenland comme d’un actif stratégique, d’une ressource à exploiter, d’un territoire à contrôler. Jamais il ne mentionne les Groenlandais eux-mêmes. Jamais il ne parle de leur volonté, de leurs aspirations, de leur droit à l’autodétermination. C’est comme si ces 57 000 personnes n’existaient pas, comme si elles étaient transparentes, invisibles, négligeables. Et ça, franchement, ça me met hors de moi.
Section 3 : La réponse européenne se cristallise
Paris et Ottawa en première ligne
La France et le Canada ne sont pas arrivés à Nuuk par hasard. Ces deux nations ont compris que le silence équivaudrait à une capitulation. Jean-Noël Barrot, le ministre français des Affaires étrangères, a été clair lors de son déplacement : « Le Groenland est un territoire européen. On ne reconstruit pas la grandeur d’une nation sur la servitude de ses voisins. » Un message direct, sans ambiguïté, adressé à Trump. De son côté, Mary Simon, la Gouverneure générale du Canada, a déclaré lors de la conférence Arctic Frontiers en Norvège : « Le Canada soutient fermement le peuple groenlandais qui déterminera son propre avenir. Un autre pays ne devrait pas interférer dans un État souverain. » Ces mots ne sont pas de simples formules diplomatiques. Ce sont des lignes rouges tracées dans la neige arctique.
Des consulats comme symboles de résistance
Actuellement, seuls l’Islande et les États-Unis possédaient des consulats diplomatiques à Nuuk. L’arrivée de la France et du Canada change la donne. Ces nouvelles représentations ne sont pas là pour gérer des visas ou des questions administratives. Elles sont là pour montrer une présence, affirmer une solidarité, envoyer un signal politique fort. Barrot l’a admis sans détour à la télévision française LCI : « C’est d’abord pour signaler notre désir d’approfondir notre présence dans toutes les dimensions sur ce territoire appartenant au Royaume du Danemark. C’est envoyer un signal politique, mais combiné avec un désir de jouer un rôle plus actif au Groenland. »
Ces consulats sont des actes de résistance. Des petits drapeaux plantés face à l’ogre américain. Et je trouve ça beau, d’une certaine manière. Beau et nécessaire. Parce que si personne ne se lève, si personne ne dit non, alors Trump gagnera. Il gagnera par l’intimidation, par la peur, par l’épuisement de ses adversaires. Et le Groenland deviendra une colonie américaine au XXIe siècle. Un précédent terrifiant pour tous les petits territoires du monde.
Section 4 : Les Groenlandais rejettent massivement Trump
Un sondage sans appel
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Un sondage récent publié dans The Copenhagen Post a interrogé 610 Groenlandais sur leur vision de l’avenir. Résultat : 76% ont répondu « Non » quand on leur a demandé si rejoindre les États-Unis serait un avantage pour le Groenland. Seulement 8% ont dit « Oui ». Le reste était indécis. Plus révélateur encore : près de deux tiers des répondants souhaitent renforcer les liens avec l’Union européenne, contre seulement 5% qui veulent collaborer davantage avec les États-Unis. Ces données démolissent le narratif trumpien selon lequel les Groenlandais attendraient avec impatience d’être « libérés » par Washington.
L’indépendance, oui, mais pas sous tutelle américaine
Le sondage révèle également une nuance importante. Quand on demande aux Groenlandais s’ils devraient quitter le Royaume du Danemark et devenir indépendants maintenant, 62% disent non et 25% disent oui. Mais à long terme, 52% croient que le Groenland pourrait devenir indépendant. Cette aspiration à l’indépendance existe bel et bien. Mais elle n’a rien à voir avec un rattachement aux États-Unis. Les Groenlandais veulent décider eux-mêmes de leur destin, pas échanger une tutelle contre une autre.
Il y a quelque chose de profondément humain dans ces chiffres. Les Groenlandais ne sont pas des pions sur un échiquier géopolitique. Ils ont des rêves, des peurs, des espoirs. Ils veulent peut-être l’indépendance un jour, mais une indépendance choisie, construite, assumée. Pas une indépendance imposée par un milliardaire américain qui voit leur île comme un investissement rentable. Et cette distinction, Trump ne semble pas capable de la comprendre.
Section 5 : Les enjeux stratégiques de l'Arctique
Une région en pleine transformation
Pourquoi Trump veut-il le Groenland ? La réponse tient en trois mots : ressources, position, climat. Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes maritimes dans l’Arctique. Des passages qui réduisent considérablement les temps de navigation entre l’Europe et l’Asie. Le Groenland se trouve au cœur de ces nouvelles voies. Ensuite, le sous-sol groenlandais regorge de minéraux rares essentiels pour les technologies modernes : terres rares, uranium, zinc, plomb. Des ressources convoitées par toutes les grandes puissances. Enfin, la position géographique du Groenland en fait un point stratégique majeur pour surveiller les mouvements russes et chinois dans l’Arctique.
La Chine et la Russie dans l’équation
Trump justifie son obsession groenlandaise par la menace chinoise et russe. Il n’a pas complètement tort sur ce point. La Chine investit massivement dans l’Arctique, cherchant à sécuriser des routes commerciales et des ressources. La Russie, de son côté, militarise sa côte arctique et revendique une part croissante de la région. L’OTAN a d’ailleurs lancé une mission appelée Arctic Sentry pour renforcer la sécurité dans le Grand Nord. Mais utiliser ces menaces réelles pour justifier une annexion pure et simple du Groenland, c’est franchir une ligne rouge. C’est transformer une préoccupation légitime en prétexte colonial.
Je comprends les enjeux stratégiques. Vraiment. L’Arctique est en train de devenir le nouveau terrain de jeu des grandes puissances. Mais il y a une différence fondamentale entre protéger une région et l’annexer. Entre coopérer avec ses alliés et les menacer de sanctions économiques. Trump ne cherche pas à protéger le Groenland. Il cherche à le posséder. Et cette distinction change tout.
Section 6 : Le lien Canada-Groenland, une fraternité inuite
Au-delà de la diplomatie, une connexion culturelle
La visite de Mary Simon à Nuuk revêt une dimension particulière. La Gouverneure générale du Canada a grandi à Nunavik, dans le nord du Québec. Elle est Inuite. Et elle comprend mieux que quiconque les liens profonds qui unissent les populations inuites du Canada et du Groenland. Ces peuples partagent une langue, une culture, une histoire commune. Natan Obed, président d’Inuit Tapiriit Kanatami qui représente les Inuits au Canada, accompagne Mary Simon dans ce voyage. Il a déclaré : « Pour beaucoup dans l’Arctique, il était difficile de ne pas voir les menaces planant sur le Groenland comme un signe de ce qui allait venir. Nous comprenons que nous sommes de plus en plus au centre d’un combat géopolitique qui ne concerne pas nécessairement notre culture ou notre société, mais qui se déroule dans notre patrie, dans nos arrière-cours. »
Une solidarité qui transcende les frontières
Le professeur Birger Poppel, spécialiste des affaires arctiques à l’Université du Groenland, souligne l’importance de cette connexion : « Il est évident que les États-Unis sont un voisin proche, et quand un voisin proche devient hostile pendant l’administration Trump, c’est agréable de savoir que vous avez un autre voisin proche qui est beaucoup plus amical et respectueux des frontières et accords internationaux. » Cette fraternité inuite dépasse les considérations diplomatiques classiques. Elle rappelle que derrière les enjeux géopolitiques, il y a des êtres humains avec une identité, une histoire, des droits.
Cette dimension humaine me touche profondément. Les Inuits n’ont jamais demandé à être au centre d’une guerre froide moderne. Ils veulent simplement vivre sur leurs terres ancestrales, préserver leur culture, transmettre leur langue à leurs enfants. Mais voilà que les grandes puissances se battent au-dessus de leurs têtes, comme si elles n’existaient pas. Mary Simon, en tant qu’Inuite, apporte une voix différente à cette crise. Une voix qui rappelle que le Groenland n’est pas un territoire vide à conquérir, mais une terre habitée par un peuple avec une histoire millénaire.
Section 7 : La réaction du parlement groenlandais
Une session extraordinaire face à la crise
Lundi dernier, l’Inatsisartut, le parlement groenlandais, a tenu une session spéciale pour débattre de la crise. Le Premier ministre Jens-Frederik Nielsen a ouvert les discussions avec gravité : « Au cours des 14 derniers mois, notre pays s’est retrouvé dans une situation particulièrement difficile. Même si Trump a exclu l’usage de la force militaire, son objectif n’a pas changé — le Groenland doit être lié aux États-Unis et gouverné de là-bas. Nous restons dans une situation grave. Nous devons rester unis pour protéger le Groenland que nous connaissons. »
Une motion de défense de l’autodétermination
Le débat s’est conclu par l’adoption d’une motion engageant le gouvernement groenlandais à « monter la garde sur notre droit à l’autodétermination en tant que peuple » et à « utiliser tous les moyens disponibles pour sécuriser et défendre notre droit à l’autodétermination. » Cette résolution n’est pas une simple déclaration d’intention. C’est un engagement formel, un serment collectif de résister à toute tentative d’annexion. Les parlementaires groenlandais ont compris qu’ils font face à une menace existentielle pour leur autonomie.
Imaginez être un député groenlandais en ce moment. Vous représentez quelques milliers de personnes dans une circonscription arctique. Et soudain, vous devez défendre votre pays contre la première puissance mondiale. C’est David contre Goliath, version XXIe siècle. Mais contrairement au récit biblique, David n’a pas de fronde ici. Il a juste sa dignité, son droit international, et l’espoir que le monde ne le laissera pas tomber. C’est à la fois inspirant et terrifiant.
Section 8 : Les États-Unis et leur base de Pituffik
Une présence militaire déjà massive
Les États-Unis ne sont pas des nouveaux venus au Groenland. Depuis la Guerre froide, ils maintiennent la base spatiale de Pituffik (anciennement Thule Air Base) sur la côte nord-ouest de l’île. Cette installation militaire abrite des systèmes de détection de missiles balistiques et joue un rôle crucial dans la défense antimissile américaine. Trump a récemment placé le Groenland sous le commandement du US Northern Command, responsable de la défense du territoire américain. Un geste symbolique qui suggère que Washington considère déjà le Groenland comme faisant partie de sa sphère de sécurité directe.
Le cadre d’un futur accord
Trump a évoqué l’élaboration d’un « cadre d’accord » avec le Danemark qui pourrait accorder aux États-Unis la souveraineté sur les terres utilisées pour les bases militaires et donner aux entreprises américaines un accès privilégié aux richesses minérales du Groenland. Mais les dirigeants danois et groenlandais ont été catégoriques : la souveraineté n’est pas négociable. Le ministre groenlandais des Affaires étrangères Vivian Motzfeldt a même déclaré vouloir que des alliés non-arctiques participent aux exercices militaires au Groenland, une manière de diluer l’influence américaine exclusive.
Il y a quelque chose de pervers dans cette stratégie. Les États-Unis ont déjà une base militaire au Groenland. Ils ont déjà une présence, une influence, un rôle de protection. Mais ce n’est pas suffisant pour Trump. Il veut la souveraineté complète, le contrôle total. C’est comme si un locataire décidait soudainement qu’il mérite de posséder l’immeuble entier parce qu’il paie son loyer depuis longtemps. C’est absurde. Et dangereux.
Section 9 : L'Europe se mobilise enfin
Un front commun contre l’intimidation
Au-delà de la France et du Canada, d’autres pays européens commencent à réagir. L’Union européenne prépare des mesures de riposte si Trump met ses menaces de tarifs douaniers à exécution. Plusieurs nations ont exprimé leur soutien au Danemark et au Groenland. L’OTAN, malgré les tensions internes, maintient son engagement envers la défense du territoire danois, dont le Groenland fait partie. Cette mobilisation européenne, bien que tardive, montre que le Vieux Continent n’est pas prêt à accepter un retour aux logiques impériales du XIXe siècle.
Des exercices militaires conjoints en préparation
Vivian Motzfeldt a annoncé que le Groenland et le Danemark accueilleront un exercice militaire majeur en septembre, avec la participation de tous les États arctiques occidentaux. L’objectif : démontrer la capacité collective de défendre la région. La France a également confirmé sa participation à l’opération Arctic Endurance au Groenland, déployant notamment le navire BSAM Garonne. Ces manœuvres ne sont pas de simples exercices de routine. Ce sont des démonstrations de force, des messages envoyés à Washington : le Groenland n’est pas seul.
Je regarde ces exercices militaires se préparer et je ressens un mélange d’espoir et d’angoisse. Espoir parce que l’Europe se réveille enfin, parce que des pays se lèvent pour défendre un principe fondamental : le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Angoisse parce que nous en sommes arrivés là. Parce qu’il faut déployer des navires de guerre et organiser des manœuvres militaires pour dissuader un président américain de ses fantasmes d’annexion. C’est surréaliste. Et profondément inquiétant pour l’avenir de l’ordre international.
Conclusion : Un combat pour l'âme du monde
Au-delà du Groenland, un précédent terrifiant
Cette crise groenlandaise dépasse largement les 2,2 millions de kilomètres carrés de glace et de roche. Elle pose une question fondamentale : vivons-nous encore dans un monde régi par le droit international et le respect de la souveraineté, ou sommes-nous en train de basculer dans une ère néo-coloniale où les grandes puissances peuvent simplement s’emparer de territoires qui les intéressent ? Si Trump réussit à annexer le Groenland, même partiellement, même sous couvert d’un « accord », il ouvrira la boîte de Pandore. La Chine pourra justifier ses revendications sur Taïwan. La Russie pourra légitimer ses invasions. Tous les petits pays du monde devront vivre dans la peur constante d’être avalés par leurs voisins plus puissants.
L’espoir réside dans la résistance collective
Mais il y a de l’espoir. Les consulats français et canadien à Nuuk ne sont que des bâtiments, certes. Mais ils symbolisent quelque chose de plus grand : la solidarité internationale, le refus de l’intimidation, la défense des principes fondamentaux qui ont émergé après les horreurs du XXe siècle. Les 76% de Groenlandais qui rejettent l’annexion américaine ne sont pas juste des statistiques. Ce sont des voix qui disent non, des citoyens qui refusent d’être traités comme des marchandises. Et tant que ces voix existeront, tant que des pays comme la France et le Canada se tiendront à leurs côtés, l’espoir demeure. Le Groenland ne tombera pas. Pas sans combat. Pas sans que le monde entier soit témoin de cette résistance.
Je termine cette chronique avec un sentiment étrange. Une colère sourde contre Trump et son mépris des peuples. Une admiration profonde pour les Groenlandais qui tiennent bon malgré la pression. Une fierté de voir la France et le Canada prendre position. Mais aussi une peur viscérale de ce que tout cela révèle sur notre époque. Nous pensions que certaines batailles étaient gagnées, que certains principes étaient acquis. Nous avions tort. Le combat pour la dignité humaine, pour le droit des peuples à décider de leur destin, pour un monde régi par des règles et non par la loi du plus fort — ce combat n’est jamais terminé. Il recommence à chaque génération. Et aujourd’hui, c’est au Groenland qu’il se joue. Sous les aurores boréales, dans le froid glacial de l’Arctique, une poignée d’Inuits défend quelque chose d’infiniment précieux : l’idée même que nous sommes tous égaux, que personne ne peut être possédé, que la liberté n’est pas négociable. Et ça, ça vaut tous les combats du monde.
Signé Jacques Provost
Sources
The Globe and Mail – « Canada and France set to establish diplomatic presence in Greenland amid Trump threats » – Paul Waldie – Publié le 4 février 2026, mis à jour le 4 février 2026
High North News – « French Foreign Minister in Nuuk: France Stands By Greenland » – Astri Edvardsen et Birgitte Annie Hansen – Publié le 3 septembre 2025
Radio-Canada – « Canada ‘concerned’ about Trump’s Greenland tariff threats » – Janvier 2026
Al Jazeera – « France to launch Greenland consulate in ‘political signal’ to US » – Janvier 2026
The Copenhagen Post – Sondage sur l’opinion des Groenlandais concernant l’annexion américaine – Janvier 2026
Gouvernement du Canada – Communiqué officiel sur la visite de la Gouverneure générale Mary Simon en Norvège, au Danemark et au Groenland – Janvier 2026
Ministère français des Affaires étrangères – Déclarations de Jean-Noël Barrot sur l’ouverture du consulat français au Groenland – Février 2026
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