Guilty, guilty, guilty
Le mot a été prononcé trente-quatre fois dans la salle d’audience de Manhattan. Trente-quatre fois, le jury a déclaré Donald Trump coupable. C’est une première dans l’histoire américaine : jamais un ancien président n’avait été condamné au pénal. Les faits remontent à 2016, lorsque Trump a versé 130 000 dollars à l’actrice pornographique Stormy Daniels pour acheter son silence sur une relation extraconjugale présumée. L’argent a transité par son avocat Michael Cohen, et les documents comptables ont été falsifiés pour masquer la nature réelle de ces paiements. Le procès a duré plusieurs semaines, les témoignages se sont accumulés, les preuves ont été présentées. Et le jury, composé de douze citoyens ordinaires, a tranché à l’unanimité.
Trente-quatre fois. Trente-quatre coups de marteau sur le cercueil de l’intégrité présidentielle. Mais Trump, lui, ne bronche pas. Il reste impassible, comme si ces mots ne le concernaient pas. Comme si la réalité n’avait aucune prise sur lui. Et c’est peut-être ça, le plus terrifiant : cette capacité à exister dans un univers parallèle où les faits n’ont plus d’importance.
Section 3 : L'homme qui réécrit sa propre histoire
Le shérif le plus propre
Lors de son meeting en Caroline du Nord en avril 2022, Trump avait déclaré : « Je dois être le shérif le plus propre. Je pense que je suis l’être humain le plus honnête, peut-être, que Dieu ait jamais créé. » Ces paroles, prononcées alors qu’il faisait déjà l’objet de multiples enquêtes judiciaires, révèlent une stratégie bien rodée. Trump ne se défend pas contre les accusations, il les ignore. Il ne cherche pas à prouver son innocence, il l’affirme comme une évidence. Et cette affirmation, répétée encore et encore, finit par créer sa propre réalité. Ses supporters l’applaudissent, les médias conservateurs relaient ses propos, et la machine à désinformation se met en marche.
Le shérif le plus propre. J’ai presque envie de rire, mais le rire reste coincé dans ma gorge. Parce que derrière cette déclaration grotesque se cache quelque chose de plus sombre : la conviction profonde que les règles ne s’appliquent pas à lui. Que la justice est un complot. Que la vérité est ce qu’il décide qu’elle soit. Et des millions de gens le croient.
Section 4 : Les enquêtes qui s'accumulent
Un président sous surveillance
L’affaire Stormy Daniels n’est que la partie émergée de l’iceberg. Trump fait face à plusieurs procédures judiciaires simultanées. Il est poursuivi pour fraude fiscale à New York, accusé d’avoir gonflé la valeur de ses actifs pour obtenir des prêts avantageux. Il est également visé par une enquête sur son rôle dans l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, lorsque ses supporters ont envahi le siège du pouvoir législatif américain pour tenter d’empêcher la certification de l’élection de Joe Biden. Chaque enquête révèle un nouveau pan de sa gestion chaotique du pouvoir, de ses mensonges répétés, de ses tentatives de manipulation du système judiciaire. Mais Trump, lui, continue de clamer son innocence avec une assurance déconcertante.
Des millions de pages de documents. Des années d’enquêtes. Des témoignages accablants. Et pourtant, il reste debout, souriant, défiant. Je me demande parfois s’il y croit vraiment, à son innocence. Ou s’il a simplement compris que dans le monde moderne, la perception compte plus que la réalité. Que l’apparence de la vérité suffit à créer la vérité elle-même.
Section 5 : La réaction après le verdict
Un procès truqué selon Trump
Quelques minutes après le verdict, Trump s’est exprimé devant les journalistes. Son discours était prévisible : « C’était un procès truqué par un juge corrompu », a-t-il déclaré. Il a accusé l’administration Biden d’avoir orchestré cette « persécution politique » pour l’empêcher de se représenter en 2024. Il a affirmé que « le vrai verdict viendra le 5 novembre », jour de l’élection présidentielle. Et il a répété, encore et encore : « Je suis un homme très innocent. » Cette stratégie de victimisation fonctionne auprès de sa base électorale. Les dons affluent, les sondages restent favorables, et Trump continue de dominer la course à l’investiture républicaine.
Un homme très innocent. Ces mots me hantent. Parce qu’ils révèlent quelque chose de fondamental sur notre époque : la vérité n’existe plus. Il n’y a que des narratifs concurrents, des versions alternatives, des réalités parallèles. Et celui qui crie le plus fort, celui qui répète le plus souvent son mensonge, finit par l’emporter. C’est terrifiant.
Section 6 : La promesse de grâce aux émeutiers
Récompenser la violence
Trump ne se contente pas de nier sa propre culpabilité. Il promet également de gracier les émeutiers du 6 janvier s’il est réélu en 2024. « Nous traiterons ces personnes de manière équitable. Et s’il faut les gracier, nous les gracierons », a-t-il déclaré lors d’un meeting. Ces paroles sont un camouflet pour la justice américaine, qui a condamné des centaines de personnes pour leur participation à l’assaut du Capitole. Elles envoient également un message clair : la violence politique est acceptable si elle sert les intérêts de Trump. Les émeutiers ne sont pas des criminels, ce sont des patriotes injustement persécutés. Cette rhétorique dangereuse normalise l’insurrection et menace les fondements mêmes de la démocratie américaine.
Gracier les émeutiers. Récompenser ceux qui ont attaqué le Capitole. Transformer des criminels en héros. Je ne trouve plus les mots. La colère monte, brûlante, incontrôlable. Parce que ce n’est plus seulement du mensonge, c’est de la trahison. Une trahison de tout ce que l’Amérique est censée représenter. Et il le fait en souriant, en se présentant comme le sauveur de la nation.
Section 7 : Le soutien indéfectible de sa base
Quand la réalité ne compte plus
Malgré la condamnation, malgré les preuves accablantes, malgré les témoignages, la base électorale de Trump reste fidèle. Les sondages montrent que sa popularité n’a pas faibli après le verdict. Au contraire, certains de ses supporters sont encore plus déterminés à le soutenir. Ils voient en lui un martyr, une victime d’un système judiciaire corrompu contrôlé par les élites libérales. Cette perception est alimentée par un écosystème médiatique conservateur qui relaie sans cesse les narratifs de Trump. Fox News, Newsmax, et une myriade de sites d’information alternatifs présentent le procès comme une chasse aux sorcières. Dans cet univers parallèle, Trump n’est pas un criminel condamné, c’est un héros persécuté.
Comment en sommes-nous arrivés là? Comment une société peut-elle se diviser à ce point sur la réalité elle-même? Je regarde ces foules qui acclament Trump, qui brandissent des pancartes proclamant son innocence, et je me sens perdu. Nous ne vivons plus dans le même monde. Nous ne partageons plus les mêmes faits. Et je ne sais pas comment on revient en arrière.
Section 8 : Les implications pour 2024
Un criminel à la Maison Blanche
La condamnation de Trump soulève une question inédite : un criminel condamné peut-il devenir président des États-Unis? La réponse est oui. Rien dans la Constitution américaine n’empêche une personne condamnée de se présenter à l’élection présidentielle. Trump pourrait donc théoriquement remporter l’élection de novembre 2024 et retourner à la Maison Blanche, même s’il est condamné à une peine de prison. Le juge Juan Merchan doit prononcer la sentence le 11 juillet 2024. Il pourrait opter pour une peine de prison, mais il pourrait aussi choisir la probation, étant donné que les charges relèvent de la catégorie la moins grave des crimes en droit new-yorkais. Trump a déjà annoncé qu’il ferait appel, ce qui pourrait repousser l’exécution de la peine bien au-delà de l’élection.
Un criminel à la Maison Blanche. Ces mots devraient être impensables. Ils devraient appartenir à un roman dystopique, pas à la réalité de 2024. Mais nous y sommes. Et le plus effrayant, c’est que ça pourrait vraiment arriver. Que Trump pourrait vraiment gagner. Que l’Amérique pourrait vraiment élire un homme condamné pour falsification de documents. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer.
Section 9 : Le déclin de la vérité
Quand les mots ne veulent plus rien dire
L’affaire Trump révèle quelque chose de plus profond qu’une simple affaire de corruption politique. Elle illustre le déclin de la vérité dans nos sociétés modernes. Nous vivons à une époque où les faits sont devenus optionnels, où chacun peut choisir sa propre réalité en fonction de ses préférences politiques. Trump n’a pas inventé ce phénomène, mais il l’a perfectionné. Il a compris que dans un monde saturé d’informations, celui qui contrôle le narratif contrôle la réalité. Peu importe ce que disent les tribunaux, peu importe ce que révèlent les enquêtes, peu importe ce que montrent les preuves. Ce qui compte, c’est l’histoire que vous racontez et la conviction avec laquelle vous la racontez. Et Trump raconte son histoire avec une conviction inébranlable : il est innocent, il est persécuté, il est le seul qui peut sauver l’Amérique.
Le déclin de la vérité. Ces mots me glacent le sang. Parce que sans vérité partagée, il n’y a plus de société possible. Il n’y a que des tribus qui s’affrontent, chacune avec sa propre version des faits. Et Trump, avec son culot monumental, avec ses mensonges répétés jusqu’à l’épuisement, est le symbole parfait de cette ère post-vérité. Il ne cherche pas à convaincre par la raison, il cherche à submerger par le volume.
Conclusion : Le miroir brisé de l'Amérique
Quand l’absurde devient normal
Donald Trump se proclame « l’homme le plus honnête que Dieu ait jamais créé » alors qu’il vient d’être condamné sur 34 chefs d’accusation. Cette contradiction devrait être insoutenable. Elle devrait provoquer un rejet massif, une indignation collective, un sursaut démocratique. Mais non. Au lieu de cela, des millions d’Américains continuent de le soutenir, de croire en lui, de voir en lui leur champion. Cette affaire n’est pas seulement l’histoire d’un homme malhonnête qui refuse d’admettre ses fautes. C’est l’histoire d’une société qui a perdu ses repères, qui ne sait plus distinguer le vrai du faux, qui préfère le confort du mensonge à l’inconfort de la vérité. Trump n’est pas une anomalie, il est le symptôme d’une maladie plus profonde qui ronge la démocratie américaine. Et tant que cette maladie ne sera pas soignée, tant que la vérité ne redeviendra pas une valeur partagée, l’Amérique continuera de sombrer dans le chaos et la division.
Je regarde Trump, avec son costume trop grand et son sourire suffisant, et je vois le miroir brisé de l’Amérique. Chaque éclat reflète une vérité différente, une réalité alternative, un mensonge devenu vérité. Et nous, spectateurs impuissants de ce naufrage, nous assistons à la lente désintégration de tout ce qui faisait tenir une société ensemble. La confiance. La vérité. La justice. Tout s’effondre sous nos yeux. Et Trump, lui, continue de sourire, de mentir, de proclamer son innocence. Jusqu’à quand?
Signé Jacques Provost
Sources
RTL, « États-Unis : Trump assure qu’il est ‘l’être humain le plus honnête que Dieu ait jamais créé' », 12 avril 2022
Axios, « Trump on conviction: ‘I’m a very innocent man' », 30 mai 2024
Le Monde, « Donald Trump condamné par la justice pénale, une première retentissante dans l’histoire américaine », 31 mai 2024
BFM TV, « Donald Trump estime qu’il est ‘l’être humain le plus honnête que Dieu ait jamais créé' », 12 avril 2022
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.