L’extraction directe du lithium expliquée simplement
Oubliez les images de vastes bassins d’évaporation sous le soleil chilien. Oubliez les mines à ciel ouvert australiennes qui défigurent le paysage. La technologie DLE (Direct Lithium Extraction) fonctionne différemment, presque élégamment. Le principe est simple : on pompe l’eau salée souterraine, appelée saumure de lithium, on extrait chimiquement le lithium, puis on réinjecte l’eau dans le sol. Propre. Efficace. Révolutionnaire. Des entreprises comme E3 Lithium et LithiumBank testent actuellement cette technologie en Alberta, avec des résultats qui dépassent les attentes. E3 Lithium a réussi à produire du carbonate de lithium de qualité batterie avec une pureté de 99,71 pour cent lors de ses tests en laboratoire.
Pourquoi l’Alberta est l’endroit idéal
Kevin Piepgrass, directeur des opérations de LithiumBank, ne cache pas son enthousiasme. L’Alberta possède une infrastructure pétrolière et gazière incroyable qui peut être réutilisée pour l’extraction du lithium. Des milliers de puits déjà forés, des pipelines, des installations de traitement, une main-d’œuvre qualifiée qui connaît le sous-sol comme sa poche. Tout est là. Les entreprises n’ont pas besoin de partir de zéro. Elles peuvent utiliser des puits construits il y a des décennies pour accéder aux saumures riches en lithium situées à 200 ou 300 kilomètres au nord-ouest d’Edmonton. C’est comme si l’industrie pétrolière avait involontairement préparé le terrian pour la révolution du lithium.
Il y a quelque chose de profondément satisfaisant dans cette idée. Presque une forme de rédemption. L’industrie fossile qui a contribué au changement climatique pourrait maintenant faciliter la transition vers l’énergie propre. Ce n’est pas de la naïveté de ma part, je sais que les motivations sont économiques avant tout. Mais quand même. Quand je pense à ces travailleurs du pétrole qui pourraient simplement transférer leurs compétences vers le lithium sans avoir à tout recommencer, ça me touche. Parce que la transition énergétique ne doit pas laissé des gens sur le carreau.
Section 3 : Un impact environnemental considérablement réduit
Comparaison avec les méthodes traditionnelles
Ehsan Vahidi, professeur assistant en métallurgie extractive à l’Université du Nevada à Reno, a publié une étude comparative fascinante. Son équipe a analysé les émissions de carbone, l’utilisation des terres et la consommation d’eau des trois principales méthodes d’extraction du lithium. Les résultats sont sans appel. L’extraction par roche dure en Australie génère d’énormes émissions, notament parce que le matériau est expédié en Chine pour être traité, et la Chine dépend massivement du charbon. Les bassins d’évaporation au Chili utilisent entre 350 et 600 mètres carrés par tonne de carbonate de lithium, contre seulement 16 mètres carrés pour la technologie DLE.
L’eau, cette ressource précieuse
Voici le détail qui fait toute la différence : la DLE permet de réinjecter presque toute l’eau dans le sol après l’extraction du lithium. Presque toute. Dans des régions comme le désert d’Atacama au Chili, l’extraction du lithium est souvent appelée « extraction d’eau » parce qu’elle consomme des quantités astronomiques de cette ressource vitale dans un environnement déjà aride. En Alberta, ce problème disparaît. L’eau circule, elle n’est pas gaspillée. Vahidi est catégorique : si vous disposez d’un système de production d’électricité fiable et durable, la DLE est l’une des meilleures façons d’extraire le lithium du sol.
L’eau. Toujours l’eau. On parle tellement de carbone qu’on oublie parfois que l’eau sera le véritable enjeu du 21e siècle. Quand je lis que la DLE économise presque toute l’eau utilisée, je me dis qu’on tient peut-être là quelque chose d’important. Pas parfait, loin de là. Mais important. Parce que sauver la planète en asséchant des communautés entières, ce n’est pas vraiment sauver la planète, n’est ce pas.
Section 4 : Le défi énergétique de l'Alberta
Une province encore dépendante des énergies fossiles
Il y a un hic. Un gros hic. L’Alberta tire encore la majorité de son électricité du gaz naturel. Et la technologie DLE consomme beaucoup d’énergie pour pomper et traiter des milliers de litres de saumure. Si cette énergie provient de combustibles fossiles, l’avantage environnemental s’évapore en partie. Vahidi le souligne clairement dans son étude : les émissions énergétiques constituent le principal impact environnemental de la DLE. La solution ? Utiliser des énergies renouvelables comme le solaire. Et justement, l’Alberta est en train de devenir un centre majeur de développement de l’énergie solaire. L’ironie continue.
Le compromis inévitable
Vahidi utilise une formule qui résume parfaitement la situation : « Tout ce qui concerne le lithium est une question de compromis. Vous perdez quelque chose, vous gagnez autre chose. » On réduit l’utilisation des terres, mais on augmente la consommation d’énergie. On économise l’eau, mais on dépend de l’électricité. Il n’y a pas de solution parfaite. Il n’y en a jamais eu. La question n’est pas de trouver la perfection, mais de choisir le compromis le moins dommageable. Et si l’Alberta parvient à alimenter ses opérations de DLE avec de l’énergie solaire, ce compromis devient soudainement très intéressant.
Les compromis. Toujours les compromis. J’aimerais pouvoir vous dire qu’il existe une solution miracle, une technologie qui résout tous les problèmes sans en créer de nouveaux. Mais ce serait vous mentir. La vérité, c’est que chaque choix a un coût. Chaque avancée a son revers. Et peut-être que c’est ça, la maturité : accepter que le progrès n’est pas une ligne droite vers la perfection, mais un zigzag constant entre différents types d’imperfections. L’important, c’est de zigzaguer dans la bonne direction.
Section 5 : Une demande mondiale qui explose
Les chiffres qui donnent le vertige
Parlons chiffres. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande mondiale de lithium devrait être multipliée par huit d’ici 2040, atteignant 1,3 million de tonnes. Huit fois. Laissez ce chiffre vous pénétrer. Les véhicules électriques représentent la plus grande part de cette demande, mais le stockage d’énergie pour les réseaux électriques alimentés par le solaire et l’éolien joue également un rôle crucial. En 2024, plus de 17 millions de véhicules électriques ont été vendus dans le monde, une augmentation de 25 pour cent par rapport à 2023. En Amérique du Nord, les ventes ont augmenté de 9 pour cent. Et ce n’est que le début.
Le Canada à la traîne
Actuellement, le Canada ne produit que 6 000 tonnes de lithium par an, provenant de deux mines au Manitoba et au Québec, toutes deux utilisant l’extraction par roche dure. Comparez cela aux 88 000 tonnes de l’Australie. Le Canada est un nain dans un monde de géants. Mais l’Alberta pourrait changer cette équation. E3 Lithium estime que le district de Bashaw, dans le centre de l’Alberta, contient 16,2 millions de tonnes d’équivalent carbonate de lithium en ressources mesurées et indiquées. Avec une production potentielle de 200 000 tonnes de lithium de qualité batterie par an pendant 50 ans, l’Alberta pourrait devenir un acteur majeur.
200 000 tonnes par an pendant 50 ans. Essayez d’imaginer ça. Essayez d’imaginer ce que ça signifie pour une province, pour un pays. Le Canada pourrait passer de figurant à acteur principal dans l’histoire du lithium. Et vous savez ce qui me frappe le plus ? C’est que tout ça se joue maintenant. Pas dans 20 ans. Maintenant. Les décisions qui sont prises aujourd’hui dans des bureaux à Calgary vont déterminer si le Canada rate ou saisit cette oportunité historique. Ça me donne des sueurs froides et de l’espoir en même temps.
Section 6 : Les entreprises pionnières
E3 Lithium et son projet Clearwater
E3 Lithium ne joue pas. L’entreprise a soumis ses demandes de permis environnementaux et prévoit d’avoir une installation de traitement central entièrement autorisée d’ici mi-2026. Leur projet Clearwater sera développé en trois phases de 12 000 tonnes par an chacune, pour une capacité totale de 36 000 tonnes de carbonate de lithium par an. Chris Doornbos, PDG d’E3 Lithium, est confiant : « Nous nous dirigeons vers un projet prêt à démarrer en 2026. » L’entreprise construit actuellement une installation de démonstration entièrement intégrée qui devrait être mise en service au début du troisième trimestre 2025. Cette installation prouvera que la technologie DLE peut produire du lithium de qualité batterie à l’échelle commerciale.
LithiumBank et la réutilisation des infrastructures
LithiumBank adopte une approche similaire mais avec un accent particulier sur la réutilisation des infrastructures existantes. L’entreprise détient des licences pour deux projets de lithium en Alberta et utilise des puits construits il y a des décennies pour l’extraction de pétrole et de gaz. En 2024, LithiumBank a testé sa technologie à l’échelle pilote et affirme avoir réussi à extraire du lithium de qualité batterie. L’entreprise travaille maintenant sur une étude de faisabilité plus détaillée. Kevin Piepgrass insiste sur l’avantage unique de l’Alberta : « C’est une opportunité incroyable de produire du lithium dans une région qui possède tout ce dont vous avez besoin. »
Ces entreprises me fascinent. Pas parce qu’elles sont parfaites ou altruistes, mais parce qu’elles incarnent quelque chose de rare : le courage de parier sur l’avenir. Elles investissent des millions dans une technologie qui n’a pas encore fait ses preuves à l’échelle commerciale. Elles prennent des risques énormes. Et oui, elles le font pour l’argent. Mais au passage, elles pourraient aussi contribuer à résoudre l’un des plus grands défis de notre époque. Je ne sais pas si elles réussiront. Personne ne le sait. Mais au moins, elles essaient.
Section 7 : Le cadre réglementaire albertain
Une juridiction favorable au développement
L’Alberta possède un avantage que peu de régions peuvent revendiquer : un cadre réglementaire mature et efficace pour le développement des ressources. Près de 80 ans d’extraction pétrolière et gazière ont créé un système de permis rationalisé et transparent. La nouvelle Loi sur le développement des ressources minérales et les règles associées sur le développement des minéraux hébergés dans les saumures établissent un processus d’approbation clair. Historiquement, le processus d’examen prend moins de 12 mois. E3 Lithium vise à soumettre ses permis d’ici le début du troisième trimestre 2025, ce qui pourrait aboutir à une installation entièrement autorisée d’ici mi-2026.
Les défis à surmonter
Tout n’est pas rose. Enhance Energy Inc. a soumis une demande pour injecter du CO2 dans la formation de Leduc dans le district de Bashaw, exactement là où se trouvent les ressources de lithium. E3 Lithium et jusqu’à 35 détenteurs de droits minéraux ont déposé leur opposition. Le conflit est clair : les minéraux hébergés dans les saumures peuvent créer une valeur significative pour les contribuables albertains, et la conservation des ressources de l’Alberta est d’une importance capitale. E3 propose une solution simple : la coproduction de lithium avec l’injection subséquente de CO2, ou l’élimination du CO2 dans l’un des nombreux aquifères qui ne contiennent pas de valeur minérale.
Voilà le genre de conflit qui me rend fou. D’un côté, une entreprise qui veut stocker du CO2 pour lutter contre le changement climatique. De l’autre, des entreprises qui veulent extraire du lithium pour alimenter la transition énergétique. Les deux sont nécessaires. Les deux sont importants. Et pourtant, ils se battent pour le même espace souterrain. C’est presque comique si ce n’était pas si tragique. On a besoin de solutions, pas de guerres de territoire. J’espère sincèrement qu’ils trouveront un compromis, parce que perdre l’un ou l’autre serait une défaite pour nous tous.
Section 8 : Les implications géopolitiques
La sécurité de l’approvisionnement en minéraux critiques
Le lithium n’est pas qu’une question économique. C’est une question de sécurité nationale. Actuellement, la Chine domine la chaîne d’approvisionnement mondiale du lithium, contrôlant une grande partie du raffinage et de la transformation. L’Australie produit le minerai, mais l’envoie en Chine pour le traitement. Cette dépendance inquiète les gouvernements occidentaux. Le Canada, avec ses vastes ressources de lithium et sa stabilité politique, pourrait devenir un fournisseur fiable pour l’Amérique du Nord et l’Europe. E3 Lithium positionne explicitement son projet Clearwater comme une source sécurisée de lithium pour le Canada, les États-Unis, l’Union européenne et l’Asie.
Le soutien gouvernemental
Les gouvernements l’ont compris. E3 Lithium a reçu un soutien financier substantiel de plusieurs agences gouvernementales : 5 millions de dollars d’Emissions Reduction Alberta, 3,55 millions de Ressources naturelles Canada, 27 millions du Fonds stratégique pour l’innovation, et 1,8 million d’Alberta Innovates. Ce financement non dilutif valide l’importance du projet pour le secteur des minéraux critiques du Canada. LithiumBank bénéficie également de subventions gouvernementales. Le message est clair : le Canada veut être un acteur majeur dans la chaîne d’approvisionnement mondiale du lithium.
Quand je vois ces chiffres, ces dizaines de millions investis par les gouvernements, je me dis qu’on est peut-être en train de vivre un moment historique sans vraiment s’en rendre compte. Comme ces gens qui vivaient au début de la révolution industrielle sans savoir qu’ils assistaient à un tournant de l’histoire. Le lithium pourrait être le pétrole du 21e siècle. Et le Canada, pour une fois, a la chance d’être en avance plutôt qu’en retard. Ça me donne envie d’y croire. Vraiment.
Section 9 : Les obstacles qui restent
La viabilité commerciale encore à prouver
Soyons honnêtes. La technologie DLE n’a pas encore été démontrée à l’échelle commerciale. Les tests en laboratoire et les installations pilotes sont une chose. Produire des milliers de tonnes de lithium de qualité batterie de manière rentable et durable en est une autre. Ngai Yin Yip, professeur d’ingénierie terrestre et environnementale à l’Université Columbia, vient de publier une étude sur un nouveau solvant capable d’extraire le lithium de la saumure. Mais jusqu’à présent, cela n’a été démontré qu’en laboratoire. Le défi de faire fonctionner la technologie DLE à grande échelle reste entier.
La volatilité des prix du lithium
Le marché du lithium a connu des montagnes russes ces dernières années. Les prix ont grimpé en flèche en 2022, puis se sont effondrés en 2023 et 2024. Cette volatilité rend difficile la planification à long terme et le financement de projets coûteux. Cependant, les analystes du marché prédisent que la demande de lithium restera forte jusqu’à la fin de la décennie et au-delà. L’industrie des véhicules électriques continue de croître, et le stockage d’énergie par batterie devient crucial pour les réseaux électriques basés sur les énergies renouvelables. Le segment des batteries lithium-ion domine ce marché, représentant environ 90 pour cent des parts de marché en 2024.
La volatilité. Ce mot qui fait trembler les investisseurs et qui devrait nous faire réfléchir à tous. Parce que derrière ces fluctuations de prix, il y a des emplois, des communautés, des projets qui vivent ou meurent. Je ne peux pas m’empêcher de penser à tous ces travailleurs albertains qui ont vu l’industrie pétrolière monter et descendre comme un yo-yo. Vont-ils revivre la même chose avec le lithium ? J’espère que non. J’espère vraiment que cette fois, on aura appris quelque chose.
Conclusion : Un pari sur l'avenir
L’Alberta à un tournant historique
L’Alberta se trouve à un moment charnière de son histoire. La province qui a construit sa prospérité sur le pétrole pourrait devenir un leader mondial de l’extraction durable du lithium. La technologie DLE offre une voie prometteuse, avec un impact environnemental considérablement réduit par rapport aux méthodes traditionnelles. Les ressources sont là, enfouies dans les saumures souterraines. L’infrastructure est là, héritée de décennies d’extraction pétrolière. La main-d’œuvre qualifiée est là, prête à transférer ses compétences. Le cadre réglementaire est là, mature et efficace. Et maintenant, les entreprises pionnières comme E3 Lithium et LithiumBank sont là, prêtes à prouver que tout cela peut fonctionner à l’échelle commerciale.
Les prochaines années seront décisives
Les installations de démonstration qui seront mises en service en 2025 et 2026 détermineront si l’Alberta peut vraiment devenir un acteur majeur du marché mondial du lithium. Si la technologie DLE fonctionne comme prévu, si les permis sont obtenus, si le financement est sécurisé, alors nous pourrions assister à la naissance d’une nouvelle industrie qui transformera l’économie de l’Ouest canadien. La demande mondiale de lithium ne fera qu’augmenter. Les véhicules électriques se multiplient. Le stockage d’énergie devient essentiel. Le moment est venu. La question n’est plus de savoir si le lithium albertain sera extrait, mais quand et par qui.
Je termine cette chronique avec un sentiment étrange. Un mélange d’espoir et d’appréhension. Espoir parce que je vois une possibilité réelle de faire les choses différemment, mieux. Appréhension parce que je sais à quel point il est facile de gâcher une opportunité. L’Alberta a une chance de montrer au monde qu’on peut extraire des ressources de manière plus responsable. Qu’on peut créer de la richesse sans détruire l’environnement. Qu’on peut transformer une économie fossile en économie verte. Mais ça demande du courage. De la vision. De la persévérance. Est-ce que nous les avons ? Je veux croire que oui. Je dois croire que oui. Parce que l’alternative est trop déprimante pour être envisagée.
Signé Jacques Provost
Sources
CBC News, « How a new, more sustainable lithium mining process could kick off the industry in Western Canada », 3 février 2026
E3 Lithium, « E3 Lithium Provides Update on the Clearwater Project and 2025 Demonstration Plant Development Plans », 25 février 2025
Agence internationale de l’énergie (IEA), « Lithium – Global EV Outlook 2025 », 2025
Vahidi, E. et al., « Environmental impact assessment of direct lithium extraction from brines », Resources, Conservation and Recycling, 2024
Rho Motion, « Over 17 million EVs sold in 2024 – Record Year », 14 janvier 2025
Benchmark Mineral Intelligence, « Q4 2024 Lithium Forecast Report », 2024
Emissions Reduction Alberta, « E3 Lithium turns brine into batteries with Alberta-based technology », 2024
LithiumBank, « LithiumBank opens Calgary pilot plants, advances future of lithium production in Alberta », 2024
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