Un silence assourdissant du secrétaire au Trésor
Le 5 février 2026, lors d’une audition au Sénat, la sénatrice démocrate Elizabeth Warren a posé une question directe au secrétaire au Trésor Scott Bessent : pouvait-il garantir que Warsh ne serait pas poursuivi ou enquêté par le Département de la Justice s’il ne baissait pas les taux exactement comme Trump le souhaite ? La réponse de Bessent a glacé l’assemblée : « C’est au président d’en décider. » Pas de protection. Pas de garantie. Juste une soumission totale à la volonté présidentielle. Cette déclaration intervient après que Trump ait plaisanté — du moins c’est ce qu’il prétend — sur le fait qu’il poursuivrait Warsh en justice si les taux ne baissaient pas suffisamment.
Cette réponse me hante. « C’est au président d’en décider. » Six mots qui résument tout. Six mots qui disent que personne n’est à l’abri, que même celui que tu nommes peut devenir ta cible. J’ai du mal à respirer face à cette logique. C’est la négation même de ce qu’est censée être une institution indépendante. C’est transformer la Fed en simple exécutant des caprices présidentiels.
Section 3 : L'enquête criminelle contre Powell
Un prétexte pour intimider la Fed
Depuis janvier 2026, Jerome Powell, l’actuel président de la Fed, fait l’objet d’une enquête criminelle menée par le Département de la Justice. Officiellement, cette enquête porte sur les dépassements de coûts liés à la rénovation du siège de la Fed à Washington. Powell a témoigné devant le Congrès sur ce sujet, et c’est ce témoignage qui sert maintenant de base à l’enquête. Mais Powell lui-même a dénoncé cette investigation comme un « prétexte » visant à forcer la Fed à suivre les ordres de Trump concernant la politique monétaire. Le président de la Fed a été clair : cette enquête n’a rien à voir avec des questions de gestion, tout à voir avec son refus de baisser les taux au rythme exigé par la Maison Blanche.
Powell a osé dire non. Et pour cela, on le traîne devant la justice. C’est d’une violence inouïe, cette instrumentalisation du système judiciaire. On prend un dossier administratif banal, des dépassements de budget sur des travaux, et on en fait une affaire criminelle. Pourquoi ? Parce qu’un homme a refusé de plier. Parce qu’il a défendu l’indépendance de son institution. Et maintenant, il paie le prix de son intégrité.
Section 4 : Le blocage républicain au Sénat
Tillis refuse de confirmer Warsh
Le sénateur républicain Thom Tillis de Caroline du Nord a annoncé qu’il bloquerait toute nomination à la Fed, y compris celle de Warsh, tant que l’enquête contre Powell ne serait pas « pleinement et transparentement résolue ». Tillis siège au Comité bancaire du Sénat, qui compte 13 républicains et 11 démocrates. Le refus d’un seul républicain de voter pour un candidat présidentiel créerait une impasse qui empêcherait la recommandation d’approbation par le Sénat dans son ensemble. « Protéger l’indépendance de la Réserve fédérale contre toute ingérence politique ou intimidation juridique n’est pas négociable », a déclaré Tillis le 30 janvier 2026.
Tillis fait ce que trop peu osent faire : il dit stop. Dans ce climat de soumission généralisée, son geste prend une dimension héroïque. Il met sa carrière politique en jeu pour défendre un principe. L’indépendance de la Fed. Ce n’est pas rien. C’est même énorme. Parce que sans cette indépendance, c’est tout l’édifice de la crédibilité monétaire américaine qui s’effondre.
Section 5 : Les exigences de Trump sur les taux
Une obsession présidentielle
Depuis sa première nomination de Powell en 2018, Trump n’a cessé de harceler la Fed pour qu’elle baisse les taux d’intérêt de manière agressive. Même après trois baisses consécutives en 2025, réduisant le taux directeur de trois quarts de point de pourcentage pour le ramener dans une fourchette de 3,50% à 3,75%, Trump a continué ses attaques. Il veut des taux encore plus bas. Il l’a répété dans une interview NBC le 4 février 2026 : il n’y a « pas beaucoup » de doute que Warsh partage son point de vue selon lequel les coûts d’emprunt doivent être plus bas. Trump a même précisé que la volonté de baisser les taux était un « test décisif » pour les candidats au poste de président de la Fed.
Trump veut des taux bas. Point final. Peu importe l’inflation qui reste au-dessus de l’objectif de 2%. Peu importe les conséquences à long terme. Il veut des taux bas parce que ça fait bien dans les sondages, parce que ça donne l’illusion d’une économie florissante. Mais à quel prix ? À celui de l’indépendance de la Fed, à celui de la crédibilité monétaire américaine, à celui de la stabilité financière mondiale.
Section 6 : Le virage de Warsh
Du faucon à la colombe
Kevin Warsh, 55 ans, a été gouverneur de la Fed de 2006 à 2011, pendant la crise financière mondiale. À l’époque, il était connu pour ses positions restrictives sur la politique monétaire, un « faucon » dans le jargon économique. Mais depuis qu’il brigue le poste de président de la Fed, son discours a radicalement changé. Il s’est converti aux baisses de taux, alignant ses positions sur celles de Trump. Ce revirement spectaculaire a soulevé des questions chez de nombreux observateurs. Dans une interview CNBC de juillet 2025, Warsh avait même appelé à un « changement de régime » à la Fed, critiquant ouvertement les dirigeants en place et leur « déficit de crédibilité ».
Ce revirement me dérange profondément. Warsh était un faucon, maintenant il est une colombe. Coïncidence ? Je ne crois pas aux coïncidences en politique. On change d’avis quand on veut quelque chose. Et Warsh veut ce poste. Alors il dit ce que Trump veut entendre. C’est humain, peut-être. Mais c’est aussi profondément inquiétant. Parce que ça signifie que ses convictions sont négociables, que ses principes ont un prix.
Section 7 : Les enjeux de l'indépendance de la Fed
Un pilier de la stabilité économique mondiale
L’indépendance de la Réserve fédérale n’est pas un caprice institutionnel. C’est un principe fondamental établi par la loi, fondé sur la conviction largement partagée qu’une politique monétaire libre de toute ingérence politique permet de mieux atteindre le double mandat de la Fed : une inflation faible et stable et une croissance maximale de l’emploi. La Fed a réduit ses taux trois fois en 2025, abaissant son taux directeur de référence de trois quarts de point de pourcentage, dans le but de soutenir un marché du travail en ralentissement tout en espérant que l’inflation continuerait à se modérer. Mais l’inflation reste supérieure à l’objectif de 2% de la Fed, alimentée en partie par les tarifs douaniers substantiels de Trump sur les importations.
L’indépendance de la Fed, c’est ce qui permet aux États-Unis d’être les États-Unis. C’est ce qui fait que le dollar est la monnaie de réserve mondiale. C’est ce qui fait que les investisseurs du monde entier font confiance à l’économie américaine. Détruire cette indépendance, c’est scier la branche sur laquelle on est assis. C’est sacrifier la stabilité à long terme pour des gains politiques à court terme. Et ça, c’est terrifiant.
Section 8 : Les réactions de Wall Street
Une nomination qui ne rassure pas
Les marchés financiers ont réagi avec prudence à la nomination de Warsh. Les contrats à terme sur actions étaient légèrement négatifs le matin du 30 janvier 2026, bien qu’en hausse par rapport à leurs plus bas depuis que la nomination de Warsh est devenue claire. David Bahnsen, directeur des investissements du Bahnsen Group, a déclaré sur CNBC que Warsh « a le respect et la crédibilité des marchés financiers », mais a ajouté qu’à court terme, toute personne obtenant ce poste réduirait les taux. Les traders ne s’attendent pas à beaucoup d’action de la part du nouveau président : ils prévoient au maximum deux nouvelles baisses cette année avant que le taux directeur n’atteigne environ 3%, ce que les décideurs ont indiqué être le taux « neutre » à long terme.
Wall Street reste prudent. Et c’est révélateur. Les marchés ne sont pas dupes. Ils voient bien que cette nomination est entachée de conditions, de menaces, d’ingérences. Ils voient bien que l’indépendance de la Fed est en jeu. Et quand les marchés doutent, c’est toute l’économie qui trinque. Parce que la confiance, une fois perdue, est extrêmement difficile à reconquérir.
Section 9 : L'avenir de Powell à la Fed
Rester ou partir
Bien que les présidents de la Fed démissionnent historiquement de leurs postes après avoir été remplacés en tant que président, cela pourrait ne pas être le cas cette fois-ci. Powell a encore deux ans à purger dans son mandat de gouverneur, et il pourrait choisir de le servir comme un rempart contre les efforts de Trump pour compromettre l’indépendance de la Fed. La Cour suprême examine déjà la décision de Trump de démettre la gouverneure Lisa Cook, une affaire qui pourrait finalement décider des pouvoirs qu’un président a sur les membres du conseil de la Fed. Cette bataille juridique pourrait redéfinir les limites du pouvoir présidentiel sur l’institution monétaire.
Powell pourrait rester. Et j’espère qu’il le fera. Parce que sa présence, même en tant que simple gouverneur, serait un rappel constant de ce que signifie l’intégrité institutionnelle. Ce serait un acte de résistance silencieuse mais puissante. Un refus de céder face à l’intimidation. Et dans ce climat de capitulation généralisée, nous avons besoin de ces actes de courage.
Conclusion : Le prix de la soumission
Quand les institutions plient
La nomination de Kevin Warsh à la tête de la Réserve fédérale aurait dû être un moment de célébration institutionnelle. Au lieu de cela, elle est devenue le symbole d’une dérive autoritaire qui menace les fondements mêmes de la démocratie américaine. Trump a transformé la Fed en champ de bataille politique, utilisant l’enquête criminelle contre Powell comme arme d’intimidation et brandissant la menace de poursuites judiciaires contre son propre candidat. Scott Bessent, en refusant de protéger Warsh, a montré que même les plus hauts responsables de l’administration sont prêts à sacrifier l’indépendance institutionnelle sur l’autel de la loyauté présidentielle. Seuls quelques élus, comme Thom Tillis, osent encore dire non.
Nous sommes à un tournant. Un de ces moments où l’histoire bascule, où les institutions qui semblaient inébranlables révèlent leur fragilité. La Fed, cette forteresse de l’indépendance monétaire, est assiégée. Et le plus terrifiant, c’est que l’assaut vient de l’intérieur, du sommet même du pouvoir. Je regarde cette scène et je me demande : combien de temps encore avant que tout s’effondre ? Combien de temps avant que la soumission devienne la norme, avant que l’indépendance ne soit plus qu’un souvenir ? Nous jouons avec le feu. Et quand on joue avec le feu, on finit toujours par se brûler. La question n’est plus de savoir si, mais quand.
Signé Jacques Provost
Sources
CNBC – « Trump says Kevin Warsh is at top of Fed chair candidate list, president should be consulted on rates » – 12 décembre 2025
CNBC – « Trump nominates Kevin Warsh for Federal Reserve chair to succeed Jerome Powell » – 30 janvier 2026
CNBC – « Sen. Tillis will oppose Trump Fed chair pick Warsh until Powell probe resolved » – 30 janvier 2026
Reuters – « Bessent says up to Trump whether Warsh might be sued over policy choices » – 5 février 2026
CNBC – « Treasury Secretary Bessent says more Fed rate cuts are only ingredient missing for stronger economy » – 8 janvier 2026
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