Quand un président rêve d’empire
Revenons en arrière. Depuis son retour à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump n’a cessé de répéter la même rengaine : les États-Unis doivent « posséder » le Groenland pour des raisons de sécurité nationale. Pas louer. Pas collaborer avec. Posséder. Le mot est lourd, chargé, presque obscène dans le contexte du XXIe siècle. Mais Trump l’assume pleinement. Il a même évoqué l’usage de la force militaire ou économique pour parvenir à ses fins, avant de se raviser partiellement en janvier 2026, parlant alors d’un « cadre d’accord futur » avec le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte. Un groupe de travail tripartite — États-Unis, Danemark, Groenland — a été mis en place pour discuter des « préoccupations sécuritaires » de Washington dans l’Arctique. Mais les détails restent flous, opaques, comme si personne ne savait vraiment où tout cela mène. Ce qui est certain, c’est que le Groenland, territoire autonome danois de 56 000 habitants, est devenu l’objet de toutes les convoitises. Ses ressources minérales — terres rares, uranium, pétrole — valent des milliards. Sa position stratégique dans l’Arctique, face à la Russie et à la Chine, en fait un pion géopolitique majeur. Et Trump le sait.
Mais voilà ce qui me met hors de moi : cette arrogance. Cette certitude que tout peut s’acheter, que tout le monde a un prix. Comme si le Groenland était une vulgaire transaction immobilière, un terrain vague à Manhattan qu’on peut acquérir avec un chèque suffisamment gros. Les Groenlandais ont été clairs, pourtant. Ils ne veulent pas être américains. Ils veulent leur indépendance, leur souveraineté, leur dignité. Mais Trump s’en fiche — il continue de parler d’eux comme s’ils n’existaient pas, comme si leur avis ne comptait pas.
Section 3 : La France, premier pays de l'UE à Nuuk
Macron avait ouvert la voie en juin
L’ouverture du consulat français n’est pas une improvisation. Elle avait été annoncée le 15 juin 2025, lors d’une visite historique du président Emmanuel Macron à Nuuk. À l’époque, Macron était venu exprimer la « solidarité européenne » envers le Groenland, critiquant déjà les ambitions annexionnistes de Trump. La décision de créer un consulat général était un signal fort : la France ne resterait pas spectatrice face aux menaces pesant sur l’intégrité territoriale d’un allié de l’OTAN. Jean-Noël Poirier, ancien ambassadeur au Vietnam et en Libye, a été nommé consul général. Il a déclaré que sa priorité serait d' »écouter les Groenlandais, de les entendre, de les laisser expliquer en profondeur leur position » et de leur confirmer le soutien de la France. Le ministère français des Affaires étrangères a réaffirmé son « engagement à respecter l’intégrité territoriale du Royaume du Danemark ». Avec seulement neuf citoyens français résidant au Groenland, ce consulat n’a évidemment pas vocation à servir une diaspora. Il s’agit d’un acte politique, d’une présence symbolique mais déterminée dans une région où se joue l’avenir de l’ordre international.
Et là, je dois l’avouer, je ressens une certaine fierté. Oui, de la fierté. Parce que la France, malgré tous ses défauts, malgré ses contradictions, a su se tenir debout. Elle a dit : « Nous sommes là. Nous ne partirons pas. Nous soutenons le Groenland. » C’est rare, aujourd’hui, de voir un pays prendre position sans calcul immédiat, sans intérêt économique direct. C’est rare et c’est beau.
Section 4 : Le Canada et ses liens profonds avec le Groenland
Mary Simon, symbole d’une fraternité inuite
Du côté canadien, l’ouverture du consulat revêt une dimension encore plus profonde. Le Canada avait annoncé son intention d’établir une présence diplomatique à Nuuk dès décembre 2024, bien avant l’escalade rhétorique de Trump. L’inauguration, initialement prévue pour novembre 2025, avait été reportée en raison de conditions météorologiques défavorables. Mais vendredi, tout était en place. La gouverneure générale Mary Simon, Inuite originaire du Nunavik (nord du Québec), a fait le déplacement — une première depuis 1982 pour un représentant de la Couronne canadienne. Sa présence n’est pas anodine. Elle incarne les liens culturels et ethniques entre les Inuits canadiens et groenlandais, deux peuples séparés par un détroit mais unis par une histoire commune. Simon a raconté qu’enfant, elle écoutait des chants groenlandais sur la radio à ondes courtes de sa grand-mère, qui lui disait : « Ce sont nos parents qui vivent dans des terres lointaines. Nous sommes tous un seul peuple. » Une délégation de 76 Inuits canadiens a accompagné Simon et Anand à Nuuk, soulignant l’importance de cette ouverture pour les communautés autochtones. Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, a déclaré que les Inuits canadiens ressentent intimement les menaces américaines contre le Groenland, en raison de leur histoire partagée de colonisation.
Cette histoire m’émeut. Vraiment. Parce qu’elle nous rappelle que derrière les jeux de pouvoir, derrière les stratégies géopolitiques, il y a des gens. Des peuples. Des cultures. Des liens qui transcendent les frontières tracées par les colonisateurs. Mary Simon n’est pas juste une figure protocolaire — elle est la voix d’un peuple qui refuse d’être effacé, d’être oublié, d’être vendu au plus offrant.
Section 5 : L'Arctique, nouveau terrain de confrontation
Quand la fonte des glaces réveille les appétits
Pourquoi tant d’agitation autour du Groenland ? Parce que l’Arctique est en train de devenir le nouveau champ de bataille du XXIe siècle. Le réchauffement climatique fait fondre la banquise à une vitesse alarmante, ouvrant de nouvelles routes maritimes et rendant accessibles des ressources jusqu’alors inaccessibles. Le Groenland possède d’immenses réserves de terres rares, essentielles pour les technologies modernes (smartphones, batteries, éoliennes). Il dispose également de gisements d’uranium, de zinc, de pétrole et de gaz. Sa position géographique en fait un point stratégique pour surveiller les mouvements russes et chinois dans la région. La Russie, justement, a considérablement renforcé sa présence militaire dans l’Arctique ces dernières années, rouvrant d’anciennes bases soviétiques et développant de nouvelles infrastructures. La Chine, bien que non-arctique, se définit comme une « puissance quasi-arctique » et investit massivement dans la région, notamment au Groenland. Face à ces menaces, les États-Unis veulent sécuriser leur flanc nord. Mais leur approche — brutale, unilatérale, méprisante — a provoqué l’effet inverse : elle a poussé les alliés européens et le Canada à se rapprocher du Groenland pour le protéger.
Et c’est là que je me dis : Trump a tout faux. Complètement à côté de la plaque. Parce qu’en voulant imposer sa volonté par la force ou la menace, il a créé une coalition contre lui. Il a réveillé une solidarité qu’il pensait endormie. Il a rappelé aux Européens et aux Canadiens pourquoi ils doivent se tenir ensemble face aux prédateurs — qu’ils soient américains, russes ou chinois.
Section 6 : Les Groenlandais, acteurs de leur destin
Un peuple qui refuse d’être un pion
Au milieu de ce tumulte géopolitique, il y a les Groenlandais eux-mêmes. 56 000 personnes, majoritairement inuites, qui vivent sur la plus grande île du monde. Depuis 2009, le Groenland jouit d’une large autonomie au sein du Royaume du Danemark, gérant ses affaires intérieures, son éducation, sa santé. Seules la défense et les affaires étrangères restent sous contrôle danois. Mais beaucoup de Groenlandais rêvent d’indépendance totale. Le problème ? L’économie groenlandaise dépend encore largement des subventions danoises (environ 500 millions d’euros par an). Sans ces fonds, l’indépendance serait difficile à assumer. C’est dans ce contexte que Trump a cru pouvoir jouer. Il a pensé qu’en agitant des milliards de dollars, il pourrait convaincre les Groenlandais de rejoindre les États-Unis. Mais il a sous-estimé leur fierté, leur attachement à leur terre, leur volonté de tracer leur propre chemin. Lors de manifestations à Nuuk, des centaines de Groenlandais ont brandi des pancartes proclamant : « Le Groenland n’est pas à vendre ! » Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, a été clair : « Nous ne voulons pas être américains. Nous voulons être groenlandais. »
Et ça, c’est puissant. C’est tellement puissant que ça me donne des frissons. Parce que dans un monde où tout semble se réduire à des transactions, à des calculs, à des intérêts, voir un peuple dire « Non, nous ne sommes pas à vendre » — c’est un acte de résistance magnifique. C’est un rappel que la dignité humaine ne se négocie pas.
Section 7 : Le Danemark, allié discret mais déterminé
Copenhague entre deux feux
Le Danemark se trouve dans une position délicate. D’un côté, il est membre de l’OTAN et entretient des relations étroites avec les États-Unis. De l’autre, il doit défendre l’intégrité territoriale du Groenland face aux pressions américaines. Le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen, a rencontré Anita Anand et Vivian Motzfeldt (ministre groenlandaise des Affaires étrangères) à Nuuk vendredi, pour discuter de la coopération en matière de sécurité arctique. Copenhague a également accueilli favorablement l’ouverture des consulats français et canadien, y voyant un soutien bienvenu face aux ambitions trumpiennes. Le Danemark a clairement indiqué qu’il ne céderait jamais le Groenland, quelle que soit l’offre américaine. Mais il sait aussi qu’il ne peut pas défendre seul le territoire face aux grandes puissances. D’où l’importance de cette solidarité européenne et canadienne. Le groupe de travail tripartite États-Unis-Danemark-Groenland, mis en place après les menaces de Trump, doit permettre de trouver un terrain d’entente sur les questions de sécurité. Mais pour l’instant, les discussions restent opaques et les résultats incertains.
Je plains le Danemark, sincèrement. Parce qu’il est coincé entre son allié américain — qui se comporte comme un voyou — et son territoire groenlandais, qu’il doit protéger coûte que coûte. C’est une position intenable. Mais Copenhague tient bon. Et ça mérite d’être salué.
Section 8 : L'OTAN, arbitre silencieux
Quand l’Alliance atlantique marche sur des œufs
L’OTAN joue un rôle ambigu dans cette crise. D’un côté, l’Alliance est censée garantir la sécurité collective de ses membres, dont le Danemark. De l’autre, elle ne peut pas ouvertement condamner les États-Unis, son membre le plus puissant et son principal contributeur financier. Le secrétaire général Mark Rutte a tenté de jouer les médiateurs, en négociant un « cadre d’accord » entre Trump et le Danemark. Mais ce cadre reste vague, et beaucoup y voient une tentative de calmer le jeu sans vraiment résoudre le problème de fond. Certains analystes estiment que l’OTAN devrait prendre position plus fermement en faveur du Danemark et du Groenland. Mais d’autres craignent qu’une telle prise de position ne fragilise l’Alliance à un moment où elle doit faire face à la menace russe en Ukraine et en Europe de l’Est. Résultat : l’OTAN reste silencieuse, ou presque. Et ce silence en dit long sur les tensions internes qui traversent l’Alliance.
Ce silence me met mal à l’aise. Parce qu’il révèle les limites de l’OTAN, ses contradictions, ses faiblesses. Comment une alliance peut-elle prétendre défendre la souveraineté de ses membres si elle ne peut pas condamner les menaces d’un de ses propres membres contre un autre ? C’est absurde. C’est hypocrite. Et ça montre que l’OTAN, malgré tous ses discours, reste avant tout un instrument au service des intérêts américains.
Section 9 : Les autres acteurs de l'Arctique
Islande, Norvège, Suède et Finlande observent
Le Groenland n’est pas le seul territoire arctique à attirer les convoitises. L’Islande, qui a ouvert un consulat à Nuuk dès 2013, suit de près l’évolution de la situation. La Norvège, la Suède et la Finlande — tous membres de l’OTAN ou partenaires proches — ont également des intérêts dans la région. Ces pays nordiques partagent une vision commune de l’Arctique : une région de coopération pacifique, où les différends se règlent par le dialogue et non par la force. Ils voient d’un mauvais œil les tentatives de Trump de militariser la région ou de redessiner les frontières. Plusieurs d’entre eux ont exprimé leur soutien au Danemark et au Groenland, même si ce soutien reste souvent discret pour ne pas froisser Washington. La Russie, de son côté, observe avec intérêt. Moscou a tout intérêt à voir l’OTAN divisée et affaiblie. Si les États-Unis continuent de se comporter en puissance impériale, ils risquent de pousser certains alliés européens à reconsidérer leur relation avec Washington. Et ça, c’est exactement ce que Poutine espère.
On marche sur un fil. Un fil tendu au-dessus d’un précipice. Parce que si l’Occident se divise, si l’OTAN implose, si les Européens et les Américains se déchirent — alors la Russie et la Chine auront gagné sans tirer un seul coup de feu. Et ça, c’est terrifiant.
Section 10 : Les enjeux pour le Canada
Ottawa face à ses propres démons arctiques
Pour le Canada, l’ouverture du consulat à Nuuk n’est pas qu’un geste de solidarité envers le Groenland. C’est aussi une manière de défendre ses propres intérêts dans l’Arctique. Le Canada possède le plus long littoral arctique du monde, mais ses capacités de surveillance et de défense dans la région restent limitées. Trump a d’ailleurs critiqué Ottawa en privé, l’accusant de ne pas faire assez pour protéger l’Arctique canadien contre les menaces russes et chinoises. Le Premier ministre Mark Carney a promis de renforcer la présence militaire canadienne dans le Nord et d’investir plus d’un milliard de dollars dans des infrastructures arctiques. Mais ces promesses tardent à se concrétiser. Les Inuits canadiens, qui représentent une part importante de la population arctique, réclament depuis des années plus d’investissements dans leurs communautés. Ils veulent des routes, de l’électricité, des écoles, des hôpitaux. Pas seulement des bases militaires. Natan Obed a déclaré que les Inuits canadiens craignent que Trump ne revienne à ses menaces d’annexer le Canada — ou du moins ses territoires arctiques. Cette crainte n’est pas infondée : Trump a déjà évoqué l’idée de faire du Canada le « 51e État » américain.
Et là, je me dis : jusqu’où ira Trump ? Jusqu’où ira cette folie impériale ? Parce que si les États-Unis commencent à annexer leurs voisins, si le droit international ne compte plus, si la force prime sur le droit — alors on retourne au XIXe siècle. Et ça, je refuse de l’accepter.
Conclusion : Un acte de résistance qui doit faire école
Quand deux drapeaux valent mille discours
Vendredi 6 février 2026 restera une date importante dans l’histoire de l’Arctique. Ce jour-là, la France et le Canada ont dit « Non » à l’impérialisme américain. Ils ont dit « Oui » à la solidarité, à la souveraineté, à la dignité des peuples. Ils ont planté leurs drapeaux à Nuuk, non pas pour conquérir, mais pour protéger. Non pas pour dominer, mais pour accompagner. C’est un geste rare, précieux, nécessaire. Mais ce n’est qu’un début. Parce que les menaces qui pèsent sur le Groenland — et sur l’Arctique en général — ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Trump peut reculer temporairement, mais ses ambitions restent intactes. La Russie et la Chine continuent de renforcer leur présence dans la région. Le réchauffement climatique accélère la fonte des glaces et exacerbe les tensions. Face à ces défis, l’Europe et le Canada doivent rester unis, vigilants, déterminés. Ils doivent continuer à soutenir le Groenland, à respecter sa souveraineté, à écouter sa voix. Ils doivent montrer que le droit international n’est pas une option, mais une obligation. Que les peuples ne sont pas des marchandises. Que l’Arctique n’est pas un terrain de jeu pour grandes puissances. Vendredi, deux drapeaux se sont levés dans le froid de Nuuk. Puissent-ils inspirer d’autres nations à faire de même.
Je veux croire que ce geste n’est pas vain. Je veux croire qu’il marquera un tournant. Parce que si on laisse Trump — ou n’importe quel autre dirigeant — redessiner les frontières au gré de ses caprices, alors on abandonne tout ce pour quoi nos ancêtres se sont battus. La liberté. La justice. La dignité. Et ça, je ne peux pas l’accepter. Je ne l’accepterai jamais. Alors oui, je suis fier de la France et du Canada. Fier de ces deux drapeaux qui flottent à Nuuk. Fier de ce message envoyé au monde entier : « Nous sommes là. Nous ne partirons pas. Nous résisterons. »
Signé Jacques Provost
Sources
BBC News, « Canada and France to open Greenland consulates after Trump demands », 6 février 2026 ; Reuters, « France and Canada deepen Arctic ties with Greenland consulates », 6 février 2026 ; Al Jazeera, « Canada, France to open consulates in Greenland amid ongoing US threats », 6 février 2026 ; France Info, « La France et le Canada ouvrent leurs consulats à Nuuk en soutien au Groenland face aux menaces de Donald Trump », 7 février 2026.
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