Les limites des protections actuelles face aux ondes de choc

Les systèmes de blindage modernes, bien que sophistiqués, ne protègent pas suffisamment les humains contre les neurotraumatismes induits par les explosions. Ces dommages, qui affectent particulièrement le cerveau et les yeux, restent une préoccupation majeure pour la sécurité des personnes exposées à des détonations.
Pour améliorer ces dispositifs, la science se tourne désormais vers la nature, et plus particulièrement vers une créature inattendue : une minuscule crevette. Ce crustacé possède la capacité singulière de se protéger des ondes de choc qu’il génère lui-même pour étourdir ses proies et ses rivaux.
Les crevettes-pistolets produisent en effet de puissantes ondes de choc en faisant claquer leurs pinces. Si leurs cibles se retrouvent sonnées par l’impact, ces petits crustacés ne subissent, eux, aucun traumatisme similaire. Des recherches antérieures avaient déjà révélé qu’ils sont protégés par un capuchon orbital, une extension de leur carapace (la coquille dure supérieure couvrant le corps principal), qui amortit les ondes de choc pour prévenir les lésions des tissus neuronaux.
Une nouvelle étude décrypte l’anatomie de la crevette-pistolet
Dans une étude récente publiée en 2026 dans le *Journal of the Royal Society Interface* (DOI: 10.1098/rsif.2025.0769), une équipe composée de chercheurs de l’Université de Caroline du Sud et de l’Université de Tulsa s’est penchée sur le fonctionnement exact de cette structure protectrice.
L’étude s’appuie notamment sur une reconstruction par microtomographie (MicroCT) de la tête de l’espèce *A. heterochaelis*. Cette imagerie précise permet de visualiser, dans une coupe sagittale virtuelle, les positions relatives des différents organes. On y distingue le capuchon orbital (en rouge sur les modélisations), la carapace (en bleu), les yeux (en jaune) et le cerveau (en vert).
Un détail anatomique crucial a été mis en évidence : l’ouverture antérieure du capuchon orbital (indiquée par une flèche blanche sur les documents de recherche) mène à une chambre remplie d’eau située entre le capuchon et les yeux. L’échelle de référence utilisée pour ces observations est de l’ordre d’un millimètre, soulignant la minutie de cette architecture biologique.
Des tests mécaniques révèlent une structure unique

Pour comprendre les propriétés physiques de cette armure naturelle, les chercheurs ont mené une série de tests mécaniques. Ils ont tiré et étiré le capuchon orbital ainsi que le reste de la carapace afin de comparer leur rigidité et leur capacité à absorber l’énergie.
En parallèle de ces manipulations physiques, l’équipe a utilisé la microscopie électronique à transmission (TEM). Cette technologie leur a permis d’observer les couches internes de la coquille avec une précision extrême. Les résultats de ces tests indiquent que le capuchon orbital est nettement différent du reste de la carapace.
Les données montrent qu’il est seulement moitié moins rigide que le reste de la coquille, mais qu’il peut absorber deux fois plus d’énergie. L’explication réside dans sa structure interne : le capuchon contient deux fois plus de minuscules couches internes, appelées lamelles. C’est cette densité de lamelles qui rend la structure suffisamment flexible pour amortir une onde de choc au moment de l’impact.
Les simulations confirment une protection optimisée

Après avoir collecté ces données biologiques, les chercheurs les ont intégrées dans un modèle informatique pour simuler une onde de choc frappant la tête d’une crevette. Ces simulations numériques ont permis de quantifier précisément l’efficacité du dispositif naturel.
Les résultats sont significatifs : le capuchon a réduit la déformation subie par le cerveau et les yeux de la crevette de près de 28 %, et la contrainte de 22 %. L’équipe a également découvert que cette structure semble être parfaitement optimisée pour sa fonction spécifique.
En effet, les tentatives de modification des paramètres dans la simulation informatique ont donné des résultats contre-intuitifs. L’augmentation de la rigidité ou de l’épaisseur du matériau a, paradoxalement, réduit son pouvoir protecteur, prouvant que l’équilibre naturel trouvé par le crustacé est idéal pour dissiper l’énergie.
Vers une nouvelle génération de casques et d’armures

Les conclusions de cette étude suggèrent que la crevette bénéficie d’une protection multicouche complexe. Comme le notent les chercheurs dans leur article : « Nous proposons que les capuchons orbitaux amortissent les ondes de choc par une série de mécanismes qui ne s’excluent pas mutuellement, mais fonctionnent plutôt pour optimiser l’absorption d’énergie à une échelle microscopique et la redirection de l’énergie à un niveau plus macroscopique. »
Cette découverte ouvre des perspectives concrètes pour l’ingénierie de protection. Comprendre la structure du capuchon de la crevette-pistolet pourrait constituer une première étape décisive dans la conception de casques et d’armures plus performants.
L’objectif à terme est de développer des équipements capables de mieux protéger les humains et de minimiser les lésions cérébrales induites par les explosions, en s’inspirant directement des solutions éprouvées par l’évolution biologique.
Selon la source : phys.org
Créé par des humains, assisté par IA.
Une minuscule crevette pourrait détenir le secret des blindages du futur
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