Une exception qui bouscule le modèle standard

Nous avons longtemps cru détenir le plan universel de la formation planétaire. En observant notre propre système solaire, une règle semblait s’imposer : les mondes rocheux, dont les atmosphères glacées et gazeuses ont été repoussées, orbitent au plus près de leur étoile, tandis que les géantes gazeuses se forment dans les régions périphériques lointaines. Certes, nous savons aujourd’hui que notre système n’est pas le modèle unique pour l’ensemble du cosmos.
Des découvertes antérieures ont déjà montré l’existence de géantes gazeuses orbitant plus près de leur étoile que Mercure ne le fait du Soleil, ou encore de mondes rocheux bien plus massifs que la Terre. Cependant, l’hypothèse dominante restait que, au sein des systèmes multiplanétaires, la ségrégation entre planètes rocheuses internes et planètes gazeuses externes était la norme. Or, des scientifiques viennent d’identifier un système qui brise cette attente fondamentale, remettant en cause nos certitudes.
LHS 1903 : une configuration déroutante
Au cœur de cette découverte se trouve LHS 1903, une étoile classée comme naine rouge, froide et de faible luminosité. Ce système abrite quatre planètes. Jusqu’ici, l’observation semblait suivre une logique familière avec la première planète, LHS 1903 b. Il s’agit du monde le plus interne, une super-Terre rocheuse dont le rayon dépasse de 40 % celui de notre planète, et où les températures sont extrêmement élevées.
Les choses se compliquent avec les deux planètes suivantes, LHS 1903 c et LHS 1903 d. Ces astres sont beaucoup plus volumineux et sont classifiés comme des mondes sous-neptuniens. Leur densité estimée est cohérente avec celle de planètes gazeuses. C’est ici que le modèle classique commence à s’effriter, mais le véritable problème pour les théoriciens réside dans la nature de la planète la plus éloignée, LHS 1903 e.
L’énigme de la planète « sandwich »

La planète LHS 1903 e présente des dimensions imposantes, avec un rayon environ 73 % plus grand que celui de la Terre. Cependant, contrairement à ses voisines immédiates, les estimations de sa densité suggèrent qu’il s’agit d’un monde rocheux. C’est là que réside tout le mystère : ce système semble comporter deux planètes gazeuses prises en sandwich entre deux mondes rocheux, une configuration que nous ne pensions pas possible.
Le docteur Thomas Wilson, premier auteur de l’étude et professeur assistant à l’Université de Warwick, a souligné la singularité de cette découverte dans une déclaration consultée par IFLScience. Il explique : « Ce désordre étrange en fait un système unique sens dessus dessous. Les planètes rocheuses ne se forment généralement pas loin de leur étoile, à l’extérieur des mondes gazeux. »
CHEOPS : l’outil qui a révélé l’anomalie
Ce système unique a été étudié en détail grâce au satellite CHEOPS (CHaracterising ExOPlanet Satellite). Il s’agit d’une mission de l’Agence spatiale européenne (ESA) dont l’objectif est de déterminer la taille et les propriétés des planètes orbitant autour d’étoiles proches. Dans ce cas précis, l’instrument est tombé sur une anomalie susceptible de bouleverser nos modèles de formation planétaire.
Maximilian Günther, scientifique du projet Cheops à l’ESA, a commenté cette avancée : « Une grande partie de la façon dont les planètes se forment et évoluent reste un mystère. Trouver des indices comme celui-ci pour résoudre ce puzzle est précisément ce que CHEOPS a entrepris de faire. »
Isabel Rebollido, chargée de recherche à l’ESA, ajoute un éclairage historique sur la nécessité de cette remise en question : « Historiquement, nos théories sur la formation des planètes sont basées sur ce que nous voyons et connaissons de notre système solaire. Comme nous voyons de plus en plus de systèmes exoplanétaires différents, nous commençons à revoir ces théories. »
Une formation en différé

Comment un tel système a-t-il pu voir le jour ? Les chercheurs avancent une hypothèse audacieuse : les planètes ne se seraient pas formées simultanément, mais les unes après les autres, en commençant par la plus proche de l’étoile pour aller vers l’extérieur. Chaque planète aurait accumulé la matière disponible autour d’elle, mais au moment de la formation de LHS 1903 e, les briques élémentaires commençaient à manquer.
Le docteur Wilson résume ainsi ce scénario de pénurie matérielle : « Au moment où cette dernière planète extérieure s’est formée, le système avait peut-être déjà épuisé ses réserves de gaz, ce qui est considéré comme vital pour la formation des planètes. Pourtant, voici un petit monde rocheux qui défie les attentes. Il semble que nous ayons trouvé la première preuve d’une planète formée dans un environnement appauvri en gaz. »
Conclusion : la chasse est ouverte
Cette étude, qui remet en perspective nos connaissances astronomiques, a été publiée dans la prestigieuse revue Science. La découverte d’un tel système suggère une probabilité statistique forte : s’il existe un système de ce type, d’autres doivent nécessairement exister ailleurs dans la galaxie.
La traque pour débusquer ces systèmes « inversés » est désormais lancée. Les astronomes vont scruter le ciel avec une attention renouvelée, armés de la certitude que l’univers a encore de nombreuses exceptions à nous révéler.
Selon la source : iflscience.com
Créé par des humains, assisté par IA.
Ce système planétaire « inversé » qui défie toutes nos théories sur la formation des mondes