En 1788, un incident frontalier mis en scène à Puumala fut utilisé pour faire croire que la Russie avait attaqué, et l’indignation suscitée aida le roi Gustave III à obtenir l’approbation pour entrer en guerre. Cette histoire était importante car la politique suédoise exigeait une posture défensive, et cette fausse provocation lui en fournit une occasion.
2. Le dispatch de l'Ems et la guerre franco-prussienne
Bismarck a édité et publié la dépêche d’Ems afin d’accentuer le sentiment que la France avait été insultée, et la réaction du public a contribué à pousser la France à déclarer la guerre en 1870. Cela a fonctionné parce que les gens étaient prêts à s’offusquer et que la formulation donnait à la diplomatie un caractère humiliant.
3. L'affaire Thornton et la guerre américano-mexicaine
Une escarmouche dans un territoire contesté est parvenue à Washington sous la forme d’un récit clair et émotionnellement utile, évoquant une attaque et un bain de sang, et est devenue l’un des principaux arguments justifiant la guerre. Les détails étaient confus sur le terrain, mais le récit s’est propagé plus rapidement que les nuances ne le font jamais.
4. Souvenez-vous du Maine et de la guerre hispano-américaine
Lorsque l’USS Maine explosa dans le port de La Havane en 1898, l’hypothèse initiale selon laquelle l’Espagne était responsable se répandit rapidement, alimentée par une couverture médiatique sensationnaliste et des pressions politiques. Des enquêtes ultérieures écartèrent la thèse du sabotage, mais la version initiale contribua à transformer une crise en guerre.
5. L'incident de Mukden et l'invasion japonaise de la Mandchourie
En 1931, des officiers japonais ont provoqué une explosion près d’une voie ferrée et l’ont présentée comme une preuve de l’agression chinoise. Cet incident fabriqué de toutes pièces a servi de prétexte pour s’emparer de la Mandchourie et redessiner l’avenir de la région.
6. L'incident de Walwal et la deuxième guerre italo-éthiopienne
Un conflit frontalier à Walwal est devenu un argument de propagande dans la crise d’Abyssinie, alors même que la diplomatie était au point mort et que les troupes se mobilisaient. L’Italie s’est appuyée sur cet incident pour justifier son intervention, tandis que la situation dégénérait en une invasion totale en 1935.
7. Le lac Pitiantuta et la guerre du Chaco
En 1932, les combats autour d’un petit fort situé au lac Pitiantuta s’intensifièrent rapidement, et chaque camp considéra l’initiative comme une preuve que l’autre cherchait à s’emparer du territoire par la force. Une fois cette idée ancrée dans les esprits, les dirigeants cessèrent de considérer cet endroit comme un avant-poste isolé et commencèrent à le traiter comme une question d’honneur national.
9. Le bombardement de Mainila et la guerre d'hiver
En novembre 1939, l’Union soviétique a bombardé son propre village frontalier de Mainila et en a imputé la responsabilité à la Finlande, puis s’est servi de cette accusation comme casus belli. La Finlande a nié toute responsabilité et proposé une enquête, mais le refus d’enquêter en dit long.
10. Le col de Jabłonków et l'illusion de l'agression polonaise
L’une des actions mises en scène dans le cadre de l’opération Himmler visait la voie ferrée stratégique du col de Jabłonków, construite pour ressembler à un sabotage polonais. L’objectif n’était pas de causer des dommages tactiques, mais de créer un récit médiatique sur une attaque.
11. Le poste douanier de Hochlinden et la guerre des frontières artificielle
Une autre opération Himmler visait le poste douanier allemand de Hochlinden, dans le but de donner l’impression d’un raid transfrontalier. Elle s’inscrivait dans le cadre d’une tentative plus large visant à inonder la zone de rapports afin que l’invasion semble défensive.
12. La station forestière de Pitschen et un prétexte tout trouvé
La station forestière de Pitschen a également été touchée lors de ces opérations mises en scène, là encore dans le but de créer une trace écrite d’attaques polonaises supposées. Lorsque l’on prévoit déjà d’envahir un pays, une série de petits actes présumés scandaleux peut sembler plus convaincante qu’un seul gros mensonge.
13. La station de radio de Gleiwitz et l'émission qui n'était pas polonaise
À Gleiwitz, des agents allemands vêtus d’uniformes polonais ont pris le contrôle d’une station de radio, diffusé un message anti-allemand et laissé des cadavres pour appuyer leur récit. Il s’agissait d’une mise en scène destinée autant à l’audience internationale qu’à l’audience nationale.
14. Neubersteich et les incidents mineurs qui ont tout de même compté
Les officiers SS Bernard Walter ou Ernst Hofmann pour le Politische Abteilung Erkennungsdienst (service d’identification) d’Auschwitz. Walter et Hofmann sont les auteurs des photographies de l’Album d’Auschwitz. Christoph Kreutzmüller, conservateur du Musée juif de Berlin, a désigné Hofman (directeur adjoint du Erkennungsdienst) dans Der Spiegel comme l’auteur de cette image de Himmler, prise à la même époque (Kreutzmüller, Christoph (26 janvier 2020).
L’opération Himmler comprenait également une attaque contre une station de communication à Neubersteich, une autre brique dans le mur de la violence frontalière présumée. Ces incidents ont été conçus pour être reproductibles, faciles à résumer et difficiles à réfuter rapidement.
15. Alt-Eiche et la trace écrite des provocations
Une gare ferroviaire à Alt-Eiche figurait parmi les cibles mises en scène pour suggérer que la Pologne attaquait les infrastructures allemandes. Une fois qu’il y a suffisamment d’allégations de ce type, le public cesse de se demander laquelle est vraie et commence à supposer que tout le scénario est vrai.
16. Katowice et la version à échelle humaine d'un mensonge
L’opération Himmler comprenait même une attaque signalée impliquant une femme et son compagnon à Katowice, une histoire mineure conçue pour paraître personnelle et cruelle. Ce sont ce genre de détails qui se propagent parmi la population plus rapidement que les cartes et les traités.
17. Le golfe du Tonkin et l'attaque qui a alimenté l'escalade
En août 1964, les événements du golfe du Tonkin ont été présentés au Congrès américain comme des attaques non provoquées, et cette présentation a contribué à l’adoption de la résolution du golfe du Tonkin. Des analyses ultérieures et des documents déclassifiés ont toutefois semé de sérieux doutes sur certaines parties du récit, en particulier sur la deuxième attaque qui aurait eu lieu.
18. L'avertissement soviétique qui a contribué au déclenchement de la guerre des Six Jours
En mai 1967, l’Union soviétique a mis en garde l’Égypte contre une prétendue concentration de troupes israéliennes visant la Syrie, une affirmation que de nombreux récits historiques considèrent comme fausse ou gravement erronée. Cette mise en garde a alimenté le climat de crise et accéléré les événements qui ont conduit à la guerre en quelques semaines.
19. Nayirah et l'histoire des couveuses avant la guerre du Golfe
Une adolescente connue sous le nom de Nayirah a témoigné que des soldats irakiens avaient retiré des bébés de leurs couveuses au Koweït, et cette histoire a été largement reprise par les responsables américains pour justifier l’intervention militaire. Des enquêtes ultérieures ont révélé que cette affirmation centrale était fausse, mais l’impact émotionnel avait déjà atteint son but.
20. Les allégations relatives aux armes de destruction massive en Irak et la période précédant l'invasion de 2003
Les arguments en faveur de l’invasion de l’Irak en 2003 reposaient largement sur l’affirmation selon laquelle Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, affirmation qui n’a pas été corroborée par les recherches ultérieures. Une fois que ce discours est devenu le fait marquant du moment, toute dissidence pouvait être qualifiée de naïve plutôt que de prudente.