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Une remise en question des mesures traditionnelles

On attribue souvent aux forêts le mérite de réduire les risques d’inondation. Cependant, depuis des décennies, la communauté scientifique débat de l’ampleur réelle de leur impact, particulièrement lors des crues les plus importantes et les plus destructrices. Une incertitude qui pourrait bien être levée grâce aux travaux récents d’une équipe canadienne.

Une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Université de Colombie-Britannique (UBC) avance que le problème ne vient pas des forêts elles-mêmes, mais de la manière dont nous les avons mesurées jusqu’à présent. Selon les auteurs, une approche comparative « avant-après », largement utilisée, a conduit les chercheurs à sous-estimer le rôle que jouent les forêts dans le façonnement du risque d’inondation au fil du temps.

L’équipe suggère qu’au lieu de se concentrer sur quelques pics de crue individuels, il est nécessaire d’examiner les probabilités : comment les forêts modifient les chances qu’une inondation se produise en premier lieu. Sous cet angle, les zones boisées pourraient s’avérer bien plus importantes qu’on ne le pensait auparavant, même lors d’événements majeurs.

L’erreur méthodologique de l’approche comparative

De nombreuses études ont tenté de répondre à une question simple : les forêts réduisent-elles les inondations ? L’approche commune a consisté à comparer les débits de pointe de tempêtes individuelles avant et après un changement, tel que l’exploitation forestière, un incendie de forêt ou la conversion des terres. Les auteurs de l’étude soulignent que les inondations ne se résument pas à une histoire simple d’« avant et après ».

Chaque tempête est différente, tout comme l’humidité du sol, le manteau neigeux et la façon dont l’eau se déplace à travers un bassin versant. Si l’on se concentre uniquement sur le débit de pointe d’une crue et qu’on le compare à une autre, on peut finir par tirer de mauvaises conclusions sur l’efficacité du couvert forestier.

Samadhee Kaluarachchi, doctorant à l’UBC et auteur principal de l’étude, explique cette nuance cruciale : « Lorsque nous examinons le risque d’inondation en termes probabilistes – comment les arbres et les forêts changent la probabilité d’une inondation – l’image change. Les forêts font partie de la solution, même pour les grandes inondations. »

Repenser le lien entre forêts et grandes crues

Pendant des décennies, de nombreux articles ont délivré un message familier : les forêts aident à réduire les petites inondations dans les petits bassins, mais elles ne font pas grand-chose pour les grandes inondations ou les grands bassins versants. Ces conclusions ont façonné les débats politiques. Si les forêts n’aident pas beaucoup lors des inondations majeures, les gouvernements peuvent les traiter comme un « bonus appréciable » plutôt que comme un outil sérieux de gestion des crues.

Samadhee Kaluarachchi et le professeur Younes Alila de l’UBC soutiennent que cette conclusion largement répétée est en partie un problème de mesure. Ils affirment que l’approche standard simplifie à l’excès le comportement des inondations et ignore le fait que le risque d’inondation concerne réellement la fréquence et la probabilité, et pas seulement le pic le plus élevé d’un événement unique.

Le professeur Alila précise leur pensée : « Lorsque les études se concentrent uniquement sur les débits de pointe d’événements individuels, cela néglige la façon dont les forêts influencent la distribution plus large du risque d’inondation au fil du temps. Notre synthèse montre que les forêts peuvent modifier la fréquence et la probabilité des inondations, y compris les événements majeurs. » Il ajoute ensuite : « Cela ne signifie pas que les forêts seules arrêteront les inondations catastrophiques – mais elles peuvent réduire le risque d’inondation à la source, rendant les inondations non seulement plus petites mais aussi plus rares dans les villes et les communautés en aval. »

L’influence déterminante de l’amont sur l’aval

Les auteurs ne prétendent pas que les forêts peuvent remplacer les barrages, les digues ou les murs anti-crue. Leur argument est plus fondamental : la couverture terrestre dans les sources influence la fréquence des grandes inondations en aval et leur gravité lorsqu’elles se produisent. Ils renvoient à leurs propres recherches antérieures en Colombie-Britannique montrant que les caractéristiques naturelles, y compris les forêts, les zones humides et les lacs, agissent comme une infrastructure anti-inondation intégrée.

Ces éléments naturels stockent l’eau, ralentissent le ruissellement et la relâchent plus progressivement. Ce mécanisme peut réduire les pics en aval et même modifier la fréquence à laquelle certains niveaux d’inondation sont atteints. Le nouveau document affirme qu’il ne s’agit pas simplement d’une observation locale intéressante, mais d’une réalité physique.

Cette compréhension du comportement des crues mérite, selon les chercheurs, plus de poids que l’ancienne méthode de comparaison « pic à pic » qui domine le domaine. La gestion des terres en amont joue donc un rôle déterminant bien avant que les eaux n’atteignent les zones habitées.

La gestion des terres face au risque urbain

L’une des raisons pour lesquelles les chercheurs insistent sur ce point est que la politique de gestion des inondations se concentre souvent sur ce qui se passe près des villes, là où les dommages surviennent. Elle accorde moins d’attention à ce qui se passe en amont, où le risque d’inondation peut être amplifié ou réduit bien avant qu’une rivière n’atteigne les maisons et les routes. S’appuyer uniquement sur des défenses techniques tout en ignorant la gestion des terres en amont peut conduire à de mauvaises décisions.

Par exemple, la suppression du couvert forestier dans les sources pourrait augmenter la charge d’inondation placée sur l’infrastructure en aval, rendant les communautés plus vulnérables même si elles investissent dans des structures de protection. Samadhee Kaluarachchi résume ainsi cette approche nécessaire : « Il s’agit d’élargir la boîte à outils. L’infrastructure d’ingénierie fait partie de la solution, mais elle ne peut pas s’attaquer aux causes profondes des inondations. »

Il poursuit en soulignant l’importance de l’écosystème : « Lorsque la gestion des terres et la suppression des forêts dans les sources augmentent les risques d’inondation en aval, les forêts et les écosystèmes sains doivent être une partie centrale de la gestion des inondations. »

Vers une nouvelle évaluation du risque climatique

Les auteurs appellent les chercheurs à changer la façon dont ils mènent leurs études et interprètent les preuves. Au lieu de demander : « Ce pic d’inondation unique a-t-il changé après l’exploitation forestière ? », ils soutiennent que les études devraient se concentrer sur la façon dont les forêts modifient la distribution de probabilité des inondations au fil du temps. Ce changement de cadrage pourrait également influencer la politique.

Si les forêts peuvent réduire non seulement les petites inondations mais aussi la fréquence des événements majeurs, cela renforce les arguments en faveur de la gestion des terres en amont. Les gouvernements auraient plus de mal à traiter cet aspect comme distinct du « véritable » contrôle des inondations. Les forêts n’ont pas besoin d’empêcher complètement un événement catastrophique pour être précieuses : si elles rendent les inondations dommageables moins fréquentes ou réduisent leur intensité avant que les rivières n’atteignent les villes, cela représente une réduction significative des risques.

Le changement climatique intensifie déjà les extrêmes de précipitations dans de nombreuses régions. Dans ce contexte, les auteurs, dont l’étude est publiée dans la revue Ambio, soutiennent qu’il est temps de compter chaque outil capable de réduire le risque d’inondation. Cela inclut ceux qui fonctionnent en amont, silencieusement, avant que l’eau ne frappe jamais les rues.

Selon la source : earth.com

Inondations majeures : une nouvelle étude révèle le véritable pouvoir des forêts

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