Les couronnements sont censés être des événements contrôlés et raffinés, riches en rituels et en symbolisme. Mais les jours de couronnement attirent également des problèmes, car ils combinent politique, religion, foules immenses, logistique complexe et personnes soumises à une pression intense. Parfois, les choses tournent mal de manière évidente et immédiate : incendies, violences, panique, retards, accidents. D’autres fois, la cérémonie se déroule, mais ce qui suit la sape si rapidement que, rétrospectivement, toute la journée semble maudite. Voici 20 couronnements dont l’éclat s’est rapidement estompé.
1. Guillaume le Conquérant
Le couronnement de Guillaume à l’abbaye de Westminster en 1066 s’est transformé en une véritable panique lorsque les acclamations à l’intérieur ont été prises pour une attaque à l’extérieur, et que les soldats ont incendié les bâtiments voisins. Les gens se sont enfuis, la cérémonie s’est vidée, et cette journée qui devait annoncer la stabilité a finalement été marquée par la peur.
2. Richard Ier
Le couronnement de Richard Cœur de Lion en 1189 a immédiatement déclenché des violences anti-juives, une brutalité qui a entaché son règne avant même qu’il n’ait véritablement commencé. Il est difficile de présenter une onction sacrée comme une faveur divine lorsque les rues montrent déjà à quel point la foule peut rapidement se retourner.
3. Henri III
Henri III fut couronné enfant en 1216 avec une couronne de substitution, car le trésor royal avait été perdu lors de la dernière campagne chaotique du roi Jean, un détail qui ressemble à une satire médiévale. Même lorsque la cérémonie a lieu, le fait de porter une couronne de substitution rappelle publiquement que le royaume fonctionne avec des ressources d’urgence.
4. Richard II
Richard II n’avait que dix ans lors de son couronnement en 1377, et les organisateurs ont apparemment décidé de tester l’endurance d’un enfant à part entière avec une épreuve d’endurance déguisée en rituel. À la fin, il était tellement épuisé qu’il a dû être porté jusqu’à son lit, ce qui n’est pas l’image que l’on souhaite donner d’un souverain censé être soutenu par Dieu.
5. Ivan IV
Le couronnement d’Ivan IV en 1547 fit de lui le premier tsar de toute la Russie, une déclaration solennelle qui aurait dû résonner comme un roulement de tambour. Puis, quelques mois plus tard, Moscou fut déchirée par un incendie gigantesque et les troubles qui s’ensuivirent, faisant des milliers de morts et poussant la ville à rejeter la responsabilité sur les proches du trône.
6. Charles Ier
Le couronnement de Charles Ier s’accompagna d’une série d’événements inquiétants qui font frémir les historiens : un tremblement de terre pendant la cérémonie et la détérioration d’un élément des insignes royaux, ce qui revient en quelque sorte à une interpellation de l’univers en temps réel. C’est le genre de journée qui pousse tout le monde à faire semblant de ne pas remarquer les mauvais présages, tout en les enregistrant mentalement pour s’en souvenir plus tard.
7. Charles II
Le couronnement de Charles II en 1661 a eu lieu après l’abolition puis la restauration de la monarchie. Même les accessoires ont dû être refaits, car les anciens insignes royaux avaient été détruits. Commencer un règne avec des couronnes et des ornements nouvellement fabriqués est symbolique d’une manière que personne n’apprécie vraiment, car cela montre clairement que la continuité a déjà été rompue une fois.
8. Jacques II
Lors du couronnement de Jacques II, la couronne ne tenait pas correctement en place, ce qui peut sembler être un simple problème vestimentaire jusqu’à ce que l’on imagine un roi nouvellement sacré essayant de ne pas bouger la tête. Lorsque l’élément central de tout le rituel semble sur le point de rouler au loin, la cérémonie commence à ressembler moins à une question de destin qu’à une farce burlesque.
9. George I
George I est arrivé de Hanovre avec un énorme fossé linguistique, si bien que la messe célébrée en latin est devenue le moyen diplomatique qui a permis d’éviter que l’embarras ne se répande partout. Il est difficile de se sentir lié à un nouveau monarque lorsque l’expérience commune est que personne ne comprend ce qui est dit.
10. George III
Les organisateurs de George III ont oublié des éléments essentiels tels que l’épée d’État, voire les chaises et les baldaquins, ce qui équivaut, dans le cadre d’un couronnement, à oublier les alliances lors d’un mariage. La cérémonie a tout de même eu lieu, mais l’agitation en coulisses montre clairement que le faste repose souvent sur une improvisation frénétique.
11. Napoléon
Le couronnement de Napoléon en 1804 est célèbre parce qu’il s’est couronné lui-même, transformant ainsi une cérémonie religieuse en une démonstration de pouvoir publique. Cela a fonctionné comme une mise en scène théâtrale, mais cela a également rendu le message sans équivoque : cette couronne est d’abord le fruit de l’ambition, puis de la tradition.
12. George IV
Le couronnement de George IV en 1821 fut marqué par des événements personnels et politiques déplaisants, notamment le fait que son épouse, dont il était séparé, fut exclue de la cérémonie. Lui-même décrivit plus tard cette journée comme une épreuve, ce qui n’est pas vraiment le genre de commentaire que l’on souhaite entendre de la part de celui qui porte la couronne.
13. La reine Victoria
Le couronnement de Victoria en 1838 fut marqué par un chaos maladroit qui semble presque moderne : un pair âgé tomba dans les escaliers et la bague de couronnement fut enfilée de force sur le mauvais doigt, lui causant une telle douleur qu’elle eut ensuite du mal à l’enlever. Ajoutez à cela un évêque confus qui signala prématurément la fin de la cérémonie, et le tout commence à ressembler à une répétition générale qui est accidentellement entrée dans l’histoire.
14. Nicolas II
Les célébrations du couronnement de Nicolas II ont été suivies par la tragédie de Khodynka, une bousculade catastrophique lors d’une fête publique organisée pour célébrer le nouveau règne. Plus d’un millier de personnes ont trouvé la mort, et cet événement est devenu une marque sombre qui ne l’a jamais quitté.
15. Édouard VII
Le couronnement d’Édouard VII a été perturbé lorsqu’il a développé une appendicite quelques jours avant la cérémonie prévue, ce qui a entraîné son report et rappelé à tous que le corps humain ne se soucie guère des calendriers. Lorsque la cérémonie a finalement eu lieu, l’archevêque âgé a tout de même réussi à placer la couronne à l’envers, un détail qui reste gravé dans les mémoires car il est à la fois absurde et profondément humain.
16. Shah Shuja
Le retour de Shah Shuja sur le trône afghan en 1839 était étroitement lié à l’intervention britannique, ce qui signifiait que la cérémonie ne pouvait échapper à l’ombre de la puissance étrangère. Il fut assassiné quelques années plus tard, transformant le couronnement en un moment lumineux qui, avec le recul, ressemble davantage à un signal d’alarme qu’à un nouveau départ.
17. Édouard VIII
Le couronnement d’Édouard VIII n’a jamais eu lieu, car l’abdication est survenue avant et a bouleversé tout le scénario. Un couronnement qui disparaît laisse derrière lui une humiliation particulière, celle qui transforme du jour au lendemain la certitude royale en une note de bas de page dans l’histoire.
18. George VI
George VI a hérité d’une couronne marquée par la crise, et la cérémonie elle-même a failli ajouter une catastrophe physique au symbolisme lorsqu’un fonctionnaire a trébuché et a failli faire voler la couronne. Même lorsque la couronne reste sur la bonne tête, la tension d’un changement de monarque de dernière minute a tendance à persister dans chaque moment gênant.
19. Bokassa I
Le couronnement de Bokassa en 1977 dans l’Empire centrafricain fut un spectacle somptueux au coût exorbitant, largement condamné car l’État dépensa des sommes qu’il n’avait pas. La cérémonie avait pour but de créer une impression de grandeur, mais elle contribua plutôt à renforcer l’image d’un dirigeant jouant à l’empereur sous le regard incrédule du monde entier.
20. Édouard V
Le couronnement d’Édouard V n’a jamais eu lieu, car le roi âgé de 12 ans a été emmené à la Tour de Londres en 1483 alors que les préparatifs étaient en cours, puis a brusquement disparu avec son jeune frère. Le Parlement l’a déclaré illégitime, son oncle a pris le trône sous le nom de Richard III, et la disparition des deux garçons est devenue l’un des mystères royaux les plus tristement célèbres de l’histoire anglaise. Il est difficile d’imaginer un couronnement plus malheureux que celui qui s’est terminé par une disparition avant même que la couronne n’ait touché la tête du souverain.