Une vieille obsession trumpienne qui refait surface
Cette règle n’est pas une nouveauté. Trump l’avait déjà tentée en octobre 2020, quelques semaines avant de perdre l’élection face à Joe Biden. Le Schedule F original visait à transformer des dizaines de milliers de postes de carrière en postes politiques, permettant au président de virer qui bon lui semble. Biden avait annulé cette directive dès son arrivée au pouvoir en janvier 2021. Mais Trump n’a jamais oublié. Pendant sa campagne de 2024, il a promis de tailler dans les dépenses publiques et d’alléger la bureaucratie. À son retour à la Maison-Blanche, il a confié cette mission à son allié milliardaire Elon Musk, nommé à la tête d’une nouvelle commission baptisée DOGE (Department of Government Efficiency). Ensemble, ils ont multiplié les incitations au départ, les licenciements massifs, l’élimination d’agences entières. Selon l’OPM, environ 317 000 fonctionnaires ont quitté l’administration fédérale en 2025, dont 154 000 via des programmes d’incitation au départ.
Il y a quelque chose d’obsessionnel dans cette volonté de contrôler chaque rouage de l’État. Trump ne supporte pas l’idée qu’il existe des fonctionnaires capables de lui résister, de ralentir ses projets, de dire non au nom de la loi ou de l’éthique. Pour lui, la loyauté prime sur la compétence. Et ça, ça me glace le sang.
Les détails techniques qui changent tout
Comment fonctionne cette nouvelle classification
Le document de 255 pages publié par l’OPM explique que les agences fédérales peuvent désormais transférer des postes qui affectent les politiques publiques hors du service civil compétitif traditionnel vers la catégorie Schedule Policy/Career. Les employés dans cette nouvelle catégorie perdent les protections standard : pas de préavis obligatoire, pas de droit d’appel devant le Merit Systems Protection Board, pas de garantie d’emploi. L’OPM justifie ce changement en affirmant vouloir renforcer la responsabilisation des employés et améliorer la réactivité du gouvernement américain face à des défis de longue date dans la gestion des performances. L’agence assure que ces postes continueront d’être pourvus sur une base non partisane. Mais cette promesse sonne creux quand on sait que le président peut désormais virer ces employés sans justification.
Non partisane, vraiment ? Qui peut croire ça une seule seconde ? Quand tu donnes au président le pouvoir de licencier sans recours, tu crées mécaniquement un système où la survie professionnelle dépend de l’allégeance politique. C’est mathématique. C’est inévitable. Et c’est exactement ce que Trump recherche.
Les syndicats sonnent l'alarme
Une attaque frontale contre le service public
Le principal syndicat de fonctionnaires fédéraux, l’AFGE (American Federation of Government Employees), a immédiatement dénoncé cette règle comme une attaque directe contre le service public. Son président, Everett Kelley, a déclaré dans un communiqué que le gouvernement veut remplacer des professionnels compétents par des larbins politisés. Le National Treasury Employees Union (NTEU) a été encore plus virulent. Sa présidente, Doreen Greenwald, a qualifié la règle de pas dangereux vers un système de favoritisme politique que le Congrès avait expressément rejeté il y a 142 ans. Elle affirme que le plan convertit des emplois fédéraux non partisans en faveurs politiques pour les loyalistes et prive inconstitutionnellement les travailleurs de leurs droits à une procédure régulière. Le Government Accountability Project, par la voix de Louis Clark, a dénoncé un effort illégitime et antidémocratique pour réimposer un système de favoritisme pour des centaines de milliers de postes gouvernementaux.
Ces syndicats ne crient pas au loup pour rien. Ils voient ce que beaucoup refusent de voir : on est en train de détricoter 142 ans de réformes qui avaient justement été mises en place pour éviter que l’administration change de couleur politique à chaque élection. Le Pendleton Act de 1883 avait créé un service civil basé sur le mérite, pas sur les connexions politiques. Trump veut revenir en arrière. Et ça devrait tous nous inquiéter.
La défense de la Maison-Blanche
Responsabilisation ou purge politique
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a défendu la nouvelle règle lors d’un point presse. Elle estime que c’est une bonne chose et que si les gens ne font pas bien leur travail, s’ils ne se présentent pas, s’ils ne travaillent pas dur pour le compte du président, ils ne sont pas les bienvenus. Les partisans de la règle, comme Michael Rigas, ancien directeur de l’OPM, affirment qu’il s’agit d’une tentative de répondre aux préoccupations que les employés fédéraux eux-mêmes ont exprimées année après année. James Sherk, ancien conseiller du travail à la Maison-Blanche, soutient que si c’était vraiment un système de favoritisme, l’administration aurait créé beaucoup de postes Schedule C (postes politiques traditionnels). Pour eux, c’est une question de responsabilisation, pas de loyauté partisane.
Travailler dur pour le compte du président. Cette phrase me reste en travers de la gorge. Les fonctionnaires ne travaillent pas pour le président. Ils travaillent pour le pays, pour les citoyens, pour l’intérêt général. Leur loyauté va à la Constitution, pas à un homme. Mais dans la vision trumpienne du monde, tout tourne autour de lui. Soit tu es avec lui, soit tu es contre lui. Il n’y a pas de zone grise, pas de neutralité professionnelle possible.
Les lanceurs d'alerte dans le collimateur
Un changement qui passe presque inaperçu
Au-delà de la question des licenciements, la nouvelle règle contient un autre changement majeur qui a reçu moins d’attention médiatique. Le processus pour les lanceurs d’alerte sera désormais géré au sein des agences elles-mêmes, et non plus par un organisme indépendant. Ce changement est loin d’être anodin. Les lanceurs d’alerte jouent un rôle crucial dans la détection de la corruption, des abus de pouvoir et des violations de la loi au sein du gouvernement. En transférant la gestion de leurs plaintes aux agences qu’ils dénoncent, on crée un conflit d’intérêts évident. Comment un employé peut-il se sentir protégé quand c’est son propre employeur qui décide si sa plainte est légitime ? Cette modification risque de créer un effet dissuasif massif, décourageant les fonctionnaires de signaler des problèmes par peur de représailles.
C’est peut-être le changement le plus sournois de toute cette règle. On ne parle pas beaucoup des lanceurs d’alerte, mais ils sont essentiels à la santé démocratique. Ce sont eux qui ont révélé le Watergate, les abus de la NSA, les scandales financiers. Et maintenant, on leur retire leur protection indépendante. C’est comme demander au renard de surveiller le poulailler. Ça ne peut pas bien finir.
Un contexte de démantèlement massif
La commission DOGE et ses ravages
Cette nouvelle règle s’inscrit dans un contexte plus large de démantèlement de l’appareil d’État américain. Depuis le retour de Trump au pouvoir, la commission DOGE dirigée par Elon Musk a mené une campagne agressive de réduction des effectifs. Des agences entières ont été éliminées. L’aide internationale a été drastiquement coupée. Les incitations au départ se sont multipliées. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 317 000 départs en 2025, soit une hémorragie sans précédent dans l’histoire récente de la fonction publique américaine. Cette nouvelle règle vient parachever ce processus en donnant au président les outils légaux pour accélérer encore davantage les départs. Les 50 000 fonctionnaires concernés par le Schedule Policy/Career savent désormais qu’ils peuvent être licenciés à tout moment, sans recours. Cette épée de Damoclès va inévitablement pousser certains à partir d’eux-mêmes, anticipant l’inévitable.
Elon Musk à la tête d’une commission gouvernementale. Quand j’y pense, ça me paraît surréaliste. Un milliardaire qui n’a jamais travaillé dans le service public, qui dirige des entreprises privées avec une main de fer, qui licencie des milliers de personnes par email… c’est lui qu’on charge de réformer l’État. Et il applique les mêmes méthodes brutales qu’à Twitter. Sauf que là, on ne parle pas d’une entreprise privée. On parle du gouvernement d’une démocratie.
Les précédents historiques inquiétants
Quand l’histoire se répète en pire
Le système de favoritisme politique que Trump cherche à réinstaurer n’est pas nouveau dans l’histoire américaine. Avant le Pendleton Act de 1883, les postes gouvernementaux étaient distribués comme des récompenses aux partisans du président élu. C’était le spoils system, le système du butin. Chaque changement d’administration entraînait un bouleversement complet de la fonction publique. Les compétences importaient peu. Seule la loyauté comptait. Ce système a conduit à une corruption massive, à une inefficacité chronique et finalement à l’assassinat du président James Garfield en 1881 par un demandeur d’emploi éconduit. C’est cet événement tragique qui a poussé le Congrès à adopter le Pendleton Act, créant un service civil basé sur le mérite. Pendant 140 ans, ce système a globalement fonctionné, malgré ses imperfections. Et maintenant, Trump veut revenir en arrière.
On dit souvent que ceux qui oublient l’histoire sont condamnés à la répéter. Mais là, c’est pire. Trump ne répète pas l’histoire par ignorance. Il la répète volontairement, en connaissance de cause. Il sait ce qui s’est passé avant 1883. Il sait pourquoi le Pendleton Act a été adopté. Et il s’en fiche. Parce que pour lui, la loyauté personnelle vaut plus que l’intérêt général.
Les implications pour la démocratie américaine
Au-delà des fonctionnaires, c’est tout le système qui vacille
Cette règle ne concerne pas seulement 50 000 fonctionnaires. Elle concerne la nature même de la démocratie américaine. Un service civil indépendant et professionnel est l’un des piliers d’un État de droit. C’est ce qui garantit que les lois sont appliquées de manière cohérente, indépendamment de qui occupe la Maison-Blanche. C’est ce qui empêche un président de transformer l’administration en instrument de vengeance personnelle ou de favoritisme partisan. Quand on politise la fonction publique, on ouvre la porte à tous les abus. Les décisions ne sont plus prises sur la base de l’expertise ou de l’intérêt général, mais sur la base de calculs politiques. Les fonctionnaires passent plus de temps à plaire à leurs supérieurs qu’à faire leur travail. Et au final, c’est toute la société qui en paie le prix. Les services publics se dégradent. La confiance dans les institutions s’effondre. La démocratie s’affaiblit.
Je pense aux générations futures. À mes enfants, à leurs enfants. Quel pays leur laissons-nous ? Un pays où l’expertise est méprisée, où la loyauté personnelle prime sur la compétence, où les institutions sont au service d’un homme plutôt que du peuple ? Ce n’est pas l’Amérique que je connais. Ce n’est pas l’Amérique que je veux.
Les réactions internationales et les comparaisons
Quand les démocraties observent avec inquiétude
Cette réforme n’est pas passée inaperçue à l’étranger. Les démocraties occidentales observent avec un mélange de fascination et d’inquiétude ce qui se passe aux États-Unis. En Europe, où les fonctions publiques sont généralement bien protégées, cette évolution est perçue comme un recul démocratique majeur. Des experts en administration publique de plusieurs pays ont exprimé leur préoccupation, soulignant que la politisation de la fonction publique est souvent le premier signe d’une dérive autoritaire. On a vu ce scénario se jouer dans d’autres pays : la Hongrie sous Viktor Orbán, la Pologne sous le PiS, la Turquie sous Erdoğan. Dans chaque cas, la prise de contrôle de la fonction publique a été suivie d’une érosion progressive des contre-pouvoirs et des libertés démocratiques. Les États-Unis ne sont pas à l’abri de cette dynamique.
C’est étrange de voir l’Amérique, qui s’est toujours présentée comme le phare de la démocratie, emprunter le chemin des régimes autoritaires. Il y a quelque chose de profondément ironique et tragique dans cette situation. Les leçons que les États-Unis donnaient au monde entier, ils semblent les avoir oubliées eux-mêmes.
Conclusion : Le point de non-retour approche
Quand le silence devient complicité
La règle Schedule Policy/Career entre en vigueur ce vendredi 6 février 2026. Dans quelques heures, 50 000 fonctionnaires américains vont se réveiller dans un monde différent, où leur sécurité d’emploi n’existe plus, où leur expertise compte moins que leur loyauté politique. Cette transformation ne s’arrêtera pas là. Si cette règle tient, si les tribunaux ne l’invalident pas, si le Congrès ne la bloque pas, elle servira de modèle pour aller encore plus loin. Trump a déjà évoqué l’idée d’étendre ce système à des centaines de milliers d’autres postes. Le démantèlement de la fonction publique américaine ne fait que commencer. Et pendant ce temps, la plupart des Américains vaquent à leurs occupations quotidiennes, inconscients du séisme qui se prépare. Parce que c’est ça, le génie de cette stratégie : elle avance par petits pas, par changements techniques qui semblent anodins, jusqu’au jour où on se réveille dans un pays qu’on ne reconnaît plus.
Je ne sais pas comment arrêter ça. Je ne sais pas si on peut encore l’arrêter. Mais je sais une chose : le silence n’est plus une option. Chaque fois qu’on laisse passer une attaque contre les institutions démocratiques sans réagir, on facilite la suivante. Chaque fois qu’on normalise l’anormal, on déplace un peu plus la ligne rouge. Et un jour, on se retrouve de l’autre côté, dans un endroit où on ne voulait jamais aller. Ce jour-là approche. Vite.
Signé Jacques Provost
Sources
Townhall.com, « Democrats Are Going to Melt Down After Trump Enacts This New Rule », Jeff Charles, 5 février 2026
La Presse, « Le gouvernement Trump facilite le licenciement de fonctionnaires », Agence France-Presse, 5 février 2026
CNN, « Trump administration plans to reclassify 50,000 federal workers », 5 février 2026
Federal News Network, « Trump administration advances plan to strip job protections from career federal employees », 5 février 2026
Office of Personnel Management, « OPM Finalizes Schedule Policy/Career Rule to Strengthen Accountability », février 2026
NBC News, « Trump administration moves to make it easier to fire 50,000 federal workers », 5 février 2026
The Guardian, « Trump administration issues rule that makes it easier to fire federal workers », 5 février 2026
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