Le réquisitoire de Trump
Trump n’a pas commencé par les bombes. Il a commencé par l’histoire. Quarante-sept ans de griefs, d’affronts, de sang américain versé. La prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979 — 444 jours de captivité. L’attentat de Beyrouth de 1983 qui a tué 241 marines américains. Les milices Hezbollah, Hamas, les Houthis du Yémen, les factions armées d’Irak — tous financés, armés, formés, selon Washington, par Téhéran. L’attentat du 7 octobre 2023 contre Israël, attribué à Hamas, qualifié de proxy iranien.
Et puis Trump a nommé une vérité que ses prédécesseurs avaient toujours soigneusement contournée : « Le régime iranien et ses proxies ont répandu rien d’autre que le terrorisme, la mort et la haine. » Pas de circonlocutions. Pas de ménagements. Pour Trump, le compte était soldé depuis longtemps. Le problème, c’est qu’en soldant des comptes par les bombes, on en ouvre toujours de nouveaux. Plus profonds. Plus mortels.
Un réquisitoire bâti sur des décennies
Ce qu’il faut comprendre, c’est que ce discours n’est pas sorti du néant. La crise irano-américaine de 2026 couvait depuis des mois — des années, même. La séquence fut implacable : les protestations massives de décembre 2025 à Téhéran, déclenchées par l’effondrement du rial iranien à un record historique, ont mis le régime des Ayatollahs en position de faiblesse intérieure rare. Trump avait alors promis que « l’aide était en chemin ». Puis était venu le déploiement militaire — le plus massif depuis l’invasion de l’Irak en 2003 : le porte-avions USS Abraham Lincoln, puis l’USS Gerald R. Ford, la flotte la plus puissante jamais déployée dans cette région depuis des décennies.
Dans les semaines précédentes, j’avais suivi chaque acte de ce drame. Les pourparlers de Genève, les ultimatums de Trump, les mises en garde iraniennes, le ballet diplomatique d’Oman. J’avais espéré que les diplomates trouveraient un chemin. Ce soir, les bombes me répondaient.
La nuit où l'Iran a entendu des explosions
Téhéran sous les bombes
À Téhéran, il fait nuit. Ali Bagheri a 34 ans. La semaine passée, il confiait à l’AFP qu’il espérait que les négociations amèneraient « une amélioration de la situation économique » des Iraniens. « Pas juste un peu — c’est notre droit. » Cette nuit, Ali Bagheri regarde le ciel depuis sa fenêtre. Des explosions déchirent l’obscurité. Les sirènes strident à travers les rues. Et la vidéo de Trump lui ordonne de rester chez lui parce que « les bombes vont tomber partout. »
Hamid Beiranvand, 42 ans, lui aussi interviewé la semaine dernière, avait dit que « tout le monde préfère qu’une guerre n’éclate pas. » Ce soir, la guerre est là. Personne ne lui a demandé son avis. Personne ne demande jamais l’avis des gens qui vivent sous les bombes. Ils en subissent les conséquences. C’est tout. Et pourtant, c’est en leur nom — au nom du peuple iranien, de sa liberté — que Trump a justifié cette offensive dans la nuit du 28 février 2026.
Les cibles, la nuit, le feu
Les renseignements qui filtrent sont encore fragmentaires, mais les contours de l’opération se dessinent. Israël a baptisé sa campagne « Lion’s Roar » — le Rugissement du Lion — un nom choisi personnellement par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. Les frappes ont visé les domiciles de ministres et de chefs militaires iraniens, les installations du ministère de la Défense, du renseignement, et un complexe présidentiel. En parallèle, une vague de cyberattaques a paralysé plusieurs grandes agences de presse iraniennes. Le front numérique s’ouvrait en même temps que le front aérien.
L’ancien chef du renseignement militaire israélien, Amos Yadlin, a dit quelque chose d’important cette nuit : « Vous ne pouvez pas renverser un régime depuis les airs. » Il avait l’air de quelqu’un qui mesure l’écart entre ce qu’on promet et ce que la réalité livre. Un écart que l’histoire du Moyen-Orient connaît bien.
L'appel aux Iraniens — ces mots qui resteront dans l'histoire
« L’heure de votre liberté est arrivée »
Mais c’est une autre partie du discours de Trump qui a fait le tour du monde en quelques minutes. Après avoir justifié les frappes, après avoir menacé les Gardiens de la Révolution et les forces militaires iraniennes — « Posez vos armes et obtenez l’immunité totale, ou faites face à une mort certaine » — Trump s’est tourné vers le peuple iranien. Non pas vers le régime. Vers les 85 millions de personnes.
Et il leur a dit : « Au grand et fier peuple d’Iran, je vous dis ce soir que l’heure de votre liberté est arrivée. » Puis : « Restez abrités. Ne sortez pas de chez vous. C’est très dangereux dehors. Les bombes vont tomber partout. » Et enfin, les mots les plus extraordinaires d’un discours américain depuis peut-être des décennies : « Quand nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement. Il vous appartient de le prendre. Ce sera probablement votre seule chance depuis des générations. »
Un précédent sans précédent
Prenons un moment pour mesurer ce que cela signifie. Un président américain, en direct, dans un message vidéo, appelle ouvertement une population à renverser son gouvernement pendant que des bombes américaines tombent sur son territoire. Ce n’est pas une rhétorique. Ce n’est pas une métaphore. C’est un appel explicite au changement de régime, articulé par le commandant en chef des forces armées les plus puissantes du monde, au moment même où ces forces frappent le pays en question.
La question que je ne peux pas m’empêcher de me poser, la question qui ne me quittera pas cette nuit : est-ce que le peuple iranien, coincé entre les bombes américaines et la répression de son propre régime, peut réellement « prendre » quoi que ce soit ? Ou est-ce une liberté offerte à la bouche d’un canon qui restera, comme tant d’autres avant, une promesse de Washington que la réalité ne livrera jamais ?
Le compte à rebours diplomatique — et son échec
Genève, Oman, et les illusions perdues
Pour comprendre cette nuit, il faut remonter quelques jours. Le 26 février, à Genève, un troisième round de pourparlers indirects avait eu lieu entre les États-Unis et l’Iran, medié par Oman. L’envoyé spécial américain Steve Witkoff et Jared Kushner face au ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi. Des espoirs existaient. L’Oman avait même parlé d’une « percée ». Mais Trump, rentrant du Texas le lendemain, avait soufflé le froid sur les espoirs diplomatiques.
Il n’était « pas heureux » de la façon dont les négociations progressaient. « Ils ne veulent pas tout à fait aller assez loin. » L’Iran demandait le droit à un niveau minimal d’enrichissement d’uranium. Trump exigeait l’enrichissement zéro. Entre les deux positions, il y avait un abîme que trois rounds de pourparlers n’avaient pas comblé. Et cet abîme, cette nuit, s’est rempli de bombes.
La logique de l’impasse
Ce que les diplomates avaient compris depuis des semaines — ce que les analystes disaient tout bas — c’est que Trump n’était pas venu à Genève pour négocier. Il était venu pour avoir une dernière chance de dire qu’il avait essayé. Le déploiement militaire — deux groupes de porte-avions, la plus grande concentration de puissance aérienne américaine depuis l’invasion de l’Irak, des dizaines de B-2 prépositionnés — n’est pas le genre d’investissement qu’on fait pour le ramener à la maison sans l’avoir utilisé. Le général d’armée Brad Cooper, commandant du CENTCOM, avait briefé Trump sur les options militaires seulement deux jours avant les frappes. Le compte à rebours était déjà enclenché.
Et pourtant, jusqu’au bout, quelque chose en moi voulait croire que la diplomatie pouvait encore prévaloir. Que les 85 millions d’Iraniens qui n’ont jamais voté pour la bombe nucléaire, qui n’ont pas choisi leur régime, n’auraient pas à payer le prix de l’intransigeance de leurs dirigeants. Ce soir, ils paient.
Pourquoi maintenant — le timing qui n'est jamais un hasard
Le peuple iranien comme déclencheur
Pourquoi le 28 février 2026 ? La réponse se trouve peut-être dans les rues de Téhéran en janvier. Les protestations massives contre le régime des Ayatollahs, déclenchées par l’effondrement monétaire — le rial à un million et demi pour un dollar — avaient mis le régime en position de vulnérabilité rare. Un régime que Trump lui-même avait qualifié de chanceux lorsqu’il avait dit le 13 février que le changement de régime « serait la meilleure chose qui puisse arriver. » La fenêtre était là. Trump a décidé de l’ouvrir par la force.
Il y a une logique froide et brutale dans ce timing. Les Gardiens de la Révolution étaient déjà mobilisés pour réprimer la dissidence intérieure. L’économie iranienne était en lambeaux. Les alliés régionaux de Téhéran — Hezbollah affaibli, Hamas décimé, Houthis sous pression — n’étaient plus en mesure d’offrir la même protection que lors des crises précédentes. Le moment était, selon la logique américano-israélienne, optimal. Et pourtant, l’histoire du Moyen-Orient est pavée de moments qui semblaient optimaux et qui ont engendré des décennies de chaos.
L’opération Lion’s Roar et ses objectifs réels
L’opération Israeli « Lion’s Roar », associée aux frappes américaines, visait des objectifs militaires précis. Mais au-delà des installations physiques, il y a une question stratégique que personne n’est encore en mesure de trancher cette nuit : est-ce que ces frappes visent à forcer l’Iran à la table des négociations sur ses termes à lui — ou à déclencher un effondrement du régime ? Amos Yadlin, l’ancien chef du renseignement militaire israélien, a lui-même reconnu qu’on « ne renverse pas un régime depuis les airs. » Ce que les bombes peuvent faire — fragiliser, désorganiser, démoraliser — ne suffit pas seul à changer un système de pouvoir vieux de 47 ans.
Les analogies historiques s’imposent malgré elles. L’Irak en 2003. La Libye en 2011. Des régimes qui s’effondrèrent sous les bombes — et laissèrent derrière eux non pas la liberté promise, mais le vide, la guerre civile, le chaos durable. Trump a dit que ce serait « probablement la seule chance depuis des générations » pour les Iraniens. Ce mot, « probablement », est le plus honnête de son discours. Et le plus inquiétant.
L'Iran, le nucléaire — et la vérité qu'on n'ose pas dire
Le prétexte du siècle ou la menace réelle ?
Officiellement, cette guerre a un nom : le programme nucléaire iranien. Trump a répété inlassablement depuis des mois que l’Iran ne pourrait jamais posséder l’arme nucléaire. En juin 2025, il affirmait que les sites nucléaires iraniens avaient été « anéantis » lors d’une précédente campagne de frappes conjointe avec Israël. Mais les images satellites de janvier 2026 montraient des toits reconstruits au-dessus des installations de Natanz et d’Isfahan. Et l’AIEA — l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique — mettait en doute les affirmations américaines sur l’étendue des destructions.
La vérité, aussi dérangeante soit-elle, c’est que personne ne sait avec certitude à quel stade se trouve réellement le programme nucléaire iranien. Ce qu’on sait, c’est que l’Iran avait affirmé, jusqu’aux dernières heures, qu’il « ne développerait jamais une arme nucléaire », tout en insistant sur son « droit à l’enrichissement pacifique ». La zone grise entre ces deux positions est précisément là où s’engouffrent les guerres. Et cette nuit, une guerre s’y est engouffrée.
Le Détroit d’Ormuz et le monde entier
Si le nucléaire est le prétexte, les enjeux sont bien plus larges. 20% du pétrole mondial transite par le Détroit d’Ormuz, ce passage étroit entre l’Iran et la péninsule arabique que Téhéran contrôle de fait. En février 2026, l’Iran avait déjà fermé temporairement le détroit lors des négociations précédentes — un avertissement. Maintenant que les bombes tombent, les marchés pétroliers mondiaux vont réagir. Les prix de l’énergie vont flamber. Ce ne sont pas seulement les Iraniens qui paieront le prix de cette nuit — c’est le monde entier, à la pompe à essence, dans les factures d’énergie, dans l’économie globale.
Et pourtant, Trump a dit qu’il n’était pas préoccupé par l’impact économique potentiel. Qu’il pensait uniquement aux « vies des gens. » Aux vies des gens. Alors que les prix de l’énergie s’apprêtent à écraser celles de milliards d’autres personnes. L’ironie serait amère si les conséquences n’étaient pas aussi réelles.
La question que Trump a posée — et ses réponses possibles
« Voyons comment vous répondez »
À la fin de son discours, Trump a lancé une phrase qui restera dans l’histoire : « Pendant de nombreuses années, vous avez demandé l’aide de l’Amérique, mais vous ne l’avez jamais obtenue. Aucun président n’était prêt à faire ce que je suis prêt à faire ce soir. » Et puis : « Maintenant, vous avez un président qui vous donne ce que vous voulez. Alors, voyons comment vous répondez. »
C’est une phrase qui contient en elle-même toute l’ambiguïté de ce moment. Est-ce que les Iraniens voulaient vraiment des bombes américaines sur leur capital ? Les opposants au régime qui manifestaient pour l’économie, pour la liberté, pour un avenir meilleur — est-ce qu’ils attendaient ce soir-là ? La réponse est complexe. Des dizaines d’années de sanctions américaines ont appauvri ce peuple autant que les mollahs. L’Amérique n’est pas une puissance étrangère neutre dans cette histoire. Elle est, pour des millions d’Iraniens, à la fois la promesse de liberté et l’instrument de souffrance économique.
Trois scénarios pour demain
Cette nuit ne se terminera pas en une nuit. Trois chemins s’ouvrent désormais devant nous. Premier scénario : les frappes déstabilisent suffisamment le régime pour qu’une transition s’enclenche. Le plus optimiste — et le moins probable, si l’on se fie à l’histoire. Deuxième scénario : l’Iran absorbe les coups, se regroupe, et déclenche une contre-offensive — visant les bases américaines dans la région, les installations israéliennes, les flux pétroliers. Ce qui transformerait cette frappe en guerre régionale ouverte. Troisième scénario : sous la pression des bombes et de l’effondrement intérieur, Téhéran revient à la table, cette fois prêt à des concessions majeures. C’est peut-être ce que Trump cherchait réellement — non pas la guerre pour la guerre, mais l’accord que la menace crédible de la guerre pouvait arracher.
Aucun de ces scénarios n’est confortable. Tous impliquent des morts. Des déplacements. De la souffrance humaine qui n’a pas de logique géopolitique pour la consoler.
Ce que personne n'ose dire sur la liberté apportée par les bombes
La promesse et le piège
Il y a quelque chose de profondément malaisé dans le discours de Trump aux Iraniens, et je vais le dire clairement. Dire à un peuple « restez chez vous, les bombes vont tomber partout — et ensuite prenez votre liberté », c’est une vision de la liberté qui ressemble à un cadeau empoisonné. La liberté qui arrive sur les ailes des bombes B-2 n’est pas la même que celle qu’un peuple conquiert par lui-même. Elle porte le sceau de la dette, de la dépendance, de la légitimité fragile.
Les Iraniens qui manifestaient dans les rues en janvier — qui scandaient contre la vie chère, contre la corruption, contre l’absence de perspectives — ne demandaient pas des frappes aériennes américaines. Ils demandaient la dignité. Un salaire décent. Un gouvernement qui ne les vole pas. La différence entre ce qu’ils voulaient et ce que Trump leur a livré cette nuit est la différence entre la politique et les bombes — une différence immense, que le temps seul pourra mesurer.
Le piège de la « meilleure chose »
Le 13 février, Trump avait dit depuis Fort Bragg que le changement de régime en Iran serait « la meilleure chose qui puisse arriver. » C’était une prophétie autoréalisatrice qu’il cherchait à mettre en oeuvre. Mais « la meilleure chose » pour qui ? Pour les Iraniens qui vont vivre avec les conséquences de cette nuit pendant des années, voire des décennies ? Pour la région du Moyen-Orient qui a déjà absorbé la déstabilisation de l’Irak, de la Libye, de la Syrie ? Pour un monde qui, en ce moment même, voit les prix de l’énergie s’envoler ?
Et pourtant. Et pourtant, si quelque chose de bon devait émerger de cette nuit — si le peuple iranien devait réellement saisir un moment qu’il n’a pas eu depuis 1979 — alors peut-être que l’histoire, dans vingt ans, jugerait Trump autrement. C’est possible. C’est aussi ce que se sont dit tous ceux qui ont lancé des guerres au nom de la liberté. Quelques-uns avaient raison. La plupart n’en ont jamais eu.
La réaction du monde — le silence des uns, les cris des autres
Israël acquiesce. Le monde retient son souffle
Du côté d’Israël, le ministre de la Défense Israel Katz a décrit l’attaque comme étant faite « pour éliminer les menaces. » Netanyahu a choisi le nom de l’opération — « Lion’s Roar » — comme pour signifier que cette fois, ce n’était pas un avertissement. C’était la frappe finale. Dans un pays qui vit sous la menace iranienne depuis des décennies, l’opération a une logique que ses citoyens comprennent — même si les sirènes qui retentissent à travers Israël cette nuit rappellent que la sécurité n’est jamais acquise.
Ailleurs, le monde retient son souffle. Les prix du pétrole explosent sur les marchés asiatiques qui ouvrent les premiers. Les gouvernements européens sont convoqués en urgence. La Russie, la Chine, sont silencieuses — mais leur silence n’est jamais neutre. L’Allemagne déconseille « instamment » les voyages en Israël. L’ambassade américaine à Tel-Aviv autorise ses personnels non essentiels à partir. Les hôpitaux israéliens passent au niveau d’alerte maximum. Le monde entier est suspendu à ce qui va se passer ensuite.
L’Iran va répondre — la question est seulement comment
La réponse iranienne est certaine. La seule inconnue est son intensité. Le ministre des Affaires étrangères Araghchi avait prévenu depuis des semaines : « Nos missiles ne peuvent pas toucher le sol américain, donc nous devons faire autre chose — nous devons frapper les bases américaines dans la région. » Ce n’est pas une métaphore. C’est une politique déclarée. Les bases américaines en Irak, en Syrie, au Qatar, aux Émirats — ce sont des cibles potentielles dans les prochaines heures. Des soldats américains qui dormaient cette nuit dans leurs baraquements vont se réveiller dans une guerre qu’ils n’ont pas choisie.
C’est toujours ainsi que les guerres se propagent. Non pas parce que des nations entières les choisissent, mais parce que des dirigeants prennent des décisions, et que des soldats de 19 ans en paient le prix. Cette vérité-là n’a pas changé depuis que les hommes font la guerre.
Maxime face à l'histoire — ce que cette nuit nous dit de nous
Le monde d’après est déjà là
Je couvre les affaires du monde depuis longtemps. J’ai vu des tensions, des crises, des escalades. Mais il y a quelque chose de différent dans cette nuit du 28 février 2026. Cette nuit a une qualité d’irréversibilité que je n’avais pas sentie depuis longtemps. On ne revient pas de cela facilement. Les bombes qui sont tombées sur Téhéran ne peuvent pas être effacées. Les mots que Trump a adressés au peuple iranien ne peuvent pas être repris. L’opération « Lion’s Roar » ne peut pas se taire maintenant qu’elle a rugit.
La question n’est plus « est-ce que la guerre va éclater ? » — elle a éclaté. La question est « jusqu’où ? » Et cette question-là, personne dans aucune capitale du monde ne peut y répondre ce soir. Ni à Washington, ni à Jérusalem, ni à Téhéran. L’histoire a cette caractéristique irritante de ne pas se laisser planifier. Elle déborde toujours les plans.
Le visage d’Ali Bagheri
Mais au-delà de la géopolitique, au-delà des enjeux nucléaires, au-delà du prix du pétrole et de l’avenir du Moyen-Orient, je reviens à Ali Bagheri. 34 ans. Téhéran. Qui espérait juste une amélioration économique pour son pays. Pas une invasion. Pas des bombes. Pas la libération au prix d’une nuit de terreur. Ali Bagheri est réel. Son espoir était réel. Et cette nuit, il regarde son ciel brûler.
C’est pour lui que j’écris. Pour lui et pour les millions d’autres — Iraniens, Américains, Israéliens, habitants de toute cette région — dont la vie vient de changer cette nuit sans qu’on leur ait demandé leur avis. L’histoire ne demande jamais l’avis des gens ordinaires. Elle se fait sur eux, autour d’eux, malgré eux. Parfois, avec un peu de chance, pour eux. Cette nuit, on ne sait pas encore dans quelle catégorie on est.
Ce qui reste quand le bruit s'arrête
Le poids des mots de Trump
Dans les jours qui viennent, les analystes vont disséquer chaque mot du discours de Trump. Les juristes débattront de la légalité internationale de l’opération. Les économistes calculeront l’impact sur les marchés pétroliers. Les militaires évalueront l’efficacité des frappes. Mais il y a une dimension que les analyses froides ne saisiront pas toujours : le poids moral de dire à un peuple « l’heure de votre liberté est arrivée » en même temps qu’on ordonne de bombarder son pays.
Trump a dit quelque chose de vrai et quelque chose de dangereux dans la même phrase. Vrai : le peuple iranien souffre depuis 47 ans sous un régime qui l’opprime. Vrai : l’Amérique n’a jamais vraiment tenu ses promesses envers les dissidents iraniens. Dangereux : la promesse que les bombes livreront ce que la diplomatie n’a pas pu construire. Cette promesse-là, l’histoire l’a déjà entendue. Et elle a rarement tenu.
La question qui hante
Voici la question que je ne peux pas chasser de mon esprit ce soir : combien de fois l’Occident a-t-il promis la liberté à des peuples qui vivaient sous des régimes autoritaires, au prix de guerres qui ont ensuite produit d’autres formes de chaos ? L’Irak avait ses « libérateurs. » La Libye aussi. L’Afghanistan pendant vingt ans. Et pourtant — et pourtant — il y a des régimes si profondément criminels, si résolument oppresseurs, que la question de savoir s’il faut intervenir ne peut jamais être répondue avec une formule simple. Elle reste ouverte, douloureuse, sans fond.
Cette nuit, c’est cette question qui flotte au-dessus des explosions de Téhéran. Ni les bombes américaines ni les discours de Trump ne lui apportent de réponse définitive. La seule réponse viendra du peuple iranien lui-même — de ce qu’il fera de cette nuit, dans les heures, les jours, les semaines qui viennent. Et nous, nous observerons. Espérant que ce qu’ils choisiront sera meilleur que ce que nous craignons.
Signé Maxime Marquette
Encadré de transparence du chroniqueur
Positionnement éditorial
Cette chronique a été rédigée dans les heures immédiatement suivant les premières annonces de frappes américaines et israéliennes sur l’Iran, dans la nuit du 28 février 2026. Elle reflète l’analyse et le point de vue de l’auteur face à des événements de rupture historique majeure, dans un contexte d’informations encore fragmentaires et en évolution rapide. Elle ne prétend pas à l’exhaustivité ni à la neutralité totale — la chronique est, par nature, un genre engagé.
Méthodologie et sources
L’article s’appuie sur des dépêches d’agences de presse disponibles en temps réel, notamment de l’Associated Press, l’AFP, Reuters, CNBC, Times of Israel, Wikipedia (crise 2026 Iran-États-Unis), PBS NewsHour et CBS News. Les citations attribuées à des personnalités publiques comme Trump, Araghchi ou Yadlin sont tirées directement des sources primaires citées. Les témoignages d’Ali Bagheri et Hamid Beiranvand proviennent d’une dépêche AFP du 28 février 2026. Les événements décrits se déroulent en temps réel au moment de la rédaction — certains faits pourraient évoluer dans les heures suivantes.
Nature de l’analyse
Cette chronique adopte un regard critique sur les promesses de libération délivrées par la force militaire, sans nier la complexité morale réelle de la situation iranienne ni minimiser la nature du régime des Ayatollahs. L’auteur ne prend pas position pour ou contre une intervention militaire spécifique, mais interroge les contradictions inhérentes à toute promesse de liberté portée par les bombes. Les comparaisons historiques avec l’Irak, la Libye et l’Afghanistan sont des points de référence analytiques, non des équivalences absolues.
L’auteur suit l’évolution des événements en Iran et publiera des analyses complémentaires au fil de l’évolution de la situation.
Sources
Sources primaires
Times of Israel — Live blog 28 février 2026 : Trump indicates goal of Iran strikes is to topple regime — 28 février 2026
CNBC — Trump says U.S. military has begun major combat operations in Iran — 28 février 2026
Ynet News — « They will never have a nuclear weapon »: Trump announces US strike on Iran — 28 février 2026
Wikipedia — 2026 Iran–United States crisis (mise à jour en temps réel) — Consulté le 28 février 2026
Sources secondaires
Dawn.com — Trump says frustrated with Iran, but mediator sees « breakthrough » — 28 février 2026
NPR — Trump says he is « not happy » with the Iran nuclear talks — 28 février 2026
CBS News — Iran reacts to Trump’s 2026 State of the Union, accusing him of « big lies » — 25 février 2026
PBS NewsHour — Timeline of tensions over Iran’s nuclear program — 26 février 2026
Al Jazeera — Trump makes Iran missile, protest deaths claims; Tehran slams « big lies » — 25 février 2026
CNN — February 27, 2026 Trump administration updates — 27 février 2026
Ce contenu a été créé avec l'aide de l'IA.