Les coups d’État sont décrits comme des événements nets et décisifs, mais l’histoire raconte généralement une réalité plus complexe. Certaines tentatives échouent parce que leurs organisateurs ne parviennent pas à obtenir suffisamment de soutien, à maintenir le pays en état de fonctionner ou à convaincre quiconque qu’ils sont réellement aux commandes. D’autres réussissent si bien qu’elles remodèlent les institutions, la culture politique et la vie quotidienne pendant des années. Voici dix coups d’État qui ont rapidement échoué, suivis de dix autres qui ont « trop bien » fonctionné.
1. Turquie, 2016
La tentative de coup d’État du 15 juillet 2016 en Turquie s’est déroulée rapidement, une faction de l’armée tentant de faire tomber le gouvernement. Cependant, le complot n’a jamais obtenu le soutien unifié dont il avait besoin, et la résistance des forces loyales et des civils a contribué à son effondrement en quelques heures. Il s’en est suivi des arrestations et des purges massives, et la politique turque s’est encore davantage orientée vers un modèle exécutif fort.
2. L'Union soviétique, 1991
Le mois d’août 1991 nous rappelle que s’emparer des leviers du pouvoir ne signifie pas pour autant être capable de les actionner. Les partisans de la ligne dure communiste ont tenté d’écarter Mikhaïl Gorbatchev en le retenant captif et en déclarant un nouvel état d’urgence, mais l’ensemble de l’establishment politique et militaire ne les a pas soutenus. Le coup d’État a échoué en quelques jours, et cet échec a considérablement affaibli la position de Gorbatchev et accéléré l’effondrement de l’Union soviétique.
3. Espagne, 1981
L’épisode du 23 février en Espagne a été marqué par une tension palpable tout au long de la nuit, mais il s’est terminé sans atteinte à la démocratie. Le 23 février 1981, des agents armés de la Garde civile ont pris d’assaut le Parlement pendant un vote et ont tenté d’imposer un revirement politique. Le roi Juan Carlos Ier a publiquement condamné cette action, et le coup d’État a perdu de son élan au fil des heures. Au lieu de faire reculer l’Espagne, cet échec a renforcé la transition démocratique et renforcé la légitimité de la monarchie.
4. Venezuela, 2002
La tentative de coup d’État de 2002 au Venezuela a brièvement semblé aboutir, mais cela n’a finalement pas été le cas. Hugo Chávez a été destitué et un dirigeant intérimaire, Pedro Carmona, a été déclaré président pour une courte période. Les mesures radicales prises par Carmona, notamment la dissolution d’institutions clés, ont immédiatement suscité une vive réaction et ont immédiatement ébranlé le nouveau régime. En l’espace de deux jours environ, les partisans du président et une mobilisation massive ont contribué au retour de Chávez, laissant le pays plus divisé politiquement qu’auparavant.
5. Burkina Faso, 2015
Le renversement du gouvernement burkinabé en 2015 s’est déroulé sous le regard attentif de la région et dans un climat de colère grandissante au sein même du pays. Les membres de la garde présidentielle ont arrêté les dirigeants de transition dans l’espoir de réécrire l’avenir à court terme du pays. Mais la pression s’est rapidement intensifiée tant à l’intérieur du Burkina Faso qu’à l’extérieur, et le coup d’État a échoué en moins d’une semaine.
6. Algérie française, 1961
En 1961, Alger était une véritable cocotte-minute, et certains généraux français tentèrent de forcer le président Charles de Gaulle à conserver l’Algérie française. Quatre officiers supérieurs prirent l’initiative de prendre le contrôle, pariant que le reste de l’armée se rallierait à leur cause. Ce large soutien ne se concrétisa jamais vraiment, et l’effort s’enlisait au lieu de s’étendre. De Gaulle tint bon, et cet épisode marqua le début de la fin de l’avenir politique de l’Algérie française.
7. Trinité-et-Tobago, 1990
La tentative de coup d’État de 1990 à Trinité-et-Tobago a montré que s’emparer de bâtiments ne revient pas à s’emparer d’un pays. Les insurgés de Jamaat al Muslimeen ont pris d’assaut des sites clés et retenu des responsables gouvernementaux en otage pendant plusieurs jours. Malgré des annonces spectaculaires à la télévision, cette prise de pouvoir n’a jamais abouti à un contrôle stable du pays. Le groupe a fini par se rendre, mais les répercussions politiques et juridiques ont perduré longtemps après que les gros titres aient disparu.
8. Allemagne, 1944
Le 20 juillet 1944, des officiers allemands ont mis au point un plan audacieux, convaincus que l’élimination d’Hitler ouvrirait la voie à un nouveau gouvernement. Le complot combinait une tentative d’assassinat avec une prise de contrôle et la négociation d’une paix à des conditions différentes. Lorsque Hitler a survécu, le coup d’État a échoué, car la crédibilité du plan s’est instantanément effondrée.
9. Allemagne, 1923
Le putsch de la brasserie de Munich mené par Hitler est tristement célèbre en partie parce qu’il s’agissait d’un fiasco qui n’est pas resté confiné. Les 8 et 9 novembre 1923, Hitler et ses alliés ont tenté de déclencher une insurrection contre la République de Weimar, espérant que le mouvement ferait boule de neige. Mais les autorités ont réprimé la marche, l’entreprise a échoué et les principaux dirigeants ont été arrêtés. Ironiquement, cet échec a valu à Hitler une notoriété nationale et un séjour en prison qu’il a ensuite transformé en élan politique.
10. Allemagne, 1920
Le putsch de Kapp en Allemagne a prouvé qu’un gouvernement a toujours besoin de travailleurs, d’employés et d’une obéissance quotidienne pour fonctionner. Wolfgang Kapp et ses alliés ont pris le contrôle de Berlin et se sont proclamés nouvelle autorité, tandis que les dirigeants légitimes ont pris la fuite. Une grève générale massive et le refus des fonctionnaires de coopérer ont empêché les conspirateurs de diriger le pays. En quelques jours, le putsch s’est effondré, laissant place à l’embarras et à l’instabilité plutôt qu’à un nouveau régime.
Maintenant que nous avons parlé des tentatives de coup d’État qui ont échoué lamentablement, parlons de celles qui ont réussi, peut-être même trop bien pour leur propre bien.
1. Iran, 1953
Le mois d’août 1953 en Iran est souvent considéré comme un coup d’État qui a fonctionné rapidement et dont les répercussions se sont fait sentir pendant des décennies. Le Premier ministre Mohammad Mosaddegh a été destitué et Mohammad Reza Shah Pahlavi est revenu au pouvoir avec une emprise plus forte. L’opération a atteint son objectif immédiat, mais elle a également façonné la façon dont de nombreux Iraniens percevaient l’influence étrangère et la légitimité nationale par la suite. Lorsqu’un coup d’État « réussit » mais suscite ce genre de ressentiment, il est difficile de ne pas le qualifier de trop réussi.
2. Libye, 1969
Le coup d’État de 1969 en Libye a été mené par de jeunes officiers et a bouleversé l’identité du pays presque du jour au lendemain. Le roi Idris a été destitué, la monarchie a pris fin et une république a été proclamée. Mouammar Kadhafi s’est imposé comme la figure de proue du pays et son règne a marqué la Libye pendant des décennies.
3. Brésil, 1964
Le coup d’État militaire de 1964 au Brésil n’a pas seulement renversé un président, il a également marqué le début d’une nouvelle ère politique. Le président João Goulart a été destitué et le pays est entré dans une dictature militaire qui a duré jusqu’en 1985. La durée de ce régime a été déterminante, car elle a façonné les institutions, les attentes et le paysage politique brésilien pendant toute une génération.
4. Chili, 1973
Il n’est pas exagéré de qualifier le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili de tournant historique. Les forces armées ont renversé le gouvernement élu du président Salvador Allende et mis en place une junte dirigée par le général Augusto Pinochet. La dictature qui a suivi a duré 17 ans et a profondément marqué la politique et la société chiliennes.
5. Argentine, 1976
Le coup d’État argentin de 1976 ne se présentait pas comme une solution rapide, et le nom choisi par la junte reflétait cette ambition. L’armée a destitué la présidente Isabel Perón et lancé ce qu’elle a appelé le « processus de réorganisation nationale ». La période qui a suivi est largement associée à une répression sévère de l’État et à un héritage durable en matière de droits humains, même après le retour à la démocratie. Lorsqu’un coup d’État s’empare du pouvoir et le conserve pendant des années, son succès devient le problème déterminant du pays.
6. Pakistan, 1999
Le coup d’État pakistanais de 1999 se distingue par la rapidité avec laquelle il a remplacé le pouvoir civil par le contrôle militaire. Le général Pervez Musharraf a pris le pouvoir en 1999 et est ensuite devenu président, redéfinissant l’orientation politique du pays dans les années 2000. L’ordre constitutionnel a été suspendu et remanié dans la pratique, et l’influence militaire est devenue encore plus explicite. Même des années plus tard, la politique pakistanaise continuait de revenir aux précédents établis à cette époque.
7. Thaïlande, 2014
La Thaïlande a connu plusieurs coups d’État, mais celui de 2014 a été particulièrement efficace pour transformer la crise en un régime à long terme. Le général Prayuth Chan-ocha a mené le coup d’État, mis en place une junte, puis est devenu Premier ministre. Les promesses d’un retour à une politique normale se sont concrétisées lentement, et la constitution mise en place après le coup d’État a préservé la forte influence de l’armée. Lorsqu’un coup d’État remodèle les règles pendant près d’une décennie, son succès devient structurel, et pas seulement politique.
8. Égypte, 2013
Le coup d’État de 2013 en Égypte a fait suite à des manifestations massives, mais le changement décisif s’est produit lorsque l’armée a destitué le président Mohamed Morsi. Le général Abdel Fattah el-Sisi est devenu le dirigeant de facto de l’Égypte en juillet 2013, puis a remporté la présidence en 2014. Ce changement n’a pas seulement entraîné un changement de dirigeants, il a également réorganisé les forces politiques en présence. Pour tous ceux qui s’attendaient à une consolidation démocratique en douceur après 2011, le succès de cette prise de pouvoir a été un choc majeur.
9. Honduras, 2009
En 2009, le Honduras a donné une leçon édifiante sur la rapidité avec laquelle la légitimité peut être remise en cause. Le président Manuel Zelaya a été destitué et expulsé du pays par l’armée, ce qui a suscité une condamnation internationale généralisée. Il en a résulté un problème de confiance politique de longue date qui n’a cessé de resurgir lors des élections et dans la politique de rue.
10. Zimbabwe, 2017
Le changement de pouvoir au Zimbabwe en 2017 a été décrit en termes prudents, mais le résultat ne laissait guère de place à l’ambiguïté. Robert Mugabe a démissionné sous une pression intense, mettant fin à son règne, et Emmerson Mnangagwa a pris la relève peu après. Le parti au pouvoir a agi avec une rapidité fulgurante, montrant à quel point la transition avait été bien préparée.